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La colère des Turcs de Belgique
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Belgique : l'hebdomadaire Le Vif-L'Express (n° 2939 du 2 au 8 novembre 2007) consacre sa couverture à "La colère des Turcs de Belgique" ainsi qu'un dossier de 8 pages traitant des violences turques à Bruxelles, sous le titre : "Le nationalisme turc, frein à l'intégration" - Avec une interview de Michel Mahmourian, Président du Comité des Arméniens de Belgique.

PAGE 20 et 21 :

« L’impression de revivre les pogroms »


Le président du Comité des Arméniens de Belgique dénonce l’aveuglement d’une partie du monde politique à l’égard du nationalisme turc.

Issue de plusieurs vagues migratoires, la communauté arménienne (de 10 000 et 20 000 personnes) se dote, tous les quatre ans, d’un organe représentatif, le Comité des Arméniens de Belgique. Son actuel président est le Bruxellois Michel Mahmourian. Entretien.

Le Vif/L’Express : Quel est l’état d’esprit des arméniens de Belgique après le saccage d’un café tenu par un Belge d’origine arménienne, à Saint-Josse ?


Michel Mahmourian : Les Arméniens de Belgique estiment que c’est chez eux qu’on est venu tout casser. Ils ont l’impression de revivre les pogroms de l’empire ottoman, dont leur parents et grands-parents leur ont parlé. Ils sont partagés entre l’envie de quitter la Belgique, dans la mesure où le danger qui les guette ne semble pas être pris en considération ; et leur citoyenneté belge, qui les poussent à ne pas laisser leur pays aux mains de quelques fascistes. J’espère que les derniers événements vont accélérer la prise de conscience du potentiel dévastateur de certains ghettos et pousser les autorités à y mettre bon ordre.

Jusqu’à présent, vous n’avez guère été soutenus, si l’ on en juge par l’ « encommissionnement » du projet de loi pénalisant la négation du génocide arménien (de la fin du XIXe siècle à 1917) et tutsi (1994), sous le gouvernement Verhofstadt II ?

Il y a eu, dans le monde politique, de la complaisance, de la lâcheté et, je crois aussi, beaucoup d’aveuglement. On considère que la Turquie est un pays ami, que les ressortissants turcs d’ici sont des Belges comme les autres, alors que la plupart se considèrent comme des Turcs et obéissent à des directives que l’ambassade de Turquie leur donne. Dans un communiqué relatif aux derniers événements, l’ambassadeur appelle les Turcs à « ne pas céder aux provocations ». Or qui, chez nous, aurait provoqué les Turcs? il n’y a pas plus paisible que le peuple belge ! Ce communiqué jette de l’huile sur le feu. Parler de provocation arménienne serait honteux et absurde. Avec le recul, nos hommes politiques se rendront peut-être compte à quel point la complaisance de certains partis politiques et de certains grands noms de la politique a fait le jeu d’Ankara, au détriment de l’intérêt général. Lors du débat sur la négation du génocide arménien, des hommes et femmes politiques, qui n’ont pas fait preuve d’un grand sens de l’Etat, ont flatté de façon éhontée le sentiment nationaliste turc. Il ne faut pas s’étonner que celui-ci s’enflamme.

Pourquoi était-il si important que cette loi passe ?

C’était un combat nécessaire. A présent, il est vital. On ne peut tolérer sans broncher que des gens - la plupart par ignorance - perpétuent un génocide impuni et que l’on renvoie dos à dos les victimes et les bourreaux. Pourquoi ne leur enseigne-t-on pas la vérité historique dans nos écoles ? La conséquence de notre immobilisme politique, c’est que les Arméniens et les Tutsi de Belgique peuvent continuer à subir les injures et les menaces physiques de nationalistes turcs ou des Hutu, sans que la justice ait les moyens de réagir. En Turquie, quand une loi est votée, les gens s’y plient, même si elle leur déplait. Je ne vois pas pourquoi il en serait autrement ici.

Au cours des travaux parlementaires de la Chambre, en 1995, sur la pénalisation des génocides, il est apparu que la communauté turque de Belgique aurait accepté que soit également visée la négation du génocide arménien. Mais, à partir du moment où une partie de la classe politique, quelques années plus tard, donne l’impression que la Belgique est un pays sur lequel on peut s’essuyer les pieds, où même le drapeau de l’ambassade américaine est brûlé impunément, pourquoi les nationalistes se gêneraient-ils ? Quand on interpelle le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, il est aux abonnés absents, alors qu’en 1995, il a été le fer de lance de l’adoption de la loi réprimant le négationnisme du génocide des juifs. Heureusement, il semble aujourd’hui sortir de son hibernation.

« En Turquie, quand une loi est votée, les gens s’y plient, même si elle leur déplait »

Quel est le rôle de l’ambassade de Turquie dans cette radicalisation ?

Avant même de remettre ses lettres de créances au roi, en février 2006, l’ambassadeur de Turquie, s’était permis de faire la morale au président du parlement de la Communauté française, qui était saisi d’une proposition de résolution visant à ce que le génocide des Arméniens soit enseigné dans les écoles. Le représentant de l’empire oriental gronde et tout le monde se met à trembler. Dans le cas de la proposition en question, force est de constater que le président du parlement n’a jamais osé l’inscrire à l’ordre du jour. Nous n’avons qu’à nous en prendre à nous-mêmes de notre laxisme. Le sénateur Josy Dubié (NDLR : Ecolo) accuse l’ambassadeur d’avoir excité ses compatriotes en agitant une prétendue menace terroriste en Belgique. C’est plus que vraisemblable et ne devrait pas étonner nos responsables de la sécurité. Cela étant, cet ambassadeur marche sur les traces de ses prédécesseurs.

Le secrétaire d’Etat à la Propreté, Emir Kir (PS), a été le premier homme politique à s’exprimer sur les émeutes, en demandant le respect de « tous les groupes culturels ». Cela vous a-t-il choqué ?

Il n’a réagi qu’aux manifestations de mercredi soir, mais pas à l’arrachage du drapeau américain ni à l’agression d’un café tenu par un Arménien aux cris de : « Tuez-le, c’est un Arménien ! » Par son silence, il a escamoté le caractère raciste de ces faits. Je suis inquiet, parce qu’il a été le premier homme politique d’un certain niveau à s’exprimer – où sont restés les autres ?– et parce qu’il l’a fait de cette manière manifestement orientée. De plus, c’est un proche de l’ambassade de Turquie et un négationniste déclaré. N’a-t-il pas, lui aussi, contribué à échauffer les esprits ?l

Propos recueillis par Marie-Cécile Royen

LE VIF-L’EXPRESS (n° 2939 du 2 au 8 novembre 2007)

www.levif.be





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