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Génocide : Des Turcs confrontés à leur histoire
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - A la suite de la projection du documentaire de Sege Avédikian "Retourner, nous avons bu la même eau" à la Mairie du IXe à Paris, le 29 juin 2007, était organisé un débat sous le titre "Quitter la honte". Cet intitulé renvoyant à la déclaration surprenante de Serge Avédikian à Istanbul (voir document Word attaché), n’a pas manqué d’échauffer les esprits les jours précédant le débat. Or de « honte » il n’a pas été question. Quoiqu’il en soit, une soirée riche en réflexions et débats dont nous vous proposons un bref compte rendu.


A la suite de la projection du très beau documentaire de Serge Avédikian "Retourner, nous avons bu la même eau" à la Mairie du IXe arrondissement de Paris, le vendredi 29 juin 2007, était organisé un débat sous le titre "Quitter la honte", avec à la tribune la psychanalyste Hélène Piralian, la chercheuse en géo-politique Isabelle Kortian, le jeune militant du Nor Seround Sevan Minassian, et naturellement Serge Avédikian. Ce débat a été magistralement mené par le journaliste Frédéric Couderc, rédacteur en chef de l'ouvrage collectif "arménie(s)".

"La honte" n'a pas été abordée, mais le débat était riche.

La plupart des présents ont été très touchés par les images des vieilles pierres tombales arméniennes, où beaucoup ont pu lire des inscriptions émouvantes, comme les souhaits d’une mère à son fils décédé, servant de marches d'escalier ou de murets de jardin. Certains se sont étonnés qu'au lieu d'en être scandalisés, ils se soient sentis heureux d’y voir la preuve que "nous avons existé".

Deux membres de l'association Acort qui se définissent comme "originaires de Turquie" étaient présents dans l'assistance, Umit et Michel. Michel est ce Français d'origine turque qui s'est recueilli devant la statue de Komitas le 22 avril avec Denis Donikian. Michel a parlé de son refus de couvrir le criminel, pour ne pas être assimilé à ce criminel, lui qui n'a jamais tué personne.

Tous les deux appellent le crime "génocide" et précisent qu'ils sont là à titre personnel.
Umit, lui, ajoute que les Turcs ont besoin d'être confrontés par les Arméniens pour pouvoir commencer à regarder leur histoire en face, car seuls ils n'y arriveront pas, qu'"il faut qu'on partage notre douleur" et "qu'on crée des espaces où partager de l'humain", il espère projeter ce film à des originaires de Turquie en France, il encourage les Arméniens à aller en Turquie, à dire qui ils sont et à parler avec les gens.

Umit reconnaît, qu’en ce qui concerne la question arménienne, les Turcs de tous bords, qu’ils soient de gauche ou de droite ont les mêmes réactions et le même discours.

Objectivement, ajoute-t-il, les gens en Turquie n'ont pas les moyens de s'informer. Le film montre que dans tout Sölöz, il n'y a qu'un seul ordinateur, effectivement. En France, ces moyens existent, mais dans les familles originaires de Turquie, personne ne parle.

Il évoque le thème du "médicament réciproque" dont parlait Hrant Dink, et les "effets pernicieux des revendications de la diaspora" (en particulier le projet de loi de pénalisation de la négation du génocide, auquel il est opposé). Il parle du recul du désir d'adhésion à l'UE en Turquie (passé de 75% à 35% dans les sondages).

Les réactions de la salle ont été très courtoises, mais des désaccords se sont manifestés :

- faire des voyages? parler aux gens là-bas? mais il y a la peur ;

- non, les douleurs arménienne et turque ne peuvent pas se mettre sur un même plan, ce n'est pas une seule et même douleur (ce qu'Umit admet ensuite);

- comment peut-on accuser la diaspora ou le projet de loi de pénalisation de bloquer la démocratisation de la Turquie quand c'est en Turquie même qu'il existe l'article 301 qui crée le blocage? ;

- il incombe aux intellectuels turcs d'éduquer leurs compatriotes et de faire évoluer leur société (ils essaient de le faire depuis longtemps au péril de leur vie, répond Umit);

- Hrant Dink n'était pas libre de dire tout ce qu'il voulait et pensait, et il est douteux que dans son esprit, la loi française et l'article 301 se soient valus, on ne devrait donc pas utiliser sa mémoire pour lutter contre une loi qui est destinée à nous protéger nous, ici, au moins tant qu'Ankara persiste dans ses campagnes négationnistes ;

- on a vu ce qu'a donné la Commission de réconciliation arméno-turque ; si les amis d'Acort veulent un dialogue sans préalable, certains des Arméniens présents dans la salle ont besoin, eux, d'un préalable.

Enfin, deux interventions intéressantes : Serge Avédikian, qui dit ne pas être naïf sur les difficultés du dialogue, et ne pas être sûr du tout qu'il aurait pu tourner un tel document dans un village d'Anatolie, car les habitants de Sölöz n'ont pas de sang sur les mains, ils sont arrivés de Grèce au moment des échanges de populations.

Et un auditeur habitué des voyages professionnels en Turquie, qui observe que le jeune Turc du film veut mettre les pierres tombales arméniennes dans un musée mais non reconstituer un coin de cimetière, alors que dans la culture orientale, on a un grand respect des morts et de ce qui les symbolise. Puis il raconte qu'à Istanbul un intellectuel turc cultivé et sympathique lui a proposé de lui faire visiter la maison de son grand-père en ajoutant "Peut-être que la maison de ton grand-père te plaira et que tu voudras l'acheter". Il ne lui est pas venu à l'idée de dire : "On te la donnera parce qu'on te l'a volée"…

Conclusion CVAN : on peut saluer la présence de ces deux Français d'origine turque, et leur position par rapport au génocide, et se réjouir de l'ambiance sereine - un événement sans doute impossible il y a 10 ou 20 ans, mais à l'époque, combien de Turcs tenaient les mêmes propos qu'Umit et Michel?

En revanche, rappelons que face à un sujet comme celui-ci, chacun, quelle que soit son origine (arménien, turc, autre) devrait être prudent dans ses formulations, et ne pas faire des économies sur le nombre de mots :

"il faut partager notre douleur", n'est pas la même chose que "nous devons être capable d'écouter l'autre, d'entendre sa douleur" qui, d'après Umit, est ce que nous aurions dû comprendre.

Et parler de "nationalistes de tous bords" comme le font même certains Arméniens, en assimilant les Arméniens qui exigent reconnaissance et réparations aux ultra-nationalistes turcs, c'est vraiment une insulte.

Surtout pour un sujet aussi "sensible", ce n'est pas ce que les gens veulent dire qui compte, c'est ce qu'ils disent.

Enfin, quelque sincères que soient les préoccupations d'un démocrate turc, lorsqu'il nous dit qu'il faut mettre en veilleuse nos revendications, à cause des effet négatifs induits dans la société turque en Turquie, comment ne pas demander :

Vous qui voulez partager notre douleur, que proposez-vous pour nous épargner celle qui nous atteint tous les jours avec ce négationnisme insupportable, que préconisez-vous pour que nous soyons sûrs et certains de ne plus jamais avoir de manifestations négationnistes en France, pour que les affiches qui ornent l'aéroport de Bodrum ne se trouvent pas demain dans nos rues ou nos agences de voyage ici, en France?

Et si la France doit renoncer à ses valeurs par rapport au refus du négationnisme, faudrait-il aussi qu'elle renonce à d'autres de ses valeurs (celles notamment qui rendent ce pays attractif pour les persécutés du monde, y compris turcs) pour éviter des réactions négatives dans d'autres pays ?

© Compte-Rendu : Collectif VAN - 04 juillet 2007 - 08:25 - www.collectifvan.org





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