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Turquie : le problème de l’Amérique
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose de redécouvrir cet article paru le 25 février 2007 dans United Press International's Rubrique "Outside View" et que nous avions porté à votre connaissance le 27 février 2007.

Une analyse de plus, inspirée directement de la ligne officielle du gouvernement turc. Les auteurs se gardent bien de citer l’assassinat à Istanbul du journaliste arménien Hrant Dink en janvier dernier : est-ce parce qu’il illustre trop bien leur analyse : « Au cours de ces dernières années, la Turquie a commencé à s’occuper de la question arménienne plus ouvertement » ?


Posté par UPI Outside View le 25 février 07 à 21:44

DE F. STEPHEN LARRABEE ET SUAT KINIKLIOGLU

WASHINGTON. 23 février (UPI) -- Alors que l’Amérique se bat pour stabiliser l’Irak tandis que les combats font rage, la dernière chose dont elle a besoin est d’être entraînée dans une crise avec la Turquie.

Mais il semble que ce soit la direction que prend Washington, si le Congrès adopte la résolution récemment introduite par Adam Schiff, D-Calif. et plusieurs collègues, à la Chambre des Représentants, et qui accuse la Turquie d’avoir commis un génocide envers les Arméniens de 1915 à 1918.

La Turquie nie, ce que réclament les Arméniens, que l’Empire ottoman, le gouvernement précédent de la Turquie, ait causé la mort de 1.5 million d’Arméniens au cours d’un génocide. Le gouvernement turc prétend qu’un nombre beaucoup moins important d’Arméniens sont morts, et que les Arméniens ont été tués ou déplacés lors de combats civils lors de la chute de l’Empire Ottoman.

Clarifier les événements qui entourent les morts tragiques des Arméniens est un sujet important et qui mérite l’attention. Mais l’adoption par le Congrès de la résolution proposée ouvrirait une boîte de Pandore avec de nouveaux problèmes en aggravant les relations U.S.-Turquie et en compromettant sérieusement les progrès faits par la Turquie envers la question arménienne -- tout en empêchant de promouvoir la réconciliation turco-arménienne, tellement nécessaire.

L’administration Bush a prévenu que même un débat sur la résolution au Congrès pourrait endommager les relations avec la Turquie. Et même Schiff a reconnu que la résolution pourrait faire du tort aux relations entre les deux pays à court terme.

La résolution surgit à un moment particulièrement sensible dans la politique intérieure turque. La Turquie entre dans une phase électorale, avec les élections présidentielles en mai et les élections parlementaires en novembre.

Ces élections approchant, les politiciens turcs seront tentés de faire leur show. Par conséquence, le passage de la résolution sur le génocide pourrait mettre le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan sous une forte pression intérieure pour qu’il réduise la coopération du pays avec les Etats-Unis.

Une nouvelle crise dans les relations U.S.-Turquie blesserait l’Amérique au moment où les deux nations commencent à surmonter les tensions dues à l’invasion américaine de l’Irak, et pourrait saper la nouvelle stratégie du Président Bush pour stabiliser l’Irak.

Quelque 60% de tout l’équipement militaire américain destiné à l’Irak passe par le territoire ou l’espace aérien de la Turquie, un allié musulman, membre de l’OTAN. Si cette route vers l’Irak devait être réduite ou entièrement fermée, la capacité des USA à combattre efficacement les rébellions et les violentes milices en Irak, serait diminuée.

Le gouvernement Erdogan pourrait aussi subir des pressions intérieures en ce qui concerne l’utilisation par les Américains de la base aérienne de Incirlik dans le sud de la Turquie, qui sert à réapprovisionner les troupes américaines en Afghanistan.

Au cours de ces dernières années, la Turquie a commencé à s’occuper de la question arménienne plus ouvertement, et elle a récemment ouvert les archives ottomanes sur cette période aux chercheurs. De plus, Erdogan a proposé en 2005 de réunir une commission d’historiens pour examiner la question arménienne et livrer les résultats à la communauté mondiale.

De plus, motivé par les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, un débat interne vivant s’est initié dans la société turque. En mars 2006, une conférence internationale importante s’est tenue à Istanbul, consacrée au sort des Arméniens -- un développement impensable il a encore quelques années.

Plutôt que de prendre des mesures qui vont enflammer l’opinion populaire en Turquie et saper ce processus d’ouverture, le Congrès et la Maison Blanche devrait travailler ensemble pour encourager la Turquie et l’Arménie à prendre des mesures concrètes pour promouvoir la réconciliation bilatérale et la sécurité régionale.

En particulier, les États-Unis devraient presser l’Arménie de faire un effort plus rigoureux pour résoudre la dispute concernant le problème du Nagorno-Karabakh avec son voisin l’Azerbaïdjan.

Dans un même temps, la Turquie devrait être encouragée à modifier l’Article 301 du code pénal, une loi qui restreint la liberté d’expression et de la presse et qui criminalise l’insulte à l’identité turque. La Turquie devrait aussi prendre des mesures additionnelles pour gérer la question arménienne d’une façon plus ouverte.

Ces efforts pourraient être les prémices à une ouverture de la frontière turco-arménienne, fermée depuis l993. Les deux côtés bénéficieraient d’une telle décision. Ouvrir la frontière permettrait à l’Arménie de réduire son isolation économique actuelle ainsi que sa dépendance envers la Russie et l’Iran. Cela ouvrirait de nouvelles possibilités à l’Arménie pour participer à la coopération économique régionale, et aux initiatives en matière d’énergie, dont elle a été jusqu'à présent exclue. De plus, cela serait un important obstacle en moins en ce qui concerne les relations de la Turquie avec l’Union européenne.

En ce qui concerne les relations U.S.-Turquie, ainsi que les relations turco-arméniennes, toutes les parties bénéficieraient de ces efforts qui promeuvent la réconciliation plutôt que la confrontation.
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(F. Stephen Larrabee a la chaire de Sécurité européenne à RAND Corporation, une organisation de recherches caritatives. Suat Kiniklioglu dirige le bureau d’Ankara du German Marshall Fund.)
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(United Press International's Rubrique "Outside View" Les commentaires sont écrits par des contributeurs extérieurs spécialisés dans divers sujets importants. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de United Press International. Afin de créer un forum ouvert intéressant, nous vous invitons à soumettre des articles originaux.)

© Traduction C.GARDON pour le Collectif VAN (2007)








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