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Turquie : Déclaration de Rakel Dink au procès du 2 juillet 2007
Publié le :

Publié le : 04-07-2007

(traduction Georges Festa)

Merci à Bianet de nous avoir autorisé à traduire ce texte

Moi, Rakel Dink

Votre Honneur, M. le Président du Tribunal, Honorables Juges,

Mon histoire a commencé avec cette lignée arménienne des Varto, qui fut parmi les survivantes de 1915. Je suis née en 1959 dans cette lignée arménienne des Varto, qui vivait aux frontières de Mardin, dans le district actuel de Sirnak. Aujourd’hui cette ville s’appelle Yolagzi. Le nom de Varto provient du nom de mon grand-père, Vartan. Le reste de ma famille émigra à Istanbul en 1978. Jusqu’alors, leur existence, au village, puis à la ville, s’épuisait à lutter devant les tribunaux contre les fraudes orchestrées par les chefs des villages avoisinants. Ces villages avoisinants avaient été construits sur nos terres. Les gens de ma famille furent molestés, blessés et survécurent miraculeusement aux tentatives d’assassinats. Mon père vécut une vie honorable sans renier ses origines ni sa religion. Il est mort à Bruxelles, voici trois ans, son esprit et son âme inquiets pour sa terre, qui fait toujours l’objet de procès. Ses enfants lui promirent de continuer son combat. Il ne se montra jamais lâche, ni paresseux, ne méprisa jamais le travail d’autrui et ne nous fit jamais ombrage de la moindre animosité.

J’ai fait la rencontre de mon cher époux, que j’appelais Cutag [NdT : Violon], Hrant Dink, dans un internat ; nous avons grandi ensemble ; nous nous sommes mariés. On nous retira de cet internat. Grâce à l’aide de Jésus Christ, nous avons surmonté tous les obstacles, toutes les épreuves. Ensemble, nous étions inquiets des problèmes de notre pays. Et maintenant, c’est avec une profonde tristesse que j’adresse ce cri.

Jusqu’à maintenant, nous avons été humiliés, outragés pour le simple fait d’être Arméniens ; nous entendions les gens maudire le mot Arménien. Tout cela, nous l’avons entendu et nous l’entendons encore dans les journaux, les télévisions, les bureaux d’état civil des naissances ; des fonctionnaires aux plus hautes autorités. On nous a parfois traités comme si nous n’étions pas des citoyens de ce pays, mais des migrants venus d’on ne sait d’où. Nous sommes toujours les témoins de ces choses, de cette échafaudage et de cette façon de penser ; ces ténèbres continuent de transformer des enfants en assassins.

Le verset 21:3 ne dit-il pas : « Dieu souhaite la rectitude et la justice plutôt que des sacrifices. » Aujourd’hui, nous voyons des enfants devenus assassins. Où sont les ténèbres qui les ont créés ?

Ces ténèbres que j’évoque sont connues de tous. Vous pouvez en trouver mille exemples parmi nos gouverneurs, notre gendarmerie, nos forces armées, nos services secrets, dans la police, dans le gouvernement, dans une partie de l’opposition, dans ces partis qui ne siègent pas au Parlement, et même dans les médias et les organisations non gouvernementales. Leurs noms, leurs positions sont connus de tous. Ils continuent de transformer des enfants en assassins et ils le font pour servir la Turquie. Nous les avons vus devant Agos juste après la publication de l’article de Sabiha Gokcen, et devant les tribunaux où mon mari était jugé. Mais, au nom de certaines raisons, la justice et l’appareil judiciaire ne peuvent les atteindre, et ne le veulent d’ailleurs pas. Car ils savent que s’ils creusaient plus profondément, ils verraient que ces ténèbres existent aussi en eux.

Alors, si vous ne venez pas de ces ténèbres, et que vous les refusez, ne les approuvez pas, ayez le courage d’aller plus avant et d’abattre les obstacles placés au-devant de cette affaire. Soyez les instruments de la justice de Dieu, afin que la Turquie puisse être heureuse et que tout ceci inaugure des jours lumineux pour la Turquie.

Votre Honneur, mon mari a été jugé pour ses écrits, ses pensées et ses discours. Alors qu’il était innocent, à cause de sa vision de l’Etat, il fut jugé coupable. Je pense que ces manifestations de l’Etat sont porteuses d’exclusions, d’offenses et d’humiliations ; cela encourage et multiplie les enfants assassins. En résumé, à la source de tout cela se trouve une perception et un discours. Et moi, je m’oppose à ce discours et à ceux qui en font usage.
En tant que membre d’un peuple qui vit sur cette terre depuis Noé, je veux sentir et voir mes enfants et moi-même comme des citoyens arméniens turcs, des citoyens égaux en droit.
Un de nos proverbes dit : « Celui qui nie ses origines vit dans le péché. » Qu’attendriez-vous de celui qui nierait ou cacherait ses origines ? Pouvez-vous bâtir quelque chose de solide, un bon caractère, sur de mauvaises bases ? Je vous le demande, pouvez-vous croire un tel homme ?
Cela signifie-t-il que ne pas nier nos origines fait de nous des ennemis ?
Mon cher époux a beaucoup travaillé, n’a jamais menti, n’a jamais agi injustement, n’a jamais prononcé un seul mot contre son pays, ni ici ni à l’étranger. C’était un défenseur de la vérité et il a vécu en vrai fils et en vrai citoyen. En retour, des traîtres l’ont frappé de balles.

Quelle que soit la justice qui vous paraîtra la meilleure, cela ne me rendra pas mon époux. Aucun jugement ne pourra égaler la perte de mon époux. Si la justice est le fondement de cette terre, alors je suis en quête de cette justice-là. Je désire que la Turquie s’édifie sur cette base. Je ne veux pas le voir en paroles, je veux le voir dans la vie quotidienne, dans les discours. Je demande donc que tous les responsables et les autorités déclarent : « Nous ne pouvions pas, nous ne voulions pas protéger votre mari, notre concitoyen. Nous avons sciemment commis un crime. Nous nous excusons. »

Je demande à cet honorable tribunal, qui représente l’Etat, que tous les criminels reçoivent le châtiment qu’ils méritent. Je n’éprouve aucune haine envers eux ; au contraire, je les trouve tous misérables et ils me font pitié. Je prierai pour leur miséricorde avec l’amour et la justice de Jésus Christ, Celui qui sait tout et voit tout. J’espère qu’avec l’aide de l’Esprit Saint, ils ressentiront le besoin de cette miséricorde. Et je vous demande d’agir et de décider en votre âme et conscience.

Avec mon profond respect,

Rakel DINK

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