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Qui était Hrant Dink ?
Publié le :

"Nous avons tué un homme dont nous ne pouvions accepter les idées." Orhan Pamuk

Les professionnels des médias turcs déplorent la mort de Hrant Dink, journaliste d’origine arménienne, assassiné le 19 janvier 2007 à l’âge de 52 ans. Par un geste barbare, son assassin, Ogün Samast, un ultranationaliste turc âgé de dix-sept ans, a réduit au silence une voix plaidant pour la paix et la démocratie. Tout au long de sa carrière, Hrant Dink a mené un combat acharné pour la reconnaissance du génocide arménien et a été récompensé notamment du prix Henri Nannen pour la liberté de la presse. Sa mort a ravivé les divisions entre les nationalistes et les composantes les plus progressistes de la société turque. Controversé, Hrant Dink n’a eu de cesse de renouveler son engagement et a toujours gardé foi en la possibilité d’une réconciliation nationale.
"J’ai le droit de mourir dans le pays qui m’a vu naître"
Né le 15 septembre 1954, Hrant Dink a grandi aux côtés de ses deux frères dans un orphelinat arménien protestant d’Istanbul. Diplômé en zoologie et en philosophie, il fonde, en 1996, le premier hebdomadaire bilingue turco-arménien Agos. Doté d’une plume acerbe et courageuse, il mène un combat sans répit pour la pacification des rapports entre la communauté turque et la minorité arménienne. Il considère Agos comme « un trait d’union entre les communautés turque et arménienne (...), la seule façon de combattre les préjugés profondément ancrés dans la société turque. »

Tout au long de sa carrière, Hrant Dink s’est heurté à l’acharnement administratif et à l’intimidation judiciaire. En octobre 2005, ses écrits lui ont valu une condamnation, en vertu de l’article 301 du code pénal protégeant l’identité turque. Depuis l’adoption de cet article en juin 2005, de graves violations de la liberté d’expression ont été commises et près de 65 journalistes et écrivains ont été poursuivis. Cette disposition légale, dénoncée à plusieurs reprises par Reporters sans frontières, permet à l’Etat turc de maintenir la pression surles médias, les journalistes et les intellectuels : parmi eux Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature, Umur Hozatli, journaliste, et, bien sûr, Hrant Dink. Les propos du journaliste sur le génocide arménien ont été qualifiés d’ « offense à la Turquie ». Il a été condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir « humilié l’identité turque ». En septembre 2006, il a de nouveau été poursuivi pour avoir qualifié de "génocide" les massacres commis en Anatolie pendant la Première Guerre mondiale, dans un entretien avec l’agence Reuters. Il risquait trois ans de prison.

Considéré comme un traître par les nationalistes, Hrant Dink est devenu la cible des groupes de l’extrême droite turque. Malgré les accusations et les menaces, il a toujours refusé de quitter la Turquie. Lors de sa dernière interview, il confiait : « C’est ici que je veux poursuivre le combat. Car ce n’est pas seulement mon combat. C’est le combat de tous ceux qui veulent la démocratisation de la Turquie. Si je me rends et que je quitte le pays, ce sera la honte pour tous. Mes ancêtres ont vécu dans ce pays, c’est ici que sont mes racines et j’ai le droit de mourir dans le pays qui m’a vu naître ».

Dans son dernier article, paru dans l’édition du 19 janvier d’Agos, le jour même de son assassinat, Hrant Dink livre ses sentiments quant aux poursuites engagées contre lui. Il présente l’émouvant témoignage d’un homme en proie à la peur : « Je me vois effrayé comme un pigeon, mais je sais que dans ce pays, les gens ne s’en prennent pas aux pigeons (...). Les pigeons peuvent vivre dans des villes, même dans les foules. Effrayé, certes, mais libre. » Le jeune assassin de Hrant Dink a confessé avoir tiré sur le journaliste pour mettre un terme à ce qu’il considérait comme des insultes aux Turcs.

Hrant Dink laisse derrière lui sa femme, Rakel, et leurs trois enfants. Face au cercueil, orné d’oeillets jaunes et rouges, et devant une foule silencieuse de 100 000 personnes unies dans la douleur, cette dernière a déclaré d’une voix émue : « Nous disons un dernier au revoir à mon bien-aimé, le patriarche de notre famille et la moitié de mon corps. » En quelques mots, elle a également décrit la ferveur qui habitait son mari pour qui n’existait « ni tabous ni intouchables ».

Une vie de luttes
Victime de son combat contre le négationnisme d’Etat, Hrant Dink est l’une des figures de proue de la lutte des Arméniens de Turquie pour une reconnaissance des massacres de 1915. Son assassinat révèle une situation inquiétante dans une Turquie où le nationalisme rampant ne cesse de contaminer les jeunes générations. L’assassinat du journaliste a entraîné un réveil violent et soudain des consciences politiques et citoyennes. Celles-ci se sont élevées en masse pour demander la réforme de l’article 301.

Le jour des funérailles, la présence de hauts dignitaires arméniens et turcs a été interprétée comme le signe d’un réchauffement des relations entre les deux pays. Bien que la Turquie ait reconnu l’Arménie à l’heure de son indépendance en 1991, elle n’a jamais admis sa responsabilité dans le génocide de 1915.

La marche silencieuse de quelque 100 000 personnes, le 23 janvier 2007, témoigne de l’engagement d’une part non négligeable de la population turque pour la défense des libertés. Les personnes présentes aux funérailles, toutes communautés confondues, ont brandi des banderoles sur lesquelles étaient inscrits ses mots : « Nous sommes tous Arméniens. Nous sommes tous Hrant Dink. » Ce slogan est encore plus étonnant dans un pays où « Arménien » constitue encore parfois une insulte. Aujourd’hui, Hrant Dink repose au cimetière arménien d’Istanbul, son combat lui survit.



Source/Lien : Reporters sans Frontières



   
 
   
 
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