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Génocide arménien : "Je n’ai pas de haine mais je suis en colère"
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Une Arménienne de Turquie, vivant en France depuis les années 80, s'exprime à propos du dialogue arméno-turc. Elle a tenu à garder l'anonymat pour ne pas mettre en danger sa famille vivant en Turquie et pour se protéger elle-même également.










La honte de haĂŻr lÂ’autre ? La honte dÂ’ĂŞtre la victime ?


Je parlerai plutôt de la honte de ne pas parler du passé pour ne pas gêner les autres, mes amis turcs. Je parlerai aussi de la gêne de parler de l’histoire à côté des Turcs, sachant qu’ils ne connaissent pas leur propre histoire…

Je fais partie de la diaspora mais je n’ai pas grandi avec l’histoire des atrocités. Mes grands-parents ont été déportés mais ils sont restés en Turquie. Je n’ai pas été élevée dans la haine. Ma grand-mère n’a rien voulu nous raconter peut-être pour nous protéger. Elle répétait : « Tu es jeune et inexpérimentée, tu en parleras à l’extérieur et tu auras des ennuis. »

Pourtant, je remarquais des faits bizarres : nous n’étions pas comme nos voisins turcs. Nous ne fréquentions pas les mêmes écoles que leurs enfants. Nous vivions dans des cocons protégés : les écoles de la communauté, les centres sportifs de la communauté, les centres culturels de la communauté. Nos responsables faisaient face aux oppressions de l’Etat et nous avons grandi, complètement apolitiques, à l’intérieur de frontières invisibles.

Comme la plupart des jeunes Arméniens des années 80, capables de réfléchir et de poser des questions, donc potentiellement dangereux, j’ai été obligée de quitter ma ville natale, Istanbul, mes études, mes amis. L’immigration est une rupture brutale qui vous réduit à un niveau primaire. Toute votre énergie est consacrée à satisfaire des besoins élémentaires: se nourrir, se loger, se vêtir. Le professeur de psychologie devient travailleur dans un atelier de couture, le journaliste devient ouvrier dans une usine de cacahuètes. C’est bien calculé : il faut achever le travail commencé par le génocide sanglant du début du siècle. Le génocide blanc continue avec toute son agressivité. En Turquie et en Diaspora.

Les vagues d’émigration en Europe le prouvent, chaque prétexte a été exploité pour se débarrasser des restes des survivants. 1938 : les massacres du Dersim, 6 septembre 1955 : les spoliations des biens des non-musulmans et les tentatives de massacres, 1960 : le coup d’Etat militaire, 1974 : l’occupation de Chypre, 1980 : le coup d’Etat militaire et les menaces de Kenan Evren à l’encontre des Arméniens.

Les enfants des Unionistes ont continué leur œuvre tranquillement et périodiquement.

A chaque vague d’émigration, on a pu aussi observer la dégradation du niveau de maîtrise de la langue arménienne et constater la dégradation des conditions de vie des Arméniens en Turquie.

La Turquie a créé la Diaspora en 1915 et a continué sans cesse à l’alimenter. Aujourd’hui elle essaye de la diaboliser par tous les moyens.

Hrant Dink disait : « Il faut nettoyer notre sang sali par la haine, il nous faut connaître les Turcs et voir qu’eux aussi sont des personnes comme nous ». Moi je connais les Turcs, j’ai des amis turcs. J’admire le courage des intellectuels turcs et je tremble pour eux, car malheureusement, la Turquie n’a pas changé depuis 1909.

Le génocide, ce n’est pas simplement 1,5 million de morts, c’est l’anéantissement d’une civilisation : les dégâts sont irréparables. Et tandis que je n’attends qu’une simple excuse, le nombre des Kerincsiz, des Samast et des Halacoglu, lui, augmente…

Je n’ai pas de haine mais je suis de plus en plus en colère. Plus je découvre ce qu’était la civilisation arménienne, plus je souffre face à l’injustice. Je n’ai pas de haine mais je revendique la reconnaissance du génocide. Car je me suis rendu compte que ce mot est devenu la clé qui débloquera les réponses à beaucoup de questions...

Vous, les descendants des déportés qui n’avez jamais vu la Turquie, vous pouvez effectuer vos pèlerinages quasi-touristiques pour faire le deuil de vos grands-parents. Vous pouvez ensuite dire « l’Arménie n’est pas mon pays, la Turquie était le pays de mes grands-parents et je suis chez moi en France » et BASTA.
Qu’il est pénible d’entendre ces paroles. Voilà exactement ce qu’ils veulent. Que vous leur rendiez visite, que vous leur laissiez des devises et que vous racontiez combien ils sont accueillants, à Istanbul, en Cappadoce, à Bursa... Et à l’Est ? Avez-vous vu dans quel état se trouve l’Est ? Adana, Marache, Adiyaman, Van, Kars… Est-ce que moi, simple citoyenne de Turquie, je peux y aller et faire du tourisme, moi qui parle leur langue mieux qu’eux, moi qui les connais, comme le demandait Hrant ? Mais moi qu’ils ne connaissent pas car je représente « l’Arménien diabolisé », le danger, l’Arménienne qui pourrait même réclamer la maison de son grand-père.

Ecouter la musique turque, tourner des films ensemble, donner des concerts mixtes peut certes contribuer à l’amitié, mais ne pourra rien résoudre en fait.

Moi qui ai toujours des contacts en Turquie, j’aimerais voir la réconciliation de ces deux peuples plus que vous.

Mais les Arméniens ne peuvent plus se permettre de tomber dans le même piège que les Tachnags qui rêvaient d’un pays où régnaient les principes de liberté, d’égalité et de fraternité et dont la foi inconditionnelle dans les Unionistes a été fatale pour nous tous. J’ai peur que la bonne volonté des intellectuels turcs ou arméniens ne soit de nouveau exploitée par le pouvoir turc, que les concessions unilatérales de la part des Arméniens ne soient qu’un piège...

Le travail effectué par la diaspora arménienne que vous accusez si facilement d’« extrémisme » aide aujourd’hui encore les défenseurs de la démocratie et de la justice en Turquie…
Sans leur persévérance, le tabou de la question arménienne n’aurait pu être rompu.

Lorsque j’étais enfant en Turquie, le mot « arménien » était absent des média, absent des manuels, absent tout court. Mais tout le monde nous connaissait.
Aujourd’hui il y a des générations de Turcs qui ont grandi sans connaître les Arméniens : nous avons même été effacés de la mémoire des gens.
Mais, Agos est né il y a 10 ans. Et l’on a commencé à parler des événements du début du XXème siècle : il y a eu en Turquie des débats télévisés pour instruire la population tant bien que mal. Cette vague de liberté, née il y a 10 ans, nous avait donné espoir. « Nous » la diaspora silencieuse, « Nous » cette partie de la diaspora qui est toujours sur le sol de Turquie. Nous avons cru que nous pouvions retourner au pays ; acheter un terrain au bord du Lac de Van ou à Kars ou à Hemchin. Nous avons cru que les choses changeaient en Turquie. Nous avons cru que l’Europe était en marche… Mais les enfants des Unionistes l’ont vu aussi. Alors ils ont frappé très fort. L’assassinat de Hrant a été un coup mortel à tout espoir.

Je suis désolée de le dire mais les intellectuels turcs ont du travail à faire chez eux. Ce n’est pas à la victime d’aider le bourreau. Elif Safak a très bien décrit ce que nous attendions d’eux.
S’ils sont vraiment sincères, les intellectuels turcs doivent dire haut et fort la vérité. Il faut qu’ils fassent cela non pas uniquement pour nous, mais pour les peuples de Turquie. Pour la liberté de penser, pour la liberté d’expression et pour le droit de vivre en paix.
« Nous », nous pouvons les aider grâce à l’Europe et grâce à notre persévérance pour la reconnaissance du génocide. Les intellectuels turcs doivent comprendre qu’il ne s’agit pas d’un blocage sur un mot, ou d’une histoire de paranoïa, ou d’un complexe qu’on aurait développé. Ou bien d’une bouée de sauvetage pour combattre l’assimilation.

Le génocide, ce n’est pas l’histoire de mes grands-parents. Le génocide, c’est ma vie et c’est l’avenir de mes enfants. Ma vie a été chamboulée à cause des événements qui ont eu lieu il y a un siècle et parce que les coupables n’ont pas été punis et que le mensonge persiste. Je ne veux pas que mes enfants subissent le même sort à cause de leurs origines.

La question arménienne n’est pas uniquement l’histoire des peuples arméniens ou turcs comme l’explique si bien Raphaël Stainville dans son récit de voyage à Adana « Pages de Sang ». Comme lui, je pense que la reconnaissance du génocide n’est pas la résolution d’un problème qui vient du passé mais qu’il s’agit au contraire de l’histoire de l’Europe contemporaine.

En réclamant la reconnaissance du génocide, je réclame la justice pour tous. En réclamant la reconnaissance, je veux arrêter le génocide blanc. En réclamant la reconnaissance du génocide j’espère sauver le peu qui reste des oeuvres de mes ancêtres. Je veux que les livres d’histoire, que les brochures touristiques parlent librement des chefs-d’œuvre architecturaux des Arméniens, qu’ils parlent des services rendus à l’Empire ottoman par les Arméniens.
En réclamant la reconnaissance du génocide je veux libérer l’avenir de mes enfants et l’avenir des enfants de Turquie, d’origine turque, arménienne, kurde ou autres…

Si la Turquie veut vraiment entrer en Europe, qu’elle ouvre les portes de la vérité historique à l’aide de la clé appelée « génocide », elle trouvera alors un allié fidèle en Europe : les Arméniens.

Collectif VAN - 29 juin 2007 - 16:55 - www.collectifvan.org




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