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Génocide arménien : proclamer la vérité avec force
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose de redécouvrir cet article paru le 17 mars 2007 sur The Independent et que nous avions porté à votre connaissance le 19 mars 2007. Robert Fisk, le plus grand reporter britannique à l’étranger (basé à Beyrouth), signe un éditorial très fort et s’élève contre la langue de bois de ses éditeurs turcs et celle des correspondants des agences de presse occidentales en Turquie, autour de la question du génocide arménien. Il incite chacun à proclamer la vérité avec force sur la réalité du génocide de 1,5 million Arméniens par les Turcs ottomans en 1915, génocide qui est l’objet de l’un des chapitres de son livre « The Great War for Civilisation ». Souhaitons que son appel soit entendu, tout du moins par les agences de presse françaises, anglaises et américaines, dont le Collectif VAN dénonce régulièrement les dépêches calquées sur la propagande officielle d’Ankara.



Robert Fisk : On devrait proclamer la vérité avec force



Quand un éditeur a-t-il jamais refusé de faire de la publicité pour son livre ?

Publié le 17 mars 2007

Préparez-vous pour une citation qui va vous couper le souffle.
Elle est tirée d’une lettre de mes éditeurs à Istanbul, qui se défilent pour ne pas publier en langue turque mon livre intitulé : The Great War for Civilisation. La raison, bien sûr, en est un chapitre "Le premier Holocauste", qui fait état du génocide de 1,5 million d’Arméniens par les Turcs ottomans en 1915, un crime contre l’humanité que même Lord Blair de Kut al-Amara a essayé de cacher, en refusant initialement d’inviter les survivants Arméniens à Londres, à l’occasion de la Journée de l’Holocauste.

Ce n’est, je me dépêche de l’ajouter, qu’un seul et unique chapitre de mon livre consacré au Proche Orient, mais les peurs de mes amis turcs avaient été exprimées avant même que le journaliste turco-arménien Hrant Dink soit cruellement assassiné devant son bureau à Istanbul, en janvier. Et lorsque vous lirez ce qui suit, message adressé à mes éditeurs londoniens HarperCollins, ayez bien à l’esprit que ceci est écrit par un citoyen d’un pays qui désire sérieusement faire partie de l’Union européenne. Étant donné que je ne parle pas turc, je ne suis pas en position de pouvoir critiquer les quelques fautes d’anglais de Mr Osman, qui parle, par ailleurs, un anglais excellent.

"Nous aimerions vous faire savoir que la situation politique en Turquie concernant plusieurs thèmes tels, les problèmes Arméniens et Kurdes, Chypre, l’Union européenne etc. ne s’améliore pas, au contraire, elle est de pire en pire en raison de l’agitation croissante du nationalisme qui a atteint son pic avec le Prix Nobel décerné à Orhan Pamuk et les désaccord politiques avec l’UE. Très certainement, cette atmosphère politique restera en l’état jusqu’aux élections présidentielles d’avril 2007... C’est pourquoi, nous aimerions procéder à cette publication dans le calme, c’est-à-dire qu’il n’y aura pas de campagne de presse pour le livre de M. Fisk. Ainsi, nous demandons à M. Fisk de nous apporter son soutien si jamais un procès était [est] intenté contre son livre... Nous espérons que M. Fisk et HarperCollins peuvent comprendre nos réserves."

Et pour cause, je le peux. Voici un éditeur dans un pays qui est en train de négocier son adhésion à l’Union européenne, et pour qui l’histoire arménienne, les Kurdes, Chypre (qui n’apparaît pas dans mon livre) - et même l’adhésion de la Turquie à l’UE, mon Dieu - sont des raisons suffisantes pour essayer de faire paraître mon livre sournoisement, en silence.
Quand, dans le monde l’édition et de la vente, je me le demande, un éditeur a-t-il tenté d’éviter de faire de la publicité pour son livre ? Et bien, je peux vous donner un exemple. Lorsque le magnifique ouvrage de Taner Akcam : A Shameful Act : The Armenian Genocide and the Question of Turkish Responsibility est paru pour la première fois en turc - il a utilisé des documents d’Etat turcs ottomans et de la documentation contemporaine pour prouver que le génocide était un fait historique terrifiant - l’historien turc a subi une réaction quasi identique. Son ouvrage a été publié "calmement" en Turquie - et pas une seule revue de presse n’a été écrite.

Maintenant, non pas que je n’éprouve aucune compassion envers mes éditeurs turcs. C’est une chose d’être en colère et de râler sur leur pusillanimité. Mais je vis à Beyrouth, et non à Istanbul. Et, après le meurtre horrible de Hrant Dink, je ne suis pas dans la position de donner des leçons à mes collègues en Turquie, de s’élever contre le racisme qui a tué Dink. Tandis que je sirote mon café le matin sur la Corniche, à Beyrouth, M. Osman pourrait être agressé dans l’ancienne capitale de l’Empire ottoman. Mais il existe cependant un problème.

Il y a quelques mois, mes éditeurs turcs ont dit que leurs avocats pensaient que la fameuse loi 301 pourrait être utilisée contre eux - elle est utilisée pour punir les écrivains turcs accusés d’être "non-turc" - et dans ce cas ils veulent savoir si, en tant qu’étranger, (qui ne peut être inculpé au titre de l’article 301), je demanderai à être jugé avec eux. Je leur ai écrit que je serais très honoré de me présenter devant un tribunal turc et de parler du génocide. À présent, on dirait que mes éditeurs turcs veulent faire paraître mon livre comme si c’était de la pornographie illicite, - mais tout en m’ayant à leurs côtés si les juristes ultranationalistes turcs venaient à invoquer l’article 301 !
Je comprends, comme ils l’écrivent dans leur lettre, qu’ils ne veulent pas prendre partie pour un côté ou l’autre politiquement parlant, dans cet "affrontement absurde entre nationalistes et néo-libéraux", mais je crains que les racines de ce problème soient bien plus profondes que cela. Les sinistres photos des policiers turcs posant fièrement aux côtés de l’assassin de Dink après son arrestation, montrent ce contre quoi nous nous élevons. Et pourtant, nos propres reporters occidentaux ne sont pas exactement honnêtes envers les actions horribles commises dans l’Empire ottoman en 1915. Lorsque, par exemple, Reuters a envoyé Gareth Jones dans la ville turque de Trabzon - ville dans laquelle vit le meurtrier de Dink - il a cité le gouverneur de la ville qui disait que l’assassinat de Dink était lié à "des problèmes sociaux dus à l’urbanisation rapide". "Une forte culture des armes et la caractère fougueux des gens" étaient peut-être à blâmer.

Hum-hum. Je me demande pourquoi Reuters n’a pas mentionné de façon plus directe le terrible lien entre Trabzon et les Arméniens. Car en 1915, les autorités turques de la ville ont parqué des milliers de femmes et d’enfants arméniens sur des bateaux, direction la Mer Noire - les détails se trouvent dans un document ottoman original découvert par Akcam - "et ils les ont jetés par dessus bord pour les noyer". Les historiens aimeront peut-être savoir que l’homme accusé de ces meurtres s’appelait Niyazi Effendi. Sans aucun doute, il avait un " caractère fougueux".

Et pourtant ce déni continue. Cette semaine, Associated Press a fait paraître un article d’un de ses reporters à Ankara dans lequel, Selcan Hacaoglu, rabâche ce vieux let-motiv au sujet de "l’âpre dispute" entre l’Arménie et la Turquie sur les massacres de 1915, et dans laquelle la Turquie "nie avec véhémence que les massacres étaient un génocide". Quand est-ce que Associated Press se réveillera et coupera ces lâches absurdités de ses reportages ? Est-ce que AP insère dans ses articles, pour le meurtre horrible et tout aussi réel de 6 millions de juifs européens, que les négationnistes d’extrême-droite "nient avec véhémence" que c’était un génocide ? Non, l’AP ne le ferait pas.

Mais la véritable histoire gagnera. En octobre dernier, selon la presse locale, des villageois de Kuru, dans l’Est de la Turquie, étaient en train de creuser une tombe pour l’un des leurs, lorsqu’ils ont mis à jour une cavité contenant les os et crânes d’environ 40 personnes - très certainement les restes des 150 Arméniens de la ville d’Oguz qui ont été assassinés à Kuru le 14 juin 1915. La gendarmerie turque locale est venue pour examiner la cavité l’an dernier ; elle en a scellé l’entrée et a ordonné aux villageois de ne pas parler de ce qu’ils avaient découvert. Mais il y a des centaines d’autres Kuru en Turquie, et leurs os, aussi, reviendront les hanter. Publier "calmement" des livres ne nous sauvera pas.

Robert Fisk: The truth should be proclaimed loudly

© Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN 2007

Biographie :

Selon Wikipedia : Robert Fisk (né en 1946) est un journaliste anglais, grand reporter pour le journal britannique The Independent. Il est décrit par le New York Times comme « probablement le plus grand reporter britannique à l'étranger ». Robert Fisk est le correspondent au Proche-Orient du quotidien britannique The Independent, basé à Beyrouth. Eduqué en Grande Bretagne et en Irlande, Fisk a reçu plus de prix journalistiques -24- que n’importe quel autre grand reporter pour sa couverture de la révolution iranienne, des guerres du Liban, du Golfe, du Kosovo et d’Algérie. Il a reçu le prix Amnesty International en 2000 pour ses reportages en Serbie pendant les bombardements de l’OTAN et le David Watt Memorial Award en 2001 pour sa couverture du Proche Orient. Spécialiste du Moyen-Orient, il a eu l'occasion de rencontrer Oussama Ben Laden à la fin des années 1990.



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