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Procès autour du génocide arménien : "L'inversion perverse de l'Histoire" (II)
Publié le : 20-10-2017

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN propose ici la deuxième partie du compte-rendu du procès qui s'est tenu le mardi 17 octobre 2017 à la 17e Chambre du Tribunal de Paris, autour d'Ara (Jean-Marc) Toranian, directeur du mensuel Nouvelles d'Arménie Magazine (NAM) et co-président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF), et de Samuel Tilbian, un contributeur du Forum des NAM, tous deux mis en accusation par Maxime Gauin, alias Dussardier, qui s'est estimé diffamé et injurié pour avoir été comparé sur Armenews.com, site internet des NAM, au négationniste de la Shoah, Robert Faurisson.







Légende : Le plaignant, Maxime Gauin, prend la pose à la sortie de l'audience - Photo Jean Eckian



Tout comme pour la première partie, le Collectif VAN propose ici un compte-rendu qui est loin d'être exhaustif, les prises de parole ayant été - selon que les intervenants utilisaient ou non un micro - plus ou moins audibles. Ce compte-rendu ne prétend donc en aucun cas reproduire le verbatim exact des propos des uns et des autres mais il est rédigé de bonne foi. Les citations sont mises entre guillemets par souci de clarté afin de pouvoir être attribuées au bon intervenant mais ne sont pas des citations certifiées. L'ensemble du compte-rendu peut comporter des erreurs et des omissions dues à la rapidité des échanges.

Mardi 17 octobre 2017 - Paris

L'après-midi est déjà bien avancée. La tension est perceptible parmi les amis et soutiens d'Ara Toranian qui s'agglutinent sur les bancs réservés au public. Nous sommes tous soumis à la moiteur d'une salle chauffée à blanc par les rayons du soleil et par les enjeux : "Ils sont venus, ils sont tous là", y compris les fantômes sans sépultures que chacun d'entre nous porte en héritage, eux qui, à travers nous, sont témoins de cet ultime outrage. "100 ans de jérémiades" avait persiflé un soutien du plaignant avant que ne reprennent les débats...

Déposition de Jean-Marc Toranian (Ara Toranian)

Ara Toranian : "Je suis le directeur des Nouvelles d'Arménie Magazine, l'un des principaux médias des Arméniens de France. Je suis également co-président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF). J'ai été amené à m'intéresser à Maxime Gauin et à être particulièrement agressé par ses propos. Mes quatre grands-parents ont vécu le génocide.
Mon grand-père Onnig Toranian a cherché toute sa vie sa soeur qui avait été enlevée par les Kurdes.
Je suis ici devant les représentants des intérêts turcs que je sais totalement insensibles à cette question. Le temps aurait dû apporter son apaisement.

Durant des décennies, personne ne parlait du génocide.
Les Arméniens n'avaient pas de force politique, ils se heurtaient au chantage de l'État turc pour faire taire la voix des Arméniens.
C'était l'époque où quand les Arméniens voulaient envoyer des Memorendum, ces Memorendum étaient jetés à la poubelle. C'était le temps où lorsque les Arméniens voulaient ériger un monument dans la cour de l'église arménienne de Marseille, la Turquie intervenait auprès du gouvernement français pour tenter de l'empêcher.
C'était l'époque où il était interdit de porter une banderole avec le terme génocide arménien. C'était l'époque où des CRS pénétraient dans l'église arménienne de Paris le 24 avril.
Jean-Paul Sartre nous avait écrit une lettre pour nous dire que, lors du Tribunal Russel, il y avait eu une initiative visant à mentionner le génocide arménien, mais que suite à l'intervention du délégué turc, niant le génocide, cette mention avait été abandonnée. Sartre nous a indiqué : "Je me suis tu, j'en ai gardé une honte profonde, je tenais à vous le dire".

Ce négationnisme n'est pas une controverse, c'est un moment du crime..

L'argumentaire, le fond de sources rhétoriques de Maxime Gauin n'a pas changé depuis les années 70, comme celui des négationnistes de la Shoah.
On minimise le nombre des morts, on fait endosser aux victimes la responsabilité du déclenchement des massacres, on rappelle un contexte de guerre... Mais en quoi ma grand-mère était-elle une menace ?"

Un frémissement parcourt la salle.

Ara Toranian reprend : "Ce sont des procédés qu'on connaît bien. Mes propos ne sont ni diffamatoires ni injurieux, ce sont des réactions aux propos tenus de manière obsessionnelle par Maxime Gauin."

"Il insulte Taner Akçam, cet historien turc qui a eu le courage de travailler sur le génocide arménien, qui a subi des procès et des peines de prison, qui a porté l'affaire jusqu'à la CEDH et qui a gagné.
C'est un historien qui publie, pas comme Maxime Gauin. Avez-vu lu un livre de Mr Gauin?
Taner Akçam a reçu des prix, lui, contrairement à Mr. Gauin.
Indépendamment de ce négationnisme, tous les Arméniens sont dans sa ligne de mire. Ainsi, pourquoi ce tweet contre cette pauvre Kim Kardashian dont il a fait suivre le nom du hashtag "prostitution" ?
Ou contre Charles Aznavour et jusqu’aux résistants du groupe Manouchian ?
Maxime Gauin outrage la France quand il dit que ces gens-là, des résistants, n’étaient pas la France. C’est effectivement quelqu’un au service du fascisme turc.
Je suis présenté par lui comme une figure du terrorisme. Il prétend que j'ai été condamné alors que c'est totalement faux.
C'est un discours incitatif à la violence et haineux.

Pendant longtemps, on s'est posé la question : faut-il répondre ou ne pas répondre ?
Mais on a suivi la jurisprudence de Pierre Vidal-Naquet : on ne discute pas avec les négationnistes.
En-dehors de quelques exceptions, lors d'incitations à la haine et à la violence contre moi, on avait choisi de ne pas répondre.
La donne a changé quand il a publié dans Haaretz car il a cherché à séparer les Juifs et les Arméniens en taxant ces derniers d'antisémitisme.
Quand Maxime Gauin a eu accès à un grand média, cela m'a renvoyé à l'interview de Faurisson dans Le Monde du 29 décembre 1978 [1].

Il y a une volonté d'isoler la communauté arménienne. Sa logique, c'est de calomnier les Arméniens. Je ne retire rien de mes propos. Toutes les plus grandes voix de la communauté juive sont à mes côtés, Serge Klarsfeld, Bernard-Henri Lévy, Francis Kalifat, le président du CRIF, Simone Rodan-Benzaquen (directrice France de l’American Jewish Committee-AJC), et tant d'autres [2].

Je suis solidaire de Sam Tilbian : Maxime Gauin est bien au service du fascisme turc.
Nous sommes un petit journal, nous n'avons pas les moyens de faire des procès, de nous payer des avocats, à l'inverse de Maxime Gauin qui l'a dit dans un journal azerbaïdjanais.

Un autre exemple de ses provocations : quand Maxime Gauin va sur le site du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme] et qu'il explique que le colonel Türkes n'est pas fasciste. Pourquoi aller provoquer un site arménien en faisant la promotion de Türkes et de son parti fasciste, le MHP ?
Le Collectif VAN lui a répondu en publiant la fiche d'Encyclopædia Universalis sur Türkes [3].

Le négationnisme, c'est un moment du génocide, je ne dirais pas son "service après vente", mais la continuation par d'autres moyens.
L'État turc a bénéficié d'une impunité totale et a bénéficié de la spoliation de tout un peuple."

Ara Toranian poursuit, la voix étranglée, brisée par l'émotion : "Quand mes grands-parents sont venus en France, je ne pense pas qu'ils imaginaient que leur petit-fils serait sur le banc des accusés dans cette inversion perverse de l'histoire."

Après un long silence, Ara Toranian reprend :

"Par quatre fois, l'Assemblée Nationale et le Sénat ont voté la pénalisation du négationnisme. Il y a six mois, on ne pouvait pas poursuivre le négationnisme du génocide des Tutsi. Qui sait de quoi demain sera fait pour le génocide arménien ?

En attendant, peut-on s'appuyer sur ce déni de justice pour empêcher les descendants des victimes de se défendre ?"

Il est 16:42 et c'est au tour de la partie civile de faire sa déposition.

Déposition de Maxime Gauin

"La victime ici c'est moi !" s'insurge le doctorant d'Ankara avec son accent chantant de la région d'Agen et sa voix haut perchée.
"On me compare avec les nazis. Quelle injure plus abominable ?
Mon grand-père a eu la médaille de la Résistance.

On me désigne comme "minable tâcheron au service du fascisme turc".
Je rappellerai la définition exacte du mot fascisme selon Pascal ORY.

On fait à mon propos une comparaison avec Robert Faurisson.
Il n'y a rien de pire pour un historien que d'être comparé à un faussaire comme Robert Faurisson. Je n'ai falsifié aucun document.
Je regrette de ne pas avoir entendu citer la décision de janvier 2017 du Conseil Constitutionnel qui dit qu'il s'agit "de faits susceptibles de faire l'objet de débats historiques".

Ils [les prévenus] dénaturent de manière totale ce que j'ai écrit : "les déportés étaient très bien nourris et accueillis et au cours des marches forcées".
Avez-vous noté où je disais cela? [4]

Je voulais simplement souligner la diversité extrême des situations.

Mr Toranian prétend que je ne suis publié que sur des sites nationalistes.
J'ai eu une publication universitaire en mars 2015.
J'ai une lettre de soutien d'universitaires américains.
J'attends une pitié sur le fond.

Parmi les griefs qu'il me fait, Mr Toranian dit "je suis présenté comme une figure du terrorisme."
Je parle de lui en citant ses propos !
Il faudrait donc que je me taise ! Je cite des condamnations de son groupe : il s'est totalement solidarisé de ces gens-là.

À propos de M. Samuel Tilbian, vous noterez qu'il a déclaré que la 17e Chambre était inféodée à la Turquie !

Je ne m'en prendrais jamais aux Arméniens en général. Au contraire, je fais toujours la distinction et je rappelle souvent le triste sort des citoyens de la République d'Arménie."

La Présidente :
"Pouvez-vous rappeler votre parcours d'Historien ?"

MG : "J'ai fait ma Licence à Bordeaux.
J'ai été étudiant en Master 1 à l'ENS de Lyon.
Puis j'ai fait à Paris 1 ma deuxième moitié de master d'Histoire sociale sous la direction de Michel Pigenet. J'ai eu une mention Très Bien.
Je voudrais signaler qu'il y avait une pratique qui consistait à publier les cinq meilleurs masters. Mon article avait passé les sélections du Comité de Lecture, mais suite à des pressions que je ne suis pas encore arrivé à identifier, mon article a été zappé de la version papier de la publication.
Je voudrais faire la comparaison avec les États-Unis où j'ai été sollicité par un professeur de l'Université de Boston pour écrire l'article "Empire ottoman". J'attire donc votre attention sur la situation en France, où l'on ne peut pas débattre de ce sujet. C'est très préoccupant."

La Présidente : "Diriez-vous que votre article défend la thèse contraire à la qualification de la reconnaissance du génocide arménien?"

MG : "Je vous renvoie à la décision du Conseil Constitutionnel qui..."

La Présidente l'interrompt : "Je ne vous demande pas si c'est légal."

MG : "Oui, mais ce n'est pas le but principal que je poursuivais."

P : "Oui quoi ? Oui vous contestez la qualification de génocide ?"

MG : Oui, je conteste ce qualificatif. Le type de critiques que je publie dépasse la simple controverse. Taner Akçam raconte n'importe quoi. Une revue dit que "son dernier chapitre repose sur des manipulations de preuves".

En réponse à des questions posées, Maxime Gauin précise :

"Actuellement, je termine ma thèse de doctorat.
Elle porte sur "Les relations entre la République Française et les comités arméniens de 1918 à 1923".
J'ai travaillé sur les archives de la Défense, à Paris, à Londres, à Boston,...
Je ne donne pas de cours car le travail de chercheur est très prenant.
J'ai un poste à l'AVIM.
J'ai donné une conférence à l'université de Vienne en Autriche."

Maître Henri Leclerc :
"Où est hébergé le site Turquie News?"

Maxime Gauin hésite puis, tout en précisant qu'il n'est pas responsable de ce site, qu'il ne sait pas grand-chose, il répond : "En prévision de la loi de pénalisation, il avait été délocalisé aux USA en 2012. À l'heure actuelle, il n'est pas hébergé en France à ma connaissance."

Ara Toranian: "Je suis toujours impressionné par tous vos voyages et tous les frais que vous engagez. Quelles sont vos sources de financement, qui vous paye ?"

MG : "C'est ma boîte à idées, l'AVIM. Je précise que c'est un organisme privé turc."

Éclats de rire dans la salle.

Fin de l'audition du plaignant à 17:13.

Déposition des témoins de la défense

Yves Ternon, historien


"Cela fait 50 ans que je travaille sur le Crime de génocide et cela fait 50 ans que je subis la négation des génocides.
Le génocide arménien est une vérité indubitable, je viens de terminer la lecture des archives du Vatican en plusieurs volumes, c'était une extermination planifiée, elle correspond donc à la qualification du génocide.

Les recherches du génocide se sont beaucoup améliorées avec les études comparatistes, par exemple celles menées par le Mémorial de la Shoah où je travaille depuis 20 ans.
Le génocide arménien, la Shoah, le génocide des Tutsi, ces événements ont leurs similitudes et leurs différences.
Il n'y a pas de malentendu entre la mémoire juive et la mémoire arménienne.

J'ai eu l'honneur de présider le Colloque international qui s'est tenu à la Sorbonne à Paris en mars 2015, avec des dizaines de chercheurs internationaux dont une douzaine de nationalité turque. Il a été suivi de plusieurs colloques au Mémorial de la Shoah, à l'EHESS, à la BNF.

Le président de la République, François Hollande, avait chargé Vincent Duclert de présider une mission ministérielle d’étude sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse. Elle a présenté ses travaux lors d'un colloque qui s'est tenu début octobre à Science-Po.

Il est vrai que le mot négationnisme a été inventé en 1987 par Henri Rousso mais il est communément admis que son utilisation est élargie à d'autres génocides, à l'instar du génocide des Arméniens et du génocide des Tutsi.

Le problème vient de l'ouverture que donne la médiatisation de la négation.
Faurisson fait aussi des procès : depuis 40 ans il a poursuivi un certain nombre de personnalités comme Robert Badinter.

Après 1923 et le Traité de Lausanne, les Arméniens disparaissent de l'Histoire jusqu'à Raphael Lemkin, le juriste qui a créé le mot génocide, et la Convention de Genève de 1948. Les Arméniens s'aperçoivent alors que c'est exactement ça qu'ils ont vécu : un génocide.
Ils rentrent dans un cycle de revendications, même en Arménie soviétique où une immense manifestation se tient en 1965.

Le négationnisme, c'est la négation du Crime et de sa préméditation.

Le négationniste essaye de déstabiliser en inventant une faille, sur le nombre de morts, sur le retournement de la responsabilité (les Arméniens sont responsables).

J'ai quelque gêne à venir devant un tribunal vous déranger car nul ne conteste la qualification de génocide pour les Arméniens."

La Présidente : "Avez-vous lu les articles de Maxime Gauin?"

YT : "Je ne connais pas du tout ce Monsieur."

Rires dans la salle.

Avant que Yves Ternon ne se retire, l'avocat de la partie civile, Maître Henri Leclerc, lui demande : "Êtes-vous isolé sur la question de la reconnaissance du génocide arménien ?"

YT : "Je n'ai pas du tout l'impression d'être isolé. Les historiens qui peuvent nier le génocide arménien ne sont pas des spécialistes de la question."

Après sa déposition magistrale et tout à la fois empreinte de modestie, Yves Ternon retourne à sa place.

Nota CVAN : Nous n'avons pas entendu Monsieur Ternon faire étalage de ses diplômes. Précisons que Monsieur Ternon est docteur en histoire, spécialiste des génocides au Mémorial de la Shoah et titulaire d'une habilitation à diriger les recherches (HDR), le plus haut des diplômes français. À bon entendeur salut.

17:29

Raymond Kévorkian, historien

"Je me propose d'évoquer devant vous l'évolution de la situation en Turquie concernant le génocide arménien.
Cette politique est symbolisée par un monument à Igdir, qui est dédié au génocide des Turcs par les Arméniens."

Cette politique a été portée longtemps par la Société d'Histoire turque, mise en place par Mustafa Kemal.
C'était une officine qui avait vocation à nourrir un nationalisme virulent.
En 2003 [Nota CVAN : soit l'année suivant la venue au pouvoir des islamo-conservateurs de l'AKP], il y a eu une ouverture indéniable y compris dans la classe politique turque.
En 2005, il y a eu le premier colloque à Istanbul, en Turquie, réunissant des chercheurs internationaux.
Il a pu avoir lieu dans des conditions à peu près normales avec des manifestations nationalistes à l'extérieur néanmoins.
Le colloque prévu dans une université avait été annulé et avait été délocalisé dans une autre.
Ces difficultés expriment assez bien le clivage entre les universités privées et publiques en Turquie.
Les universités privées Bilgi et Sabanci sont des espaces de libre expression.

Il existe environ 30 à 40 chercheurs travaillant sur le génocide arménien dans le monde, avec une montée en puissance des chercheurs turcs. On évoquait ce phénomène avec Taner Akçam : je lui ai dit en plaisantant que dans quelques années, il y aurait plus de chercheurs turcs spécialistes de la question, que d'Arméniens.
Depuis 2003, il s'est créé un forum par mail qui permet à des universitaires turcs et arméniens de s'exprimer.
On n'a jamais fini de faire de la recherche sur les violences de masse. En milieu universitaire, il n'y a pratiquement plus de contestation des faits.
Les écoles de turcologie en Europe qui étaient, dans le meilleur des cas, silencieuses, sont aujourd'hui sur une posture beaucoup plus équilibrée.
Il y a des exceptions plutôt aux États-Unis car les chaires d'études turques (tout comme les chaires arméniennes) sont financées."

La Présidente : "Avez-vous lu les articles de Maxime Gauin?"

RK : "Il m'est arrivé de lire des écrits de M. Gauin et même de le voir dans un colloque à Zurich où il avait pris le micro pour intervenir à partir de la salle. Je l'ai même applaudi. De manière ironique bien sûr.
Son type de posture relève de la polémique, de la malveillance.
Moi, ça ne m'intéresse pas."

L'avocat de la partie civile, Patrick Maisonneuve, lui demande pourquoi il n'avait pas répondu à Maxime Gauin qui lui avait exprimé le souhait de venir consulter les archives.

RK : "Je n'avais pas accès aux archives, j'étais en voyage."

M. Gauin s'insurge de la réponse donnée.

Raymond Kevorkian lui rétorque : "En gros, qu'est ce que vous me reprochez? De ne pas vous avoir donné des archives qui allaient vous permettre de faire l'une de vos démonstrations habituelles afin que la Turquie vous applaudisse ?

Maître Henri Leclerc l'interroge à son tour sur le consensus autour de la question :

RK : "Il y a désormais consensus au terme de plusieurs décennies de travail, y compris en Turquie".

Maître Henri Leclerc : "Et la répression en Turquie ?"

RK : "Il y a eu l'assassinat du journaliste arménien, Hrant Dink, à Istanbul en 2007. Actuellement, certains de nos collègues sont sous surveillance 24h/24 par le MHP." [L'extrême-droite turque].

Maître Henri Leclerc : "Quel rôle a eu la reconnaissance du génocide par l'Allemagne?"

RK : "C'était surtout une question éthique, portée par un député Vert d'origine turque, Cem Özdemir. C'est une démarche forte."

Maître Henri Leclerc : "Il faut rappeler que l'Allemagne était l'alliée de la Turquie durant le génocide, n'est-ce pas ?"

RK : "Oui, l'Allemagne a donc reconnu sa co-responsabilité."

Fin de l'audition des témoins.

Le plaignant n'aura donc pas jugé nécessaire de faire témoigner en sa faveur l'un de ses nombreux soutiens universitaires, ni son directeur de Master, Michel Pigenet, professeur d'Histoire contemporaine à l'Université Paris 1, qu'il évoque régulièrement comme s'il lui apportait sa caution scientifique.

Puisque la situation en Turquie a été effleurée, nous regrettons que la terrible répression qui sévit depuis juillet 2016 en Turquie ait si peu été évoquée au cours de cette audience.

18:03 Reprise de séance

Plaidoirie de l'avocat de la partie civile, Maître Patrick Maisonneuve :

1. À travers les questions sur le financement de M. Gauin, j'ai bien compris qu'on l'accuse d'être un petit soldat de l'État turc.
2. On a abordé la question du génocide arménien et un peu moins la question du négationnisme.

Moi, je ne suis pas historien, je n'ai pas de raison de mettre en cause l'existence du génocide arménien, mais est-ce qu'il reste une place pour le débat même dans sa plus simple expression?

Je n'ai pas vu dans les écrits de M. Gauin les accusations d'inversion de l'Histoire. Il a été question des débats de 1970, 1980 : à l'époque, M. Gauin n'était pas né.

Trois universitaires américains disent de Maxime Gauin qu'il fait un travail sérieux, qu'il n'est pas un exalté.

M. Gauin n'a jamais justifié les crimes commis contre les Arméniens, massacres qu'il ne conteste pas d'ailleurs.

On dit de lui : "Il fait partie de ceux qui ont permis aux Nazis de bien faire leur crime", alors qu'il est né en 1985 !

On vous dit que Maxime Gauin est un négationniste. Il fallait apporter des preuves.

Dans une démocratie, même si on ne le trouve pas assez estimable, on ne le diffame pas, on ne l'injurie pas.

18:15 : Après cette courte plaidoirie, dont la faible argumentation et l'absence de conviction peuvent évoquer un certain malaise, Maître Patrick Maisonneuve quitte rapidement la salle d'audience.
Sa collègue Lina Belkora poursuit la plaidoirie..

Plaidoirie de Lina Belkora (cabinet de Maître Patrick Maisonneuve), avocate de la partie civile

"Il est assez évident qu'on accuse Maxime Gauin d'adhérer aux thèses négationnistes. C'est diffamatoire.

Sur la bonne foi : on nous dit que les propos des prévenus s'inscrivent dans un contexte. On ne reviendra pas dessus. Nous notons la présence d'une animosité personnelle contre la victime. La bonne foi ne pourra pas être retenue.

Lors d'un précédent procès à Lyon, il a été estimé que défendre de telles thèses ne constitue pas une provocation justifiant la diffamation.

Concernant l'injure : on compare Maxime Gauin à Robert Faurisson. Comparer un jeune historien - il défend les thèses qu'il veut - à M. Faurisson, c'est injurieux.

"Maxime Gauin a subi un préjudice moral." conclut-elle en demandant 5000€ de dommages et intérêts à chacun des "accusés".


Réquisitoire du Procureur
(Intervention à peine audible car sans micro : retranscription sous toute réserve).

"En l'état actuel de notre droit, nous sommes dans une sorte de paradoxe. Le génocide est reconnu par la France depuis maintenant 16 années mais sa négation ne compte pas en l'état actuel.
On a compris les thèses soutenues par Maxime Gauin et on a compris les thèses de M.Toranian et Tilbian, leurs prises de position publiques, émanant de personnes qui ont vécu ce génocide dans leur famille.

Je requiers la relaxe concernant la diffamation.

Concernant l'injure : votre juridication aura à apprécier si l'excuse de provocation est présente en l'état, si la dimension personnelle de la provocation est réunie en l'espèce pour les propos de Maxime Gauin qui visent M. Toranian.

En résumé, je demande la relaxe concernant la diffamation et je laisse à votre appréciation pour l'injure."

Nota CVAN : Là encore, on relève une réelle réserve dans le réquisitoire. Souhaitons qu'elle se confirme lors du verdict.

Plaidoirie de l'avocat de la défense, Maître Henri Leclerc :

"Il ne s'agit pas de savoir si le génocide arménien a existé ou non.
Le génocide est le premier génocide du XXe siècle. Il y a quelque chose que l'on ne peut pas oublier. Nous avons ici quelques dizaines de milliers de personnes qui portent cette cicatrice.
Mr Toranian et Tilbian en sont les représentants.
Tous ces Français remarquables, insérés, qui portent une identité qui ne peut se cicatriser parce qu'elle est ravivée par le négationnisme de l'État turc.
Mon ami Pierre Vidal-Naquet, grand historien et grand spécialiste de la Shoah, disait "On ne discute pas avec les négationnistes".
Nous n'avons pas à débattre avec Maxime Gauin du génocide. Il raconte ce qu'il veut. Non seulement les Arméniens de France et du monde ne le croient pas, mais aussi la presque totalité des États.
Pierre Vidal-Naquet disait que la pire historiographie d'État était celle de l'État turc. Puisqu'on parle de Faurisson, je cite Pierre Vidal-Naquet qui a écrit : "Mettons-nous à la place des minorités arméniennes un peu partout dans le monde. Imaginons Faurisson ministre, Faurisson général, Faurisson ambassadeur, Faurisson membre influent des Nations unies, (....) et, avec tout cela, Talaat-Himmler jouissant depuis 1943 d'un mausolée solennel" en Turquie !
Qu'on ne nous dise pas que la comparaison avec Faurisson n'est pas justifiée !
J'ai plaidé des dizaines de fois contre Faurisson. Il disait lui aussi :
"Ce problème de la Shoah est discutable", "un certain nombre d'historiens le contestent."

Maître Henri Leclerc s'adresse à l'étudiant-plaignant :
"Il fait la même chose que vous. Il nie un génocide en permanence.
Que l'on ne dise pas "Ah ! mais vous allez couper la parole aux historiens !"
Je n'étais pas d'accord avec le lobby arménien sur ce sujet [la loi de pénalisation] mais il ne s'agit pas d'un débat d'histoire, Maxime Gauin n'a pas écrit un livre d'histoire, il a fait oeuvre de pamphlétaire.

Il utilise le site Turquie News qui n'est pas hébergé en France, on ne peut rien faire, on ne peut pas les poursuivre. C'est un site turc. Il n'appartient pas à l'État turc mais il développe les thèses de l'État turc.

Nous avons un site Turquie News inattaquable et un homme qui met à longueur de messages, ses propos contre le "génocide arménien" entre des guillemets...

Pour le mot négationnisme : effectivement, Henri Rousso a créé ce terme pour la Shoah mais personne ne conteste l'utilisation de ce terme par tout le monde.

Je dépose au dossier une pétition [2] de gens que le principe même de poursuivre Ara Toranian choque.
Vous parlez d'antisémitisme : mais qui a signé cette pétition ?
Charles Aznavour bien sûr, mais Bernard-Henri Lévy, Serge Klarsfeld, Beate Klarsfeld, Arno Klarsfeld, Francis Kalifat (président du CRIF) et tant d'autres.

Tout le monde considère que le fait de nier le génocide arménien est un acte négationniste.

Vous n'avez que des messages de mépris et d'injures pour la cause arménienne, pour ces gens qui portent dans leur chair la mémoire du génocide arménien.
Et cet homme n'a trouvé qu'un endroit pour aller faire sa thèse, c'est à Ankara !

Quand on voit la façon dont Maxime Gauin traite Ara Toranian, ses propos à l'égard d'Ara Toranian sont d'une violence terrible...

Sur le reproche d'antisémitisme en Arménie, j'ai ici l'article de la présidente de la communauté israélite d'Arménie qui contredit vos thèses.

On aurait pu attaquer M. Gauin. Mais comme Pierre Vidal-Naquet, on ne discute pas avec un négationniste.

Les Arméniens sont venus ici en France. J'ai vu, dans d'autres affaires, des vrais témoins, des vieux messieurs, des vieilles dames, venir témoigner d'une voix chevrotante de ce qu'il s'était passé en 1915.

Au moins que l'on puisse répondre, qu'on puisse traiter ceux qui méprisent la mémoire arménienne, qu'on puisse dire qu'ils sont des faussaires de l'Histoire.
La CEDH a estimé que la dignité arménienne n'avait pas été atteinte : qu'on leur laisse le droit de les dénoncer !

Ce n'est pas une injure d'être comparé à Robert Faurisson. Au mieux de la diffamation. Il a les mêmes mots exactement que Maxime Gauin.

Si vous les condamnez, c'est encore une insulte !" conclut le célèbre avocat de la défense.

Il est 19:06. La présidente invite Samuel Tilbian et Ara Toranian à s'exprimer une dernière fois.

Samuel Tilbian : "Pourquoi Maxime Gauin a-t-il écrit que les Arméniens étaient bien traités pendant leur déportation, bien nourris ? C'est une insulte à la mémoire de mes parents."

Sur son banc, Maxime Gauin fait des signes de dénégation signifiant qu'il n'a pas écrit cela [voir ses propos en note 4].

Ara Toranian : Je n'ai pas entendu le salaire de M. Gauin...

La présidente : Ce sont les prévenus qui doivent justifier de leurs revenus.


Le délibéré est renvoyé au 28 novembre.
L'audience est levée.

On regarde l'heure. Il est 19:15.
Tout un symbole.

Collectif VAN


[1]
Le jour où "Le Monde" a publié la tribune de Faurisson

[2] Génocide arménien : non à l’instrumentalisation de la justice - Libération


[3] Droit de réponse de Maxime Gauin / CollectifVAN.org


[4] Samuel Tilbian réagissait à une lettre de Talaat Pacha, présentée dans un article de Maxime Gauin, et dans laquelle le "Hitler" turc décrivait ses aimables préoccupations envers les déportés arméniens... :
« Ces Arméniens sont réinstallés vers les zones désignées par le gouvernement. Considérant qu’il est nécessaire d’établir des règlements adéquats sur la mise en œuvre de cette mesure de déplacement, qui a été prise pour la protection des intérêts fondamentaux de l’État, il a été décidé de s’assurer du confort de ces sujets durant leur trajet vers les lieux qui leur sont assignés. Il faut s’assurer que ces sujets arrivent sur place, faciliter leur repos, protéger leurs vies, ainsi que leurs biens, durant le voyage. De même, il faut fournir de la nourriture et des abris pour les personnes déplacées jusqu’à leur réinstallation finale, distribuer des logements, des terres, à proportion de la situation de fortune qui était la leur initialement [8]. »
Point de vue développé ailleurs dans le même article, par Maxime Gauin : "Non content de présenter des calculs tendancieux, M. Akçam fait (pp. 269 et suivantes) comme si le manque de nourriture et de soins étaient généralisés, ce qui est faux. Il occulte les efforts importants de Cemal Paşa, numéro 3 du régime jeune-turc [34] — qui est remarquablement peu cité dans The Young Turks’ Crime Against Humanity —, l’approvisionnement en nourriture par les autorités ottomanes en Anatolie même [35], pour les Arméniens déplacés, ainsi que les déclarations du Comité américain pour l’aide aux Arméniens et aux Assyriens (ACASR), dont les représentants expliquaient, en juin 1916, qu’aux cours des derniers mois, l’aide arrivée des États-Unis étaient distribuée avec beaucoup plus de facilité qu’à l’automne 1915, et qu’en conséquence « la situation, en termes de vies humaines, n’est pas si sombre qu’il y paraît [36] ».
Taner Akçam : la mystification récompensée
Ecrit par Maxime Gauin, 2013-11-08 16:33:21
http://www.turquie-news.com/spip.php?article17444



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