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Menaces sur la communauté arménienne de Turquie
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Mesrob II, Patriarche de l’Eglise Apostolique Arménienne de Turquie, s’exprime dans une interview parue en allemand dans le quotidien Spiegel. Il attire l’attention sur les graves menaces qui pèsent sur la petite communauté arménienne de Turquie (voir nos informations à ce sujet sur : Turquie : 32 fondations arméniennes reçoivent des menaces de mort
) ainsi que sur les lacunes du procès des assassins du journaliste arménien Hrant Dink. Pour le reste de son discours concernant le génocide arménien, nous ne nous permettons pas de le juger, pas plus que nous ne portions de jugement sur les propos de Hrant Dink… La première partie de l’interview suffit amplement à expliquer la seconde.



LE PATRIARCHE ARMENIEN DE TURQUIE
"Les Arméniens sont de nouveau seuls"


Il est le chef religieux des Arméniens de Turquie et a enterré Hrant Dink, le journaliste arménien assassiné. Dans cette interview au quotidien Spiegel-onLine, le patriarche Mesrob II parle de la situation des Arméniens en Turquie, de la question du génocide - et des prochaines élections législatives turques.

SPIEGEL ONLINE : Votre Excellence, Mesrob II, le meurtre du journaliste et écrivain arménien Hrant Dink, survenu il y a six mois, a ouvert les yeux du monde sur la situation des minorités en Turquie. Qui a soutenu les Arméniens de Turquie, après le meurtre de Hrant Dink ?

Mesrob II : Le Parti turc "Liberté et Solidarité" (ÖDP) a organisé la marche funéraire pour Dink, des centaines de milliers de personnes ont manifesté leur solidarité, les gens portaient des panneaux sur lesquels était écrit : "Nous sommes tous Hrant Dink, nous sommes tous Arméniens". Mais ce début de témoignage de solidarité a violemment reculé - le front nationaliste s’étant beaucoup renforcé, les Arméniens sont de nouveau abandonnés à eux-mêmes.

SPIEGEL ONLINE : Il circule des rumeurs disant que le meurtre de Dink avait été annoncé dans des lettres de menaces, mais que les services de sécurité ont décidé de ne pas le protéger.
Mesrob II : Oui, il y a eu de nombreuses menaces envers Dink et envers nous, la communauté arménienne. Il semblerait que de nombreuses personnes savaient que Dink serait assassiné. La communauté arménienne ne pouvait à vrai dire rien faire de plus que d’écrire aux politiciens, pour demander une protection et des explications.

SPIEGEL ONLINE : Avez-vous le sentiment que les découvertes sur le meurtre progressent ?

Mesrob II : Non, le procès reste en surface, et les vrais commanditaires seront probablement protégés. Je vais très bientôt aller à Ankara. Il est temps de parler de ce sujet ouvertement avec le Chef des Armées.

SPIEGEL ONLINE : Pourquoi voulez-vous aller parler au Chef des Armées et non au Premier ministre Erdogan ?

Mesrob II : Il y a déjà des reproches concernant les forces de sécurité qui y sont pour beaucoup dans le meurtre de Hrant Dink. Je voudrais donc poser au Chef de l’État-Major la question nécessaire : que conseillez-vous aux Arméniens ? Que devons nous faire ?

SPIEGEL ONLINE : Est-ce que la situation pour les Arméniens s’est calmée ?

Mesrob II : La communauté arménienne de Turquie traverse en ce moment une période très difficile. Nous recevons constamment des lettres qui déclarent : nous savons où vous habitez, nous allons vous assassiner et nous traînerons vos cadavres. Et donc, ces derniers jours, des écoles arméniennes ont dû être évacuées. Nous avons donc interpellé le Gouverneur d’Istanbul : il a dit que nous devions nous trouver une force de sécurité pour nous protéger. Cela nous a paru comique, car c’est pourtant bien le devoir de l’État de protéger ses citoyens. Il semblerait que le nombre de personnes qui veulent chasser les minorités de Turquie augmente. Et donc, de nombreux jeunes Arméniens quittent la Turquie - la plupart partent aux USA, en France ou en Allemagne. Nous ne voulons pas entraver la liberté de voyager, mais nous devons stopper ce mouvement d’exode.

SPIEGEL ONLINE : Que devrait-il se passer ?

Mesrob II : Nous avons besoin de davantage de tolérance et nous avons besoin urgemment pour cela de l’Union Européenne - et d’une date concevable d’adhésion de la Turquie. Les Arméniens sont - comme toutes les minorités en Turquie - de tout coeur pour l’adhésion de la Turquie à l’UE. C’est le seul moyen d’obtenir une démocratie. Et de fait, de très nombreux radicaux en Turquie sont très jeunes, il n’ont pas de travail et pas d’avenir. Mais ils ne sont pas représentatifs de la majorité des jeunes en Turquie : ils ont fréquemment une bonne éducation et la plupart d’entre eux sont plutôt pro-occidentaux. Ils prennent l’Occident comme modèle, et c’est pourquoi l’Europe doit se tenir à cette réalité et voir quel est le potentiel dans ces personnes, et les prendre au sérieux.

SPIEGEL ONLINE : À l’étranger, on demande toujours que le gouvernement turc reconnaissance les meurtres des Arméniens comme étant un génocide - la diaspora, surtout en France, pose la reconnaissance du génocide par le gouvernement turc comme condition préalable pour discuter avec le gouvernement. Que pensez-vous de cette attitude ?

Mesrob II : Cette tactique ne nous aidera pas. Bien sûr, nous ne pouvons pas dissimuler le bain de sang de 1915. Mais nous devons aussi voir les fautes commises par les Arméniens, savoir, qu’en 1915 ils ont dirigé leurs armes contre le gouvernement ottoman. Le régime ottoman en réponse s’est vengé sur le peuple arménien dans sa totalité et l’a déporté dans le désert syrien, au lieu de punir les Arméniens armés. Cette terrible époque ne doit pas être oubliée, mais nous devons aussi regarder vers le futur.

SPIEGEL ONLINE : Mais, est-ce que la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie ne serait pas une étape, pour que toutes les parties dépassent le passé et simplifient le présent ?

Mesrob II : La revendication de la reconnaissance du génocide n’aide en rien en ce moment. À cause de cette attitude, nous sommes violemment attaqués par les Arméniens de la diaspora - le Comité National Arménien d’Amérique (ANCA) nous a récemment traités de collabos turcs - mais je crois, et c’est naturel, que les Arméniens de Turquie pensent différemment de ceux qui vivent à l’étranger. La diaspora arménienne veut tout avoir d’un coup, mais ils vivent tous bien loin de la réalité turque. Au lieu de s’acharner sur la reconnaissance, nous devrions nous concentrer sur un dialogue entre Turcs et Arméniens, entre la Turquie et l’Arménie.

SPIEGEL ONLINE : Croyez-vous que la composition du gouvernement turc a une influence sur la situation des Arméniens ? Est-ce que vous seriez dans une meilleure position si l’AKP devait perdre les élections ?

Mesrob II : Pour être franc : nous, Arméniens, préfèrerions l’AKP au Parti de l’opposition le CHP. L’AKP a une ligne franche avec les minorités et est moins nationaliste. Le gouvernement Erdogan nous écoute - et aux prochaines élections nous voterons AKP.

Sur Mesrob II
Mesrob II est le Patriarche de l’Église Apostolique Arménienne depuis 1998. Avec 80.000 membres, c’est la plus grande église chrétienne de Turquie. Les Arméniens comptent parmi les minorités persécutées de l’histoire de la Turquie. En 1915, entre 300.000 et 1,5 million d’Arméniens furent déportés par le gouvernement, et assassinés. En 1985, le génocide a été reconnu pour la première fois par l’ONU, deux ans plus tard par le Parlement européen. 24 États, dont l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas ont entre temps reconnu le génocide - à chaque fois malgré les protestations massives de la Turquie. L’Allemagne compte parmi les pays, avec les États-Unis et Israël, pour qui officiellement il n’y a pas eu de génocide arménien.

Interview : Anna Reimann

©Traduction-adaptation C.Gardon pour le Collectif VAN 2007 - www.collectifvan.org





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Source/Lien : Spiegel Online



   
 
   
 
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