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Génocide arménien : La politique de l’hypocrisie
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le journal israélien Haaretz a publié le 25 août 2007 un article très percutant de l’écrivain Evan R. Goldstein de Washington (USA). Le Collectif VAN vous en propose la traduction.


(Haaretz)

La politique de lÂ’hypocrisie

De Evan R. Goldstein
Samedi 25 août 2007

Abraham Foxman est devenu une menace pour l’héritage qu’il laisse. Ce qui est dommage car c’est un bon héritage. Au cours de sa carrière à la Ligue Anti Diffamation, qui s’étend sur 42 ans, Foxman s’est fait l’ardent défenseur des droits civils, le défenseur infatigable de la séparation de l’Église et de l’État contre ceux qui s’acharnent à la détruire, et un observateur constant des marécages où se répandent les fièvres extrêmistes : il y a fait pénétrer la lumière, braquant les projecteurs de l'opprobre sur les racistes de toutes sortes . Ces résultats devraient tous être applaudis.

Et pourtant Foxman s’est aussi montré à la fois moralement obtus et contesté sur le plan de l'éthique. Un des exemples les plus flagrants d’une telle incorrection est survenu en 2001, lorsqu’une enquête au Congrès a révélé que Foxman avait aidé à orchestrer la fuite de l’homme d’affaires Marc Rich, le Président d’alors, Bill Clinton, lui ayant accordé une grâce présidentielle très controversée. Rich a fui le pays honteusement pour échapper aux poursuites judiciaires, pour détournement de 48 millions de dollars et commerce avec l’ennemi. Le timing de la demande personnelle de Foxman auprès de Clinton, au nom de Rich, n’était pas une coïncidence. Quelques mois auparavant, l’ADL avait reçu 100 000 dollars de la part de Rich. En bref, Foxman avait prostitué la crédibilité de l’ADL pour un donateur diposant de gros moyens - et extrêmement suspect.

Tout ceci me ramène presque 90 ans en arrière à l’époque de la Turquie ottomane, où plus d’un million d’Arméniens périrent dans un spasme épouvantable de boucherie organisée. Cet épisode historique est devenu le détonateur d’une situation politique explosive à Washington, D.C., où toutes sortes de traficants d’influences ont été engagés pour une lutte sans merci, savoir si le Congrès devrait officiellement qualifier les massacres des Arméniens de génocide. Le gouvernement turc a dépensé des millions de dollars et a corrompu bien des gens pour s’efforcer de combattre cette résolution. Encore plus troublant, il a été capable de s’attirer le soutien de l’ADL - ainsi que celui d’autres organisations juives - dans sa campagne négationniste.

Soyons clairs dès le départ. Ce débat ne porte pas sur la véracité des études ou sur les mérites des interprétations historiques comparatives. Les autorités universitaires sont d’accord sur ce point, et c’est une évidence accablante et incontournable : la campagne orchestrée contre les Arméniens constitue le premier génocide du 20e siècle. Au lieu de cela, le débat porte sur la politique, en particulier sur les relations importantes multilatérales entre Israël, les États-Unis et la Turquie - l’un des rares pays à majorité musulmane qui est aussi une démocratie. Comme le disait l’ADL dans une déclaration récente : "La Turquie est un allié clé stratégique et un ami des États-Unis, et un ami fidèle d’Israël, et dans la lutte entre les extrémistes islamistes et l’Islam modéré, la Turquie est le pays le plus important au monde."

Foxman s’est particulièrement distingué en versant lachement dans les ambiguïtés rhétoriques, déclarant que "ce n’est pas une question où nous prenons position d’une façon ou d’une autre. C’est une question qui doit être résolue par les deux parties, et non par nous. Nous ne sommes ni historiens ni arbitres." Ce sont les paroles de celui qui déclarait avec raison, que la négation de l’holocauste par le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad équivalait à une tentative de destruction de l’identité juive ! Du leader d’une organisation qui a, avec raison, appelé le monde à ne pas détourner les yeux du génocide qui se déroule au Soudan dans la région du Darfour ! (On se demande ce que Foxman ferait si Khartoum était en bons termes avec Jérusalem.)

Cet affichage bizarre et honteux d’hypocrisie s’est peu à peu attiré les foudres des groupes arméniens de droits civils, et celles d’un petit groupe de journalistes juifs, en particulier de ceux regroupés autour du magazine (en ligne) engagé, mais si malencontreusement dénommé Jewcy. Toutes ces protestations ont atteint leur apogée la semaine passée, lorsque Andrew Tarsy, le Directeur régional de l’ADL pour la Nouvelle Angleterre, a publiquement rompu avec la position nationale de l’organisation, qu’il a qualifiée de "moralement indéfendable." (Je m’empresse d’ajouter que Tarsy a apparemment pris cette mesure drastique après que ses efforts pour travailler tranquillement à l'interieur de l’organisation au changement du point de vue national ont été contrecarrés.)

"Cela fait plusieurs semaines que je suis en conflit sur cette question," a déclaré Tarsy au Boston Globe. "Je regrette, aujourd’hui, toute qualification du génocide que j'ai pu faire en public, sauf quand je l'ai appelé génocide. Je crois que cette sorte de franchise vis-à-vis de l’histoire est absolument fondamentale." La position héroïque de Tarsy lui a valu une grande admiration dans la région de Boston, où l’ADL est forte d’un riche passé dans sa lutte contre le racisme. Il n’est pas surprenant que cela ne lui ait valu que la colère de Foxman, qui l’a rapidement licencié.

Mais le scandale s’est amplifié, et Foxman a finalement décidé, "inquiet pour l’unité de la communauté juive à un moment où les menaces contre celle-ci augmentent, de revoir la tragédie subie par les Arméniens." Et après "réflexion, nous partageons le point de vue de Henry Morgenthau, qui est que les conséquences de ces actions équivalaient bien à un génocide." Cette déclaration, émise par l’ADL mardi, est surprenante compte tenu de son manque total d’intégrité.

Premièrement, notez de quelle manière sournoise Foxman pose la base de son acceptation scandaleusement tardive d’un fait indéniable, en attribuant son renversement de position au risque de désunion de la communauté juive. En quoi l’unité ou la désunion du peuple juif a-t-elle un rapport avec le fait de savoir distinguer un fait historique d’une invention malveillante ?

Deuxièmement, notez comment Foxman n'arrive absolument pas à comprendre l'importance fondamentale du legs de Morgenthau (qu’il avait cependant clairement l’intention d’admettre). Ambassadeur américain à Istanbul au moment du génocide, Morgenthau a alerté ses supérieurs à Washington sur les persécutions des Arméniens, qui "prenaient des proportions jamais atteintes," et a qualifié les agressions turques "d’efforts pour exterminer une race entière." (Le mot "génocide" ne fut créé qu’en 1944.) Et bien que la réponse américaine aux télégrammes de Morgenthau ait été affreusement faible, ses actions témoignent de l’impératif éthique de témoigner et d’admettre des vérités dérangeantes. Par opposition, la déclaration de contrition de Foxman diminue l’importance de la vérité.

Troisièmement, notez la fourberie des mots "conséquences" et "équivalaient" - pourquoi ne pas simplement dire que c’était un génocide ? C’est un fait notoire ancien, Foxmann dirige l’ADL comme si c’était son fief personnel et il a toujours résisté aux appels à préparer son départ final. En 2003, en réponse aux efforts de certains leaders régionaux qui voulaient forcer la main de Foxman sur ce point, il a gaiement déclaré au Forward que "Lorsque je serai prêt à prendre ma retraite ou à faire autre chose, j’avertirai ma direction." Lui qui se pose comme quelqu’un qui croit aux valeurs durables du travail de l’ADL, pour une Amérique plus tolérante et plurielle, j’espère qu'il comprend que l’heure est venue.

Evan R. Goldstein est écrivain à Washington, D.C. et il écrit pour le magazine Moment.

©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN - 14 septembre 2007 - 11:15 - www.collectifvan.org




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