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Ce que le génocide a fait à la Turquie
Publié le :

Info Collectif VAN – www.collectifvan.org – Le Collectif VAN vous propose cette analyse d'Etienne Copeaux, chercheur français spécialiste de la Turquie, publiée sur son blog susam-sokak.fr le 30 Septembre 2019.






Publié le 9 octobre 2019

susam-sokak.fr

Ce que le génocide a fait à la Turquie

Publié par Etienne Copeaux

30 Septembre 2019, 09:57am

[Le texte qui suit est une version plus développée d'un exposé prononcé à l'université de Berkeley le 20 avril 2019, dans le cadre d'un symposium sur le thème « Debating the Origins, Development, and Impact of the Armenian Genocide (1850s-1938) », à l'invitation de Stephan Astourian et de l'Institute of Slavic, East European and Eurasian Studies (ISEEES). Les autres intervenants étaient Taner Akçam, Hamit Bozarslan, Raymond Kévorkian, Hans-Lukas Kieser, Mehmet Polatel et Ronald Suny]

Résumé :

Me basant sur l'hypothèse de l'existence parmi la population turque d'un sentiment de culpabilité généralisé, consécutif au génocide de 1915, je reconsidère ici le nationalisme et l'écriture de l'histoire en Turquie (dans leurs caractères excessifs même) comme des effets du génocide. Le sentiment de culpabilité et l'impossibilité (ou le refus) du deuil ont en effet nécessité d'ouvrir des « issues de secours », selon l'expression d'A. Mitscherlich, par la création de préjugés et stéréotypes aptes à faciliter le processus de refoulement ou de déni des violences commises.

« Ce qui suit est spéculation, une spéculation qui remonte souvent bien loin et que chacun, suivant ses dispositions personnelles, prendra ou non en considération. C'est aussi une tentative pour exploiter de façon conséquente une idée, avec la curiosité de voir où cela mènera »

S. Freud, « Au-delà du principe de plaisir », in Essais de psychanalyse, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1981, p. 65


Lorsque j'ai commencé mes recherches sur la « réforme de l'histoire » voulue par Atatürk et son entourage et mise en œuvre en 1931, le sujet était considéré comme marginal par la plupart des spécialistes de la Turquie. Au pire, la « réforme de l'histoire » était perçue comme une erreur de Mustafa Kemal, indigne d'une étude. Selon Bernard Lewis, les élucubrations d'Atatürk étaient tombées dans un « oubli clément » ; il se serait agi d'exagérations inévitables et négligeables, et, comme l'a suggéré un érudit, il aurait été « inutile et cruel d'insister sur ce sujet ».

La question de l'enseignement de l'histoire est pourtant brûlante et, au cours de la période post-génocidaire, les nouveaux dirigeants de la Turquie devaient bien adopter une politique d'écriture de l'histoire, qui permette de faire accepter, ou de faire oublier, ce qui s'était passé en 1915.

Par exemple, en 1929, un manuel de géographie publié par l'Etat turc résumait à mots à peine couverts la manière dont la Turquie s'était constituée : « La Turquie est actuellement composée de terres où ne vivent que des Turcs. Les non-Turcs, étrangers à la Turquie, sont restés en dehors de leur patrie ou en ont été retirés (çekilmis), et c’est ainsi qu'a été construite l’unité nationale » (Duran, 1929, pp. 177-178). C'était un aveu brutal, qu'il était nécessaire d'atténuer, de masquer ou de contourner.

1 La « thèse d'histoire » de 1931 révèle le nœud du problème

En 1931, Mustafa Kemal, après avoir décidé de procéder à une « réforme de l'histoire », avait adressé une série de recommandations aux membres de la Commission pour les recherches historiques des Foyers turcs (Türk Ocakları Tarih Tetkik Heyeti). Il y affirmait avec force : « L'écriture de l'histoire est aussi importante que l'action ».

Cette phrase est souvent citée dans les premières pages des manuels scolaires, et c'est un pilier de la conception de l'histoire en Turquie. Formulée seize ans après le génocide des Arméniens, elle a un poids extraordinaire, car, dans l'intervalle, le mécanisme de la turquification systématique s'était poursuivi, par de nouvelles expulsions massives d'Arméniens et de Kurdes, et par la loi (Emval-i metruke kanunu) de 1922 qui permettait la confiscation des biens prétendument « abandonnés » par les Arméniens (Akçam et Kurt, 2012).

Après l'extermination, il a été jugé nécessaire d'effacer les traces des Arméniens. En même temps que la turquification des noms de lieux, l’histoire allait devenir un moyen supplémentaire d'éliminer la présence de l’Autre.

En un sens, la « réforme de l’histoire » fut une mise en conformité de l’histoire avec la situation post-génocidaire. Elle fut en quelque sorte une conclusion du génocide.

En imposant ses vues aux historiens, Mustafa Kemal a réalisé une prise de contrôle complète de l'État, un coup d'Etat en histoire. Le nouveau récit historique a été élaboré sans attendre ; en même temps qu'il effaçait un passé embarrassant, il en inventait un autre, nouveau et glorieux. Mustafa Kemal s'est personnellement impliqué dans ce nouveau roman national désigné comme « la thèse d'histoire turque » (Türk Tarih Tezi). Sans qu'il n'y ait eu aucun débat, le nouveau récit a été imposé comme programme d'enseignement, publié par l'Etat sous forme de manuels scolaires, et mis en service dans les lycées dès septembre 1931.

Puis, un congrès d’histoire a été organisé en juillet 1932 à Ankara. Les participants, des érudits, historiens, anthropologues, archéologues, linguistes, et le public composé surtout de professeurs de lycée triés sur le volet, ont été placés devant le fait accompli.

La principale caractéristique du récit est d'être une « histoire des Turcs », ceux-ci étant considérés comme une ethnie supposée pure et inchangée au fil de leurs déplacements géographiques et à travers les siècles. L'histoire est conçue comme une histoire « nationale » (millî tarih) et non comme l'histoire de l'Anatolie, territoire de la Turquie actuelle.


Lire la suite sur le blog d'Etienne Copeaux susam-sokak.fr



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Source/Lien : susam-sokak.fr



   
 
   
 
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