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Dialogue arméno-turc : en souvenir d'une cohabitation idyllique
Publié le : 04-05-2009

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Ci-dessous un article du « Centre de Doha pour la liberté d’information », situé au Qatar. On retrouve dans son conseil d’administration, des noms tels que le Sheikh Hamad Bin Thamer Al Thani, président de la chaîne de télévison Al Jazira, Alaa Al Aswani, écrivain (Egypte) Jassim Marzouq Boodai, rédacteur en chef du journal Al-Rai (Koweit)... L’article analyse l’affaire Dink mais on y retrouve certaines terminologies douteuses : « événements de 1915 (‘génocide’ pour la diaspora, ‘grande tragédie’ pour les Arméniens turcs, ‘déportation’ pour la Turquie) », ou « esprit de vengeance – dans les deux sens ». Et la cerise sur le gâteau : « Hrant Dink a été le catalyseur d’un nouveau dialogue entre ceux qui avaient cohabité pendant des siècles et qui, pourtant, ne pouvaient plus se parler depuis le début du XXe siècle. » Si on appelle cohabitation, une longue suite de massacres de masse, depuis des siècles, à l’encontre de la population arménienne, d’enlèvements, de viols, de rapts d’enfants arméniens pour en faire des Janissaires, d’oppression économique et militaire orchestrée contre les « riches » arméniens depuis la nuit des temps, alors oui, qu’elle était belle la cohabitation turco-arménienne... Vivement que ça revienne.


Le message de Hrant Dink est toujours vivant


22 avril 2009

La neuvième audience du procès des assassins du journaliste turco-arménien Hrant Dink, tué le 19 janvier 2007, s’est tenue lundi 20 avril devant la 14ème chambre de la Haute Cour Criminelle du tribunal de Besiktas (Istanbul).

Coup de théâtre ou effet de diversion ? Alors qu’Ogün Samast affirme qu’il était seul sur les lieux du crime, cinq témoins, qui ont eux mêmes demandé à sortir de prison pour le procès, sont venus affirmer que le véritable assassin n’était autre que le fils d’un ancien directeur de la Sûreté d’Istanbul. Une révélation qui ne fait qu’augmenter la confusion et paraît donner raison à la partie civile, selon laquelle "la vérité est ailleurs". La prochaine audience a été fixée au 6 juillet.

La justice turque sait parfois prendre son temps, pour peu que les instructions soient complexes, et surtout sensibles. C’est le cas avec cette délicate affaire qui puise ses racines bien au-delà de la personnalité de la victime et de ses assassins. L’apparente lenteur de la machine judiciaire tranche avec l’extrême rapidité montrée il y a deux ans par la police : dès le lendemain de l’assassinat du journaliste, elle mettait la main sur un sympathisant d’extrême droite âgé de 17 ans, Ogün Samast, venu en autobus de sa ville de Trabzon (Nord-Est) pour abattre le journaliste en pleine rue, devant son bureau, avant de rentrer chez lui, l’arme du crime en poche, toujours en autobus.

En réalité, derrière la fausse banalité d’un crime xénophobe, où un militant fasciste prétend laver l’affront fait par un intellectuel arménien questionnant la conscience collective autour des événements de 1915 (‘génocide’ pour la diaspora, ‘grande tragédie’ pour les Arméniens turcs, ‘déportation’ pour la Turquie), se cache de toute évidence une vaste machination politique, dont seuls les exécutants sont aujourd’hui devant les juges. Rapidement, il s’est avéré que le tueur à gages n’avait pas seulement été ‘inspiré’ par les écrits du journaliste trouvés sur Internet, comme il l’a prétendu, mais bien qu’il avait été instrumentalisé.

Premier fait particulièrement troublant, le soir même de son interpellation, Ogün Samast posait pour une photo avec ses geôliers devant le drapeau national turc, comme un véritable héros, et non comme un suspect. Au moins sur cette image, la police et la gendarmerie apparaissaient déjà complices. La suite de l’enquête allait démontrer que leur implication était réelle et profonde.

Non seulement les commanditaires directs étaient soit connus des services de sécurité, soit même leurs informateurs, mais en outre, il s’est avéré que les trois services (police, gendarmerie et renseignements) étaient au courant des plans d’assassinat de Hrant Dink depuis plusieurs mois, voire un an à l’avance, comme plusieurs suspects l’ont déclaré à la barre. Mais ces trois services n’ont rien fait : ils n’ont ni protégé la victime ni empêché les comploteurs de passer à l’acte. Après bien des péripéties, la justice a finalement décidé de juger le commandant de la gendarmerie de Trabzon et cinq autres militaires pour ‘faute professionnelle’, en plus de deux autres déjà en jugement. C’est une petite victoire pour les défenseurs de la famille Dink, qui depuis le début refusent de se contenter d’une procédure se limitant aux seconds couteaux. Pourtant, le cas du chef de la gendarmerie et des cinq militaires sera étudié en dehors du dossier concernant l’assassinat lui-même. Lundi, le Président du tribunal a d’ailleurs refusé de faire entendre ce responsable de gendarmerie ainsi que quatre responsables de la Sûreté de Trabzon, d’Istanbul et d’Ankara, comme le réclamait la partie civile.

Pour l’éditorialiste Murat Belge, "il y a un lien concret entre ‘l’ordre établi’ et les meurtriers de Hrant Dink". ‘L’ordre établi’, auquel il fait référence, est ce que l’on appelle souvent en Turquie ‘l’Etat profond’ : dans l’ombre de l’Etat (et parfois contre lui), des services ‘parallèles’ utilisant des moyens ‘parallèles’ et un personnel ’parallèle’ pour appliquer des méthodes toujours ‘parallèles’, c’est-à-dire extrajudiciaires et anti-démocratiques, contre certains opposants de l’Etat – ou considérés comme tels.

Au moment où le rédacteur en chef de l’hebdomadaire turco-arménien Agos a été assassiné, la campagne contre ces prétendus ‘ennemis de l’Etat’ battait son plein depuis plusieurs années. Une horde nationaliste bien pensante affichait sa toute-puissance dans des tribunaux surchargés de poursuites contre la liberté d’expression, devant les salles de conférence réunissant des intellectuels attachés à certaines ’vérités historiques’, et dans les galeries d’exposition de photos rappelant les sombres heures des saccages et pogroms visant les minorités non musulmanes.

Hrant Dink était en tête sur la liste des boucs émissaires désignés par les nationalistes. Il venait d’être condamné aux termes de l’article 301 du code pénal (punissant l’insulte à l’identité turque). Il fut le seul journaliste jamais condamné au nom de cet article liberticide. "Cela donne à réfléchir", disait-il de façon prémonitoire.

Il avait été ouvertement désigné comme cible, non seulement par la justice, qui en avait fait une exception (toutes les autres plaintes se soldant par des non-lieux), mais aussi par une campagne médiatique et publique. Il relatait d’ailleurs dans ses articles les menaces écrites et quelquefois directes qu’il recevait.

Cet acharnement particulier, il le savait bien, tenait surtout à son identité arménienne qui aurait dû lui imposer le silence. "Etranger de l’intérieur", il n’avait pas à se mêler des affaires de la Turquie et surtout d’un passé sujet à controverse, que les Européens avaient d’ailleurs eux aussi contribué à raviver, en exigeant un effort de contrition de la part des Turcs. Mais au lieu de se taire, Hrant Dink avait fait de la réconciliation turco-arménienne son cheval de bataille depuis la création du journal Agos, au milieu des années 90.

Hrant Dink défendait avec passion l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, mais non comme un moyen de pousser le pays à reconnaître la responsabilité active de l’Empire Ottoman dans la mort de centaines de milliers d’Arméniens au début du siècle dernier, plutôt comme un levier pour accélérer la démocratisation et le renforcement de la liberté d’expression des intellectuels qui, comme lui, passaient trop de temps dans les tribunaux. Il était même opposé à ce que les Européens, en bloc ou individuellement, interviennent dans le nécessaire débat entre Turcs et Arméniens. Cela devait, selon lui, se régler "entre eux", et non sous une quelconque pression ou un quelconque chantage extérieur. Quant on le menaçait : "tu l’aimes ou tu la quittes !", il n’imaginait pas un instant quitter "son" pays, la Turquie.

Les négociations avec la Turquie en vue de son adhésion à l’Union européenne ont officiellement été ouvertes le 3 octobre 2005. L’excitation était alors à son comble, et la tension était vive dans les milieux nationalistes opposés à ce rapprochement et à tout ce qu’il implique. L’idée européenne était vivement combattue, et Hrant Dink devint certainement à ce moment-là, sans le savoir, la victime expiatoire de ce rejet d’Europe.

Paradoxalement, sa mort fut l’occasion d’une prise de conscience salutaire. Immédiatement après l’assassinat, l’opinion publique se mobilise massivement. Des fleurs, des chandelles, des prières et des messages sont déposés devant l’entrée des locaux d’Agos, à l’endroit où il est tombé. Une première manifestation spontanée se tient quelques heures à peine après sa mort, dans le centre d’Istanbul. Mais surtout, quelques jours plus tard, pour ses obsèques, c’est une marée humaine qui l’accompagne à travers la ville, sous le soleil, jusqu’au cimetière. Des centaines de milliers de personnes font à ce moment-là cause commune avec le message de paix et de réconciliation que le journaliste portait comme la bonne parole partout en Turquie, en Arménie, en France. "Nous sommes tous des Hrant Dink !", clame une petite affichette ronde et noire, et cette adhésion à la philosophie de Dink surprend, rassure.

Pourtant, dans les semaines et les mois qui suivent, les provocations nationalistes et xénophobes se multiplient, alors que l’instruction du procès des assassins de Hrant Dink commence à mettre au jour les liaisons très particulières du tueur à gages avec les milieux nationalistes (le Parti de la Grande Unité, BBP), des repris de justice et les services de sécurité. Dans les stades, des spectateurs brandissent des banderoles affirmant "Nous sommes tous des Ogün Samast !" (nom du meurtrier présumé) et portent le même bonnet blanc que leur héros. Le 18 avril 2007, un pasteur allemand est torturé à mort avec deux collègues turcs dans la ville de Malatya (Est). Quelques mois auparavant, le 5 février 2006, le prêtre catholique italien Andrea Santoro avait également été assassiné dans son église de Trabzon. Les avocats de la famille Dink ont d’ailleurs demandé et obtenu que le lien entre ces trois affaires soit examiné par la justice.

Le 2 juin 2007, le procès s’ouvre dans un déchaînement de haine contre les amis et la famille du journaliste, la police a beaucoup de difficulté à les protéger contre les assauts des partisans des suspects… Dans un premier temps fermées à la presse et aux observateurs, les audiences deviennent publiques en 2008, quand le principal accusé atteint la majorité. Elles sont – procédure inhabituelle – entièrement filmées. Vingt personnes sont jugées et risquent, pour certaines, des condamnations à plus de 40 ans de prison. Cinq des prévenus sont maintenus en détention. L’ambiance est chargée d’agressivité. Les avocats de la défense eux-mêmes ne se privent pas de faire, devant la Cour, des sous-entendus racistes. Le Président du Tribunal a d’ailleurs interdit à plusieurs accusés d’assister à la neuvième audience, lundi 19 avril, pour sanctionner leur comportement violent. Le principal accusé, lui, a choisi de ne plus répondre aux questions des avocats de la partie civile.

L’affaire Ergenekon

Aujourd’hui, le contexte politique a radicalement changé en Turquie : la fureur nationaliste a nettement diminué, à la faveur d’un autre procès qui n’est apparemment pas sans lien avec celui des assassins du journaliste turco-arménien : celui du réseau Ergenekon. Le démantèlement de cette nébuleuse - qualifiée de ‘terroriste’ dans l’acte d’accusation - a démarré quasi-simultanément à l’ouverture du procès des assassins de Hrant Dink, en juin 2007. D’ailleurs, plusieurs acteurs de l’affaire Dink sont actuellement sous les verrous et accusés dans l’affaire Ergenekon, y compris certains avocats des personnes impliquées dans le meurtre du journaliste.

Le procès de l’affaire Ergenekon s’est ouvert en octobre 2008 et de nouveaux actes d’accusation épaississent régulièrement le dossier au fil des arrestations dans divers milieux. Des personnalités de premier plan (dont de nombreux responsables de l’armée, en retraite ou en activité) sont accusées d’avoir comploté pour renverser le gouvernement en créant les conditions favorables à un coup d’état militaire. Parmi les moyens envisagés pour instaurer une atmosphère de chaos propice à une intervention de l’armée, figurait l’assassinat de figures emblématiques au sein de diverses minorités ethniques ou religieuses. Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Agos pourrait bien avoir figuré sur cette liste d’hommes à abattre…

Il n’est sans doute pas fortuit, en effet, que se retrouvent aujourd’hui devant la justice un ancien commandant de gendarmerie qui avait explicitement menacé le journaliste dans une enceinte officielle, plusieurs animateurs de la mouvance nationaliste ayant tenté de se faire désigner partie civile dans les procès contre Hrant Dink en 2006, et un avocat des meurtriers présumés du journaliste. Ces hommes prétendaient tous agir au nom de la défense des idéaux d’Atatürk, contre l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne et contre le nécessaire réexamen du passé que cela implique.

"Le procès Ergenekon, explique Murat Belge, est aujourd’hui à la fois un frein pour l’avancement du procès Dink, et un révélateur qui a sans doute permis d’aller plus loin dans l’évocation de l’implication de certains membres des forces de sécurité. Comme si, sans la mise au jour du réseau Ergenekon et de ses nombreuses ramifications, personne n’aurait pu croire à une telle machination. Les deux affaires ne sont pas liées pour l’instant, mais elles pourraient bien le devenir, tout comme la Justice a décidé de lier d’autres attentats à l’affaire Ergenekon, et d’enquêter sur les liens entre les assassinats de Dink, du prêtre italien de Trabzon et du pasteur allemand de Malatya".

Ce qui a changé en Turquie, depuis la mort de Hrant Dink, c’est également la prise de conscience que le dialogue avec les Arméniens était une nécessité pour dépasser ce point de blocage de la conscience collective. La disparition de celui qui disait "porter en lui la souffrance du peuple arménien" mais "trouver dans la cohabitation avec le peuple turc l’antidote à cette douleur", a suscité l’empathie bien au-delà du cercle des activistes de la paix et des droits de l’homme. Chaque anniversaire de sa mort et chaque audience du procès de ses assassins est prétexte à une manifestation de ceux qui veulent faire vivre son message et rapprocher les deux peuples.

L’initiative la plus remarquable, à cet égard, est sans doute la "pétition" (ils réfutent ce terme) rédigée par un groupe d’intellectuels turcs et publiée sur Internet, en décembre dernier. “Ma conscience n’accepte pas l’indifférence face à la Grande Tragédie qu’ont subie les Arméniens ottomans en 1915, ni sa négation. Je rejette cette injustice, je partage personnellement les sentiments et la douleur de mes frères Arméniens, je leur demande pardon.” Ce texte, qui a fait l’objet de plusieurs plaintes restées sans suite, a recueilli quelque 30.000 signatures.

Plus spectaculaire encore est le rapprochement diplomatique initié depuis quelques mois entre les gouvernements turc et arménien. Il s’est illustré par le déplacement en septembre dernier à Erevan (pour un match qualificatif à la Coupe du Monde de football) du Président de la République turque Abdullah Gül, une grande première alors que les deux pays n’entretiennent pas de relations diplomatiques ! Le match retour, en Turquie à l’automne prochain, sera l’occasion pour le Président arménien de venir à son tour en Turquie mais "en passant par la frontière terrestre", vient-il de déclarer avec optimisme, alors que les deux points de passage entre les deux pays sont fermés depuis 1993. Les rencontres entre dirigeants des deux pays se sont multipliées ces derniers temps, et cette volonté de normalisation des relations bilatérales ‘sans préalable’ (sous-entendu : de la reconnaissance du génocide) mène incontestablement à court ou moyen terme à l’examen de l’histoire commune et des évènements de 1915 par les deux pays, comme l’a rappelé le chef de l’Etat turc au début du mois : "une commission mixte d’historiens fera la lumière sur cette période, et leurs conclusions s’imposeront", a insisté M. Gül. Mais désormais, ce rapprochement s’amorce dans un climat dépassionné, sans influence extérieure, et il est attendu par la communauté internationale et les deux peuples impliqués comme une nécessité incontournable, une évidence après près d’un siècle de déni et de vindicte, pour ne pas dire d’esprit de vengeance – dans les deux sens.

Hrant Dink avait préparé le terrain à cette réconciliation. Son engagement lui a été fatal, mais le message qu’il laisse lui survivra. Il a été le catalyseur d’un nouveau dialogue entre ceux qui avaient cohabité pendant des siècles et qui, pourtant, ne pouvaient plus se parler depuis le début du XXe siècle. Hrant Dink a peut-être été la "1.500.001e victime du génocide", comme l’annonçait, un peu maladroitement, la presse turque en janvier 2007, mais il restera comme un artisan essentiel de la réunion des deux peuples.




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Source/Lien : Centre de Doha



   
 
   
 
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