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Les meurtriers de trois chrétiens jugés en Anatolie
Publié le :


Laure Marchand
23/11/2007 | Mise à jour : 22:48 | Commentaires 8
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Le procès de cinq jeunes Turcs s’est ouvert hier sur fond d’intolérance religieuse. Les parties civiles dénoncent une enquête à charge contre les victimes.

De notre envoyée spéciale à Malatya

Au mur sont accrochés les Dix Commandements. D’une petite cage délicatement emmaillotée dans des broderies, les pépiements d’une perruche s’éparpillent dans le salon de Mustafa et Alp, aussi dépouillé qu’une cellule monacale. Protestants évangéliques, ils se sont installés à Malatya cet été, afin «d’accomplir leur mission pour le Christ, malgré la peur». La foi du converti chevillée au corps, ces deux «frères» en religion expliquent être venus dans cette ville de l’est de la Turquie, où il est «difficile d’être un chrétien», pour reprendre le «travail» de leurs prédécesseurs. Formule pudique s’il en est : le 18 avril, trois missionnaires ont été assassinés dans le local de la maison d’édition Zirve, spécialisée dans la publication de bibles. Avant d’être égorgées, les victimes, deux Turcs et un Allemand, ont été longuement torturées. Ugur Yüksel, transporté agonisant à l’hôpital, avait les cuisses, les testicules, l’anus et le dos «tailladés de dizaines de coups de couteaux, ses doigts avaient été coupés jusqu’à l’os», selon le compte rendu macabre du chirurgien qui tenta de le sauver.

Accusés d’avoir créé une «organisation terroriste armée», les cinq meurtriers et sept complices présumés comparaissent depuis hier devant une cour pénale de Malatya. La prison à vie a été requise pour les apprentis tortionnaires lors de réquisitions préliminaires. Avec ce procès, c’est une nouvelle fois le nationalisme qui se retrouve sur le banc des accusés. Mais les parties civiles dénoncent une instruction lacunaire. L’assassinat de Tilmann Geske, Necati Aydin et Ugur Yüksel porte une signature similaire à ceux du prêtre italien Andrea Santoro en 2005 et du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink en janvier. Cette fois-ci encore, les exécutants sont jeunes, âgés de 19 à 20 ans, désœuvrés et proches des milieux ultranationalistes. Mais l’enquête n’a pas exploré les possibles connexions politiques, selon les défenseurs des parties civiles. «Pourtant, Emre Günaydin, le leader, a déclaré avoir été membre des Foyers idéalistes (mouvement d’extrême droite des Loups gris, NDLR)», pointe l’avocat Orhan Kemal Cengiz. Ce spécialiste des droits de l’homme accuse le procureur d’avoir mené une enquête à charge contre les victimes : « Sur 31 dossiers, 16 concernent les activités missionnaires. Les noms, les adresses et les numéros de télé­phone des personnes contactées par les trois protestants sont répertoriés, ce qui les met en danger.»

Psychose collective

À Malatya, capitale mondiale de la production d’abricots et ville natale d’Ali Agca, l’homme qui a tiré sur le pape Jean-Paul II en 1981, la présence d’une poignée de missionnaires évangélistes a mené à la psychose collective. Culminant avec le meurtre de trois d’entre eux. « Les médias disaient qu’il y en avait partout dans la ville, qu’il fallait surveiller les enfants, raconte Necdet Akboga, journa­liste à Kanal Malatya, une chaîne de télévision locale. À la fin, des habitants appelaient même la police quand ils suspectaient des voisins.»

Pour l’enterrement de Tilmann Geske, la victime allemande, «nous étions trois cents, tout au plus, essentiellement des militants de gauche, se souvient Mustafa Türk, un Kurde qui dirige un centre culturel. De la cour de récréation d’une école donnant sur le cimetière, des enfants nous traitaient de “chiens d’infidèles”».

Cette atmosphère hostile n’ébranle pas la branche locale du Parti de la grande union (BBP). À Trabzon, l’enquête sur le meurtre de Hrant Dink a mis au jour des complicités entre les meurtriers et cette formation islamo-nationa­liste. À Malatya, les quelques adhérents présents dans le local poussiéreux voient derrière la sauvagerie du triple assassinat, au choix «la main d’al-Qaida, du Mossad, du PKK ou de l’Asala, (groupe terroriste arménien actif dans les années 1970-1980, NDLR) qui cherchent à affaiblir la nation». Morceaux choisis des théories du complot en vogue en Turquie, accusant les ennemis extérieurs. Dans leur ville, rien à signaler, à part l’hospitalité envers la petite minorité chrétienne, selon eux. Jusqu’au génocide de 1915, Malatya était une ville peuplée de nombreux Arméniens. De ce passé, il reste une église murée, quelques familles et le nom de Hrant Dink, qui en était originaire. Harti Minasyian, son cousin, qui y habite toujours, a déménagé précipitamment : «Le jour où les protestants ont été tués, ma maison a été taguée. Ils ont écrit : «Ici c’est une maison arménienne.» Je l’ai vendue. D’autres ont reçu des lettres anonymes de menaces de mort. On a tous peur, on veut tous partir d’ici.»




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Source/Lien : Le figaro



   
 
   
 
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