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Les démocrates turcs, entre paranoïa et schizophrénie ?
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Les partisans turcs ou franco-turcs du dialogue arméno-turque surfent sur la vague émotionnelle consécutive à l’assassinat de Hrant Dink : ils n’hésitent pas à utiliser le journaliste arménien en étendard d’une réconciliation a minima, sans conditions.

Le Collectif VAN vous propose un compte-rendu de la seconde partie des « 6 heures pour Hrant Dink », qui complète donc le compte-rendu déjà en ligne (Génocide arménien : « les intellectuels turcs déforment les faits ») concernant la manifestation du 26 janvier 2008 qui s’est tenue à la mairie du Xème à l'initiative des associations ACORT, Hos & Simdi, Elele, AAA et CRDA.





Intervention de Baskin Oran :


Baskin Oran commence par raconter comment il a fait la connaissance de Hrant Dink qui lui avait téléphoné pour le remercier d'avoir écrit un article où pour la première fois, un Turc se mettait à la place d'un Arménien de Turquie. C'était alors unique, car selon Baskin Oran, l'éducation turque ne facilite pas la connaissance des « minorités », citant à propos de celle-ci la maxime d'un philosophe turc du XIXème siècle : « Il n'y a que l'éducation pour fabriquer des ignorants pareils ».

Selon lui, la société turque vit dans ce qu'il appelle « la paranoïa de Sèvres » et a caché dans un placard toutes les questions gênantes : la « question » arménienne, la « question » kurde, la place de l'Islam dans la société, etc. Le placard aujourd'hui est pourri et il est temps d'exhumer ces questions et de cesser d'avoir peur d'en parler.

Baskin Oran comprend les souffrances des Arméniens qui subissent la pression d'un « Etat négationniste », mais les Arméniens doivent comprendre également la souffrance turque. La diaspora, qu'il qualifie d'ultra-nationaliste, doit cesser d'utiliser le mot génocide « de manière irraisonnée », car pour les Turcs, cela signifie qu'on les traite de nazis. Ainsi, aucun dialogue n'est possible entre les Turcs qui se bloquent dès qu'on parle de génocide et les Arméniens qui se bloquent dès que le mot n'est pas prononcé. Il faut donc sortir de ce schéma et cesser de s'enfermer dans les « traumatismes choisis » que sont la paranoïa de Sèvres pour les Turcs et la volonté de faire reconnaître le génocide pour les Arméniens.

Au cours de la pause, le public est ensuite invité à poser des questions par écrit, qui sont ramassées et lues lors de la reprise de la session.

Baskin Oran répond à une question sur l'article 301. Selon lui, cet article n'est pas le seul qu’il faudrait incriminer. Ainsi, l'article 216 qui punit de 3 ans de prison, l’incitation visant à élever une partie du peuple appartenant à des classes sociales, races, religions, sectes ou régions contre une autre partie du peuple, et ce d’une manière dangereuse pour la sécurité publique (cette peine est augmentée d'une demi-année lorsque l’infraction est commise par des médias).

Cet article 216 a été à l'origine rédigé pour protéger les minorités mais il est systématiquement interprétré par les magistrats de manière à sanctionner ceux qui réclament plus de droits culturels.

Fethiye Cetin répond à une question sur l'arrestation récente d'un groupe d'ultra-nationalistes en Turquie (Nota CVAN : Ergenekon). Elle doute que cette opération ne soit autre chose qu'une tentative de diversion.

Interrogée sur le procès des assassins de Hrant Dink, elle raconte comment les déclarations des témoins, dictées par le juge pour être consignées, étaient différentes des paroles prononcées. D'où la grande victoire qu'a été la fin du huis-clos afin que les journalistes rapportent ce qui a été réellement prononcé au cours des audiences.

A la suite d'une autre question, Baskin Oran reconnaît que la diaspora arménienne a joué un rôle dans le progrès turc vers la démocratie, tout en insistant sur le fait qu'il refuse totalement la pression extérieure de l'étranger.

Une femme se demande si tout le monde trouve normal qu'une Turque candidate aux municipales à Lyon (Nota CVAN : à Villeurbanne) ait été obligée de reconnaître le génocide arménien par la tête de liste. La salle lui répond : « Non, c'est une honte! ». Baskin Oran répond quant à lui que cet épisode illustre la turquification de la France, c'est-à-dire que la France devient aussi peu démocratique que la Turquie. Aucun des organisateurs n'exprimera son désaccord.

Un homme demande à Baskin Oran si lui, qui est éduqué, ne ferait pas plus progresser son pays en épaulant les Arméniens pour faire reconnaître le génocide. Baskin Oran répond de manière sèche et sans appel que cette question ne traduit pas une volonté d'apprendre, mais vise à lui faire dire des choses qu'il ne veut pas dire. Aussi refuse-t-il de répondre à cette question qu'il juge grossière après le discours qu’il a tenu. Il ajoute que ces questions montrent que la diaspora arménienne « allaite de son sein » l'ultra-nationalisme turc.

Propositions :

Les différentes associations organisatrices de cette manifestation ont préparé diverses propositions visant à rapprocher les deux communautés. Le public est également invité à émettre des propositions (par écrit). Ces propositions avaient pour objectif de rapprocher les deux communautés en France, mais certaines concernaient plutôt les deux communautés en Turquie.

– mise en place de groupes de rencontres suivant la région de Turquie dont on est originaire

– mise en place d'une cellule juridique commune pour faire fermer les sites internet arménophobes

– rédaction de manuels d'histoire communs

– organisation d'une leçon d'histoire par un instituteur turc où le public serait arménien et la réciproque, manuel d'histoire où chacun écrit son histoire


– commémoration commune du génocide arménien en France (à la manière de ce qui s'est passé en Turquie où une dizaine d'étudiants ont été en cachette déposer des fleurs dans un cimetière arménien).

A noter qu'au cours des propositions, deux des intervenants (des associations arméniennes) ont tenu à préciser qu'on ne pouvait, comme l'a fait Baskin Oran, dire que les souffrances étaient symétriques.

A noter également qu'un seul intervenant originaire de Turquie a affirmé clairement et sans ambiguïté que les événements de 1915 constituaient un génocide.

Conclusion du Collectif VAN :

Au-delà du discours consensuel, il faut bien constater que l'objectif principal des interventions était de jeter le discrédit sur la diaspora arménienne qui demande justice afin qu'elle cesse d'utiliser le mot génocide.

Mais ce grand écart entre discours lénifiant et objectif moins respectable (la négation pure et simple du génocide arménien) se révèle difficile et de curieuses contradictions apparaissent :
- les actions de la diaspora arménienne renforceraient l'ultra-nationalisme turc pourtant Baskin Oran admet que ces actions ont permis des progrès démocratiques en Turquie.

- la Turquie pratique un « négationnisme d'Etat », mais Baskin Oran qui utilise ce terme, oublie visiblement que le négationnisme est la phase ultime d'un génocide – qu’il réfute pourtant : selon lui (et d’autres), en 1915 se sont seulement produits des « événements » ayant causé de souffrances communes chez les victimes et les bourreaux.

Au final, Baskin Oran semble nager en pleine contradiction : tenant des propos forts et courageux d’une part et assénant des contre-vérités caricaturales d’autre part. Quelle est la part de la peur dans cette apparente schizophrénie ?

Le discours entendu lors des « Six heures pour Hrant » n'est pas sans rappeler celui d'une frange extrême en France, qui a envie de contester certains faits historiques, mais n’ose pas le faire pour des problèmes de respectabilité et de crédibilité (quand on prône le « vivre ensemble », il est mal venu de s’afficher sur la même ligne que les ultra-nationalistes), voir par peur de la sanction pénale.

Les partisans turcs ou franco-turcs du dialogue arméno-turque surfent sur la vague émotionnelle consécutive à l’assassinat de Hrant Dink : ils n’hésitent pas à utiliser le journaliste arménien en étendard d’une réconciliation a minima, sans conditions. Selon eux, Hrant Dink ne réclamait pas la reconnaissance du génocide arménien. Ce même Hrant Dink qui avait déclaré : « même s’ils avaient déporté les Arméniens dans des avions en or, ce serait quand même un génocide, car ils ont coupé définitivement un peuple de sa terre, de son histoire » (à écouter dans le documentaire « L'envol Eternel, Hrant Dink » de Hrant Hakobian. Disponible en DVD).

La réconciliation est possible. Elle est même déjà en cours avec de vrais démocrates turcs en Turquie et en Europe ou aux USA : ils partagent la volonté de la diaspora de faire reconnaître le génocide arménien par les autorités turques.

Comment ces Turcs acceptent-ils de demander pardon pour un crime qu'ils n'ont pas commis et de dialoguer avec une association comme la nôtre, que Baskin Oran qualifierait d'ultra-nationaliste car elle demande la reconnaissance d'un fait historique avéré ?
Et pourquoi une association telle que le Collectif VAN accepte-t-elle la main tendue de ceux qui ont sincèrement regretté le passé de la Turquie ? Ne serait-ce pas simplement parce qu’il y a une place pour un dialogue basé sur la sincérité ?

On ne choisit pas ses « traumatismes ». Mais on peut choisir d’en guérir. Les démocrates turcs se sentiront mieux quand ils arriveront à combattre le déni et le tabou du génocide arménien : voilà une bonne façon d’alléger les « souffrances » turques.

© Compte-rendu : Collectif VAN - 05 février 2008 - 08:45 - www.collectifvan.org




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