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Lutte contre le négationnisme : des vues divergentes
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous soumet le compte-rendu du débat sur le négationnisme organisé par la Licra le mardi 19 juin 2007 à Paris.




Photo : Bernard Jouanneau




Mardi 19 juin 2007, la Licra a organisé un débat sur le négationnisme, animé par Barbara Lefebvre de la Commission Culture, Education et Histoire. Cette conférence, intitulée « Le phénomène négationniste, états des lieux et nouveaux visages » a été consacrée à la négation de la Shoah.

Les autres crimes contre l’humanité ont été évoqués uniquement sous l’angle de l’opportunité des lois pénalisant leur négation, et non par rapport au phénomène négationniste lui-même. Nous avions espéré que les « nouveaux visages » incluent également l’étude du négationnisme « soft » ou « subtil ». Cela n’a malheureusement pas été le cas, puisqu’il n’a été question que du négationnisme virulent (Faurisson, Garaudy, Ahmadinejad etc).

Barbara Lefèbvre a bien expliqué que le négationniste ne « révise » pas l’Histoire, il dévoie la réalité historique dans le but de légitimer l’antisémitisme, en prétendant révéler une vérité cachée, à savoir que la Shoah est une affabulation destinée à justifier la fondation d’Israël – c’est l’idée du complot juif défendue par Faurisson. Elle a évoqué les actions passées de la Licra, et les difficultés actuelles liées aux sites négationnistes sur internet, faciles d’accès pour les lycéens.

L’historien Henry Rousso, auteur d’une enquête minutieuse sur le racisme et le négationnisme (accessible sur le site de l’Education nationale) rappelle que dans l’immédiat après-guerre, le négationnisme revêt une fonction politique : il permet de réhabiliter l’extrême droite (l’idée étant que si les atrocités n’ont pas existé, l’extrême droite n’a pu en être la complice, elle n’est donc pas infréquentable). Mais c’est à partir des années 1970, à l’heure où il est de bon ton de remettre en cause les constructions historiques données et dans une ambiance de contestations généralisées, que le phénomène émerge véritablement.

Ce phénomène dépasse le cadre traditionnel de l’antisémitisme d’extrême droite et l’on voit à partir de ce moment s’opérer une alliance rouge-brun, les antisionistes des extrêmes gauches rejoignant les positions antisémites et négationnistes de l’extrême droite. Cet état de fait se poursuit jusqu’à nos jours : par le biais de l’anti-sionisme les discours négationnistes ont trouvé un relais très efficace dans le monde arabo-musulman ; quant à l’Iran, elle professe un négationnisme d’Etat.

A l’origine du néologisme « négationnisme », Henry Rousso trouve qu’à être utilisé pour d’autres génocides ou crimes contre l’humanité, le mot « perd de sa valeur », ce qui ne laisse pas de nous étonner : pense-t-il qu’employer un même terme technique pour qualifier le déni d’un génocide revient à mettre en cause la singularité de la Shoah ? Il précise aussi qu’il a été contre la Loi Gayssot, puis pour la loi, et qu’il est de nouveau contre aujourd’hui…

Adrien Minard, écrivain, sociologue et enseignant d’histoire, est le co-auteur d’une biographie de Roger Garaudy, dont il retrace l’itinéraire (qui a commencé avec la négation des camps soviétiques à l’époque où il était communiste). Après sa conversion à l’islam, Garaudy a été accueilli à bras ouverts dans les capitales des pays arabo-musulmans, où son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne (1996) a trouvé un public enthousiaste : et c’est ainsi que le négationnisme de la Shoah a été exporté depuis l’Occident vers ces pays, notamment en Iran. Lors de son procès, il a été défendu par Jacques Vergès, et soutenu par l’Abbé Pierre.

Bernard Jouanneau, avocat, a rappelé ses difficultés pour lutter juridiquement contre le négationnisme, et n’a pas caché son amertume au souvenir de l’absence de soutien des historiens au début des années 1980, quand les tribunaux refusaient de statuer sur les faits historiques, et en se rappelant les attaques de Claude Lanzmann, qui lui reprochait d’offrir une tribune à Faurisson. Spontanément, et sans savoir qu’il y avait des personnes d’origine arménienne dans la salle, Maître Jouanneau a non seulement indiqué que la loi Gayssot était nécessaire, mais qu’il fallait selon lui l’étendre à la négation de tous les crimes contre l’humanité, notamment au génocide des Arméniens. Il ne s’agit pas, selon lui, de dire l’Histoire, mais de dignité humaine, une valeur universelle.

Enfin, Jacques Tarnero, écrivain et réalisateur, estime que si le négationnisme de la Shoah a reculé en Occident, il a gagné ailleurs dans le monde, dans les pays musulmans mais aussi dans les anciens pays de l’Est. L’ultra-gauche est aussi concernée que l’extrême droite, et aucune loi ne pourra venir à bout des fantasmes liés aux juifs, le négationnisme étant devenu un élément tactique du « système anti-juif contemporain ».

Malheureusement, Henry Rousso et Bernard Jouanneau ayant longuement repris la parole pour réaffirmer leurs positions, le public n’a pas eu l’occasion de réellement débattre. Revenant sur son opposition à la Loi Taubira et à ses réticences concernant la loi de pénalisation, Henry Rousso n’a pas hésité à se servir de la thématique de la fameuse « boîte de Pandore » (de nombreux peuples victimes pourraient réclamer des lois similaires), tarte à la crème des signataires de la pétition « Liberté pour l’Histoire » qu’il n’a pourtant pas signée.

Cette conférence nous a donné l’occasion d’observer les divergences entre deux membres d’une même association, tous deux préoccupés par le même grave problème, mais n’en tirant pas les mêmes conclusions.

Impossible en tant que descendant des rescapés du génocide arménien, de ne pas être touché par l’émotion et les blessures perceptibles chez tous les conférenciers quand ils parlent de la négation de la Shoah et de l’antisémitisme.

Impossible également de ne pas être impressionné par la rigueur morale, l’exigence éthique et la fermeté du discours – sans parler de la perfection rhétorique – dont a fait preuve Maître Jouanneau, à qui nous rendons un hommage mérité.

© Compte-rendu Collectif VAN 2007 - 23:10 - www.collectifvan.org

Pour mémoire, la Licra était sur le banc de la partie civile aux côtés du Forum des Associations Arméniennes de France pour le premier procès au Civil (contre Bernard Lewis), mené en France sur le sujet de la négation du génocide arménien : "Par conclusions du 23 novembre 1994, la LICRA, dont la vocation est de "combattre par tous moyens la négation des génocides et l’apologie des crimes contre l’humanité et défendre les intérêts moraux, l’honneur et la mémoire des déportés", s’associe en tous points à l’argumentation développée par le FORUM".





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