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USA/Turquie : Liberté pour l’Histoire
Publié le : 05-06-2008

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Avec l’affaire Quataert, le gouvernement turc a un nouveau scandale sur les bras : la Turquie est prise sur le fait, en train d’exporter sa règle du silence sur le génocide arménien au-delà de ses frontières. Le renvoi du professeur Quataert de la Direction de l’Institut des Études Turques (ITS) à Washington, D.C., révèle le manque de sincérité du gouvernement turc lorsqu’il propose que ce soient des historiens plutôt que des politiciens qui s’occupent de la question du génocide arménien. L’affaire est de taille : un historien acquis aux thèses négationnistes d’Ankara en 1985, reconnaît désormais formellement le génocide perpétré en 1915 contre le peuple arménien par l’Etat turc. Un revirement courageux qui cause son renvoi de l’Institut des Études Turques (ITS) … Le Collectif VAN vous propose la traduction de l’éditorial de Harut Sassounian publié dans The California Courier du 5 juin 2008.



L’ambassadeur turc renvoie un historien pour avoir dit la vérité sur le génocide


De Harut Sassounian
Édité par The California Courier
Éditorial de Sassounian du 5 juin 2008

En 1985, le professeur Donald Quataert, enseignant en histoire à l’Université de Houston, et 68 de ses collègues pro-turcs avaient signé une déclaration conjointe remettant en cause la véracité du génocide arménien, et demandant au Congrès américain de ne pas adopter une résolution commémorative concernant ce crime contre l’humanité. Cette déclaration négationniste, payée par l’Assemblée des Associations Turques Américaines, a été publiée sur une demi page dans les éditions du 19 mai 1985 du Washington Post et du New York Times.

Incidemment, le professeur Quataert ainsi que de nombreux autres historiens, avaient reçu un financement de l’Institut des Études Turques (ITS) et d’autres sources turques. L’ITS a été fondé en 1982 par le gouvernement turc, à Washington, D.C., et possède un budget de 3 millions de dollars.

Lorsque dans mon article du 24 octobre 1985, j’avais souligné le fait que de nombreux signataires de cette déclaration publicitaire turque avaient reçu un financement de l’ITS, Heath Lowry, qui était alors directeur exécutif de l’ITS, avait menacé d’intenter un procès pour diffamation contre moi, à moins que je ne me rétracte et que je publie sa longue lettre de griefs. J’ai rejeté sa demande et mon avocat a menacé de poursuivre l’ITS, ce qui a incité Lowry a abandonné toute poursuite. L’on m’a dit que Lowry était impliqué directement dans la rédaction de la déclaration négationniste de 1985 ainsi que dans la collecte des signatures des 69 historiens. Douze de ces 69 historiens font partie du conseil de l’ITS, y compris Lowry et Justin McCarthy, un autre négationniste notoire.

La semaine dernière, une révélation inattendue a été faite concernant le professeur Quataert qui a été directeur du conseil d’administration de l’ITS de 2001 à la fin 2006. La professeure Mervat Hatem, Présidente de l’Association des Études sur le Moyen Orient (MESA), a envoyé une lettre au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, lui exprimant son outrage quant au renvoi du Dr. Quataert de la direction de l’ITS.

La lettre du MESA révèle que le professeur Quataert a été obligé de démissionné "après qu’il a refusé d’accéder à la requête du Président honoraire de l’ITS, l’Ambassadeur [de Turquie] [à Washington] Nebi Sensoy, de publier une déclaration pour se rétracter au sujet d’une critique de livre d’histoire qu’il avait écrite" concernant le génocide arménien. La lettre indique également que "de hauts officiels, non cités, à Ankara "avaient" menacé d’annuler le budget de l’ITS s’il [Quataert] ne se rétractait pas publiquement sur les déclarations faites dans son article ou s’il ne quittait pas la direction de l’ITS."

La professeure Hatem a exprimé sa grande inquiétude car "la réputation et l’intégrité de l’ITS, institution non politique qui subventionne des projets de recherches se conformant à de stricts critères universitaires, sont entachées lorsqu’il y a ingérence du gouvernement et mépris flagrant du principe de la liberté de la recherche." Elle a rappelé au Premier ministre Erdogan que le renvoi du "Dr. Quataert s’oppose fortement au récent appel de votre gouvernement demandant de laisser le débat sur les événements de 1915 à des études et aux jugements de chercheurs indépendants." La professeure Hatem conclut sa lettre en demandant aux autorités turques de réinstaller le professeur Quataert dans sa fonction de directeur et que le financement de l’ITS fasse l’objet "d’une confiance irrévocable à l’abri de toute interférence politique et de toute transgression de la liberté de recherche." Des copies de la lettre du MESA ont été adressées à l’ambassadeur Sensoy, à la direction de l’ITS ainsi qu’au Président de l’Université de Georgetown, où se trouve l’Institut turc.

Les problèmes du professeur Quataert ont débuté à l’automne 2006, lorsque le Journal d’Histoire Interdisciplinaire a publié sa critique du livre de Donald Bloxham : "The Great Game of Genocide: Imperialism, Nationalism, and the Destruction of the Ottoman Armenians*."
Dans cet article, Quataert critiquait franchement le travail des historiens turcs sur le génocide arménien, en déclarant "qu’ils n’écrivaient pas une histoire critique, mais des polémiques… Nombre de leurs travaux de recherches ont été directement financés et publiés par le gouvernement turc…"

Le Dr. Quataert a fait remarquer que "le mur de silence" des chercheurs turcs sur le génocide arménien "se désagrégeait." En dépit de son objection antérieure au mot génocide, il a expliqué pourquoi il avait décidé d’utiliser ce terme pour la première fois dans la critique du livre. Tout en reconnaissant que sa référence au génocide Arménien "pourrait provoquer la colère de certains de mes collègues en histoire ottomane", ne pas le faire "faisait courir le risque de suggérer la négation des atrocités massives et systématiques que le gouvernement ottoman, une partie de son armée et de la population avaient commises à l’encontre des Arméniens."

Le Prof. Quataert a en outre déclaré :
"De fait,… de plus en plus de preuves indiquent que les massacres ont été planifiés par le pouvoir central, par les officiels du gouvernement ottoman et pratiqués systématiquement par leurs subordonnés." Il conclut sa critique du livre en admettant que "Ce qu’il est arrivé aux Arméniens correspond tout à fait à la définition de génocide donnée par les Nations Unies."

La professeure Fatma Muge Gocek, Membre associé de l’ITS, a déclaré au Armenian Reporter la semaine dernière, qu’après le renvoi du professeur Quataert, deux membres du Conseil de l’ITS avaient démissionné, et que deux autres, en plus d’elle-même, envisageaient de le faire. Une source sûre a fait savoir à votre auteur que les deux membres du Conseil de l’ITS qui ont démissionné sont : le professeur Resat Kasaba, Chaire du Programme d’Études Internationales à l’Université Washington-Seattle et Marcie Patton, professeure associée de Sciences Politiques à l’Université Fairfield.

Dr. Gocek, professeure associée de Sociologie à l’Université de Michigan-Ann Arbor, a envoyé une lettre à l’ITS la semaine dernière, pour lui faire part de sa surprise de voir qu’elle était encore au Conseil. Elle a dit que personne de l’ITS ne l’avait contactée en plus de cinq ans. Elle a décrit le renvoi de Quataert comme une "une violation de sa liberté universitaire" et le financement par le gouvernement turc de l’ITS "attaché par des cordes" comme n’étant pas "éthique."

La transformation du professeur Quataert, de négationniste en partisan du génocide Arménien, est basée sur le nombre croissant de recherches ces dernières années, tant en Turquie qu’à l’extérieur de celle-ci. Une comparaison entre les deux éditions de son livre en 2000 et en 2005, "The Ottoman Empire, 1700-1922" illustre l’évolution graduelle de sa position sur le génocide arménien. Contrastant fortement avec le langage précautionneux qu’il utilisait dans la première édition, Quataert dans l’édition de 2005 de son livre, souligne la nature organisée des massacres : "Les structures des massacres étaient effrayantes de similarité dans les diverses régions, ce qui suggère fortement la présence d’un programme de coordination." Il déclare de plus : "Selon les indications présentées, il semble plausible de penser que des officiels de haut rang de l’Empire ottoman, en utilisant l’Organisation Spéciale, ont dirigé un programme concerté, orchestré par le pouvoir central visant à assassiner un nombre important d’Arméniens." Pour finir, le Dr. Quataert en arrive à la conclusion dans sa critique du livre de 2006 que ce qu’il est arrivé aux Arméniens en 1915 était bien un génocide.

Le gouvernement turc a maintenant un nouveau scandale sur les bras, grâce au comportement inconscient de son ambassadeur à Washington, qui a clairement violé la liberté de recherche d’un important historien américain. Les agissements de l’ambassadeur devraient embarrasser le gouvernement turc non seulement vis-à-vis de l’opinion publique à grande échelle, mais également de la communauté universitaire dans le monde. Ce scandale pourrait également être la cause d’une intervention du Internal Revenue Service** en vue d’examiner s’il y a violation de la loi américaine par l’ITS, étant donné le contrôle abusif par un gouvernement étranger d’une organisation américaine à but non lucratif. Les officiels de l’Université de Georgetown devraient reconsidérer leur partenariat avec l’ITS, étant donné cette dernière violation flagrante de la liberté universitaire.

De nouveau, le gouvernement turc est pris sur le fait en train d’exporter sa règle du silence sur le génocide arménien au-delà de ses frontières, à Washington, D.C. D’ailleurs, comme le souligne la Présidente du MESA dans sa lettre, le renvoi du professeur Quataert révèle le manque de sincérité du gouvernement turc lorsqu’il propose que ce soient des historiens plutôt que des politiciens qui s’occupent de la question du génocide arménien.

*Le grand jeu du génocide : impérialisme, nationalisme et la destruction des Arméniens ottomans."
**L’équivalent du Fisc en France

©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN - 05 juin 2008 - 08:52 - www.collectifvan.org

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Négationnisme : La Turquie force Donald Quataert à démissionner de l’Institut des Études Turques





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