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Génocide arménien : la Turquie lâchée par ses historiens
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Pour avoir, en tant qu'historien et enseignant-chercheur, exprimé des positions claires sur le génocide des Arméniens dans le cadre d'un compte rendu de lecture très rigoureux, dans le plus pur style académique, le Professeur Donald Quataert a été forcé de démissionner de son poste de président de l'Institut d'Etudes turques de l'Université de Georgetown à Washington, institut subventionné par la Turquie. Le Collectif VAN vous propose la traduction de ce compte rendu de lecture en anglais.


Cet incident appelle plusieurs remarques :

- quand un établissement de recherche ou d'enseignement reçoit de l'argent d'une puissance étrangère ou d'un organisme privé, cela constitue un risque pour la liberté de recherche de ses scientifiques.

Cet incident, révélé par une lettre de soutien des collègues du Pr Quataert, en est une parfaite illustration (Lire : Négationnisme : La Turquie force Donald Quataert à démissionner de l'Institut des Études Turques). Les inquiétudes sur ce qu'il adviendra au sein d'une Chaire d'études turques à l'Institut des Sciences Politiques de Paris, financée par un banque turque via la BNP, sont donc loin d'être infondées.

- on peut ainsi prédire de quelle liberté de recherche et de publication jouiraient des historiens turcs au sein d'une "commission mixte" sauce Erdogan ou Gül.

- en 1985, alors jeune universitaire, Donald Quataert signait avec MacCarthy et Shaw, négationnistes notoires, une lettre demandant au Congrès américain de ne pas passer de résolution reconnaissant le génocide des Arméniens (voir doc Word à télécharger). La première partie enfilait comme des perles les arguments négationnistes habituels (c'était la guerre, la famine, il y a eu des morts musulmans comme il y a eu des morts chrétiens etc.) et assurait qu'il n'y avait pas eu génocide. La fin de la lettre, sans craindre la contradiction, déclarait que les connaissances étaient balbutiantes, que certaines archives commençaient à peine à s'ouvrir, et qu'il fallait encore poursuivre les recherches dans la sérénité pour déterminer ce qui s'était passé en 1915. Bref, on savait que ce n'était pas un génocide, mais il fallait encore travailler pour savoir si cela en était un ou non...
Le Pr Quataert s'est indubitablement tenu à la deuxième affirmation, puisqu'après avoir travaillé et étudié longuement sur la question, et en sachant probablement que les ennuis l'attendaient au tournant, il a conclu qu'il s'agissait bien d'un génocide au sens de la convention de 1948. On comprend que la Turquie se sente lâchée... et puisse craindre que d'autres chercheurs suivent la même voie.

Il faut rendre hommage au courage et à l'honnêteté intellectuelle du Pr Quataert. Et se demander, toutefois, combien de temps il va falloir encore attendre, pour arriver à une conclusion définitive, si chaque génération d'universitaires doit disposer de dix ou vingt ans pour se faire sa propre opinion, de A à Z...


On pourra lire ci-dessous la traduction de quelques extraits de la critique très érudite et pointilleuse que Donald Quataert a faite du livre de Donald Bloxham, paru en 2005. Ces extraits n'ont pas été choisis pour leur pertinence par rapport au livre de Bloxham, mais parce qu'ils expriment, à l'occasion de cette critique, les opinions de Donald Quataert lui-même.


Donald Quataert

The Massacres of Ottoman Armenians and the
Writing of Ottoman History


Donald Bloxham, The Great Game of Genocide: Imperialism, Nationalism, and the Destruction of the Ottoman Armenians (New York, Oxford University Press, 2005) 344 pp. $39.95 (original en anglais à télécharger en pdf).

Du point de vue de l'auteur de la présente critique - tel qu'exprimé dans The Ottoman
Empire (Cambridge, 2000) - en 1915 les personnels ottomans civils et militaires ont commis des meurtres de masse sur les sujets arméniens, personnes qu'ils avaient juré et qu'ils étaient tenus de protéger et de défendre.
(...)

Néanmoins, j'utilise ce terme [génocide] dans le contexte de cette critique. Bien que cela puisse mettre en colère certains de mes collègues spécialistes des études ottomanes, ne pas le faire dans le cours du présent essai risquerait de passer pour la négation des atrocités massives et systématiques que l'Etat ottoman et une partie de sa population militaire et civile ont commises contre les Arméniens. En effet, comme je l'affirme dans ma seconde édition, des preuves de plus en plus abondantes indiquent que les tueries avaient été l'objet d'une planification centralisée de la part de hauts responsables du gouvernement ottoman et avaient été exécutées de manière systématique par leurs sous-fifres.1
(...)


Toutefois, ce qui est arrivé aux Arméniens correspond parfaitement à la définition du génocide selon l'ONU. De plus, Bloxham a raison de dire que "Le génocide de 1915-16 a été la destruction unilatérale d'une communauté en grande partie sans défense, par les agents d'un Etat souverain." (p. 99)
(...)


De fait, Bloxham est très critique vis-à-vis de l'Amérique qui prend ses distances par rapport à la cause arménienne. Il intitule un chapitre de son livre "Les USA : de la non-intervention à la non-reconnaissance", et il reproche au Congrès son refus répété chaque année de commémorer le génocide arménien.
(....)

Les oeuvres récentes de Bloxham et de Fisk, entre autres, sont l'illustration d'un schéma universitaire qui existe de longue date en ce qui concerne 1915 et ses suites. Les ottomanistes (comme moi) ont depuis longtemps abandonné l'étude universitaire de ce sujet vital à des gens incapables ou non désireux d'utiliser les archives ottomanes ou d'autres sources en langue ottomane, et n'ont pas pris la légitime responsabilité qui leur incombe de mener à bien leur propre recherche. Etrangement, les spécialistes des études ottomanes se répartissent en deux camps, ou bien le silence, ou bien le déni, qui sont tous deux des formes de complicité. Ceux qui possèdent les outils linguistiques et paléographiques capables de révéler la vérité ne doivent pas laisser à d'autres le soin de débattre du problème et de le résoudre. Comment espérer que Bloxham et Fisk écrivent avec précision sur le rôle des Ottomans (et non des Turcs) dans la mort de tant d'Arméniens si les spécialistes d'études ottomanes ne procurent ni conseil, ni leadership, ni érudition?

Le livre de Bloxham est une contribution précieuse à une documentation de plus en plus fournie qui cherche, à travers des études critiques, à discuter des horreurs du passé et de ce qu'elles ont légué aux vivants. Espérons qu'il va encourager les ottomanistes à aborder les questions que Bloxham a soulevées ainsi que le dialogue qui a commencé à émerger entre des légataires - et leurs supporters - jusqu'à présent profondément divisés.


© Traduction Collectif VAN - 03 juin 2008 - 08:30 - www.collectifvan.org


5 Quataert, The Ottoman Empire, 1700-1922 (Cambridge, 2005 [2d ed]; orig. pub. 2000).
Compare 183-186 and 186-188.





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TÉLÉCHARGER :
 Donald Quataert - 1985
 Quataert Review




   
 
   
 
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