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CINÉMA • A la recherche du "Mas des alouettes"
Publié le :

Le nouveau film des frères Taviani qui sort en salles aujourd'hui raconte l'histoire d'une famille arménienne au moment du génocide de 1915. Un journaliste de La Repubblica s'est rendu sur les lieux de l'histoire, à Kharpout, dans le sud-est de l'Anatolie.

De Kharpout (Turquie) - Le mas des Alouettes n'existe plus. A la place de la maison des Avakian [la famille arménienne dont il est question dans le film] fleurissent maintenant les amandiers, qui étendent leur ombre sur le cimetière syrien. Un chemin poussiéreux, l'Aslanli Sokak, mène aux vestiges des anciennes tanneries, au pied de la forteresse préchrétienne du VIIIe siècle.

Ce sont les quartiers arméniens de Kharpout. Des couples d'amoureux s'y promènent, persuadés de s'embrasser au milieu des ruines du palais d'Osman Yavuz Selim, père de Soliman le Magnifique. En fait, ils pénètrent au cœur du Metz Yeghern, le "Grand Mal" : le génocide arménien. Le livre d'Antonia Arslan, dont les frères Taviani ont tiré leur film, est né là, voici quatre-vingt-douze ans. Les gens le feuillettent, étonnés. Il ne croient pas à cette histoire : le 24 avril 1915, 12 000 habitants ont été contraints de quitter leurs maisons, aujourd'hui rasées, de Kharpout. Seuls 213 spectres sont parvenus à Alep, en Syrie. En deux ans, le génocide a fait près de 1 million et demi de victimes en Anatolie.

"Pourquoi êtes-vous ici ?", demande Zarha. Le jour où elle a su comment sa mère avait été tuée, elle est devenue folle. Les soldats turcs savaient que sa mère était enceinte. Garçon ou fille ? Ils l'avaient éventrée comme un mouton et avaient arraché à la baïonnette l'enfant, qui aurait dû être son frère.

Personne ici ne se réunira pour commémorer le début de la "grande rafle". Le nettoyage ethnico-religieux entrepris par les jeunes Turcs, terrorisés face à la déliquescence de l'Empire ottoman et à l'offensive des Russes au début de la Première Guerre mondiale, a été couronné de succès. Turcs, Grecs, Kurdes, Arméniens, Juifs, Syriaques, Arabes et Tcherkesses vivaient ensemble depuis des siècles en Anatolie. Un sur trois n'était pas musulman. Aujourd'hui, dans l'ensemble de la Turquie, il ne reste que 60 000 Arméniens à Istanbul, plus quelques centaines qui se cachent dans les villages. A Kharpout, carrefour des déportations entre la mer Noire et la Méditerranée, il n'y en a plus un seul.

Plus encore que cette absence, c'est le refoulement collectif qui impressionne. Rien ne signale les lieux du massacre. Trouver une famille arménienne demande des jours d'enquête et des rendez-vous auxquels personne ne se présente. Les rencontres ont lieu parmi la foule anonyme des bazars. Le soupçon pèse lourdement sur les entretiens, car une phrase imprudente peut coûter la vie à celui qui parle ou se transformer en un chef d'inculpation.

On ne raisonne pas sur le passé, mais on n'en finit pas de raconter les attentats nationalistes et fondamentalistes. Les assassinats du père Santoro (en février 2006) et de Hrant Dink, le directeur de l'hebdomadaire Agos (en janvier 2007), ont marqué une rupture sur la voie de la réconciliation. L'attentat cruel contre une maison d'édition presbytérienne de Malatya (en avril 2007) – ainsi que les missionnaires qui ont été torturés, étranglés, chevilles et poignet liés et la corde au cou, égorgés "pour Dieu et pour la patrie" – confirme qu'une nouvelle période de chasse aux sorcières s'est ouverte.

En Anatolie, il n'est pas difficile de trouver une poignée de jeunes gens prêts à massacrer ceux qui se battent pour le rapprochement entre les Turcs et les Arméniens, ou entre les musulmans et les chrétiens. Ceux qui n'ont pas émigré en Europe ou aux Etats-Unis savent que rester en Turquie signifie vivre caché et payer le prix de son invisibilité.

"La Turquie moderne", disent les amis de Dink, "est née de l'anéantissement des Arméniens. Le reconnaître impliquerait la reconstruction d'une identité nationale complexe. Le développement d'une culture de paix, garantie par un Etat laïc, doit rendre à tous leur honneur. A ce moment-là seulement les Turcs et les Arméniens marcheront la tête haute face à l'humanité."

Antonia Arslan n'a jamais vu le village d'où elle est originaire. Et Paolo et Vittorio Taviani ont dû tourner Le Mas des alouettes en Bulgarie. Le gouvernement turc a tout fait pour empêcher qu'il soit financé par des fonds européens. En Turquie, le livre d'Antonia Arslan n'a jamais été publié, et le film ne sera pas projeté en salles.

Giampaolo Visetti
La Repubblica




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Source/Lien : Courrier International



   
 
   
 
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