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"Un acte honteux" de Taner Akçam chez Denoël
Publié le : 12-11-2008

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous informe que la traduction de l'ouvrage de l'historien turc Taner Akçam "A Shamefull Act" paraît en France chez Denoël sous le titre "Un acte honteux".



"Un acte honteux" de Taner Akçam chez Denoël


La traduction de "A Shamefull Act" paraît en France chez Denoël sous le titre "Un acte honteux".

L'oeuvre majeure de l'historien turc Taner Akçam traite du génocide arménien et de la question de la responsabilité turque. Akçam, régulièrement menacé de mort par les nationalistes turcs, montre de manière irréfutable – puisque ce sont les documents ottomans qui parlent – que, loin de n'être qu'une conséquence aussi fâcheuse qu'involontaire de la Première Guerre mondiale, le génocide fut soigneusement planifié et exécuté par le parti au pouvoir à l'époque, le comité Union et Progrès, plus connu sous le nom de «Jeunes-Turcs». Ce n'est pas le point de vue des victimes mais celui des assassins qui est décortiqué ici. A se procurer très vite !


Un acte honteux

Le génocide arménien et la question de la responsabilité turque

Traduit de l'anglais par Odile Demange

«Un acte honteux» : tels sont les mots employés par Mustafa Kemal lui-même, père de la Turquie moderne, pour qualifier le génocide des Arméniens à partir de 1915 (un million de victimes). Pourtant, aujourd'hui encore, les historiens turcs ne peuvent travailler sereinement sur cette question, la contestation de la ligne officielle héritée de la fondation de la République étant passible de poursuites.

L'exception est très certainement Taner Akçam, historien turc vivant en exil et spécialiste des archives ottomanes. Partant d'une analyse rigoureuse de documents militaires et judiciaires inédits, ainsi que des minutes des débats parlementaires, des correspondances privées et des comptes rendus de témoins oculaires, il clôt définitivement le débat sur la principale question : celle de la responsabilité.

Akçam montre de manière irréfutable – puisque ce sont les documents ottomans qui parlent – que, loin de n'être qu'une conséquence aussi fâcheuse qu'involontaire de la Première Guerre mondiale, le génocide fut soigneusement planifié et exécuté par le parti au pouvoir à l'époque, le comité Union et Progrès, plus connu sous le nom de «Jeunes-Turcs».

Ce n'est pas le point de vue des victimes mais celui des assassins qui est décortiqué ici. Akçam éclaire par là même les mécanismes psychologiques profonds qui ont poussé les agents de l'Empire ottoman finissant à se transformer en bourreaux avec autant d'aisance. Il montre aussi comment la Turquie a réussi à éluder ses responsabilités en jouant sur les rivalités étrangères dans la région et l'échec à traduire en justice les responsables.

Sans provocation ni militantisme, à l'heure où se pose la question de l'adhésion à l'Europe, Taner Akçam appelle les Turcs à tourner le dos au discours négationniste officiel et à affronter enfin, sans crainte, la réalité de l'histoire de leur pays.

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Taner Akçam
Un acte honteux
Le génocide arménien
et la question de la responsabilité turque
Traduit de l’anglais par Odile Demange

ouvrage traduit avec le concours du centre national du livre

Je voudrais dédier ce livre à la mémoire d’Haji Halil, un Turc musulman pieux, qui a sauvé les membres d’une famille arménienne de la déportation et de la mort en les cachant pendant plus d’un an, au péril de sa propre vie. Cet acte de courage continue à montrer la voie d’une relation différente entre Turcs et Arméniens.

AVANT-PROPOS

Tout récit du déclin et de la chute de l’Empire ottoman se double inévitablement d’une histoire de la constitution de nombreux nouveaux États-nations à l’intérieur des frontières impériales. Le désir d’entités ethniques ou nationales qui avaient coexisté pendant des siècles de rompre les unes avec les autres afi n de créer des États qui leur appartiendraient exclusivement ne pouvait qu’entraîner l’expulsion, sinon pire, des autres groupes ethniques établis sur le même territoire. De grandes souffrances s’ensuivirent, qui ont contribué à forger la mémoire collective de chacune de ces nouvelles nations. Il ne s’agit pas, bien sûr, de l’apanage de l’Empire ottoman : les communautés, qu’elles soient nationales, religieuses
ou culturelles, sont plus enclines à commémorer les torts qu’elles ont subis que ceux qu’elles ont infl igés. La Bulgarie, la Serbie, la Grèce, l’Irak, la Syrie — en fait, toutes les entités établies en terre ottomane — conservent le souvenir d’une succession d’expulsions et de massacres qui leur ont été infl igés par « d’autres ».

C’est le fondement même de l’historiographie de l’édifi cation de l’État-nation à la fi n du xixe siècle et au début du xxe au Proche-Orient. L’historiographie nationale turque n’est pas différente : elle commémore les massacres de musulmans commis par des Arméniens, des Grecs, des Bulgares et d’autres groupes ethniques ou nationaux, sans jamais mentionner en contrepartie les tourments imposés par des musulmans à des groupes non musulmans, comme le massacre de chrétiens — sans parler du génocide arménien.

Ce livre rompt avec cette tradition. Il voudrait inciter le peuple de Turquie à réfl échir aux torts infl igés en son nom à ces « autres ».

Cet appel n’a pas pour seule raison d’être l’ampleur du génocide arménien, sans commune mesure avec les actes individuels de vengeance perpétrés contre des musulmans. Il repose également sur un principe fondamental que nous enseignent toutes les études sur des atrocités de grande ampleur : si l’on veut empêcher la réapparition de tels événements, il faut s’interroger au préalable sur sa propre responsabilité, il faut en débattre et l’admettre.

En l’absence de cet examen de conscience, la probabilité de voir ressurgir de tels actes est élevée. En effet, chaque groupe humain est, par nature, capable de violence ; dans des conditions favorables, ce potentiel de violence ne demande qu’à s’exprimer sous le prétexte le plus futile. C’est une règle qui ne souffre pas d’exception.

Chaque société doit donc adopter une attitude d’autocritique qui devrait être fermement institutionnalisée sous forme d’une tradition morale de la communauté concernée, quoi que celle-ci ait pu subir du fait d’autrui. C’est le seul moyen d’empêcher de nouvelles éruptions de violence.

Le 24 mai 1915, lorsque l’Europe apprit que des Arméniens ottomans se faisaient tuer, l’Angleterre, la France et la Russie publièrent une déclaration commune : « Devant ce nouveau crime de lèse-humanité perpétré par les Turcs, les puissances de l’Entente déclarent publiquement à la Sublime Porte qu’elles en tiendront personnellement responsables les membres du gouvernement ainsi que tous ceux de ses agents qui auront participé à ces massacres 1. » Après la victoire des Alliés à l’issue de la Première Guerre mondiale — et après la mort de près d’un million d’Arméniens (les chiffres varient considérablement selon les sources) — on attendit des grandes puissances qu’elles tiennent parole.

Or, dès la conférence de paix qui se réunit à Paris en 1919, il fallut bien se rendre à l’évidence : il ne serait pas facile d’arrêter et de juger les hommes qui avaient fait partie du gouvernement ottoman pendant la guerre, car un certain nombre des participants ou des complices du génocide étaient toujours au pouvoir. Il apparut aussi rapidement que les intérêts divergents des Alliés dans la région déteignaient sur leur conception des poursuites judiciaires à engager contre les criminels de guerre. Enfi n, problème plus important encore que les autres, les institutions en place et le droit international ne se prêtaient guère à la recherche d’une solution au problème des « crimes contre l’humanité ».

Alors que les puissances alliées étaient en droit de poursuivre les criminels de guerre et plus précisément les auteurs des massacres d’Arméniens — comme l’admettait le traité de Sèvres signé en 1920 avec le gouvernement ottoman —, elles n’exercèrent jamais pleinement cette prérogative 2. On assista cependant à trois tentatives pour juger et punir les coupables. Avant même la signature du traité de Sèvres, le gouvernement ottoman lui-même constitua une série de cours martiales extraordinaires dans l’espoir d’obtenir des conditions plus favorables à la Turquie à la conférence de paix de Paris. Ces tribunaux, dont les interrogatoires préalables débutèrent en novembre 1918, commencèrent à siéger en février de l’année suivante et poursuivirent leurs travaux jusqu’en 1922. Ils finirent par être dissous sous la pression du mouvement nationaliste turc. Du reste, après la signature du traité de Sèvres et le début du démembrement de l’Empire, le nouveau gouvernement nationaliste ne voyait pas quel avantage il pouvait tirer de ces procès.

La seconde tentative relevait d’une initiative prise par les puissances alliées à la conférence de paix de Paris : il s’agissait de mettre en place un corpus juridique qui permettrait de juger les crimes contre l’humanité et de traduire leurs auteurs devant un tribunal international. Mais ces efforts furent, eux aussi, voués à l’échec par les confl its d’intérêts entre alliés ; s’y ajoutait que le droit international ne s’appliquait alors qu’aux crimes commis par un État contre les citoyens d’un autre État. Sujets ottomans, les Arméniens n’entraient pas dans cette catégorie, et il n’existait aucune convention internationale concernant les crimes perpétrés par un État contre sa propre population.

La Grande-Bretagne fut à l’origine d’une ultime tentative pour juger les responsables. Se méfi ant des tribunaux ottomans d’Istanbul, elle entreprit de placer les suspects en détention et de les expédier à Malte, possession coloniale anglaise. Au moment où les cours martiales extraordinaires turques commençaient à perdre leur soutien intérieur, les Britanniques continuèrent à tout faire pour juger les suspects en vertu de la loi britannique. Mais leurs efforts furent infructueux car les archives américaines et britanniques ne contenaient pas suffi samment de preuves contre des individus précis — contrairement aux archives ottomanes, qui en recèlent en abondance. Ainsi, malgré leurs imperfections évidentes, ce furent les procès militaires ottomans d’Istanbul qui, à travers les actes d’accusation, les télégrammes, les récits de témoins et autres dépositions faites au cours des procès ou pendant les enquêtes et interrogatoires préalables, rassemblèrent la documentation la plus utile et réussirent le mieux à défi nir la responsabilité du génocide.

La question de la responsabilité turque suscite toujours une vive controverse. Pourtant tout ce débat se résume à une question on ne peut plus claire : avons-nous des preuves d’une planifi cation centrale et déterminée des autorités ottomanes visant à la destruction totale ou partielle du peuple arménien ? La version offi cielle turque présente la mort de plusieurs centaines de milliers d’Arméniens (les estimations turques tournent autour de 300 000 à 600 000 victimes) comme une conséquence tragique mais involontaire de la guerre. Cet argument repose sur l’absence prétendue de toute preuve d’une politique délibérée d’élimination systématique dans les sources ottomanes. Je m’emploierai à démontrer le contraire dans cet ouvrage, qui est, à cette date, celui qui exploite la plus grande quantité de documents ottomans.

Comme nous l’avons vu, les éléments de preuve rassemblés par les cours martiales extraordinaires constituées à Istanbul sont d’une valeur inestimable dès que l’on cherche à évaluer les responsabilités turques dans le génocide arménien. Soixante-trois tribunaux
mi li taires environ furent appelés à siéger en février 1919 Parmi tous ces procès, il y en eut trois grands — mettant en cause des ministres du gouvernement de guerre, des membres du comité central du comité Union et Progrès (le CUP, le parti au pouvoir pendant la guerre) et les secrétaires régionaux du parti — qui traitèrent dans le détail de la question de la responsabilité politique.

On chercha clairement à prouver que les massacres d’Arméniens s’inscrivaient dans une planifi cation centrale et qu’il s’agissait donc, sans équivoque, d’un cas de génocide. Parallèlement aux autres procès d’Istanbul, qui se concentrèrent sur des exemples concrets d’atrocités commises dans différentes régions, ces procédures judiciaires ont livré d’importantes informations sur la manière dont les massacres furent perpétrés et sur la répartition des tâches entre différentes organisations paramilitaires et irrégulières. Sans nous arrêter aux matériaux publiés par Aram Andonian (que les chercheurs universitaires ont eu tendance à éviter à la suite d’accusations d’inexactitude, voire de falsifi cation 4), constatons que les enquêtes préalables aux procès ont également livré des documents de première importance sur la planifi cation et la mise en oeuvre du génocide.

Il convient de noter qu’un grand nombre de ces matériaux proviennent de commandants de l’armée ottomane et d’autres offi ciers supérieurs ou administrateurs de haut rang qui savaient parfaitement ce qui se passait, et dont certains refusèrent de participer à ces crimes. Nous en avons deux exemples en la personne du commandant de la 3e armée, Vehip Pacha, et de Celal Bey,
gouverneur d’Alep. Jusqu’à une date récente, ces documents n’ont pas attiré l’attention qu’ils méritent de la part des spécialistes, et ce pour plusieurs raisons. Pour commencer, nous ignorons aujourd’hui encore où se trouve l’intégralité des archives judiciaires. Certains documents sont conservés dans les archives du patriarcat arménien de Jérusa lem, mais il s’agit de copies manuscrites, et non d’originaux.

Deuxièmement, les matériaux existants sont dispersés et incomplets. Ils comprennent les procès-verbaux (actes d’accusation et jugements compris) de douze des soixante-trois procès publiés sous forme de supplément au journal offi ciel du gouvernement ottoman, Takvîm-i Vekâyi, les quotidiens de l’époque qui ont largement couvert les événements entourant les procès et enfi n différentes pièces d’archives ottomanes. La dispersion de ces sources fait obstacle à une compilation exhaustive, d’autant plus que les archives ne sont pas aisément accessibles aux chercheurs. Troisièmement, toutes ces sources sont en langue ottomane — c’est-à-dire en turc écrit dans une graphie arabe, avec une forte infl uence de perse et d’arabe —, dont la lecture exige des compétences bien particulières. Enfi n, les chercheurs turcs ont eu tendance à rejeter les documents ottomans accessibles, en même temps que les procès eux-mêmes, car ils y voyaient le refl et d’une « justice de vainqueurs », imposée par des Alliés bien décidés à discréditer les Ottomans et à démembrer l’Empire.

Si nous avons de bonnes raisons de penser que ces archives longtemps négligées ont été « élaguées » après l’armistice de 1918 — beaucoup de documents relatifs à cette affaire ont été détruitsou, selon l’avocat commis d’offi ce aux procès militaires d’Istan- bul, « confi squés » —, l’immensité du crime et l’abondance des documents étaient telles que ces derniers n’ont pu être que partiellement expurgés. La mise en oeuvre d’une politique génocidaire à l’échelle de l’État a entraîné l’échange de plusieurs centaines, voire de milliers de pages de correspondance, à différents niveaux du pouvoir gouvernemental. Si une importante fraction de ces documents a disparu, ce que contiennent encore les archives ottomanes et les comptes rendus d’audiences suffi t à montrer que le comité central du CUP et l’Organisation spéciale qu’il créa pour exécuter son plan cherchèrent délibérément à détruire la population arménienne. Nous ne donnerons qu’un exemple du genre de preuves qui réfutent la version offi cielle de l’État turc : en 1995, la direction générale des Archives nationales a publié un important recueil de documents, Les Arméniens dans les documents ottomans, 1915-1920, soigneusement sélectionnés pour confi rmer la thèse en vigueur.

Le volume contenait un télégramme daté du 12 juillet (29 Haziran) 1915, adressé par Talât Pacha, ministre de l’Intérieur, au gouverneur général de la province deDiyarbakir et commentant les
récentes déportations dans la région. Le télégramme révèle une in dé niable intention génocidaire. Admettant que plus de 2 000 chrétiens avaient été tués à Diyarbakir, Talât Pacha lance cet avertissement au gouverneur : « Puisqu’il est catégoriquement interdit que d’autres chrétiens soient concernés par les mesures disciplinaires et politiques adoptées pour les Arméniens, il convient de mettre un terme immédiat à ce genre d’événements, qui feront mauvais effet sur l’opinion publique et mettront en danger la vie des chrétiens sans discernement 5. » Autrement dit, la politique adoptée contre les Arméniens devait exclure d’autres groupes chrétiens 6. Les preuves contenues dans les archives ottomanes sont complétées par les documents trouvés en Allemagne et en Autriche, qui confi rment amplement que nous sommes face à une opération d’anéantissement organisée par le pouvoir central. Ces archives sont particulièrement instructives dans la mesure où l’Allemagne et l’Autriche étaient des alliés militaires et politiques de l’Empire ottoman. Leurs soldats se battaient sur les mêmes fronts, tandis que leurs agents consulaires jouissaient d’une entière liberté de circulation à l’intérieur du pays et pouvaient communiquer sans censure avec leurs ministres des Affaires étrangères restés dans la mère patrie. Au-delà de leurs activités dans les provinces, les
consulats étaient en relations suivies avec les centres turcs où se prenaient les décisions politiques et militaires et étaient informés des événements de première main.


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http://www.denoel.fr/Denoel/Control.go?action=rech&prod_code=B25963



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TÉLÉCHARGER :
 Extrait du livre de Taner Akçam



Source/Lien : Editions Denoël



   
 
   
 
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