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Manouchian, Mélinée, Aragon et Léo Ferré
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Selon Lionel Labosse, « La lettre de Michel Manouchian à son épouse Mélinée écrite le 21 février 1944 à Fresnes, quelques heures avant qu’il soit fusillé, est souvent étudiée en parallèle au poème d’Aragon « Strophes pour se souvenir », et à l’étude de la fameuse Affiche rouge, qui a également donné son nom à la chanson éponyme de Léo Ferré. Notons en passant que l’Affiche rouge est un excellent exemple d’appropriation du stigmate, puisque le rouge de l’infamie qu’elle recherchait s’est retourné avec le temps et les hommages en rouge de la légion d’honneur, les photos rondes surmontant un cartouche ressemblent à s’y méprendre à des médailles militaires, et le cartouche rappelle le nombre d’actes d’héroïsme commis par chacun, que les nazis et collabos taxaient de terrorisme. Quant à la lettre, elle est souvent étudiée pour elle-même, dans le cadre de l’autobiographie ou de l’épistolaire. Cependant, un détail m’interpelle : cette lettre n’est jamais transcrite dans son orthographe originale ». En ce jour anniversaire de l’exécution des 23 résistants de l’Affiche Rouge au Mont Valérien, le Collectif VAN reproduit ici la lettre de Missak Manouchian à sa femme Mélinée, en orthographe originale, diffusée sur le site de Lionel Labosse ainsi que les vidéos de la chanson de Léo Ferré et les paroles de la chanson, l’Affiche rouge.

Léo Ferré - L'affiche rouge - L'armée du crime


Légende : « Strophes pour se souvenir » est un poème de Louis Aragon, écrit en 1955 en hommage aux 23 résistants du Groupe Manouchian exécutés dans l'affaire de l'Affiche rouge. Ce poème fut écrit à l'occasion de l'inauguration de la rue « du Groupe Manouchian », située dans le 20e arrondissement de Paris. Pour écrire ce poème, Louis Aragon s'est inspiré de la dernière lettre écrite par Missak Manouchian à sa femme avant d'être fusillé. Il fut publié en 1956 dans le Roman inachevé. Il fut mis en musique par Léo Ferré en 1959 sous le titre L'Affiche rouge, et enregistré sur l'album Léo Ferré chante Aragon en 1961 [voir les paroles en fin d’article].

[Montage photo]



http://www.youtube.com/watch?v=6HLB_EVtJK4&feature=player_embedded

Texte Louis Aragon mise en musique et chanté par Léo Ferré

[Sur scène]



http://www.youtube.com/watch?v=uhOe-5HU15U

La lettre de Manouchian à Mélinée en orthographe originale

De l’Affiche rouge à L’Armée du crime…


samedi 8 septembre 2007, par Lionel Labosse

21 février 1944, Fresne

Ma chère Méline, ma petite orpheline bien aimée. Dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, j’y ne crois pas, mais pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t’écrire, tout est confus en moi et bien claire en même temps. Je m’étais engagé dans l’armée de la Liberation en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de but. Bonheur ! à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la liberté et de la Paix de demain. J’en suis sûre que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoir dignement. Au moment de mourir je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu’il meritera comme chatiment et comme recompense. Le peuple Allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur ! à tous ! — J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendu heureuse. jaurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre sans faute et avoir un enfant pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je lègue à toi et à ta sœur et pour mes neveux. Après la guerre tu pourra faire valoir ton droit de pension de guerre en temps que ma femme, car je meurs en soldat regulier de l’Armée française de la Liberation. Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes ecris qui valent d’être lus. Tu apportera mes souvenirs si possibles, à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades toute à l’heure avec courage et serénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fais mal à personne et si je l’ai fais, je l’ai fais sans haine. Aujourd’hui il y a du soleil. C’est en regardant au soleil et à la belle nature que jai tant aimé que je dirai Adieu ! à la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal où qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous à trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendu. Je t’embrasse bien bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaisse de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur.

Adieu. Ton ami Ton camarade Ton mari

Manouchian Michel (djanigt) [Nota CVAN : « djanigt » signifie « Ton chéri » en arménien]

P.S. Jai quinze mille francs dans la valise de la Rue de Plaisance. Si tu peus les prendre rends mes dettes et donne le reste à Armène. M.M.


La lettre de Manouchian à Mélinée en orthographe originale

Paroles de L'affiche rouge

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes

Ni l'orgue ni la prière aux agonisants

Onze ans déjà que cela passe vite onze ans

Vous vous étiez servis simplement de vos armes

La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes

Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

L'affiche qui semblait une tache de sang

Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles

Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence

Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant

Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants

Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre

A la fin février pour vos derniers moments

Et c'est alors que l'un de vous dit calmement

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

Adieu la vie adieu la lumière et le vent

Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline

Que la nature est belle et que le cÂœur me fend

La justice viendra sur nos pas triomphants

Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient le cÂœur avant le temps

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

Paroles-Musique.com


Lire aussi :

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