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Un certain dialogue arméno-turc
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN avait repris dans ses News du 15-01-2008, l'éditorial d'Ara Toranian sur Armenews (Site des Nouvelles d'Arménie Magazine) qui pointait - comme nous le faisons nous-mêmes - Les effets pervers d’un certain dialogue arméno-turc (et voir également en fin d'article ci-dessous). Cet édito a suscité sur le Forum d'Armenews les réactions d'Isabelle Kortian, Gérard Malkassian et Michel Marian qui sont partie prenante dans l'organisation des commémorations organisées à Paris en hommage à Hrant Dink, de concert avec les associations franco-turques Acort et Elele. Nous vous proposons de suivre ce débat "on-line", avec également une seconde mise au point d'Ara Toranian et la contribution de Haytoug Chamlian, avocat arméno-canadien.



Photo Ara Toranian

17 janvier 2008, par michel marian

Merci, Ara, d'avoir réagi avec rapidité, courtoisie dans la forme et netteté sur le fond à une initiative non nommée, qui paraît bien être la nôtre. Comme nous souhaitons avancer dans la reconnaissance du génocide et dans la réconciliation, nous sommes heureux de pouvoir enfin débattre des moyens nouveaux que nous proposons. Trois points principaux suscitent ta critique : la dérive à laquelle donnerait lieu la commémoration de l'assassinat de Hrant Dink, la sémantique sur 1915, la distinction entre rencontres privées et publiques. La vie de Hrant Dink et la réaction à sa mort ont provoqué un ébranlement chez beaucoup d'Arméniens et de Turcs. Si nous voulons démentir le calcul de ses assassins , prolonger sa parole et son action après lui, nous devons le faire, aujourd'hui comme l'année dernière, entre Arméniens et Turcs. Or les citoyens turcs qui ont marché l'an dernier à son cortège funèbre dépassaient en nombre de loin, de très loin, la petite cohorte admirable de ceux qui ont, depuis des années, exigé la reconnaissance du génocide. Ils se sont identifiés à cet Arménien. C'est avec eux que nous avons à travailler, et , pour nous en France, avec ceux qui sont à leur image, et qui ont défilé à Paris et dans d'autres villes après le meurtre. Car en France aussi nous avons des ennemis communs, comme ceux qui se sont attaqués au mémorial de Lyon. Travailler ensemble, mais à quel prix ? Est-ce trop coûteux de dire 1915 sans prononcer génocide ? Dire 1915, ce n'est pas minimiser le génocide en le réduisant à la déportation et aux massacres. C'est s'opposer à la propagande qui dilue le crime dans une chaîne de conflits ethniques qui s'étendrait de 1880 à 1920 ; c'est refuser la symétrie qui fait diversion ; c'est concentrer l'attention sur l'évènement qui demande justice. 1915 est en train de devenir en Turquie l'équivalent d'Auschwitz pour tous ceux qui combattent pour un regard de vérité sur le génocide. C'est une voie d'entrée dans la mémoire. Ou alors il faudrait aussi critiquer Pamuk pour avoir parlé d'un million de tués Arméniens sans dire par la volonté de qui. ! Traiter de négationnistes, soft ou néo, tous ceux qui rusent avec la répression et cherchent à fissurer la solidarité nationaliste antiarménienne n'est pas notre choix. Mais s'il s'agit de commencements et de tests, ne vaudrait-il pas mieux les effectuer dans des laboratoires privés, et non pas sur des scènes publiques où ils peuvent passer pour des reculades ou des manipulations. Clarifions un point essentiel : nous ne mettons pas en place une commission d'historiens qui discuterait de la réalité du génocide. Mais il est vrai que nous prenons un risque en proposant ainsi des chemins de convergence, qui ne sont pas une plate-forme commune. Nous le faisons en nous appuyant sur une perspective claire : le temps est venu de travailler, au-delà des personnalités, avec des collectifs, qui représentent une forme de société civile turque en France, qui peuvent et veulent faire bouger les choses avec une société civile arménienne. A ce jour aucun collectif turc n'a assumé publiquement le génocide. C'est cela que nous voulons changer. Et, pour le faire, nous avons une conviction : il n'y a pas de mur étanche entre reconnaissance et réconciliation. La reconnaissance sera d'autant plus forte et plus durable qu'elle aura été préparée par des dialogues avec ceux pour qui la question arménienne est devenue essentielle pour un avenir démocratique de la Turquie.

Isabelle Kortian, Gérard Malkassian, Michel Marian


21 janvier 2008, par Ara

Chers Isabelle, Michel, Gérard, Merci à vous de vous être reconnus, et d'avoir accepté, également, le dialogue inter-arménien. Je ne répondrai dans un premier temps à votre contribution que sur quelques points. Premièrement, il me paraît totalement abusif de comparer l'appellation « 1915 » pour nommer le génocide des Arméniens, à Auschwitz pour parler de la Shoah. Tout d'abord parce que le génocide des Juifs est reconnu par le monde entier et en particulier par l'Allemagne. Il n'y a pas de combat à proprement parler pour la reconnaissance du génocide des Juifs. L'enjeu sémantico-politique n'est en rien comparable. Ensuite parce qu'Auschwitz désigne un camp de la mort, alors que « 1915 » ne renvoie qu'à une date pendant laquelle, selon la rhétorique négationniste turque, se sont produits des événements controversés. Vous auriez parlé de Der es Zor, la chose aurait certes été réductrice, mais déjà plus parlante. « 1915 » est peut être comme vous le dites une ruse pour échapper à l'article 301, mais c'est surtout et essentiellement le dernier gadget de la phraséologie du pouvoir turc pour combattre le mot génocide et signifier qu'il s'agit d'un moment de l'histoire sujet à caution. D'où la commission d'historiens proposée par Erdogan sur ... « 1915 ». On ne peut être que stupéfait par la rapidité avec laquelle une conceptualisation aussi pernicieuse pour désigner l'extermination de tout un peuple a pu prendre dans des esprits pourtant avertis. Enfin, la qualification de « conflit ethnique », pour désigner toute la période 1880-1920 sera laissée à votre seule responsabilité. Pour ne citer qu'une référence récente, dans son discours à la Mutualité l'année dernière Bernard-Henri Lévy parlait de ce « génocide qu'on dit abusivement de 1915 et qui a commencé en réalité dés 1894 ». Pourquoi, là aussi édulcorer la nature criminelle de la politique ottomane à l'égard des Arméniens durant toute cette période. Pour les besoins du dialogue ? Attention au Syndrome de Stockholm. Et quand bien même cette litote serait une échappatoire pour contourner la répression actuelle, ce dialogue a lieu en France et, que je sache, les associations en cause, y compris Acort sont françaises. Donc a priori, pas passibles de l'article 301. Par ailleurs, mais c'est un autre débat : il y a en Turquie même de véritables justes qui utilisent le mot génocide. Nos amis « démocrates turcs » en France, en pratiquant les euphémismes, sont-ils prêts à assumer un autre risque : celui de laisser ces courageux précurseurs totalement isolés face à l'article 301 ? Faut-il par ailleurs rappeler que ce 301 est en cours de réforme et que c'est sans doute politiquement le moment de le faire tomber, en montrant par un grand mouvement multilatéral sur le génocide des Arméniens, son inanité et son caractère scandaleux ? Par ailleurs, vous n'avez pas répondu au risque d'instrumentalisation de ce type d'initiatives par Ankara pour contrer les reconnaissances internationales du génocide au motif qu'il existerait un dialogue arméno-turc au sujet de cet épisode l'histoire ( cf les déclarations de Lamassoure au Parlement européen en 2001). Il y aurait beaucoup à dire et à écrire en particulier sur toute la rhétorique de cet appel, qui établit entre autres un parallèle entre la « vision négative » des Turcs sur les Arméniens et vice et versa. Ce type de symétrie entre bourreau et victime est tout bonnement inacceptable. Enfin qu'il faille saisir au vol les bons sentiments turcs à l'égard des Arméniens, quand ils se présentent, pour établir le dialogue, est une question. Pas une vérité. Vous y avez apparemment répondu. Mais comme vous le reconnaissez vous même : « il est vrai que nous prenons un risque en proposant ainsi des chemins de convergence, qui ne sont pas une plate-forme commune ». Chers amis, je vous demanderai de ne pas céder à l'angélisme et d'être particulièrement vigilant à ne pas faire courir ce risque à l'ensemble ce ceux qui travaillent, comme vous l'avez vous-même fait, pour la reconnaissance du génocide à travers le monde et qui ont obtenu des résultats. Il ne faut jamais oublié que ce sont nos victoires politiques, acquises ensemble, qui ont rendu audible un Hrant Dink en Turquie, et rendu nécessaire une prise de conscience du mouvement « démocratique » turc sur le sujet . Il ne s'agit pas de jeter ici la pierre à Acort. De fermer la porte. Mais de ne pas se laisser entraîner, pour les besoins du dialogue, à faire passer au deuxième plan les besoins de la vérité et de la justice. Ara


22 janvier 2008, par Haytoug Chamlian

Le ton et la tonalité des "explications" ci-dessus de Michel Marian, qui transforment son propos quasiment en charabia, démontrent la cause profonde du problème. Et celui-ci ne concerne pas, en premier lieu, les relations - ou non - entre Turcs et Arméniens, ou l'absence d'icelles, mais relève plutôt d'un nouvel écart entre Arméniens.

Force est de constater que pour certains, le passage du temps, conjugué à leur cheminement sur la voie de l'acrobatique - et illusoire - dualité identitaire, a fait en sorte que le génocide a fini par devenir une abstraction, un concept, une notion essentiellement cérébrale. Un défi intellectuel. Un sujet de dissertation...

Pour d'autres, cependant, il demeure une réalité actuelle. Plus clairement, ils le vivent encore, totalement, comme si c'était arrivé hier. Comme s'ils y avaient assisté. Ils s'en rappellent quotidiennement, en perdent parfois littéralement le sommeil, le ressentent constamment dans leur esprit. Cela les ronge, les accable et les tourmente, chaque jour de leur existence. Cela gâche une partie importante de leur vie, mais ils ne s'en plaignent pas, bien au contraire, car ils estiment qu'il s'agit de leur destinée, de leur dette envers leurs parents ou leurs grands-parents, en somme, de leur héritage. Et ils veillent bien sûr à transmettre cet état d'esprit et cet engagement absolu aux générations qui leurs succèdent.

Cette réalité-là, il est évident qu'elle n'est pas celle de Marian & cie. Alors, oui, ils font ce qu'ils peuvent.

Au-delà de l'aspect anecdotique du cas dont vous discutez, les démarches évoquées s'ajoutent à de multiples autres signes qui indiquent que la Turquie a réussi dans sa politique négationniste active, qu'elle n'a organisée et mise en application que depuis trois ou quatre ans à peine.

Les efforts arméniens en vue d'obtenir la reconnaissance du génocide par les tierces parties et son admission par la Turquie ont non seulement plafonné, mais nos acquis mêmes sont en train de s'effriter, un net recul est déjà amorcé. Par exemple, jusqu'à présent, certains pays se contentaient de se taire, et voilà que, en l'espace de ces quelques semaines passés seulement, nous avons assisté à un nouveau phénomène : la non-reconnaissance explicite du génocide des Arméniens. Le ralliement formel d'autres États au négationnisme turc.

Quant à ces fameux démocrates turcs sur lesquels vous vous appuyez, même dans la meilleures des hypothèses, ils n'ont fait qu'exacerber le négationnisme au sein du peuple turc. Dans la flagrante majorité des cas, leurs quelques mentions au sujet du génocide sont de toute façon évasives ou ambigües. Et dans les quelques autres cas isolés où il y a eu véritablement de la franchise, la tentative a eu l'effet exactement contraire de celui que vous voulez leur attribuer.

Et alors que ces constatations manifestes auraient dû nous inciter à ce que vous appelleriez une radicalisation de nos positions (dans les strictes limites de la légalité, on s'entend), c'est l'inverse qui se produit. Nous assistons à un nouvel élan de doux rapprochement arméno-turc. Autour du cadavre d'un intellectuel arménien de nouveau assassiné à Bolis, de surcroît... Et ce, à coups d'initiatives éparses, aléatoires, sans concertation collective élémentaire, de manière arbitraire, empirique, farfelue. Si ce n'est pas de la bêtise, de l'inconscience ou de la surestimation de son intelligence, face à un ennemi qui a le don inouï de profiter justement de ce genre de situations, c'est alors tout simplement un comportement de désespérés.

D'un côté, on demande la pénalisation du génocide. De l'autre, on prône - et on pratique même - le dialogue avant l'admission. C'est-à-dire, forcément, le débat. C'est de la schizophrénie.

Dans cet ordre d'idées, et pour une illustration quand même humoristique de mon propos : http://youtube.com/watch ?v=XjO0vx97BfQ

(Demandez à quelqu'un de traduire... Les passages en arménien, veux-je dire, puisque avec la vaillante mission que vous vous êtes attribuée, je présume que vous avez au moins appris le turc.)

Ara, je sais que c'est très pénible, je n'aimerais certainement pas être à ta place, mais il va falloir que tu décides dans quel sens va aller NAM. Ça fait quelque 4 ans que je suis de près ce qui se passe en Europe, et c'est vraiment la dégringolade. À un angle de plus en plus vertigineux. Des problèmes similaires existent probablement dans d'autres régions aussi, mais dans la conjoncture actuelle, il me semble que les conséquences y sont moins graves.

Haytoug Chamlian


Les effets pervers d'un certain dialogue arméno-turc

dimanche13 janvier 2008, par Ara/armenews

Il y a de multiples leçons à tirer de l'indignation populaire qu'a provoquée à Istanbul l'assassinat de Hrant Dink. L'une d'entre elles est qu'il existe sans doute dans ce pays des forces, des gens, qui ont réussi à s'affranchir du racisme anti-arménien ambiant. Et que, dès lors, un dialogue entre Arméniens et Turcs est possible. Cette situation inédite a favorisé ici ou là un certain nombre de rencontres entre associations ou simples personnes des deux camps. Les uns et les autres essaient de faire connaissance, se testent, échangent. On peut imaginer ce que cet exercice peut avoir d'instructif, de difficile, mais aussi de plaisant pour ses acteurs, tant par les satisfactions intellectuelles que procure la confrontation à l'altérité, que par le sentiment plus ou moins diffus d'écrire l'histoire.

S'il faut prendre acte de ce type d'initiatives, force est cependant aussi d'en souligner, du point de vue de la question arménienne, les limites et les dangers, dès lors qu'elles franchissent le rubicond de l'espace public. Car cette limite marque le passage entre le champ expérimental du laboratoire d'idées, et celui, bien plus lourd de conséquences, de l'action politique. Ce cap ne souffre pas l'approximation, notamment dans l'usage ou le non-usage des signifiants. Et ce, en particulier dans le contexte arméno-turc, marqué s'il en est par la guerre des mots. Les Arméniens qui se battent depuis des années pour la reconnaissance explicite du génocide savent mieux que quiconque le poids de la sémantique, le sens des symboles. Pour en avoir fait les frais pendant des années, ils connaissent par coeur la rhétorique négationniste, et son lot de formules elliptiques, de non-dit, de minimisation, de relativisation. Combien de fois n'a-t-on pas dénoncé en France, les euphémismes du pouvoir sur le génocide, ses gesticulations sémantiques pour contourner le « G » word ?
Cette reconnaissance, cet emploi du terme approprié pour caractériser l'extermination quasi totale des Arméniens de l'Empire ottoman, est, on le sait, au centre de toute la problématique arméno-turque. C'est sur ce mot que s'est prononcé toute une série de Parlements à travers le monde. C'est pour éviter ce mot que les autorités turques dépensent des millions. C'est pour avoir employé ce mot, que M. Evans, ambassadeur des États-Unis en Arménie, a été récemment congédié. Rien n'est donc moins neutre que sa gestion, rien n'est plus sensible que sa présence ou de son absence, dès lors que l'on se situe dans le registre arméno-turc.
En conséquence, se pourrait-il que cette rigueur sémantique, que l'on exige du monde entier, et en France de tous les hommes politiques, que cette revendication morale minimum, fonde comme neige au soleil au contact des « démocrates turcs » ? C'est en tous les cas ce que laisse craindre la lecture de certains textes communs, circulant actuellement sur internet et signé par des associations arméniennes et turques. On y invite à célébrer la mémoire de Hrant Dink. On y disserte sur la nécessité « d'élaborer un récit historique commun », de « construire une mémoire commune ». Mais on n'y parle ni de génocide, ni d'extermination, ni même de massacres. Nada. En lieu et place, on jette en pâture un nouveau concept pour éviter le mot qui fâche : « 1915 ». Ce n'est plus le génocide des Arméniens, c'est « 1915 » ! A savoir une date, où il s'est passé quelque chose qu'on a visiblement du mal à définir. Un peu comme on parlait en France des « événements » pour cacher l'évidence de la guerre d'Algérie. Toutes proportions gardées, bien sûr.

Quid de ce type « d'omission » ? Faut-il en conclure que les « démocrates turcs » participant à ces initiatives de dialogue, ne valent pas mieux sur cette question que leurs gouvernements négationnistes ? Qu'en lieu et place des actes de courage des Akçam, Zarakolu, et autres Ali Ertem, qui reconnaissent clairement les faits, ils entendent noyer le poisson au nom d'un discours politique où les bons sentiments affichés cachent mal un néo-négationnisme rampant ? Un négationnisme empreint de bonnes intentions, somme toute ?

Quoi qu'il en soit, ce type d'initiatives publiques, présentées de cette façon comporte le risque de servir objectivement la stratégie actuelle d'Ankara. Eviter soigneusement de se prononcer sur l'extermination des Arméniens, n'est-ce pas sous-entendre que cet événement reste sujet à caution ? N'est-ce pas donner du sens à la demande d'Ergogan de créer une commission d'historiens mixte, arméno-turque, pour clarifier les « événements de 1915 » ? N'est-ce pas fournir de la matière à son argument principal, notamment utilisé au Parlement européen, qui consiste à dénoncer les reconnaissances internationales du génocide, au motif qu'elles parasiteraient le dialogue arméno-turc en train de se nouer sur la question ? L'association internationale des chercheurs sur le génocide a mis en garde les divers gouvernements sur la nature « hypocrite » et manoeuvrière de ce positionnement d'Ankara. Aussi, est-il bien nécessaire, à un moment où enfin le mur du silence autour du génocide commence à s'effriter, de reproduire la pratique des non-dits unanimement dénoncée par les Arméniens ? N'est-ce pas apporter de l'eau au moulin de l'Etat turc, que de promouvoir publiquement un dialogue qui contournerait formellement cette question ?

Outre ces interrogations, peut-il réellement y avoir un échange sincère entre les uns et les autres, fut-ce au niveau de la société civile, sans une convergence globale sur le fait historique ? Et pour être très concret : peut-il y avoir de véritables perspectives d'avenir pacifié entre les deux peuples, sans un renoncement turc au négationnisme, qui est, on le sait, la continuation du crime par d'autres moyens ?

Turcs et Arméniens ne sont pas à égalité. Il y a d'un côté les ressortissants d'un Etat criminel, et de l'autre les légataires universels d'un peuple assassiné sur le cadavre duquel ce même état s'est construit. Toute compromission sur ce sujet ne pourrait que nuire aux nécessaires tentatives de concertation entre les génération actuelles. Il y a en effet plus qu'une nuance entre discuter pour parvenir à une résolution juste de la question arménienne et subséquemment à une souhaitable réconciliation arméno-turque, et présenter l'affichage public d'un dialogue qui passerait sous silence le génocide de 1915, ou entretiendrait l'ambiguïté à son égard.

Par une étrange ironie, le tabou du génocide des Arméniens, vécu comme tel par le nationalisme turc, n'est-il pas en train de devenir également celui du « rapprochement arméno-turc » ? Effet pervers de la logique des bons sentiments, cette situation absurde hypothéquerait pour de bon les objectifs de réconciliation revendiquée de part et d'autre.

Sauf à estimer bien sûr que ces ambitions méritoires passent par le renoncement de la partie arménienne à la reconnaissance du fait historique. Et puisqu'on est dans la période des soldes, pourquoi ne pas non plus lui demander de s'excuser auprès de la Turquie pour avoir indûment porté atteinte à son image à propos de...1915.
Ara Toranian




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