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Hrant Dink : Un homme qui croyait que la Turquie allait changer de l’intérieur (1/2)
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous soumet la première partie de la traduction de cet article de Zaman parue sur le site de la Fédération Euro-Arménienne pour la Justice et la Démocratie du 20 janvier 2008.


JASPER MORTIMER, TodayÂ’s Zaman

Commentaires du site de la Fédération Euro-Arménienne :

Traduction GM - commentaires

Il est dommage que pour M. Mortimer la diaspora arménienne se limite aux Etats-Unis. Alors que le Congrès américain n’a toujours pas reconnu le génocide arménien, l’Union européenne l’a fait il y plus de vingt ans au Parlement de Strasbourg (18 juin 1987). Certainement que pour la Turquie les Etats-Unis sont plus importants que l’Europe, mais c’est avec l’UE qu’elle négocie son adhésion.

A noter que si la France a reconnu le génocide le 29 janvier 2001, seule la Suisse pénalise le déni de génocide. L’ultranationaliste turc Dogu Perincek l’a appris à ses dépends il y a quelques semaines. Les Arméniens d’Europe s’opposent également à l’entrée d’un Etat génocidaire et négationniste dans l’Union européenne et le font savoir par de multiples manifestations.

***
Il y a un an, cet après-midi là, à la télévision, les téléspectateurs qui écoutent les chaînes d’information en continue ont vu un homme dans un costume marron couché face contre terre sur un boulevard d’Istanbul. Allongé tout seul sous une feuille de plastique blanc et sur son torse, une petite mare de sang infiltrée.

Des milliers de personnes détiennent ses photos et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "Nous sommes tous Hrant Dink" ou "Nous sommes tous des Arméniens" lors de la procession funèbre, à Istanbul le 23 janvier 2007, derrière le cercueil du journaliste Hrant Dink assassiné.

Un petit pourcentage de Turcs connaissait alors l’identité de l’homme qui avait été abattu au pied de l’immeuble de son bureau. Mais, le lendemain, le pays tout entier connaissait le nom de Hrant Dink, 52 ans, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Agos et champion de la cause arménienne. Les journaux étalaient son assassinat à la une, avec des titres tels que "La plus grande trahison" (Sabah) et "Hrant Dink est Turc" (Milliyet).

Comme un tremblement de terre de faible magnitude qui fissure une maison plutôt que de l’écrouler, le meurtre de Dink a fait peur aux intellectuels Turcs, exposant les lignes de fractures de leur société. Les répliques sont allées au-delà de la Turquie. Comme l’Union européenne ou le Congrès américain qui ont condamné l’assassinat, les détracteurs de la Turquie déclarant que c’était l’image d’un pays qui ne tolérait pas la liberté de parole. Les amis de la Turquie se cachaient la face, de honte.

Ce meurtre a été le point de départ de deux débats qui ont couvert toute l’année 2007. Le premier, entre les libéraux et les conservateurs Turcs sur la liberté d’expression et, en particulier, la question arménienne. Le second, entre les Arméniens de Turquie et Arméniens des Etats-Unis sur la manière de traiter la tragédie de 1915-22.

Le corps de Dink est resté sur le gris des pavés pendant pas mal de temps. Les chaînes de télévision passaient en direct les scènes de rue entrecoupées avec des archives sur Dink, montrant son regard sensible et la rudesse d’un beau visage. Les téléspectateurs, comme le correspondant de l’Associated Press dans la salle de presse au Caire, ont été consterné de voir que la police continuait à le laisser à terre des heures durant dans le froid, en raison de la lenteur des experts légistes.

Un homme imposant traversa le cordon de police, comme un rugbyman allant à l’essai, en criant « Abi » (grand frère). C’était le frère de Dink, Yervant, qui a pu voir la cause de la mort, avant d’être refoulé de l’autre côté du cordon, où il s’est effondré en larmes.

Finalement le corps de Dink a été enlevé en ambulance. Mais les gens ne sont pas éparpillés. Près de 5000 Turcs se sont rassemblés sur la place Taksim, au bout du boulevard où il a été abattu. Ils ne savaient pas qui avait tué Dink, mais ils connaissaient la mentalité de ceux qui lui avaient proféré des nombreuses menaces de mort.

Ils ont eu assez de l’intolérance masquée en patriotisme, ils ont pris des feutres et des feuilles de carton blanc et ont griffonné deux slogans qui allaient devenir des icônes de la mort de Dink. "Nous sommes tous des Hrant", "Nous sommes tous des Arméniens », ont-ils écrit en turc et arménien.

De Malatya Ă  Istanbul

Il s’agissait d’un hommage à un homme né à Malatya, élevé dans un orphelinat arménien et qui se voyait lui-même comme un mélange de Turc et d’Arménien, il avait été blessé lorsque l’armée avait refusé de le nommer officier, malgré sa réussite à 100% à l’examen d’admission.

En 1996, Dink avait fondé Agos, le seul journal arménien qui n’y allait pas de main morte dans une société où les Arméniens ont longtemps été considéré comme des citoyens de deuxième zone. Le journal Agos était bilingue, turc-arménien, parce Dink voulait également atteindre les Turcs.

Agos a sorti un scoop en 2004, quand il a révélé que Sabiha Gökçen, la fille adoptive d’Atatürk, était d’origine arménienne. Hrant avait retrouvé sa famille en Arménie et avait publié l’histoire en espérant qu’elle permettrait de rapprocher les Turcs et les Arméniens. Après tout, Gökçen a été un modèle pour les femmes turques en devenant la première femme pilote.

Mais de nombreux Turcs tombent sur une mauvaise surprise. Le chef des Armées déclare que c’est "un crime contre l’unité nationale."

Toutefois Dink persévère dans la défense pour l’égalité des droits des Arméniens et sur ce qui était arrivé à sa communauté en 1915-22, et qui n’était un fait malheureux de la guerre, comme les officiels le prétendaient. Appeler ces événements génocide est un sujet tabou en Turquie depuis des décennies, mais Dink a réussi à faire valoir son point de vue d’une telle manière, qu’il a même gagné le respect de ceux qui étaient en total désaccord avec lui.

Quand l’Etat lui a finalement accordé un passeport - après de nombreux refus – il a déclaré en public, en Europe et aux Etats-Unis que les Turcs d’aujourd’hui ne devraient pas être punis pour les fautes commises d’il y a 90 ans. Et il a poursuivi sur cette voie au point de critiquer les lois dans des pays tels que la France ou la Suisse qui punissent les gens qui nient que le génocide arménien.

"Une balle a Ă©tĂ© tirĂ©e sur la libre pensĂ©e et notre mode de vie dĂ©mocratique », a dĂ©clarĂ© le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan quelques heures après le meurtre. Erdoğan a appelĂ© le Patriarche armĂ©nien Mesrob II, et lui a assurĂ© que le meurtrier serait capturĂ©.

La Turquie a une longue histoire de meurtres non résolus de journalistes éminents et de libres penseurs, mais cette fois, la police a fait son travail.

Ils ont trouvé une photo de l’assassin courant avec un pistolet grâce à la caméra de sécurité d’un magasin. La photo a été diffusée à la télévision, vue par son père, lequel a appelé les autorités. 32 heures après l’assassinat, le meurtrier était arrêté.

C’est un adolescent de 17 ans, un chômeur en échec scolaire, originaire de Trabzon, sur la mer Noire. Son oncle a indiqué à la télévision TGRT, qu’il vivotait, « sans but », et qu’il a du être manipulé par ses anciens complices. Au premier rang desquels, par la suite arrêté, un ultranationaliste qui avait été déjà condamné pour avoir posé une bombe dans un restaurant McDonald.

LÂ’affaire ne sÂ’arrĂŞte pas lĂ . Tout le monde savait ce nÂ’Ă©tait pas juste un petit groupe dÂ’extrĂ©mistes. Comme le chroniqueur de Radikal, İsmet Berkan a dit : « Ceux qui ont crĂ©Ă© le sentiment nationaliste en Turquie ont nourri un tel monstre quÂ’il y a beaucoup de jeunes des rues qui ne trouvent pas ... l’État assez nationaliste et sont prĂŞts Ă  faire la loi eux-mĂŞmes."

Des milliers de gens pensaient de même, et se sont rendus à l’enterrement de Dink. La police a bouclé la zone en face du bureau d’Agos pour le départ du cortège, mais le flot de participants gonflait en plus en plus et les policiers ont été amenés à interdire l’ensemble du boulevard et à rediriger le trafic. Près de 100.000 personnes marchaient derrière le corbillard, un fleuve humain traversant la ville.

Beaucoup des présents n’avaient jamais lu Agos, pas plus qu’ils n’acceptaient le mot génocide pour les événements de 1915-22, mais ils défilaient pour affirmer que la Turquie ne doit pas être un pays qui tue les gens pour leurs opinions.

Sur les banderoles on pouvait lire en plus de "Nous sommes tous des Hrant Dink » et « Nous sommes tous des Arméniens" : "Le tueur est le 301" - une référence à l’article 301 du Code pénal turc (TCK ), qui punit les "insultes à la turquicité". Dink avait écopé d’une peine de six mois avec sursis pour avoir violé l’art.301 dans un éditorial, et au moment de sa mort, il faisait encore l’objet une nouvelle poursuite en vertu de la même loi.

"Il est inacceptable de juger et d’emprisonner quelqu’un à cause de ses opinions, et encore moins de le tuer", a dit le patriarche Mesrob durant les funérailles. Dans l’Eglise Sainte Mère de Dieu étaient présents le vice-premier ministre, le ministre de l’Intérieur et deux généraux. Dans la mort, Dink avait gagné le respect de ceux qui l’avaient harcelé de son vivant.

Le deuil de Dink s’est poursuivi après les funérailles, et a évolué en quelque chose d’autre. Dans les médias, il était devenu de bon ton de faire l’éloge de Hrant et de dire combien il manquait. Mais certains journalistes ont eu la candeur de percer cette hypocrisie en demandant où étaient tous ces "amis" lorsque Dink était poursuivi en vertu de l’art.301.

A suivreÂ…

source: Zaman






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Source/Lien : Feajd



   
 
   
 
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