Aujourd'hui : Mardi, 17 septembre 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenÍtre !  Envoyer cette page ŗ votre ami-e !
 
Azerba√Įdjan/Pogrom de Soumga√Įt : 31e anniversaire des massacres d'Arm√©niens
Publiť le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le pogrom de Soumga√Įt - Sumgait - (aussi connu sous le nom de massacre de Soumga√Įt, ou les √©v√©nements de F√©vrier) est un pogrom qui a vis√© la population arm√©nienne dans la ville de Soumga√Įt en Azerba√Įdjan sovi√©tique, pendant le mois de f√©vrier 1988. Le 27 f√©vrier 1988, une populace compos√©e en majorit√© d'Az√©ris a form√© des groupes qui ont attaqu√© et tu√© les Arm√©niens tant dans la rue que chez eux ; un pillage g√©n√©ralis√© et un manque total d'int√©r√™t de la part des forces de police ont permis √† la situation d'empirer. La violence √† Soumga√Įt fut sans pr√©c√©dent en Union sovi√©tique et elle a √©t√© intens√©ment couverte par les m√©dias occidentaux. Le 28 f√©vrier, un petit contingent de troupes du MVD, (minist√®re de l'Int√©rieur en ex-URSS), est entr√© dans la ville sans r√©ussir √† r√©primer les √©meutes. Soumga√Įt fut le premier pogrom de l'√©poque de la Perestro√Įka et des premi√®res ann√©es suivant la chute de l'URSS, commis par le gouvernement az√©ri contre les Arm√©niens. Le Collectif VAN vous propose une traduction de la version anglaise de Wikipedia, the free encyclopedia, concernant le pogrom de Soumga√Įt.


Légende photo : Police militaire escortant des civils arméniens hors de la ville.


Wikipedia

Le pogrom de Soumga√Įt (aussi connu sous le nom de massacre de Soumga√Įt ou les √©v√©nements de F√©vrier) est un pogrom qui a vis√© la population arm√©nienne dans la ville de Soumga√Įt en Azerba√Įdjan sovi√©tique, pendant le mois de f√©vrier 1988. Le 27 f√©vrier 1988, une populace compos√©e en majorit√© d¬íAz√©ris a form√© des groupes qui ont attaqu√© et tu√© les Arm√©niens tant dans la rue que chez eux ; un pillage g√©n√©ralis√© et un manque total d'int√©r√™t de la part des forces de police ont permis √† la situation d'empirer. La violence √† Soumga√Įt fut sans pr√©c√©dent en Union sovi√©tique et elle a √©t√© intens√©ment couverte par les m√©dias occidentaux.

Le massacre a eu lieu au début du mouvement du Nagorno-Karabakh. Le nombre de victimes annoncé officiellement par le Procureur général (les comptes ont été faits sur la base des listes de victimes nommées) était de 32 personnes (26 Arméniens et 6 Azéris), bien que certains aient revu ce chiffre à la hausse passant à des dizaines et des centaines.[1][2][3][4][5]

Le 28 f√©vrier, un petit contingent de troupes du MVD, (minist√®re de l'Int√©rieur en ex-URSS), est entr√© dans la ville sans r√©ussir √† r√©primer les √©meutes. La situation a finalement √©t√© d√©samorc√©e lorsque des unit√©s militaires professionnelles avec des tanks et autres v√©hicules arm√©s sont arriv√©es, un jour plus tard. Les forces envoy√©es par le gouvernement ont impos√© la loi martiale √† Soumga√Įt, √©tabli un couvre-feu et mis fin √† la crise.

Cet événement a été observé avec stupéfaction en Arménie et dans le reste de l'Union soviétique, car les querelles ethniques avaient été largement supprimées et n'existaient pas officiellement. Au cours des sept décennies de gouvernement soviétique, des politiques telles que l'internationalisme et le patriotisme soviétique étaient promues dans les Républiques afin d'éviter de genre de conflits. Le massacre, ainsi que le conflit du Nagorno-Karabakh, allaient présenter un défi important aux réformes que le Secrétaire général de l'Union Soviétique de l'époque,
Mikha√Įl Gorbatchev, √©tait en train de mettre en place. Gorbatchev a √©t√© critiqu√© pour ce qui a √©t√© per√ßu comme une r√©action lente face √† la crise et une multitude de th√©ories du complot ont vu le jour apr√®s cet √©v√©nement.

Contexte

La ville de Soumga√Įt est situ√©e sur la c√īte de la mer Caspienne et elle a √©t√© sans doute l'une des villes les plus pollu√©es de toute l'Union sovi√©tique. Soumga√Įt m√™me, ne se trouve qu'√† 30 km au nord de la capitale Bakou, o√Ļ l'on trouve de nombreuses raffineries de p√©trole de la mer Caspienne. Elle a √©t√© r√©nov√©e dans les ann√©es 1960 et elle est devenue une ville industrielle importante. Sa population √† l'√©poque n'√©tait que de 60 000 habitants ; cependant, √† la fin des ann√©es 1980, avec une population arm√©nienne d'environ 17 000 personnes, elle est pass√©e √† plus de 223 000 habitants, et la surpopulation, entre autres probl√®mes sociaux, a commenc√© √† tourmenter les r√©sidents de la ville. Selon les responsables sovi√©tiques, au moins deux mille anciens d√©tenus ont √©t√© relog√©s √† Soumga√Įt dans les ann√©es 1980.[6]

Par co√Įncidence, la question de la r√©gion du Nagorno-Karabakh a refait surface au cours de cette m√™me p√©riode. Le nouveau Secr√©taire g√©n√©ral de l'Union sovi√©tique, Mikha√Įl Gorbatchev avait introduit sa nouvelle politique √©conomique et politique, la Perestro√Įka et la Glasnost, lorsqu'il est arriv√© au pouvoir en 1985. La glasnost encourageait une ouverture g√©n√©rale pour discuter de sujets qui √©taient consid√©r√©s comme tabou sous les r√©gimes pr√©c√©dents des ex-leaders sovi√©tiques. Cependant, ce sont ces nouvelles opportunit√©s qui ont √©t√© utilis√©es, lorsque la Chambre arm√©nienne des d√©put√©s du Conseil national du Nagorno-Karabakh, qui cherchait √† raviver la question du statut de l'enclave, a vot√© le rattachement de l'oblast autonome √† l'Arm√©nie, le 20 f√©vrier 1988. En cr√©ant un oblast autonome au sein de la R√©publique d'Azerba√Įdjan, qui √©tait peupl√© depuis 1923 par une majorit√© d'Arm√©niens, de nombreux Arm√©niens ont eu le sentiment qu'ils corrigeaient une erreur de l'histoire, affirmant que la r√©gion avait √©t√© injustement accord√©e √† l'Azerba√Įdjan.[7]

Conduite par des personnalit√©s arm√©niennes populaires, telles l'√©conomiste Igor Muradyan, la po√©tesse Silva Kaputikyan, et l'√©crivain de la glasnost Zori Balayan, une p√©tition formelle a √©t√© adress√©e au gouvernement sovi√©tique afin de r√©tablir l'√©quilibre pour la question du Karabagh.[8] Les Arm√©niens avaient entam√© une s√©rie de protestations massives les jours pr√©c√©dant le vote du Conseil et les ouvriers ont organis√© des gr√®ves dans la capitale arm√©nienne Erevan et ailleurs, demandant que la r√©gion soit plac√©e sous contr√īle arm√©nien. Le vote du Conseil et les protestations qui s'en sont suivies ont √©t√© condamn√©s par les m√©dias de l'√Čtat sovi√©tique ; mais elles ont eu un √©cho encore plus puissant parmi les Az√©ris qui pensaient que le Nagorno-Karabakh faisait partie int√©grante de leur culture et de leur histoire. Par cons√©quent, les Az√©ris ont √©galement lanc√© des contre-protestations √† Bakou et ailleurs et ils se sont vigoureusement oppos√©s √† toute modification de leur territoire. Gorbatchev a continu√© de rejeter les revendications, invoquant l'Article 78 de la Constitution sovi√©tique, qui indique que les fronti√®res des R√©publiques ne peuvent √™tre modifi√©es sans consentement pr√©alable.

Diffusion radio

Bien que les origines exactes des attaques soient entour√©es de myst√®re, comme de nombreux √©v√©nements au Nagorno-Karabakh, il y a des preuves que les responsables gouvernementaux avaient un pressentiment ou ont pris part √† l'organisation des agressions imminentes.[9] Le 27 f√©vrier, le procureur adjoint f√©d√©ral sovi√©tique, Aleksandr Katusev a r√©v√©l√© dans un rapport ce soir-l√† transmis par Baku Radio et Central Television, que deux Az√©ris, Bakhtiar Guliyev et Ali Hajiyev, √Ęg√©s respectivement de 16 et 23 ans, auraient pr√©tendument √©t√© tu√©s par des Arm√©niens lors d'un clash entre les deux groupes ethniques dans la r√©gion d'Agdam au Karabagh le 22 f√©vrier.[10] Katusev aurait ensuite √©t√© vertement r√©primand√© pour avoir r√©v√©l√© la nationalit√© des deux jeunes hommes et des Arm√©niens. C'est ce qui a apparemment d√©clench√© les √©meutes az√©ries √† Soumga√Įt.

Rassemblement Place Lénine

Plusieurs petits rassemblements ont aussi eu lieu Place L√©nine le 26 f√©vrier, la place principale de la ville. Dans les rues, la question du Karabagh √©tait constamment discut√©e et de nombreux Az√©ris √©taient d'accord avec la position du gouvernement concernant le Karabagh. A la fin du mois de janvier 1988, de nombreux r√©fugi√©s azerbaidjanais en provenance d'Arm√©nie √©taient arriv√©s √† Bakou, et la plupart d'entre eux avaient √©t√© relog√©s dans les bas-quartiers d√©j√† surpeupl√©s de Soumga√Įt. Avant la fin f√©vrier, deux autres vagues de r√©fugi√©s devaient encore arriver √† Bakou.[11] Un facteur qui a contribu√© √† accro√ģtre l'animosit√© ambiante fut les rapports sur les violences massives commises par les Arm√©niens dans les villes largement peupl√©e d'Az√©ris de Ghapan et Masis, en Arm√©nie.

Des responsables officiels et m√™me le principal d'un coll√®ge ont assist√© √† ces rassemblements. La rh√©torique des r√©fugi√©s de Ghapan a excit√© la foule et les efforts pour la calmer n'ont eu aucun effet. Le secr√©taire du Comit√© de la ville, Bayramova et le po√®te Bakhtiyar Vahabzadeh, se sont adress√©s √† la foule sans succ√®s. De m√™me pour V. Huseinov, un Az√©ri directeur de l'Institut d'enseignement politique en Azerba√Įdjan qui a assur√© que le Karabagh resterait dans la R√©publique. Huseinov a aussi indiqu√© que les affirmations des r√©fugi√©s √©taient fausses; cependant, quand il a essay√© de convaincre la foule de ce fait, il a √©t√© abreuv√© d'insultes et a d√Ľ partir.[12] Jehangir Muzlimzade, le Premier secr√©taire s'est √©galement adress√© √† la foule, lui demandant de laisser les Arm√©niens "quitter la ville librement." Mais selon les t√©moins, cela n'a fait qu'augmenter la fureur de la foule.[13]

Pogroms

Des Azerbaidjanais sympathiques avaient pr√©venus leurs voisins arm√©niens qu'ils devaient laisser leur lumi√®re allumer la nuit du 27 ; ceux qui l'√©teignaient √©taient cens√©s √™tre des Arm√©niens. Selon plusieurs t√©moins arm√©niens, et plus tard, le personnel militaire sovi√©tique, de l'alcool et du anasha, un terme az√©ri se r√©f√©rant aux narcotiques, auraient √©t√© apport√©s par camions et distribu√© √† la foule az√©rie, [14] bien que de tels faits aient √©t√© pass√©s sous silence par les m√©dias. [15] Peu de temps apr√®s le discours de Muslimzade, on lui a donn√© le drapeau de la R√©publique et il s'est bient√īt retrouv√© √† la t√™te de la foule. Selon Muslimzade lui-m√™me, il essayait d'emmener la foule loin du quartier arm√©nien et en direction de la mer, mais de nombreux Arm√©niens ont vu en cet acte une implication de Muslimzade √† l'√©meute. Cependant, il n'a pas r√©ussi √† mener la foule dans cette direction et elle s'est bient√īt dispers√©e dans les diverses parties du quartier arm√©nien de Soumga√Įt. [16]

Violence

La plupart des citoyens des villes de l'Union sovi√©tique vivaient dans des immeubles d'habitation cat√©goris√©s en microdistricts ou blocs. Le quartier arm√©nien de Soumga√Įt √©tait flanqu√© de ces microdistricts et la plupart des Arm√©niens vivaient parmi leurs voisins az√©ris et russes dans des appartements. De m√™me que dans la rue, une populace fr√©n√©tique entraient dans les immeubles pour savoir o√Ļ les Arm√©niens vivaient. Souvent, les √©meutiers savaient o√Ļ les Arm√©niens r√©sidaient et ceux qui avaient cherch√© refuge chez leurs voisins az√©ris et russes, qui risquaient aussi d'√™tre attaqu√©s par la foule, ont √©t√© √©pargn√© par la violence. [17] Une autre fa√ßon d'√©viter d'√™tre attaqu√© √©tait d'allumer la t√©l√©vision et de regarder des concerts de musique az√©rie, en augmentant le volume pour faire croire que des Az√©ris vivaient dans l'appartement.
Les femmes musulmanes du Caucase ont une tradition ancienne qui est de laisser tomber leur voile par terre, geste indiquant aux hommes de s'abstenir de participer √† la violence. Certaines femmes az√©ries l'ont fait dans les couloirs des immeubles, mais les hommes les ont ignor√©es. [18] Les Az√©ris sont entr√©s de force dans les appartements et ont attaqu√© les r√©sidants. Les tranches d'√Ęge des groupes d'assaillants variaient. Si les participants principaux √©taient des hommes adultes et m√™me quelques femmes, des √©tudiants aussi ont particip√© aux actes de vandalisme et de pillage des r√©sidences des Arm√©niens, volant appareils m√©nagers, chaussures et v√™tements. [19] Voici le t√©moignage d'une femme arm√©nienne :

Donc, nous sommes cach√©s et je les entends d√©truire la porte. Comme s'ils avaient pris un rondin et qu'ils tapaient sur la porte de toute leur force.... La foule a d√©moli la porte et a couru dans l'appartement, remplissant deux pi√®ces.... Tante Maria a dit "Qu'est-ce qu'on vous a fait ? Je suis venue de Kirovabad... J'ai travaill√© toute ma vie avec des Azerba√Įdjanais." Elle commence √† les supplier dans leur langue. Ils disent : "Non, nous devons vous tuer." Ils poignardent son mari et [Tante] Maria le couvre de ses mains et ils la poignardent au bras.... Ils commencent √† d√©molir la porte de la chambre √† coucher.... Ils sont entre 60 et 70.... Ils ont des couteaux √† la main, des couteaux diff√©rents, des grands et des petits ; j'en vois un avec une barre de fer.... Ils sont tellement nombreux et je les supplie "S'il vous pla√ģt, ne nous tuez pas." [20]

De nombreux actes de viol collectif et d'abus sexuel ont √©t√© aussi commis, tant dans les appartements que publiquement dans les rues de la ville. Un rapport d'un de ces actes a √©t√© √©galement corrobor√© par des t√©moins qui disent que cela est arriv√© en d'autres occasions et il d√©crit comment la foule a d√©shabill√© enti√®rement une femme arm√©nienne et "l'a arrach√©e de chez elle, l'a port√©e, lui a donn√© des coups de pied dans le dos, dans la t√™te et l'a tra√ģn√©e" dans les rues. [21] D'autres comptes-rendus qui circulaient √©taient les histoires des femmes arm√©niennes dans des salles de maternit√©, que l'on avait √©ventr√©es pour extirper le fŇďtus, bien que ces rumeurs aient √©t√© d√©clar√©es fausses par la suite. [22] Au plus fort des attaques, beaucoup d'Arm√©niens ont cherch√© √† se d√©fendre et ils ont improvis√© en barricadant leurs portes et en s'armant de haches ; dans quelques cas, ils ont tu√© les √©meutiers qui entraient chez eux. [14] Les appels aux ambulances ou √† la police √©taient tardifs ou dans de nombreux cas, compl√®tement ignor√©s :

¬ę Ces Azerba√Įdjanais ont cass√© nos fen√™tres et j'ai cri√©... J'ai t√©l√©phon√© plein de fois, la police n'est pas venue, pas un de ces salauds n'est venu aider mes enfants, mes enfants gisaient dans la rue, jusqu'√† quatre heures le matin, devant notre b√Ętiment, un √† gauche, un √† droite.... Quand il y a eu un petit accident dans la rue principale dans Soumga√Įt, une centaine de policiers est arriv√©e pour aider. Mais quand mes deux fils¬Ö gisent sur l'asphalte toute la nuit, personne ne vient aider.... Cela a commenc√© √† dix heures du soir et mes enfants sont rest√©s l√† jusqu'√† quatre heures du matin, et ils ont vol√©, vol√©, vol√© ... J'ai appel√© √† une ambulance - personne. J'ai appel√© la police - rien. Les uns ne venaient pas, les autres non plus. [23] ¬Ľ

L'hebdomadaire Novosti Moskovskiye a annoncé plus tard que sur les vingt ambulances de la ville, huit avaient été détruites par la foule. [24] Les pillages étaient nombreux et beaucoup d'Azéris discutaient entre eux pour savoir qui prendrait quoi une fois qu'ils feraient irruption dans les appartements. Dans quelques cas, les télévisions ont été volées, ainsi que d'autres appareils ménagers et autres biens ; beaucoup d'appartements ont été en grande partie vandalisés et incendiés.

La r√©action du gouvernement sovi√©tique aux protestations a tout d'abord √©t√© lente. Le fait d'envoyer des unit√©s militaires et d'imposer la loi martiale dans la ville √©tait une action quasiment sans pr√©c√©dent dans l'histoire de l'Union sovi√©tique. La plupart des Sovi√©tiques racontaient que de telles mesures avaient √©t√© prises pendant la Seconde Guerre mondiale par le gouvernement.[25] L'esprit de la glasnost rendait l'Union sovi√©tique plus tol√©rante envers les questions politiquement sensibles. Cependant, des responsables sovi√©tiques en Azerba√Įdjan, dont certains avaient √©t√© t√©moins des attaques, ont appel√© les dirigeants du Kremlin √† envoyer des troupes sovi√©tiques √† Soumga√Įt.

Lors d'une session du Politburo sovi√©tique le troisi√®me jour des troubles, soit le 29 f√©vrier, Gorbatchev et son cabinet ont discut√© de diverses questions avant m√™me de parler des √©v√©nements de Soumga√Įt. Lorsque la question a √©t√© finalement abord√©e, Gorbatchev a exprim√© son opposition √† la proposition, mais ses membres de cabinet, incluant le ministre des Affaires √©trang√®res, Eduard Shevardnadze, et le ministre de la D√©fense, Dmitry Yazov, craignant une escalade entre Arm√©niens et Az√©ris, l'ont persuad√© d'envoyer des troupes pour intervenir √† Soumga√Įt. [26]

Entre temps, le jour pr√©c√©dent, deux bataillons de troupes du MVD, en grande partie √©quip√©s de matraques et de mat√©riel anti-√©meute (ces troupes qui avaient des armes √† feu avaient des balles √† blanc car on ne leur a pas permis de tirer), sont arriv√©s √† Soumga√Įt dans des bus et des v√©hicules de transport de troupes. [27] Alors qu'ils se d√©pla√ßaient pour s√©curiser la ville, les soldats eux-m√™mes sont devenus la cible de la foule. Dans ce qui est devenu un spectacle ahurissant pour les gens vivant dans la ville, les soldats ont √©t√© attaqu√©s et mutil√©s avec des objets improvis√©s en acier. [28] Leurs v√©hicules blind√©s ont √©t√© renvers√©s et dans certains cas d√©truits par des cocktails Molotov. les troupes se sont trouv√©es dans le d√©sordre le plus total:

A midi, ils ont attaqu√© les soldats. La populace s'en est prise aux soldats... Les gars, [soldats] √©taient fatigu√©s, crev√©s, certains se sont faire prendre leur bouclier, d'autres leur matraque, ils ont √©t√© battus, ils √©taient couvert de sang. Ils ont frapp√© les soldats avec leurs propres matraques. Et ces gars ne pouvaient pas se d√©fendre. Ils √©taient l√† sans pouvoir se d√©fendre, sans pouvoir tirer. Ils ne pouvaient pas se d√©fendre, alors que dire de nous. C'est dr√īle. Comment cela a-t-il pu se passer √† l'√©poque sovi√©tique ? C'est horriblement g√™nant ! Et ils ont br√Ľl√© les v√©hicules blind√©s aussi. Les soldats ont perdu la t√™te. Ils ont pris leurs v√©hicules et furieux ils ont roul√© vers la foule, sur le trottoir....Le bus en a renvers√© trois [personnes], l'un des blind√©s deux, et le second, encore deux....Ils ont √©cras√©s sept personnes sous nos yeux.[29]

Le 29 février, la situation s'était aggravée au point que le gouvernement soviétique fut obligé de faire appel à des troupes armées plus professionnelles et lourdement équipées et il leur a donné l'autorisation de tirer. Le contingent comprenait la Division Felix Dzerzhinsky des Troupes internes, une compagnie de Marines de la Flottille navale de la Caspienne, des troupes du Dagestan, une brigade d'assaut, la police militaire et le 137e Régiment de parachutistes de Ryazan : une force militaire composée de presque 10 000 hommes, dirigée par le Lieutenant Général Krayev.[30] De plus, des tanks furent avancés avec ordre d'encercler la ville. Le journaliste russe du journal Glasnost, Andrei Shilkov, a rapporté avoir vu au moins 47 tanks, mais aussi des troupes de soldats portant des gilets pare-balles qui patrouillaient en ville, indiquant que des armes à feu étaient présentes et ont été utilisées pendant les émeutes.[31]

Un couvre-feu fut impos√© de 20 heures √† 7 heures, car les heurts entre soldats et √©meutiers se poursuivaient. Krayev a ordonn√© aux troupes d'aller sauver les Arm√©niens qui √©taient rest√©s dans leurs appartements. Dans la soir√©e du 29, des troupes en bus et en v√©hicules blind√©s ont patrouill√© dans les rues de Soumga√Įt pour faire respecter la loi martiale. Sous la protection de troupes lourdement arm√©es, des bus civils et des v√©hicules de transports de troupes ont emmen√© les r√©sidents arm√©niens au Centre culturel Samed Vurgun (connu en tant que SK) situ√© sur la place principale de la ville. Ce b√Ętiment √©tait con√ßu pour accueillir quelques centaines de personnes, mais le SK a h√©berg√© plusieurs milliers d'Arm√©niens.

Conséquences

Couverture médiatique


Au 1er mars, les troupes soviétiques avaient réprimé les troubles. Les enquêtes devaient commencer immédiatement ; cependant, les camions poubelles avaient en grande partie nettoyé la plupart de débris dans les rues avant que les enquêteurs n'arrivent. [32] À la suite des troubles, les autorités soviétiques ont arrêté plus de 400 hommes liés aux troubles et à la violence. [33]

Les m√©dias sovi√©tiques n'ont pas initialement trait√© l'√©v√©nement et sont rest√©s en grande partie silencieux, se concentrant √† la place sur les affaires √©trang√®res, tandis que les m√©dias de Soumga√Įt n¬íont parl√© que de questions locales sans rapport avec les massacres. [34] [35] Le gouvernement sovi√©tique a h√©sit√© √† admettre que la violence avait eu lieu, mais il l'a finalement fait ; cependant, il a rapidement minimis√© la s√©v√©rit√© de l'√©v√©nement en pr√©tendant que les troubles avaient √©t√© commis par "des voyous". [36] Les autorit√©s sovi√©tiques ont refus√© l'acc√®s de la ville aux journalistes occidentaux qui voulaient s'y rendre.

Ce n'est que le 28 avril 1988, que des images du pogrom furent diffusées dans un documentaire de 90 minutes du journaliste soviétique Genrikh Borovik et ce fut une surprise totale pour de nombreux spectateurs soviétiques.

Borovik a fustig√© le silence m√©diatique impos√© par le gouvernement sovi√©tique, affirmant qu'il contrastait avec les buts expos√©s par Gorbatchev de plus grande transparence sous la glasnost. Il a d√©clar√© : "le manque d'informations n'a pas am√©lior√© la situation, il l'a rendue pire... Le silence de la presse a facilit√© les rumeurs et les provocations. Ce qui √©tait probablement n√©cessaire, c'√©tait d'avoir des informations honn√™tes et compl√®tes sur les √©v√©nements." [37] Eduard Shevardnadze continuera plus tard √† faire des remarques sur cet √©chec d'annonce du massacre de Soumga√Įt, le qualifiant d'√©chec de la glasnost elle-m√™me, "les vieux m√©canismes sont revenus, la simplification, la d√©formation ou la simple √©limination de la v√©rit√© [sur cet √©v√©nement]." [38]

Procès criminels

Les autorit√©s sovi√©tiques ont arr√™t√© 400 hommes √† la suite du massacre et ont entam√© des proc√®s contre 84 personnes, 82 Azerba√Įdjanais, un Russe et un Arm√©nien. [39] Tale Ismailov, un tuyauteur d'une des usines industrielles de Soumga√Įt, a √©t√© accus√© de meurtre avec pr√©m√©ditation et il a √©t√© le premier √† √™tre jug√© par la Cour supr√™me sovi√©tique √† Moscou en mai 1988. En octobre 1988, neuf hommes avaient √©t√© condamn√©s, y compris Ismailov qui a √©t√© envoy√© en prison pour 15 ans, et 33 autres furent jug√©s [40]. D'autres condamnations furent plus dures : Akhmed Akhmedov a √©t√© reconnu coupable et condamn√© √† √™tre ex√©cut√© par un peloton d'ex√©cution pour avoir men√© la foule et pour sa participation au meurtre de sept personnes. [41] La plupart des Arm√©niens et des Azerba√Įdjanais ont cependant √©t√© peu satisfaits des proc√®s. Les Arm√©niens se sont plaints que les vrais instigateurs du pogrom n'aient jamais √©t√© arr√™t√©s, tandis que les Azerba√Įdjanais ont d√©clar√© que les condamnations √©taient trop dures et ils √©taient furieux du fait que les proc√®s n'aient pas eu lieu en en Azerba√Įdjan. [42] Quelques Azerba√Įdjanais ont m√™me continu√© √† faire campagne avec le slogan "Libert√© pour les h√©ros de Soumga√Įt." [43]

Théories du complot

Le pogrom a √©galement ouvert la voie √† la formulation de plusieurs th√©ories du complot. Un des partisans en vue d'une de ces th√©ories √©tait l'historien azerba√Įdjanais Ziya Bunyadov, directeur de l'Acad√©mie des sciences d'Azerba√Įdjan, qui a pr√©tendu que le massacre avait √©t√© pr√©m√©dit√© par les Arm√©niens pour discr√©diter l'Azerba√Įdjan. [44] √Ä la fin de 1988, la plupart des Azerba√Įdjanais de Soumga√Įt avaient accept√© l'id√©e que c'√©tait les Arm√©niens qui avaient provoqu√© les troubles avec cet objectif en vue. [40] Dans un article qui a paru dans un journal azerba√Įdjanais, Bunyadov a pr√©tendu que les Arm√©niens avaient organis√© les pogroms :

"La trag√©die de Soumga√Įt a √©t√© soigneusement pr√©par√©e par les nationalistes arm√©niens... Quelques heures apr√®s son d√©but, des photographes arm√©niens et des journalistes de la t√©l√© sont entr√©s secr√®tement dans la ville o√Ļ ils ont attendu." [45] La th√®se de Bunyadov se basait sur le fait que les Arm√©niens de Soumga√Įt avaient retir√© plus d'un million de roubles de leurs √©conomies avant les attaques. Il a aussi soutenu qu'un des participants aux √©meutes et au massacre √©tait Eduard Grigorian, un homme d'origine russo-arm√©nienne qui avait d√©j√† √©t√© condamn√© trois fois et qui a pr√©tendu √™tre azerba√Įdjanais.
"Grigorian √©tait un ouvrier en usine qui a particip√© √† des viols collectifs et des attaques massives et qui par la suite a √©t√© condamn√© √† 12 ans de prison pour son r√īle dans les massacres.

[46] Grigorian a √©t√© √©lev√© √† Soumga√Įt par sa m√®re russe apr√®s la mort pr√©matur√©e de son p√®re arm√©nien et on consid√®re que son identit√© ethnique ne joue aucun r√īle, puisqu'il correspond au profil d'un" pogromshchik, un jeune voyou, de nationalit√© ind√©termin√©e avec un pass√© criminel, cherchant la violence pour la violence. "[47]

Davud Imanov, un cin√©aste azerba√Įdjanais, s'est √©tendu sur cette th√©orie dans une s√©rie de films appel√©s l'√Čcho de Soumga√Įt o√Ļ il a accus√© les Arm√©niens, les Russes et les Am√©ricains de pr√©parer une conspiration ensemble contre l'Azerba√Įdjan et il a pr√©tendu que le mouvement du Karabagh √©tait un complot organis√© par la C.I.A. [44] Selon le membre du Politburo du Parti communiste de l'Union sovi√©tique, Alexander Nikolaevich Yakovlev, le pogrom de Soumga√Įt a √©t√© organis√© par des agents provocateurs du KGB pour "justifier l'importance des services secrets sovi√©tiques." [48]


©Traduction de l'anglais C.Gardon pour le Collectif VAN - 26 février 2011 - 07:15 - www.collectifvan.org


Voir les Notes en anglais sur la page originale :

http://en.wikipedia.org/wiki/Sumgait_Pogrom

Lire aussi:

Agenda - Meeting le 28 f√©vrier 2011: 23e anniversaire des pogroms de Soumga√Įt

Les 20 ans du pogrom anti-arm√©nien de Soumga√Įt

Sumgait February 27-29 1988

Ethnic Cleansing in Azerbaijan, Ministry of Foreign Affairs The Republic of Armenia
Yerevan


http://sumgait.info/sumgait/sumgait-eng/sumgayit-victims-eng.htm

Janvier 1990, les pogroms anti-Arméniens de Bakou

Maragha

Les 20 ans du pogrom anti-arm√©nien de Soumga√Įt

Incomplete list of innocent victims of Sumgait

Victims Of Baku Pogroms Of 1990 Commemorated In Tsitsernakaberd

"An ordinary Genocide: Baku, January 1990" documentary screened in Yerevan

Le proc√®s des crimes de Soumga√Įt (F√©vrier 1988)

"Maragha, 10 avril 1992. G√©nocide ordinaire¬Ē

Lancement du site Maragha.org

Khojaly: The chronicle of unseen forgery and falsification

Xocali.net : le site qui dénonce la contrefaçon azérie

Sumgait

–°—É–ľ–≥–į–ł—ā, 1988 - –ź–∑–Ķ—Ä–Ī–į–Ļ–ī–∂–į–Ĺ—Ā–ļ–ĺ–Ļ —ā–ĺ–Ľ–Ķ—Ä–į–Ĺ—ā–Ĺ–ĺ—Ā—ā–ł –Ņ–ĺ–Ľ–Ĺ—č–Ķ —ą—ā–į–Ĺ—č

–°—É–ľ–≥–į–ł—ā, 1988 - –°—É–ľ–į–≥–ł—ā. –§–ĺ—ā–ĺ.

–°—É–ľ–≥–į–ł—ā, 1988 - –†—É—Ā—Ā–ļ–ł–Ķ —Ā–ĺ–Ľ–ī–į—ā—č —Ā–ĺ–∂–∂–Ķ–Ĺ–Ĺ—č–Ķ –≤ –°—É–ľ–≥–į–ł—ā–Ķ

–°—É–ľ–≥–į–ł—ā, 1988 - New York Times about Armenian massacres by Azerbaijanis

–°—É–ľ–≥–į–ł—ā, 1988 –≥–ĺ–ī




Retour à la rubrique


Source/Lien : Wikipedia



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org