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Réponse à Harout Sassounian : pour une approche réaliste et progressiste de la cause arménienne
Publié le :

jeudi27 décembre 2007, par Ara/armenews

Faut-il abandonner l’action pour la reconnaissance du génocide au profit de demandes de réparations ? C’est en substance ce que propose Harout Sasounian, éditorialiste au Californian Courrier, dans un article qui provoque déjà quelques remous*. Résumant le combat arménien à ce qu’il nomme les 3 R, Reconnaissance, Réparations, et Restitution, Harout Sassounian préconise de passer sans plus attendre du premier au deuxième R. Ce qui se traduirait par des demandes de réparations auprès des « Cours nationales et internationales compétentes », que les « Turcs reconnaissent ou non le génocide ». Quant au troisième R, qui concerne la restitution des territoires, il adjure les Arméniens de n’y pas renoncer, mais en confie la réalisation aux générations futures. Ajoutant : « personne ne rend un mètre carré de territoire, sans y être contraint ».

Halte aux tergiversations ! voici donc proposée une manière pour le moins "brut de décoffrage" de poser le problème : Arméniens et Turcs sont dans des camps différents, les Arméniens ont subi des injustices, ils ont des droits, ils doivent par conséquent directement demander réparation. On ne saurait, du moins en apparence, être plus clair net et précis. Sauf que les choses ne se configurent pas forcément d’une façon aussi binaire et tranchée. D’une part, parce qu’il convient de définir quatre générations après le génocide ce que sont les Turcs aujourd’hui, ce que sont les Arméniens, à quoi correspondent leurs besoins, à quel type de justice ils aspirent. Et puis, la définition que l’on donne de la partie adverse est loin d’être neutre. S’agit-il du Turc, du camp turc, de l’Etat turc ou du nationalisme turc ? De quel type de justice sommes-nous demandeurs, sous quelle forme : argent ? terres ? restitutions des biens confisqués il y a 92 ans ? Et qui est censé rendre cette justice ? Quelle est l’instance nationale ou internationale compétente, susceptible de rendre justice, de dire le droit, et d’en assumer l’application ? Ne nage-t-on pas là en pleine mythologie ? Autant de questions, autant de points d’interrogation.

On le voit, la problématique proposée engendre en réalité plus de difficultés théoriques qu’elle n’en résout. Mais, le plus inquiétant est peut-être le message politique qui sous-tend cette approche. Une pensée très droitière qui s’inscrit dans une logique à géométrie nationaliste, Arméniens contre Turcs, Etat contre Etat, nation contre nation, peuple contre peuple, et ce, sur plusieurs générations. Est-ce vraiment ainsi qu’il faut envisager politiquement les choses ? Cette justice que les Arméniens réclament et à laquelle ils ont indubitablement droit ne peut-elle vraiment se concevoir autrement, via d’autres types de processus ? Par exemple comme le débouché d’une dynamique démocratique au sein de la formation sociale turque, d’un dialogue et d’échanges gagnant/gagnant, non pas sous la forme d’on ne sait quelle CRAT ou autre commission d’historiens, mais dans la perspective d’une résolution globale des problèmes locaux et d’une recomposition politique d’ensemble de la région ? Une mécanique qui pourrait impliquer tant les sociétés civiles, que les Etats et qui, de fait, est déjà amorcée.

Le problème de la proposition de Harout Sassounian tient dans sa formulation, qui s’inscrit dans un cadre statique, quasi réactionnaire. Celui d’une perception figée du conflit arméno-turc, tant en ce qui concerne la question des réparations envisagées sous l’angle général « de procès », que sous celui de la restitution, qui fait appel à la « contrainte ». Cette approche paraît totalement surréaliste dans la conjoncture présente. D’une part parce que ces plans sur la comète alimentent et renforcent le nationalisme exacerbé d’Ankara, lequel légitimise depuis longtemps ses positions en alléguant le spectre d’un danger arménien, d’autre part parce qu’ils sont décalés par rapport à nos réalités et besoins actuels.

Ainsi le postulat de Sassounian fait bizarrement abstraction d’une donne incontournable de toute réflexion sur le combat arménien : A savoir la présence de notre peuple sur place, avec un état de droit, l’Arménie, un Etat de fait, le Karabakh, auxquels s’ajoute la situation épineuse des Arméniens du Djavakhk. Comment peut-on aujourd’hui parler de la cause arménienne en évacuant ces réalités et leurs enjeux ? L’implication de Erevan dans la question du Karabakh, comme dans la problématique internationale du génocide, démontre s’il en était besoin, l’imbrication entre toutes ces questions. Ainsi, comment peut-on par exemple déléguer à nos héritiers la mission de récupérer des territoires, alors que notre propre génération est incapable d’habiter ceux qui sont déjà en sa possession ? Comment peut-on parler d’obtenir la restitution des terres en Turquie, en utilisant le terme de contrainte, quand nos frontières actuelles ne sont garanties ni politiquement ni militairement ? Est-il bien raisonnable de penser à allumer de nouveaux foyers demain, alors que les braises sont encore fumantes aux portes de la maison ?

Comment peut-on sérieusement évacuer cette dimension régionale, locale, d’une réflexion publique quant aux revendications arméniennes ? Et que signifie ce postulat des fameux trois R ? Qui a décidé que la reconnaissance du génocide était une étape pour parvenir à des réparations puis à une restitution ? La reconnaissance du génocide ne représente-t-elle pas avant tout une exigence morale en tant que telle ? N’est-elle pas l’expression d’un pardon ? Ce combat n’est-il pas une arme contre le nationalisme et le négationnisme turc ? Ne constitue-t-il pas, parallèlement, une nécessité eu égard au droit à l’existence des Arméniens dans la région ? Ainsi, Robert Kotcharian, n’a-t-il pas récemment souligné à ce propos la dimension sécuritaire de cette demande, car l’absence de regret de la Turquie résulte d’une prédisposition à recommencer ? Ce combat, qui unit à la fois l’Arménie et la diaspora, ne vise-t-il pas également à générer une révolution des mentalités en Turquie et dans le Caucase du sud ? Ne sert-il pas aussi à donner un éclairage particulier à la question du Karabakh, en légitimant ses revendications à la lumière du sort des Arméniens dans le contexte turco-azéri ? N’a-t-il pas aussi pour effet de sensibiliser à notre situation locale la scène internationale ?
La logique des 3 R rappelle en réalité furieusement la pensée traditionnelle arménienne. Celle qui prévalait avant l’indépendance et avant même le déclenchement de la lutte des années 75. Une époque où le discours arménien avait pour fonction principale d’entretenir dans l’exil le flambeau d’une identité, d’une cause, d’un combat. Ce positionnement, qui a été celui des deux premières générations consécutives au génocide, ne répondait à aucune obligation de moyen ni de résultat. Il correspondait à une situation donnée et a été utile en son temps. Mais le renouveau arménien de ces trente dernières années a marqué un changement d’étape. D’une part en balayant le mythe d’une justice abstraite et en lui préférant la formation concrète d’un rapport de force politique, en évitant les grands discours et en leur privilégiant les actes. D’autre part, en posant la question arménienne d’une manière progressiste et dynamique, et non en terme figé. Car en politique la « justice » ne s’octroie pas, elle se construit, elle se conquiert.

Depuis les années 75 et plus encore avec l’indépendance de l’Arménie et la libération du Karabakh, les Arméniens ont changé de vitesse et de logique. Il ne s’agit pas d’invoquer son bon droit comme on brandit un drapeau, mais de se donner les moyens de réaliser des avancées politiques en prenant en compte le monde concret. Il ne s’agit pas de verser dans la surenchère verbale, mais d’influer sur la réalité, de faire bouger les lignes, les processus, de faire évoluer les situations. C’est sans doute l’enseignement principal que nous a légué Hrant Dink. C’est en étant en phase avec le réel, en militant sur le terrain, en éveillant les coeurs et les esprits, que l’on crée les conditions de la justice. Et non en promettant une guerre de cent ans aux Arméniens et aux Turcs. C’est à cela aussi que sert le combat pour la reconnaissance du génocide. Quant aux réparations, nul besoin aujourd’hui d’en faire un mot d’ordre politique avec un grand R. En revanche, rien n’empêche d’agir comme le font par exemple les trois avocats californiens, Vartkes Yéghiayan, Brian Katabeck et John Guiragos. Et d’obtenir des résultats.

Tout ce qui est tenté actuellement, à travers les reconnaissances internationales du génocide et la lutte contre le négationnisme, à travers les pressions extérieures et le travail intérieur, consiste à faire prendre conscience à la Turquie du génocide, à faire évoluer les mentalités au sein même de cette société, à débloquer la situation, à éradiquer le racisme anti-arménien, à amener ce pays dans ses profondeurs à sortir de l’ ornière nationaliste, à lui faire comprendre qu’il défendra bien plus son honneur et ses intérêts en rendant justice au peuple arménien, plutôt qu’en perpétuant le mensonge, le déni et la violence. Il s’agit de l’aider à aller de l’avant pour qu’elle puisse à son tour aider l’ensemble de cette zone, l’Arménie comprise, à avancer, à envisager l’avenir ensemble, sur le modèle européen. Il s’agit de promouvoir le partage et non le découpage. D’écrire à deux, une nouvelle page dans l’histoire de cette région.
Bien sûr que la Turquie a une dette envers le peuple arménien. Bien sûr qu’elle lui a pris son patrimoine et ses terres, bien sur qu’elle lui a pris un million et demi de vies innocentes. Bien sûr qu’elle doit lui rendre quelque chose. Crééons les conditions pour concrétiser ce concept qu’on peut appeler « justice ». Donnons-nous de vrais moyens pour parvenir à de vrais résultats, mais de grâce épargnons-nous les surenchères verbales et les incantations.
Harout Sassounian est un nom important de la pensée arménienne contemporaine. Le peuple arménien lui doit beaucoup. Gageons que son pavé dans la mare, visait aussi à stimuler la réflexion et surtout à relancer le débat. De ce point de vue là, il a largement gagné son pari.

Ara Toranian
*Génocide arménien : passer aux Réparations et Restitution

Turcs/Arméniens : Réconciliation ou Justice ?

Génocide arménien : Erdogan et Gül, Prix Nobel de la Paix ?




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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