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Le Patriarche Arménien d’Istanbul s’engage dans la politique à propos du génocide
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction de l'article en anglais de l’Institut Zoryan du 21 septembre 2007. Il nous incombe à tous, Arméniens, Turcs et autres, de déchiffrer avec un esprit critique et ouvert ce que dit une personne dans la situation où se trouve le Patriarche. C’est en posant des questions comme celles soulevées dans ce texte que nous pouvons promouvoir un débat rationnel public. C’est l’un des objectifs principaux de l’Institut Zoryan depuis son origine.


ZORYAN INSTITUTE OF CANADA, INC.

21 septembre 2007

Commentaire : Le Patriarche Arménien d’Istanbul s’engage dans la politique à propos du génocide, cherchant à obtenir des droits pour les minorités en Turquie :

“… En particulier, je trouve la manière dont on aborde la punition collective infligée aux Arméniens par l’ Ýttihat Terakki tout à fait fausse. Ce n’était pas toute la communauté arménienne qui avait pris les armes contre le gouvernement, mais je crois que la République turque ne devrait pas être accusée de ce qu’il s’est alors passé. La diaspora dit qu’elle devrait en être accusée tant qu’il y a négation des événements.”

“…Mais le gouvernement du Comité Union et Progrès, qui était en charge du pays, est principalement responsable des événements douloureux qui se sont déroulés et de la grande souffrance subie. Si l’on ne tient pas le gouvernement responsable du comportement du pays, comme responsable de ce comportement, alors qui donc considérerez-vous comme responsable ? Au lieu d’éliminer, dans certaines régions, les factions arméniennes armées qui étaient en rébellion, le gouvernement du Comité Union et Progrès a envoyé tous (c’est nous qui soulignons) les Arméniens de l’Empire ottoman dans le désert syrien dans une sorte de marche de la mort : il les a condamnés à mort. C’est donc ce parti qui est principalement responsable des événements de 1915."


Ces mots sont ceux de Mesrob II, le Patriarche de la communauté arménienne de Turquie, dans une interview donnée au Today’s Zaman du 17 septembre 2007 et qui sont cités dans l’éditorial de Harut Sassounian du 20 septembre 2007.
Pourquoi le Patriarche Arménien de Turquie s’implique-t-il dans un sujet aussi hautement politisé que le génocide arménien ? Le Patriarche ne sait-il pas que quoi qu’il dise ou fasse publiquement, à propos de ce sujet très chargé émotionnellement, cela ne sera jamais considéré comme étant assez fort par certains Arméniens de la diaspora, et qu’il sera perçu par beaucoup comme étant un outil de l’Etat turc? En même temps, ne sait-il pas qu’il sera toujours considéré avec suspicion par les éléments nationalistes de la société turque, tout simplement parce qu’il est un leader Arménien ?

Le propos de ce commentaire n’est pas de défendre telle ou telle position, mais de simplement soulever des questions afin d’essayer de comprendre ce qu’il s’est passé et les implications.
Pourquoi est-ce que le Today’s Zaman lui demande une interview maintenant ? Selon le Zaman, le journal a tenté d’interviewer le Patriarche, sans succès, déjà avant la mort de Hrant Dink. Il a décliné l’offre et il a continué de le faire en raison des nombreuses menaces qu’il a reçues. A-t-il accepté d’être interviewé maintenant, en raison des récentes élections, et de la victoire éclatante de l’AKP ? L’a-t-il fait dans un souci d’améliorer les relations entre le gouvernement nouvellement réélu et la société turque avec la minorité arménienne ? L’a-t-il fait dans un souci d’améliorer les relations entre la Turquie et l’Arménie, dans ce cadre ?
Pourquoi prendre ce risque maintenant ? N’est-il pas conscient du fait qu’il peut être traîné devant la justice sur la base de l’Article 301 du Code pénal ? Après tout, on sait bien que le Patriarche arménien agit sous des contraintes considérables, dues au contexte social et politique si explosif en Turquie, en particulier à cause de l’héritage du génocide et du fameux Article 301.
N’est-il pas conscient de l’environnement politique actuel en Turquie, décrit avec éloquence par Yavuz Baydar dans un article intitulé “L’enfer pour la liberté d’expression, le paradis pour les discours de haine ?”

“La Turquie est un pays particulier où la liberté d’expression est toujours limitée mais où les discours de haine sont en général ignorés et impunis. Le dernier acte honteux est cette vidéo d’une chanson postée sur YouTube, qui glorifie ouvertement le meurtrier de notre collègue Hrant Dink. Lorsque nous avons attiré l’attention sur cet acte dans la presse turque, le chanteur et quelques-uns de ses supporters n’ont pas eu des réactions de défense, mais d’agression. C’est une attitude qui prévaut toujours en Turquie, malgré les résultats des élections. Pas un jour ne se passe sans qu’un journal ou une chaîne de télévision ne répande de la haine, des mensonges, de l’antisémitisme et de l’hostilité envers certains pays/nations. Il y a quelques jours, un chroniqueur sportif a traité un joueur de football allemand de “Gestapo.”

Le plus triste dans tout ceci, cÂ’est que tandis que les procureurs et les tribunaux (y compris les plus hautes cours) sont très occupĂ©s et enthousiastes Ă  condamner des gens qui ont “dĂ©nigrĂ© lÂ’identitĂ© turque” ou “insultĂ© lÂ’armĂ©e”, pratiquement aucun dÂ’entre eux ne se prĂ©occupe (ou nÂ’ose) traiter les affaires de calomnie. Le parlementaire DTP Akın Birdal a failli ĂŞtre assassinĂ© en raison des articles diffamatoires (sur lui) parus dans le journal HĂĽrriyet; on a jetĂ© des pierres sur le Patriarche ArmĂ©nien et il a Ă©tĂ© rĂ©gulièrement menacĂ© lorsque TercĂĽman a dĂ©crit Mesrob II -- le patriarche – comme un scĂ©lĂ©rat, mĂŞme après le meurtre de Dink ! Ces actes honteux durent depuis des annĂ©es.Â’Â’ (TodayÂ’s Zaman, 20 septembre 2007)


Est-il vrai, comme lÂ’a dit Harut Sassounian dans son Ă©ditorial du 20 septembre 2007, que :
“… la sinistre main du gouvernement turc orchestre les engagements du Patriarche en matière de discours, usant de ses connections avec les entreprises super-puissantes de lobbying engagées par Ankara.”
et que :
“Il doit à tout prix résister aux pressions qu’exercent sur lui les officiels turcs, pour ne pas leur permettre de l’utiliser comme outil de propagande du programme négationniste de la Turquie. [?]”


S’il est un outil, l’est-il par force ou par choix ? Est-il possible que certaines de ses déclarations aient fait partie d’une stratégie destinée à briser les tabous de l’Etat relatifs à toute discussion sur le génocide arménien, dans le cadre du processus de démocratisation de la Turquie, comme Hrant Dink avait l’habitude de le faire ? Ces déclarations soigneusement réfléchies de la part d’un homme se trouvant dans la position de premier plan et précaire qui est la sienne utilisent-elles “un changement dans le style et les modalités des discours liés à l’histoire,” comme le dit Taner Akçam ? (Dialogue across an International Divide: Essays towards a Turkish-Armenian Dialogue. Cambridge, MA and Toronto: Zoryan Institute, 2001, p. 28.)

Y aurait-il une chance que cette interview fasse partie d’une stratégie destinée à ouvrir la discussion sur les questions arméniennes taboues ? Cela pourrait être conforme à un principe important : “Une société qui érige des tabous envers un débat sur des événements historiques et qui institue des interdits en rapport avec ceux-ci ne peut avoir un avenir démocratique La voie qui mène à un État basé sur la loi et la justice, et nous espérons que ce sera le cas pour notre pays, la Turquie, doit passer par une porte où chacun peut réfléchir au passé et l’accepter. Ceux qui ne peuvent pas se résoudre à discuter ouvertement de l’histoire, ne peuvent pas non plus avoir un futur.” (Akçam, Dialogue, p. 29.)
Est-ce que l’on peut considérer les questions ci-dessus mentionnées comme des possibilités, lorsque l’on analyse les autres déclarations du Patriarche dans cette interview?
Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que l’enquête sur le meurtre de Hrant Dink avait été bien menée, il a déclaré :

“J’aimerais que les vrais organisateurs de ce crime soient découverts. Sinon, justice n’aura pas été faite.”

Sans pointer un doigt accusateur ni porter des accusations directes, a-t-il, de fait, répondu “Non?”
Est-ce que le Patriarche, dans ses efforts visant à préserver l’avenir de la communauté arménienne de Turquie, était en train d’essayer d’affirmer les droits historiques du Patriarcat (accordés à l’origine par Mehmet le Conquérant en 1461, comme le note l’intervieweur) a) en demandant la restitution des actifs saisis par l’État depuis 1936, b) en faisant remarquer que l’ancien président avait émis un veto sur les fondations religieuses* et qu’il exprime l’espoir que le nouveau président les approuvera, et c) en demandant aux écoles de développer la langue arménienne et de former des ecclésiastiques ?

Si c’était son objectif, pourquoi alors se mêler de la question du génocide ?
On se demande si le Patriarche Mesrob II utilise l’interview du Today’s Zaman comme une opportunité pour souligner son inquiétude première et sa responsabilité quant à la survie et au bien-être de ce qu’il reste de la communauté arménienne en Turquie. Est-il alors juste de penser, que a) il utilise cette opportunité pour introduire un nouveau langage pour éduquer la société civile turque sur le génocide arménien, en s’y référant avec les termes de “punition collective” et de condamnation à mort pour tous les Arméniens de l’Empire ottoman, et ce sans utiliser le “mot en G” et b) il fait ceci dans l’espoir que, finalement, l’État turc, le gouvernement et la société soient capables d’accepter la culpabilité du Comité Union et Progrès, le régime criminel, et par cette acceptation, réussissent à éliminer la tension qui menace la communauté arménienne depuis 1915?

Il semble qu’avec cette interview, le Patriarche soulèvent des questions sérieuses relatives aux droits de la communauté arménienne de Turquie. La diaspora discute rarement de ces droits, alors qu’ils sont cruciaux pour la communauté arménienne de Turquie. En s’y référant, le Patriarche, non seulement les réaffirme, mais il contribue également aux efforts actuels visant à transformer la Turquie en un État de droit rationnel, qui devrait avoir une attitude non exclusive envers ses minorités.
Il nous incombe à tous, Arméniens, Turcs et autres, de déchiffrer avec un esprit critique et ouvert ce que dit une personne dans la situation où se trouve le Patriarche. C’est en posant des questions comme celles soulevées dans ce texte que nous pouvons promouvoir un débat rationnel public. C’est l’un des objectifs principaux de l’Institut Zoryan depuis son origine.

* Les fondations religieuses fait référence à la Direction Générale des Fondations, qui réglemente les activités des groupes religieux non musulmans, ainsi que leurs églises, monastères, synagogues, et toute propriété religieuse inhérente, ce qui inclut environ 50 sites arméniens. En 1974, lors des tensions politiques concernant Chypre, la Haute Cour d’Appel a décidé que les fondations des minorités n’avaient pas le droit d’acquérir des biens qui n’étaient pas listés dans les déclarations de 1936. Malheureusement, l’arrêt de la Cour a lancé un processus grâce auquel l’Etat a pu confisquer les propriétés acquises après 1936.

© C.Gardon & Collectif VAN - 25 septembre 2007 - 12:50 - www.collectifvan.org




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