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Le Déni Américain du Génocide Arménien
Publié le : 29-10-2007

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Stephen Zunes signe dans Foreign Policy In Focus (FPIF) un article essentiel dont le Collectif VAN vous propose la traduction : „Cela ne constitue pas uniquement un affront tragique au peu de survivants du génocide et à leurs descendants, c’est également un tort porté aux nombreux Turcs qui s’étaient opposés à la politique de leur gouvernement à l’époque et qui avaient tenté d’arrêter le génocide, ainsi qu’aux Turcs de notre époque qui risquent des peines de prisons dans leur pays, dont le régime est soutenu par les U.S.A, pour oser reconnaître le génocide. Si la seule super puissance du monde refuse de reconnaître le génocide, il y a peu de chance que justice soit jamais faite ».


Le Déni Américain du Génocide Arménien

Stephen Zunes | 22 octobre 2007
Editeur: John Feffer

Foreign Policy In Focus

www.fpif.org

Cela continue de nous sidérer, ce que la direction démocrate au Congrès fait lorsque les Républicains agitent le spectre de les qualifier du label “Mous envers le terrorisme.” Ils approuvent les mises sur écoute sans mandat judiciaire. Ils permettent la détention illimitée de suspects sans charge d’accusation. Ils autorisent l’invasion et l’occupation d’un pays à l’autre bout du monde, qui n’était d’aucune menace pour nous, et puis ils fournissent un fonds inconditionnel pour la contre rébellion, sanglante et impossible à gagner, qui a inévitablement suivi.

Il semble à présent, que les Démocrates désirent nier l’histoire, même lorsque cela concerne un génocide.
La résolution non contraignante condamnant le génocide arménien a eu le soutien de 226 co-sponsors et a été votée par la Commission des Affaires étrangères de la Chambre. Cependant, il semblerait que la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi – en réponse aux pressions de la Maison Blanche et de celle des leaders Républicains au Congrès, car cela pourrait nuire à “la lutte mondiale contre le terrorisme” – empêchera la résolution d’être présentée pour un vote à la Chambre en session plénière.

Appelez cela un génocide

Appelez cela un génocide
Entre 1915 et 1918, sur ordre des dirigeants de l’Empire ottoman, deux millions d’Arméniens, selon les estimations, ont été déportés de force de chez eux, une région qui faisait partie de la nation arménienne depuis plus de 2500 ans. Les trois-quarts d’entre eux sont morts, résultat direct des exécutions, de la faim ou d’autres raisons inhérentes.

Henry Morgenthau, alors Ambassadeur américain dans l’Empire ottoman, avait écrit : “Lorsque les autorités turques ont donné les ordres pour ces déportations, elles délivraient purement et simplement la condamnation à mort de toute une race ; ils comprenaient cela parfaitement bien, et, lors de nos conversations, ils ne faisaient pas d’efforts particuliers pour cacher le fait...” Délivrer “une condamnation à mort pour toute une race” serait normalement considéré comme un génocide selon toute définition, mais apparemment cela ne l’est pas selon l’Administration en place et le Congrès du gouvernement qu’il représente.

La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, signée et ratifiée par les États-Unis d’Amérique, définit officiellement le génocide comme acte avec intention “ de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel.” Raphael Lemkin était un avocat juif polonais qui a inventé le terme “génocide” en 1944. Premier partisan d’une convention internationale sur sa prévention et les sanctions envers ceux qui le commettent, Lemkin, a identifié le cas arménien comme un exemple définitif de génocide.

Des douzaines d’autres gouvernements– y compris le Canada, la France, l’Italie et la Russie – et divers corps des Nations Unies ont reconnu formellement le génocide arménien, ainsi que les gouvernements de 40 Etats américains. Cependant, ni l’Administration Bush ni le Congrès ne semblent très désireux de le faire.

Ironiquement, le Congrès, un peu plus tôt cette année, a voté une résolution condamnant le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad qui avait refusé de reconnaître le génocide juif perpétré par les Allemands. Ce même Congrès semble cependant bien disposé à refuser de reconnaître le génocide arménien perpétré par les Turcs.

Si la prise de conscience de l’antisémitisme est heureusement assez répandue pour rejeter en marge de la politique ceux qui refusent de reconnaître l’holocauste, il semble que la tolérance pour le fanatisme anti arménien est suffisamment forte pour qu’il soit en apparence toujours politiquement acceptable de refuser de reconnaître leur génocide.

Le facteur Turquie

Les opposants à la mesure reconnaissant la revendication de génocide arménien déclarent être inquiets du fait que les relations avec la Turquie puissent en souffrir, la Turquie, Etat qui a succédé à l’Empire ottoman et qui est un allié important des USA.

En réalité, cependant, si l’administration Bush et le Congrès sont vraiment inquiets d’endommager les relations avec la Turquie, Bush n’aurait jamais demandé et le Congrès n’aurait jamais autorisé les États-Unis à envahir l’Irak, ce à quoi les Turcs s’étaient opposés avec véhémence. Résultat de la guerre américaine et de l’occupation du pays voisin de la Turquie, les sondages d’opinions publique ont montré que le pourcentage de la population turque ayant une opinion positive sur les États-Unis est tombé de 52% à seulement 9%.

L’opposition turque a pourtant été si forte que, bien que l’Administration Bush ait offert à la Turquie 6 milliards de dollars de subventions et 20 milliards de dollars en prêts garantis, en échange de l’autorisation pour les forces américaines d’utiliser les bases en Turquie pour lancer l’invasion en 2003, le Parlement turc a refusé cette demande d’autorisation. Peu de temps après, le Secrétaire adjoint à la Défense, à cette époque, Paul Wolfowitz, dans une interview avec CNN Turquie, avait exprimé sa déception envers l’Armée turque qui n’avait pas pris son “rôle de leadership” traditionnel sur cette question : étant donné les interventions militaires périodiques dans la gouvernance turque, de nombreux Turcs avaient pris cela pour un plaidoyer pour un coup d’État. De plus, en témoignant à Capitol Hill, Wolfowitz a mis les Turcs encore plus en colère en prétendant que le gouvernement civil avait fait une "grosse, grosse erreur” en ne soutenant pas les plans militaires américains, et il a déclaré que le parlement démocratiquement élu du pays “ne savait pas vraiment ce qu’il faisait.”

Les États-Unis ont contrarié encore davantage la Turquie en raison du soutien américain aux nationalistes kurdes du nord de l’Irak, et qui, à l’aide de milliards de dollars d’aide américaine et des milliers de soldats américains, ont créé une enclave autonome qui a servi de base pour le KADEK (anciennement connu sous le nom de Parti des Travailleurs Kurdes, ou PKK), que la Turquie considère comme un groupe terroriste. Les forces du KADEK, qui avaient observé un cessez-le-feu avant l’invasion américaine de l’Irak et depuis la consolidation d’une région kurde quasi indépendante, se sont depuis enhardies et lancent de nombreux assauts dans le territoire turc au prix de centaines de vies.

Puisque presque tous les membres de la Chambre opposés à cette résolution non contraignante sur le génocide arménien faisaient parti de la majorité Républicaine et de la minorité de Démocrates qui ont voté pour autoriser cette invasion, contrarier la Turquie n’est véritablement pas la raison réelle de leur opposition. Toute personne qui se sent concernée par l’avenir des relations U.S.A-Turquie n’aurait jamais rejeté les demandes du gouvernement turc pour une certaine retenue, n’aurait pas voté l’autorisation de l’invasion de l’Irak, et n’aurait pas voté non plus en faveur de la levée de fonds américains destinés à soutenir le gouvernement séparatistes pro-KADEK dans le nord de l’Irak.

Pourquoi la Résolution maintenant?
Un autre faux argument mis en avant par le Président Bush et ses supporters bipartisans de Capitol Hill est que le Congrès ne devrait pas prendre la peine de voter des résolutions concernant des événements historiques. Or, ces mêmes critiques ne se sont pas opposés à la récente série d’autres résolutions votées au Congrès sur des événements historiques : reconnaissance du 65e anniversaire de la mort du musicien et leader politique polonais Ignacy Jan Paderewski, commémoration du 100e anniversaire de la fondation du Comité Juif d’Amérique, commémoration du 60e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz en Pologne, ou la commémoration du 150e anniversaire du premier meeting du Parti Républicain dans le Wisconsin, pour n’en citer que quelques-unes.

Ces opposants à la résolution prétendent également que c’est une “mauvaise période” pour énerver le gouvernement turc, étant donné que l’accès aux bases turques pour les Américains aide au ravitaillement destiné à soutenir les forces américaines d’occupation en Irak luttant contre la contre insurrection. Cependant, c’était aussi considéré être une “mauvaise période” lorsqu’une résolution similaire a été proposée en 2000, car les bases américaines en Turquie étaient utilisées pour contrôler les “no fly zones” dans le nord de l’Irak. Et c’était aussi considéré comme une “mauvaise période” en 1985 et en 1987 lorsque des résolutions similaires ont été proposées, car les bases américaines en Turquie étaient tenues pour être d’importants postes de surveillance de l’Union Soviétique lors de la Guerre Froide.
Pour les négationnistes du génocide arménien, c’est toujours la “mauvaise période”.

L’Administration Bush, tout comme les Administrations Républicaine et Démocrate avant elle, a même refusé de reconnaître que le génocide arménien avait eu lieu. Par exemple, sous l’Administration Reagan, le Bulletin of the Department of State a déclaré : "Puisque les données historiques sur les événements qui se sont déroulés en Asie Mineure en 1915 sont ambiguës, le Département d’État n’avalise pas les allégations selon lesquelles le gouvernement turc a commis un génocide envers le peuple arménien."

De même, Paul Wolfowitz, qui a été Secrétaire adjoint à la Défense lors du premier mandat du Président Bush, a déclaré en 2002 que : “une des choses qui m’impressionne dans l’histoire turque, c’est la façon dont elle traite ses minorités."
La clause opératoire de la résolution en appelle simplement au Président Bush à “s’assurer que la politique étrangère des États-Unis reflète une sensibilité et une compréhension appropriées en ce qui concerne les questions relatives aux droits de l’homme, à la purification ethnique et au génocide documenté dans les archives des États-Unis et lié au génocide arménien, et à toute autre fin." Donc, si le Président Bush ne veut vraiment pas que le Congrès adopte une telle résolution, tout ce qu’il lui suffit de faire c’est une déclaration reconnaissant le génocide. C’est peu surprenant pour quelqu’un qui a un manque notoire de connaissance de l’histoire, mais il a cependant refusé de le faire. Bush n’a pas été plus loin que de reconnaître que ce que les Arméniens ont subi était simplement une “horrible tragédie” qui reflète “une peine profonde qui continue de les hanter ainsi que leurs voisins, le peuple turc”, bien que la Turquie n’ait jamais exprimé avoir de la peine pour leur génocide.

L’échec du passage de la résolution appelant le Président Bush à reconnaître le génocide, revient alors à accepter sa négation du génocide.

La négation du génocide

Étant donné l’existence indiscutable de documents d’archives relatifs au génocide arménien, il semblerait que certains de ceux qui refusent de reconnaître le génocide des Arméniens perpétré par les Turcs, tout comme ceux qui refusent de reconnaître le génocide des juifs d’Europe perpétré par les Allemands, sont motivés par l’ignorance et le fanatisme. Prétendre que le vote de la résolution nuirait aux relations avec la Turquie ou que le timing est mauvais semble n’être rien de plus que des excuses désespérées pour nier la réalité. Si l’Administration Bush et les membres du Congrès reconnaissaient que le génocide a eu lieu, ils n’auraient aucun problème pour l’affirmer officiellement.

L’un des problèmes est peut-être que les membres du Congrès, ainsi que le Président Bush, sont eux-mêmes des ignorants en histoire. Par exemple, un expert du Moyen Orient, souvent cité par les membres Républicains et Démocrates du Congrès, et qui influence leur compréhension de la région est le négationniste notoire Bernard Lewis qui travaille à l’Institut des Études Turques de Washington. En France, où la négation du génocide est considéré comme un délit criminel, il a été condamné en 1996 suite à une déclaration faite au journal Le Monde, et dans lequel ce professeur émérite de l’Université de Princeton a rejeté la revendication de génocide en affirmant que ce n’était rien de plus que "la version arménienne de cette histoire." La cour a noté comment, et ceci est typique des négationnistes du génocide, il avait atteint sa conclusion en “dissimulant des éléments contraires à sa thèse” et en “manquant à ses devoirs d’objectivité et de prudence.”

Cela ne signifie pas que tout opposant à la résolution nie explicitement le génocide. Certains ont effectivement reconnu que le génocide avait bien eu lieu, mais ils ont apparemment été convaincus qu’il était contraire aux intérêts américains et à la sécurité nationale du pays que de le déclarer publiquement. C’est tout aussi inexcusable, cependant. De telles personnes sont des êtres moralement lâches qui seraient apparemment tout aussi désireux de nier le génocide juif si l’Administration Bush leur disait que cela énervait le gouvernement allemand et qu’il allait restreindre l’accès aux bases américaines.

Bien que ce soient les membres Démocrates de la Chambre, menés par le député pour la Californie, Adam Schiff, qui ont pris vigoureusement la direction des opérations cette fois en faveur de la reconnaissance du génocide arménien, l’opposition à la reconnaissance historique relève d’un effort bipartisan. En 2000, le Président Bill Clinton avait persuadé avec succès le président de la Chambre Dennis Hastert de supprimer une motion similaire après son vote devant la Commission des Relations étrangères dirigée par les Républicains, par un vote de 40 à 7, alors qu’elle allait passer haut la main en session plénière. Actuellement, l’ancien leader Démocrate de la Chambre, Dick Gephardt, s’est joint au lobbying de ses anciens collègues qui oeuvrent pour le gouvernement turc. Et à présent, l’actuelle présidente Démocrate, Nancy Pelosi, bien qu’elle ait promis de porter la résolution à la Chambre pour un vote en session plénière, semble prête à retirer la motion.

Cela ne constitue pas uniquement un affront tragique au peu de survivants du génocide et à leurs descendants, c’est également un tort porté aux nombreux Turcs qui s’étaient opposés à la politique de leur gouvernement à l’époque et qui avait tenté d’arrêter le génocide, ainsi qu’aux Turcs de notre époque qui risquent des peines de prisons dans leur pays, dont le régime est soutenu par les U.S.A, pour oser reconnaître le génocide. Si la seule super puissance du monde refuse de reconnaître le génocide, il y a peu de chance que justice soit jamais faite.

Adolf Hitler, en réponse aux questions sur la légitimité des ses crimes, a répondu, “Qui, aujourd’hui après tout, parle encore de l’extermination des Arméniens ?” L’échec d’un vote de la résolution enverra un message aux futurs tyrans : qu’ils peuvent commettre un génocide et que celui-ci ne sera pas reconnu par la plupart des pays les puissants du monde.
Vraiment, refuser de reconnaître le génocide et les responsables dans un contexte historique, facilite le déni du génocide aujourd’hui. En 1994, l’Administration Clinton – qui a constamment refusé de reconnaître pleinement la tragédie de l’Arménie– a également refusé d’utiliser le mot “génocide” au beau milieu des massacres perpétrés par le gouvernement du Rwanda sur plus de la moitié de sa population Tutsi, une décision qui a retardé le déploiement d’une force internationale de maintien de la paix, 800 000 personnes avaient déjà été massacrées.

Par conséquence, le but de la résolution sur le génocide arménien n’est pas de simplement commémorer une tragédie qui s’est déroulée il y a 90 ans. C’est de savoir quelle est notre position en tant que nation confrontée au plus terrible des crimes. C’est de savoir si nous désirons ou non nous lever pour la vérité face aux mensonges. C’est de savoir si nous voyons la gloire de notre nation, basée sur l’apaisement de nos alliés stratégiques ou sur le maintien de nos principes de toujours.

Stephen Zunes écrit dans la section Moyen Orient, Politique étrangère dans Focus. Il est professeur de sciences politiques à l’Université de San Francisco et l’auteur de Tinderbox: U.S. Middle East Policy and the Roots of Terrorism (Common Courage Press, 2003.)

©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN - 29 octobre 2007 - 13:53 - www.collectifvan.org

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