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Turquie : Le Patriarche arménien, otage du gouvernement turc
Publié le : 05-06-2007

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Nous remercions Harut Sassounian de nous faire parvenir chaque semaine son éditorial en anglais, avant même sa parution dans The California Courier, et Christine Gardon de le traduire avec une telle rapidité ! Les préoccupations de Harut Sassounian qui s’interroge sur « ce qui pousse le Patriarche Arménien de Constantinople (Istanbul), Mesrob II, à faire de temps à autre des déclarations controversables et conflictuelles » collent de fait, à l’actualité du jour (voir: Menaces sur la communauté arménienne de Turquie
).


Quelle motivation à la rhétorique politique du Patriarche Mesrob ?


De Harut Sassounian
Publié par The California Courier
7 juin 2007

Il n’est pas toujours facile de saisir ce qui pousse le Patriarche Arménien de Constantinople (Istanbul), Mesrob II, à faire de temps à autre des déclarations controversables et conflictuelles.

Ceux qui connaissent bien les conditions oppressives qui règnent en Turquie comprennent parfaitement que le Patriarche et ses ouailles sont des otages entre les mains du gouvernement turc. Par conséquence, il est clair que certaines de ses déclarations sont faites sous la force et la contrainte.

En avril, lorsque le Patriarche s’est envolé pour Dallas afin de participer à une conférence politique tendancieuse, organisée par un groupe turc, l’Archevêque Khajag Barsamian, le Primat du Diocèse de l’Est (U.S.) a émis un communiqué de presse dans lequel il exprimait son opposition à ce "dialogue arméno-turc" unilatéral. Le Primat a déclaré que le Patriarche "avait une capacité très limitée à exprimer librement ses pensées et ses inquiétudes véritables, en raison de la loi oppressive de la Turquie sur la liberté d’expression."

De plus, dans une lettre en date du 12 avril 2007, adressée à Dr. Gerald R. Turner, le Président de l’Université Méthodiste du Sud, le Primat Barsamian a décrit avec justesse le Patriarche comme étant : "un 'prisonnier de conscience' virtuel du gouvernement turc." L’Archevêque Barsamian, qui est originaire de Turquie, connaît bien la situation de la communauté arménienne d’Istanbul. Sa lettre a motivé l’annulation du parrainage de la conférence par l’Université.
Cependant, toutes les déclarations politiques et les actions du Patriarche ne sont pas dictées par le gouvernement turc. Sachant ce que l’on attend de lui, le Patriarche, sans même qu’Ankara le lui demande, fait parfois des déclarations qu’il sait qu’elles plairont à ses maîtres turcs. Ce faisant, il espère peut-être s’attirer les bonnes grâces des officiels turcs, ce qui pourraient mener à une réduction des mesures gouvernementales oppressives qui pèsent sur la communauté arménienne locale.

Dans ses tractations avec les officiels turcs, le Patriarche pourrait exploiter l’opposition de la diaspora arménienne à sa position pro-turque, en disant au gouvernement qu’il risque de perdre toute crédibilité si des concessions sincères ne sont pas faites en vue d’améliorer les conditions de vie de la communauté arménienne.

Parfois, les agissements du Patriarche désarçonnent complètement le public arménien, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Turquie. Il y a environ deux ans, il a disparu du Patriarcat pendant quelques semaines, sans prévenir ni donner d’explications quant à l’endroit où il se trouvait. En dépit du fait que les Arméniens d’Istanbul soient dévoués avec ferveur à leur Église et à leur chef religieux, nombreuses sont ses ouailles qui ne sont pas satisfaites de ses idiosyncrasies. Il s’est querellé en public avec le Catholicos Karekin II, ainsi qu’avec les éditeurs de la presse arménienne locale, y compris Hrant Dink, l’éditeur récemment assassiné du journal Agos. Ceux qui ne sont pas d’accord avec lui décrivent le Patriarche, âgé de 51 ans, en ces termes : "d’une intelligence brillante, mais bravache."

Laquelle de ces trois explications justifie la déclaration récente du Patriarche sur le génocide arménien ? Lors d’une entrevue avec une délégation de congressistes américains au Patriarcat Arménien d’Istanbul le 30 mai, le Patriarche a dit aux Membres du Congrès en visite : "Dans la perspective des relations bilatérales turco-arméniennes, et des relations entre les Arméniens de Turquie et l’opinion publique turque, nous ne sommes pas en faveur de la résolution en attente de vote au Congrès sur le génocide arménien. Mais, nous ne nions pas les faits historiques. La position prise par le Parti Union et Progrès, savoir de punir tous les Arméniens de Turquie, et pas uniquement les groupes arméniens qui avaient pris les armes contre le gouvernement (ottoman), ne pourra jamais être pardonnée. Un million et demi de citoyens Arméniens ont péri dans les déserts de Syrie, et aujourd’hui, il ne vit plus dans notre pays que 70 000 Arméniens. Il ne faudrait pas non plus oublier qu’à l’époque des déportations, nos citoyens arméniens ont dit qu’ils étaient musulmans afin d’échapper au bannissement. Ils parlent toujours l’arménien et ils vivent dans une culture arménienne, et nous les considérons comme faisant partie de notre communauté, même si leur religion est différente."

Malgré le fait que le Patriarche savait parfaitement que le gouvernement turc et des groupes ultranationalistes turcs s’opposeraient fortement à sa déclaration énonçant qu’un million et demi d’Arméniens avaient été tués, il a en outre posté ses déclarations en turc et en anglais sur le site Internet officiel du Patriarcat. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs négationnistes turcs l’aient immédiatement critiqué, et qu’ils aient remis en question les faits sur le génocide.

On ne comprend pas très clairement pourquoi le Patriarche a choisi de faire de telles remarques candides à la délégation de congressistes, et les a ensuite rendues publiques ? Serait-ce sa façon de riposter au manque de réceptivité du gouvernement turc face à ses requêtes répétées faites au nom de la communauté locale arménienne ? Ces dernières années, le Patriarche a dit et fait beaucoup de choses pour soutenir les intérêts turcs, y compris son lobbying énergique pour la candidature et l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, sans rien recevoir en retour qui améliorerait le sort de son peuple.

Le gouvernement turc devrait reconnaître que l’Occident rejette automatiquement les déclarations et les efforts pro-turcs du Patriarche, sachant pertinemment qu’ils sont faits sous la pression. De fait, à chaque fois que le gouvernement turc oblige le Patriarche à dénoncer la reconnaissance du génocide arménien par des Parlements étrangers, Ankara reconfirme par inadvertance la nature autocratique de son régime.

Les Arméniens de la diaspora doivent comprendre que s’ils veulent que le Patriarche joue un rôle plus péremptoire dans la défense des intérêts arméniens, ils devraient alors développer un pouvoir politique suffisant à Washington, et dans d’autres capitales, afin de le protéger lui et sa communauté, des torts potentiels que causeraient les Turcs irréductibles. Par exemple, le Grand Rabin de Turquie sait que les dirigeants turcs n’oseraient jamais s’attaquer à lui ou à la communauté juive, car il y aurait une réaction violente et légitime de la part d’Israël, des États-Unis et de pratiquement tous les pays d’Europe. Est-ce que le gouvernement arménien et la diaspora arménienne ne pourraient pas fournir une garantie similaire au Patriarche Arménien ?

En attendant, il ne fait aucun doute que Mesrob II sait comment évaluer l’humeur politique nationale de la Turquie bien mieux que ses détracteurs vivant à l’étranger. En raison de la situation actuelle de résurgence du nationalisme turc, le Patriarche pourrait adopter une position de non-intervention, en déclarant aux officiels turcs qu’en tant que chef religieux, il ne peut faire de déclarations que sur des sujets spirituels, et s’abstenir de toute implication dans les questions politiques.

©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN 5 juin 2007 - www.collectifvan.org





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