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La Turquie va-t-elle s’attaquer elle-même ?
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose de redécouvrir cet article paru le 10 mars 2007 sur The Economist et que nous avions porté à votre connaissance le 15 mars 2007.



Un nationalisme virulent menace de déchirer le pays fragilisé


The Economist
(10 Mars 2007)

Assis dans un bureau couvert de bannières ottomanes, de portraits d’Atatürk et du drapeau turc, Kemal Kerincsiz, un avocat, dit que sa mission dans la vie est de protéger la nation turque de "l’impérialisme occidental et des forces mondiales qui veulent nous démembrer et nous détruire."
Au cours de ces deux dernières années, Kerincsiz et son Union des Juristes turcs ont initié une série de procès contre des intellectuels turcs, usant de l’Article 301 du code pénal qui fait de "l’insulte à la turcité" un crime pénal.

Kerincsiz a confiné son nationalisme dans les tribunaux. Mais ailleurs, de nouveaux groupe d’ultranationalistes, certains dirigés par des officiers de l’armée à la retraite, ont juré sur des armes et le Coran de rendre les Turcs "les maîtres du monde" et même "de mourir et de tuer" dans le processus.
En janvier, l’une des cibles de Kerincsiz, le directeur turco-arménien d’un journal, Hrant Dink, a été abattu par Ogun Samast, 17 ans, parce qu’il avait "insulté les Turcs." Le meurtre, en plein jour, dans une des rues les plus animées d’Istanbul, a été la manifestation glaçante de la résurgence du nationalisme xénophobe dirigé contre les minorités non musulmanes de Turquie et les Kurdes -- plus leurs défenseurs dans l’élite libérale.

La recrudescence menace de faire disparaître les bienfaits de quatre années de réformes effectuées par le gouvernement à tendance islamiste modéré, dirigé par Recep Tayyip Erdogan. Et de fait, c’est en partie en réponse à ces réformes -- davantage de liberté pour les Kurdes, une légère coupe dans les pouvoirs de l’armée, des concessions sur Chypre -- que les passions nationalistes ont resurgi.

De savoir que de nombreux pays de l’Union européenne ne veulent pas que la Turquie en devienne membre les a enflammé davantage (l’UE a partiellement suspendu les négociations d’adhésion avec la Turquie en décembre, en raison de son refus d’ouvrir ses ports et son espace aérien aux Chypriotes grecs).

Un autre facteur est le refus américain d’agir contre les combattants séparatistes kurdes du PKK, qui sont basés dans le nord de l’Irak. Si le Congrès des États-Unis tient son engagement, et adopte la résolution qui qualifiera les massacres de masse des Arméniens ottomans en 1915 de génocide, la relation de la Turquie avec tous ses alliés souffrira "de dommages à long terme," dit le ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gul.

Murat Belge, un intellectuel de gauche, qui est traqué par Kerincsiz, voit des similitudes perturbantes entre le nationalisme raciste adopté par les "Jeunes Turcs " à l’époque du déclin de l’Empire ottoman (qui ordonnèrent les massacres de masse des sujets Arméniens de l’Empire), et la mentalité déclarée qui étreint la Turquie aujourd’hui.

La perception, aujourd’hui comme hier, est que les puissances occidentales insistent pour que des changements surviennent pour donner plus de pouvoirs à leurs collaborateurs locaux (soit, les Kurdes et les non musulmans), dans le but de briser le pays.

"Ce darwinisme social d’esprit qui laisse entendre que c’est OK de tuer vos ennemis afin de survivre" est perpétué par le système éducatif qui explique aux jeunes Turcs "qu’ils n’ont pas d’autres amis que les Turcs," dit Belge. Et cela a été cyniquement exploité par les politiciens et les généraux pareillement.

Erdogan et Deniz Baykal, le leader d’opposition du Parti Républicain du Peuple, n’ont pas fait exception à la règle. Lorsque plus de 100 000 Turcs se sont rassemblés pour les funérailles de Dink, en proclamant "Nous sommes tous Arméniens," Erdogan a estimé qu’ils étaient allés "trop loin." Lui et Baykal ont résisté aux appels demandant l’abolition de l’Article 301, bien qu’il puisse encore être modifié.

Les politiciens courtisent avec plaisir les votes nationalistes dans la course aux élections parlementaires de novembre. Erdogan espère également que polir ses références nationalistes l’aidera à obtenir une aide des généraux turcs bellicistes, puisqu’il a espoir de succéder à Ahmet Necdet Sezer, un séculaire convaincu, en tant que Président en mai.
Pourtant, une récente déclaration du chef des armées, Yasar Buyukanit suggère autre chose. Il a affirmé que la sécurité nationale de la Turquie devait faire face à de nombreuses menaces, plus que jamais elle n’avait eu à le faire dans son histoire moderne, et il a ajouté que seules ses "forces dynamiques" (l’armée) pouvait empêcher les efforts de "partition du pays." Ces mots, proférés lors d’un voyage official en Amérique, ont été largement pris comme un avertissement direct à Erdogan pour refroidir ses ambitions présidentielles.

D’autres n’excluent pas la collusion possible entre les éléments nationalistes dans l’armée même, et les officiers à la retraite qui sont en train de mettre en place de nouveaux groupes ultranationalistes (on dit que l’un d’entre eux entraînent de jeunes nationalistes à Trabzon, ville d’où sont originaires les meurtriers présumés de Dink).

"Le but réel est de créer le chaos, de polariser la société afin qu’ils puissent regagner du terrain (perdu avec les réformes de l’UE)," argumente Belma Akcura, une journaliste enquêtrice, dont le récent livre sur les forces de sécurité crapuleuses connues sous le nom de "l’État profond" lui a valu un séjour de trois mois en prison. Il ne serait pas surprenant que leur prochaine cible soit un nationaliste, ajoute-t-elle.

Pendant ce temps, des écrivains et des universitaires éminents, Belge compris, continue d’être bombardés de menaces de mort. Certains sont sous la protection de la police. Orhan Pamuk, l’auteur qui a reçu le Prix Nobel, et à qui Kerincsiz a fait un procès en raison de ses remarques sur les persécutions des Arméniens et des Kurdes, s’est enfui à New York. La bataille pour l’âme de la Turquie n’est pas encore achevée.

Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN 2007



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Source/Lien : The Economist



   
 
   
 
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