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Villeurbanne : les habits neufs du nationalisme turc
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN publie cet article d'Ara Toranian paru sur NAM du 03 février 2008.


Photo: Ara Toranian

dimanche3 février 2008, par Ara/armenews

L’affaire de Villeurbanne le montre : on n’en n’a pas fini, tant s’en faut avec le négationnisme du génocide des Arméniens. Ses multiples reconnaissances par des Parlements démocratiques ont certes été autant de coups de boutoir à la stratégie du déni ; mais le nationalisme turc, qui la sous-tend, ne désarme pas. Il s’adapte. On avait connu le complot du silence, les pressions internationales pour faire taire toute information sur le sujet, on avait connu la tactique du mensonge, de l’inversion des faits, le trafic des archives ; on avait connu la répression pure et dure en Turquie contre ceux qui disent la vérité et même un certain nombre d’actions terroristes menées contre les communautés arméniennes à travers le monde. Mais qu’on se rassure, toutes ces turpitudes sont désormais à ranger au rayon des accessoires d’un passé révolu. Celui du négationnisme bête et méchant. Un temps qui laisse place à une autre forme de stratégie, autrement plus redoutable : le négationnisme intelligent. Plus subtil, raffiné, dialectique et sournois celui-ci vise pourtant bel et bien le même but : défendre le drapeau turc plutôt que de dénoncer la réalité du génocide commis en son nom. Soit exactement l’inverse du modèle allemand par rapport à la Shoah.

Rénové dans son habillage, le nationalisme turc n’en reste pas moins fidèle à la tradition de la main de fer dans un gant de velours. Côté métal, on retrouve le bois classique du chantage dont se chauffe Ankara. L’Etat turc met plus que jamais tout son poids dans la balance pour censurer l’expression politique de la vérité. Une tactique d’intimidation qui a fait ses preuves dernièrement jusque sur la première puissance mondiale, lorsque le Congrès américain s’est avisé de reconnaître le génocide. Côté velours, c’est l’opération charme. Alors que s’exerce en sous-main les pressions de toutes sortes, la Turquie affecte de présenter sur la scène internationale une image d’ouverture, de dialogue et d’objectivité : C’est la proposition de créer une commission mixte d’historiens. Un gadget de marketing politique astucieux qui permet d’une part de récolter des dividendes en terme d’image ( apparence d’ouverture au dialogue, de volonté de privilégier une approche multilatérale des faits ), et qui surtout visent un certain nombre de bénéfices politiques de fond : « encommissionner » le problème, c’est à dire l’enterrer, essayer de gagner du temps et faire ainsi obstacle à la vague de reconnaissance internationale du génocide. Cerise sur le gâteau, cette nouvelle ligne de conduite met le camp arménien en porte à faux. S’il accepte la proposition turque, il tombe dans son piège et facilite la réalisation de ses desseins. S’il l’a refuse, il se présente dans une posture négative, de fermeture. Ainsi par une stratégie digne des meilleurs joueurs échec arménien, c’est depuis quelques années Ankara qui a la main, qui mène la danse et les légataires universels de la mémoire des victimes qui sont sur la défensive.

Mais le nationalisme turc ne se résume pas à une affaire d’Etat. Ce serait trop simple. Cette hydre à multiples têtes, est non seulement présente dans toute la structure administrative, bureaucratique, mais elle a contaminé également en profondeur les corps intermédiaires de la société. Et tel un virus, il réagit à tout ce qui tente de l’affaiblir. Il sait que le génocide des Arméniens, qui a été le stade suprême de son expression, est aussi son talon d’Achille. Il représente sa plus grande victoire, son plus magnifique hold-up, mais c’est aussi son crime le plus dangereux, qui peut à tout moment se retourner contre lui. Et il se doit de tout mettre en oeuvre, pour que ce crime, pour que cette faute, pour que cette victoire d’hier qui pourrait signer sa reddition de demain, soit contournée toujours et partout, y compris là où on s’y attend le moins. N’est-il pas surprenant que le tabou du génocide arménien, que cette attitude que l’on croyait circonscrite aux milieux les plus obscurantistes du fascisme turc le plus dure, atteigne aujourd’hui des intellectuels comme Baskin Oran ? Que cette personnalité intelligente, qui a été même jusqu’à éditer le livre d’un rescapé arménien, veuille bien qu’on décrive dans certaines limites la chose, mais pas qu’on la nomme ? Ce positionnement, pour déstabilisant qu’il soit, n’a cependant rien de nouveau. L’Etat turc lui-même n’a jamais nié qu’il y a eu des massacres... Mais l’Etat turc, comme Baskin Oran, refuse le terme de génocide, parce qu’in fine, l’un comme l’autre s’abreuvent aux mêmes sources du nationalisme. Et ils savent tout deux que la reconnaissance du génocide arménien, c’est la condamnation du nationalisme turc. Un massacre n’a en effet jamais fondamentalement mis en cause une idéologie nationaliste. Un génocide oui. Et ni l’état turc aujourd’hui, ni celui qui fait aujourd’hui figure d’opposant, ne sont prêt à sacrifier l’honneur nationale à la demande de pardon, l’orgueil à la justice, la bête immonde à l’empathie, à la commisération, à la fraternité.

Les nouvelles ruses du nationalisme turc consistent là aussi à prendre l’offensive, à être à la manoeuvre. Il s’agit tout d’abord de stigmatiser les Arméniens, encore. L’exigence moral qu’est la reconnaissance du génocide ne procéderait, pour reprendre les termes de Baskin Oran, que « d’une volonté de faire le plus mal possible au turc ».

Ceux qui la demandent, et qui se faisant n’en appelle qu’au respect de la loi, se voient donc fustigés comme les alter ego des fascistes turcs. Est-il besoin de préciser que si la logique arménienne était effectivement fascisante, voilà des extrémistes qui situeraient à un niveau bien démocratique le prix du sang versé. Mais ce peu, est visiblement encore trop.
Il s’agit aussi d’attendrir l’ennemi, de le culpabiliser. Le loup se fait agneau. Il frappe à la porte, il offre le dialogue, la main tendue. Mais attention, l’exercice à une limite. Le génocide ne fait partie de l’affiche. Trop rapide. Trop traumatisant....Pour la suite du programme, peut-être. On verra plus tard. Importance du temps. Toujours. Quatre-vingt-douze ans d’attente : pas encore assez. On peut encore tirer sur la corde.

Il s’agit aussi de diviser l’ennemi. De trouver en son sein, parmi les nouvelles générations qui aspirent naturellement à construire un avenir de paix, à aller de l’avant, des personnes, susceptibles de tomber dans le piège de ce dialogue limité à ce qui ne fâche pas. Des gens de toute bonne foi, qui jouent le jeu, qui prennent le risque. Et voilà que le piège se referme. Immédiatement. C’est le communiqué de l’association Acort qui classe désormais les Arméniens en deux camps : les démocrates qui discutent avec elle, et les « ultranationalistes ».

Il s’agit enfin de renverser les rôles. Les victimes sont maintenant les Turcs, qui se voient méchamment pris à parti non pas « sur ce qu’ils font, mais sur ce qu’ils sont ». Bref : de la discrimination. Du racisme à l’état brut. C’est l’air qu’a notamment fredonné Sirma Oran, la candidate verte de Villeurbanne par qui le scandale est arrivé. Cette personne, qui sait manier la nuance entre l’être et faire, était, c’est clair, à une manifestation le 18 mars 2006 à Lyon. Et qu’est-ce qu’elle y faisait ? Elle manifestait contre le mémorial du génocide arménien. Sur quoi faut-il la juger ? L’Etre ou le faire ?

La même remarque s’impose pour l’association Association Socioculturelle Turque de Valentigney (ASCTV), qui signe ce même communiqué avec Acort. Celle-ci ne s’est-elle pas brillamment distinguée encore récemment en faisant censurer par sa municipalité une exposition du photographe Antoine Agoudjian, au motif que dans la légende d’une photo figurait le mot de ... Génocide. Etait-ce là de l’être, ou du faire ?

Enfin, pour parfaire la panoplie de la duplicité, arrive la gestion des masques : Turcs, Français, citoyens. Ainsi Sirma Oran, est suffisamment turque pour être vice-présidente de l’association Cfait ( Conseil français des associations immigrées de Turquie). Laquelle, comme la plupart de ses composantes, est imprégnée de nationalisme. Mais si, es-qualité, on l’interroge comme il est normal, sur le génocide des Arméniens, c’est d’un seul coup la citoyenne française scandalisée qui répond en criant au communautarisme. N’est-on pas là en pleine malhonnêteté intellectuelle ? Mme Sirma a le droit de militer dans une association turque. Mais compte tenu de cet état de fait, a-t-elle raison de se draper dans sa dignité républicaine dès qu’on lui pose des questions sur des sujets en relation avec cet engagement ? A sa décharge, peut-être faut-il concéder qu’on lui a posé là une question taboue... Dur dur de se présenter à des élections dans une démocratie qui ne laisse pas les candidats faire tous seuls les questions et des réponses.

Ces graves évènements, mis en lumière par l’épisode de Villeurbanne, montre que le nationalisme turc, loin d’avoir désarmé, s’avère plus vivace, coriace que jamais. Il ne constitue pas seulement une menace pour les Arméniens, qui, français ou non, demeurent son bouc-émissaire par excellence. Il l’est également pour la république, en essayant de transformer en problème « communautaire » la reconnaissance du premier génocide du XX è siècle. Le meilleur moyen d’éviter ce danger relatif à ce qui a été défini par la loi des hommes comme le pire des crimes, un crime contre l’humanité, imprescriptible, serait sans doute de voter au plus tôt la loi de sanction du négationnisme, acte raciste s’il en est. Une législation déjà adoptée par la Suisse, et qui pourra s’appliquer en France à tous les citoyens. Sans discrimination.
Ara Toranian

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A lire aussi (nettement moins réjouissant !), cette lettre édifiante :

Nous tenons à rappeler par ailleurs que la reconnaissance publique du génocide arménien est passible pour tout citoyen turc ou originaire de Turquie de l'article 301 du code pénal Turc pour « insulte à l'identité Turque » et donc d'amende et de prison. Notre association a régulièrement déclaré par l'intermédiaire de ses responsables sa volonté d'abolition de cet article. Que nombres d'intellectuels de Turquie comme le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk se sont retrouvés, pour avoir fait de telles déclarations, non seulement en procès avec l'Etat turc, mais par ailleurs et c'est ce qui nous inquiète le plus, menacé physiquement par l'extrême droite turque. Aussi, en vertu du contexte politique et de ce que cela peut avoir comme répercutions, nous trouvons inadmissible et irresponsable que Monsieur Bret ait imposé de faire une telle déclaration dans le seul profit de grappiller quelques voix et au détriment de la sécurité d'une de ses collaboratrices.

En conséquence de quoi, nous demandons officiellement à Monsieur Bret de se retirer des élections auxquelles il n'est pas digne de participer ou de faire des excuses publiques à la citoyenne Française d'origine turque qu'il a par cet acte discriminatoire poussé par son avidité électorale injustement humilié. Si des excuses publiques ne sont faites lors d'une conférence de presse à laquelle seront conviés non les membres d'une quelconque communauté mais devant notre pays à tous, alors nous demandons au Parti Socialiste de destituer Monsieur Bret du parti auquel il fait honte et dont il trahit les valeurs fondatrices.

Quant aux Verts, nous reste-t-il à savoir dans quelle mesure ils ont soutenu leur colistière? Nous partons d'un principe que lorsque vous partez avec un groupe d'amis en soirée, si l'entrée de la discothèque est interdite à l'un d'entre vous à cause de sa couleur de peau, deux cas de figure s'offre à vous : soit vous faites honneur aux valeurs de la République et personne ne rentre quitte à passer la soirée dehors, soit la personne discriminée reste dehors et alors il ne faudra pas pleurer si elle vous rejette pour se recroqueviller dans un repli identitaire. Nous attendons donc des Verts de nous montrer quelles sortes d'amis sont-ils avec leur colistière ? Ainsi, sachant comment ils considèrent leur colistière, nous considèrerons quels égards ils pourront avoir sur leurs élus.

Si aucun de ces partis ne prend de décision, nous attendons toujours des élus de la République d'effectuer les démarches nécessaires afin que soit rétablie la justice. En attendant, notre association Athétürk étant indépendante de tout parti politique, nous resterons très vigilants sur la suite donnée à cette affaire, ainsi que sur le traitement qui sera fait à l'instrumentalisation des tensions communautaires à des fins politiques contre lesquels nous n'auront de cesse de nous opposer avec la plus grande fermeté.

Finissons sur une citation de Léon Gambetta qui résume notre conception de l'accès à la citoyenneté et des responsabilités qui relèvent des représentants de l'Etat français : « Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n'est pas de reconnaître des égaux, c'est d'en faire ».

Salutations citoyennes et laĂŻques,

Nobel Günes et Aurélien Roulland, membres fondateurs d'Athétürk
Communiqué de presse de l'association envoyé aux élus de la République.




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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