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La Nuit de Cristal - Partie 1
Publié le :

Info Collectif VAN – www.collectifvan.org – Le Collectif VAN remercie l’AFMA (Association Fonds Mémoire Auschwitz) de l’avoir autorisé à reproduire cet article paru dans La Lettre n°89 (Février-Mars 2016). Nous avons fait le choix de le scinder en cinq parties que nous publions cette semaine, du lundi 4 au vendredi 8 novembre, en prévision de la Commémoration de La Nuit de Cristal, organisée à Paris par nos partenaires de Memorial98 ce samedi 9 novembre 2019 à 16h devant le Gymnase Japy, 2 Rue Japy à Paris dans le 11e arrondissement. Nous n’oublions pas que ce pogrom a permis ce que la Conférence de Wansee en janvier 1942 a nommé « la solution finale de la question juive ».



Légende photo : Magasins vandalisés et mention "Juda (Juif) crève !"


Publié le 4 novembre 2019

AFMA (Association Fonds Mémoire Auschwitz)

La Lettre n°89

La Lettre n°89 : Février-Mars 2016

Partie I


Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, les nazis se livrent au plus gigantesque pogrom que l'Allemagne ait connu depuis le Moyen Age.

Cet événement qui se déroule en 12 heures seulement au même moment dans tout le Reich - Allemagne, Autriche et Sudètes - n'est pas une banale ni une traditionnelle échauffourée « punitive ». C'est un moment décisif de la marche en avant des nazis vers l'éradication totale des Juifs.


Pour la première fois depuis l'arrivée d'Hitler au pouvoir, près de trois millions d'hommes de main, préparés de longue date par le pouvoir nazi, pourchassent, rouent de coups et assassinent les Juifs, hommes, femmes, vieillards et enfants compris avec zèle et une extrême violence. Ils pillent et détruisent entièrement les maisons individuelles, les appartements, les magasins, les locaux communautaires. Les synagogues et les oratoires sont incendiés et complètement rasés. Les objets du culte sont jetés dans les brasiers avec les livres des auteurs juifs.

À cette date, 500 000 Juifs vivent encore dans les différents territoires du Reich.

Le témoignage de Judith Wassermann


Judith Wassermann habitait Egelsbach, petite ville de la région de Darmstadt : « À deux heures du matin, depuis la rue, on entendit des cris et des vociférations. Puis, les bruits grandirent. Des criards s'engouffrèrent dans notre immeuble. On les entendit gravir les étages. Mon père, ma mère, ma petite sœur et moi étions glacés d'effroi. Nous savions qu'ils venaient pour nous. On frappa brutalement à notre porte. Tremblante, ma mère ouvrit. Une marée de jeunes gens, tous vêtus de l'uniforme de la Jeunesse Hitlérienne, submergea notre appartement. Ils commencèrent par insulter mon père : « Gros porc, fils de putain ! » et le frappèrent, sans respect pour le professeur de mathématiques qu'il avait été jusqu'à sa révocation.

Ma mère tenta de s'interposer. Elle fut sauvagement jetée à terre et frappée à son tour. Ma sœur hurlait et pleurait. Un jeune blondinet lui administra une gifle magistrale. Elle saignait abondamment. Mes parents protestèrent et tentèrent de se relever. Ils reçurent de violents coups de bottes sur les côtes, le visage et entre les cuisses. Leur sang gicla et les aveugla. J'étais pétrifiée.

Pendant ce temps, les autres mettaient l'appartement à sac. Ils brisèrent les services des jours de fête, vidèrent tiroirs et bibliothèques et en jetèrent le contenu par les fenêtres ouvertes. Puis, ils détruisirent les meubles et lacérèrent les literies. Au bout de quelques secondes, je me ressaisis. Je reconnus en ces énergumènes des jeunes de mon quartier et de mon ancien lycée. Certains avaient osé me témoigner de la sympathie avant que je ne sois renvoyée parce que juive. Des garçons que j'avais connus si gentils, si agréables !

À présent leurs visages exprimaient la haine et leurs yeux étaient convulsés. Ils feignaient de ne pas nous reconnaître. À deux mètres à peine devant moi se tenait Hans, un voisin de notre immeuble. Les autres continuaient à frapper mes parents et ma sœur qui gisaient à terre. L'un des assaillants, Gunther, était venu avec un bidon d'essence. Mon père lui avait donné des cours à titre gracieux. Moi, je l'avais aidé plus d'une fois à faire ses devoirs. Il ricanait sans cesse en aspergeant les livres, les meubles et la maisonnée. Il s'apprêtait à frotter une allumette quand j'entendis la voix de Hans crier : Arrête ! Tu vas mettre le feu à la maison alors qu'il y a encore de bons citoyens allemands dans les autres étages !

Gunther lui obéit. Un autre hurla : Qu'on emmène toute cette vermine ! Hans dit calmement, en parlant de moi : Non, pas celle-¬là, je me la garde. On traîna sans ménagement mes parents et ma sœur et on les emmena, je ne sais où...

L'appartement se vida. Mes nerfs se relâchèrent, je pleurai à chaudes larmes. Hans était toujours là.

Dès que tout redevint calme, il me fit signe de le suivre. Nous descendîmes l'escalier ensemble, sans qu'il me dise un mot. Au seuil de l'immeuble, il me laissa là, et il partit sans se retourner ; sans même un au revoir. Je compris que je devais fuir, mais pour aller où ? Je n'avais pas le moindre pfennig !
La rue était vide. Les boutiques, dont je connaissais la plupart des propriétaires, étaient éventrées et pillées, leurs vitrines brisées. Des milliers d'objets jonchaient le sol. C'était la désolation la plus complète. Il n'y avait plus personne, ni amis, ni voisins. Tous avaient disparu. Non loin de chez nous, il y avait un petit oratoire ; il était en flammes... Je n'ai plus jamais eu de nouvelles de ma famille. Ma petite sœur avait 10 ans, moi à peine 16. J'avais un prénom typiquement allemand. Je n'ai plus voulu le porter. J'ai décidé de changer mon prénom en Judith ».


Il peut paraître inconvenant de citer le témoignage d'un criminel de cette nuit-là, mais il est utile à la compréhension de la mentalité des bourreaux.

Kurt Grüber raconte : « Je suis né et j'ai grandi au cœur du quartier juif de Vienne, dans la Tandelmarktgasse, au coin de la Taborstrasse. Jusqu'à l'arrivée d'Hitler au pouvoir, nous nous fréquentions, Juifs et non Juifs, sans problèmes. Je ne voulais pas faire de politique. Je rêvais de devenir ingénieur en aéronautique. Mes parents votaient pour le Parti du Centre (catholique) et n'avaient pas une grande sympathie pour Hitler.

Dans les années qui précédèrent l'Anschluss, je fus gagné progressivement par les idées nazies que je fis miennes. Je finis par être convaincu du bien-fondé de la supériorité du sang et de la race germaniques et du caractère « nuisible » des Juifs pour le Reich et pour toute l'humanité. Je n'adressai plus la parole aux Juifs.

À partir de la réunification de nos deux pays, le 12 mars 1938, j'ai fait partie de toutes les expéditions punitives contre les communistes, les catholiques, les socio-démocrates, et surtout contre les Juifs. La haine était en moi. Je n'avais qu'une hâte: leur régler leur compte définitivement.

Dans la nuit du 9 au 10novembre 1938 à minuit, nos chefs nous réunirent et nous distribuèrent des gourdins, des pelles et des pioches.

Une heure après, nous avions ordre de nous en prendre à tout ce qui était juif, à commencer par les magasins et les synagogues.

La consigne essentielle était de rouer de coups et de tuer le maximum de Juifs, sans distinction de sexe ni d'âge.
Avec mes camarades, je me lançais à l'assaut de mon propre quartier, de mes voisins, des commerçants et de mes anciens amis.

Je ne voulais surtout pas qu'ils pensent que je pouvais avoir la moindre pitié pour eux. Je cognais fort, très fort. Mon poignet était contusionné et la main me brûlait. Plus le sang giclait, plus je tapais.

Lorsque l'ordre arriva de cesser l'attaque, j'étais dans un état second et mes camarades durent me ceinturer. Pour moi, le « travail » n'était pas terminé. Je demandai à mon chef si, étant du quartier, je ne pouvais pas continuer à le « nettoyer » avec quelques membres de mon groupe. Je ne reconnaissais plus rien.

Il y avait dans la rue des meubles, des vêtements, des tonnes de papier, une mer de verre brisé qui craquait sous nos bottes. J'étais chargé de ramener tous les Juifs qui se terraient encore.

J'allai tout droit aux cachettes qui avaient été celles de notre enfance. Je n'eus aucun mal à en trouver une bonne douzaine. Certains m'imploraient : Kurt, Kurt, que fais¬-tu ? C'est nous ! Alors, je les assommai d'un coup de gourdin pour les faire taire. L'efficacité de « mon travail » me valut d'être promu chef d'une escouade. J'avais alors 15 ans... »
(Extraits de témoignages recueillis par moi-même.)


Lire aussi:

La Nuit de Cristal - Partie 1

La Nuit de Cristal - Partie 2

La Nuit de Cristal - Partie 3

La Nuit de Cristal - Partie 4

Agenda - Paris, 9 novembre : Commémoration de la Nuit de Cristal




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Source/Lien : AFMA (Association Fonds Mémoire Auschwitz)



   
 
   
 
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