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USA/Turquie : l'état du négationnisme (II)
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Southern Poverty Law Center fondé en 1971 aux USA, est une petite association de protection des droits civiques. Le SPLC est connu internationalement pour ses programmes éducatifs sur la tolérance, et ses victoires juridiques contre les groupes haineux et les activités extrémistes partout aux Etats-Unis. Le Centre, qui agit en fait comme un Observatoire dédié au racisme, à l'incitation à la haine et au négationnisme, suit à la trace plus de 800 groupes racistes à travers les USA et publie un rapport trimestriel « Intelligence Report » destiné aux pouvoirs publics, aux médias et au grand public. Son numéro de l'été 2008 présente une longue étude de David Holthouse sur le négationnisme d'Etat de la Turquie qui « dépense des millions pour dissimuler le génocide arménien » . Le Collectif VAN vous en livre la traduction en trois parties. Voici aujourd'hui, la deuxième partie de ce rapport inquiétant et très intéressant.





Légende photo: Robert Jay Lifton


L'état du négationnisme (II)

La Turquie dépense des millions pour dissimuler le génocide arménien


Par David Holthouse
Intelligence Report
Eté 2008

Infiltrer les milieux universitaires

Les tentatives de tuer le souvenir du génocide arménien ont commencé alors que les vautours étaient encore occupés à arracher des lambeaux de chair sur les cadavres des charniers au milieu du désert, avec la publication par la Turquie d'une première déclaration officielle assurant au monde entier qu'aucune atrocité n'avait été commise. La stratégie turque de base pour nier le génocide arménien est depuis lors passée du déni total à la contestation du nombre de victimes, à l'attribution des massacres à des bandits kurdes et à quelques responsables incontrôlés, puis à l'affirmation que les Arméniens qui sont morts étaient des combattants ennemis dans le cadre d'une guerre civile.

La Turquie a commencé à intervenir aux Etats-Unis dans l'optique de nier le génocide dans les années 30, lorsque les dirigeants turcs ont convaincu le Département d'Etat américain d'empêcher les studios de la MGM de faire un film basé sur le livre Les quarante jours du Musa Dagh parce qu'il décrivait des aspects du génocide arménien.
En 1982, le gouvernement turc a donné 3 millions de dollars pour créer l'Institut d'Etudes Turques, une organisation à but non lucratif basée à l'Université de Georgetown qui encourage les programmes pro-Turquie, lesquels incluent la négation du génocide arménien. Trois ans plus tard, en 1985, la Turquie a acheté une pleine page de publicité dans le New York Times, le Washington Post et le Washington Times pour publier une lettre remettant en question le génocide arménien, qui avait été signée par 69 universitaires américains. La totalité de ces 69 universitaires avait cette année-là reçu des financements de l'Institut d'Etudes Turques ou d'autres substituts de la Turquie comme la Chambre de Commerce d'Ankara, une agence quasi-gouvernementale de la capitale turque.

L'Institut d'Etudes Turques a depuis reçu des dons importants de la part des entreprises américaines d'armement qui vendent des armes à la Turquie, notamment General Dynamics et Westinghouse. La Turquie continue à fournir une subvention annuelle pour financer l'Institut. En 2006, l'année la plus récente pour laquelle les registres d'imposition étaient disponibles, l'Institut a accordé 85 000 dollars en bourses pour les universitaires. Son président est l'actuel ambassadeur turc aux Etats-Unis, Nabi Sensoy.
La première preuve décisive de l'extension de l'implication de l'industrie de la négation du génocide arménien dans les cercles universitaires est arrivée en 1990 dans une enveloppe adressée à Robert Jay Lifton, professeur de psychologie et psychiatrie à la City University of New York's Graduate Center et à l'Université John Jay. Elle contenait une lettre signée par Nuzhet Kandemir, (l'ambassadeur turc de l'époque aux Etats-Unis) qui protestait contre le fait que dans Les médecins nazis : le meurtre médical et la psychologie du génocide, récompensé par le Los Angeles Times Book Prize, Lifton faisait plusieurs fois mention du génocide arménien.

« Il est particulièrement dérangeant de voir un des grands spécialistes de l'Holocauste, une tragédie dont l'énormité et la barbarie ne doivent jamais être oubliées, se montrer si imprudent dans ses références à un domaine qui n'est pas le sien », a écrit Kandemir. « Comparer une guerre civile tragique perpétrée par des nationalistes arméniens fourvoyés et la souffrance humaine qu'elle a infligée aux populations musulmanes aussi bien que chrétiennes, avec les horreurs d'une tentative préméditée d'éradiquer un peuple systématiquement, est, pour quiconque est familier avec l'histoire en question, tout simplement ridicule. »

Il n'y avait rien qui sortait de l'ordinaire dans cette lettre de Kandemir. Les universitaires qui écrivent sur le génocide arménien étaient alors, et sont toujours, régulièrement fustigés par les autorités turques.

Ce que Lifton trouva curieux, toutefois, était la deuxième lettre contenue dans l'enveloppe, que l'ambassadeur turc y avait sans doute mise par mégarde. Il s'agissait d'une note adressée à Kandemir par l'historien spécialiste du Proche-Orient Heath Lowry, dans laquelle celui-ci fournissait à Kandemir une anti-sèche développant point par point des arguments pour attaquer le livre de Lifton, que Lowry nommait familièrement « notre problème ».

Lowry était alors le directeur fondateur de l'Institut d'Etudes Turques. Il démissionna de ce poste en 1996 lorsqu'il fut sélectionné parmi une vingtaine de candidats pour occuper la Chaire Atatürk d'Etudes Turques de l'Université de Princeton, un nouveau poste au sein du département des Etudes Proches-Orientales dont la création s'accompagnait d'une subvention de 750 000 dollars de la part du gouvernement turc.

Avant de rejoindre la faculté de Princeton, Lowry n'avait jamais occupé de poste d'enseignant à plein temps et n'avait pas publié un seul ouvrage de recherche dans une grande maison d'édition. Comme conséquence de ceci et de ce que le Boston Globe décrivait en 1995 comme son travail de « lobbyiste de toujours pour le gouvernement turc », sa nomination mit le feu aux poudres de la controverse. Un groupe de protestation appelé Princeton Alumni for Credibility (Anciens Etudiants de Princeton pour la Crédibilité) publia une pétition dénonçant la nomination de Lowry, signée par plus de 80 universitaires et écrivains de premier plan, dont Kurt Vonnegut, Arthur Miller, Cornel West, Joyce Carol Oates et de nombreux historiens et experts en études sur le génocide.

Peter Balakian, directeur du Centre pour les Etudes d'Ethique et des Sociétés du Monde à l'Université de Colgate et auteur de Le tigre en flammes : Le génocide arménien et la réponse de l'Amérique, a appelé Lowry « un propagandiste d'un gouvernement étranger ».

Pendant un colloque en 2005 à Princeton, qui commémorait le 90ème anniversaire du génocide arménien, Balakian posa une question rhétorique : « Est-ce qu'une université voudrait compter parmi ses enseignants quelqu'un qui a travaillé avec un groupe néo-nazi pour étouffer toute mention de l'Holocauste ? »

La relation de la Turquie avec les universitaires américains soutenant le négationnisme du génocide arménien est similaire à celle qui existe entre l'industrie pétrolière et ces climatologues marginaux qui contestent la réalité du réchauffement de la planète. La relation de cause à effet est obscure. Il est impossible de savoir avec certitude s'ils affirment des choses pour avoir l'argent ou s'ils reçoivent l'argent pour avoir affirmé ces choses. Et nombre de ceux qui reçoivent de l'argent de l'Institut d'Etudes Turques font peu ou rien pour soutenir la version du gouvernement sur ce qui est arrivé à sa minorité arménienne.

Mais un certain nombre d'entre eux semblent certainement le faire, comme Justin A. McCarthy, professeur d'histoire à l'Université de Louisville. McCarthy prétend que le nombre des victimes attribué à ce qu'il appelle « ce plan turc imaginaire » est grossièrement exagéré et a résulté d'actions d'autodéfense légitimes en temps de guerre et déclenchées par des traîtres arméniens conspirant avec les ennemis de la Turquie.

McCarthy remarque aussi que les Arméniens ont massacré des Turcs lors d'au moins une occasion avant le « prétendu génocide arménien ». En d'autres termes, ils l'ont bien cherché. « La question de savoir qui a commencé les conflits est importante, importante à la fois historiquement et moralement » a déclaré McCarthy dans un discours de 2005 devant la Grande Assemblée Nationale Turque. « En plus de 100 ans de guerre, Turcs et Arméniens se sont entre-tués. La question de savoir qui a commencé les tueries doit être comprise car il est rarement légitime d'être l'agresseur, mais il est toujours légitime de se défendre. »

Il a continué : « Si ceux qui se défendent vont au-delà de la défense et d'une revanche proportionnelle, comme cela arrive toujours dans une guerre, ils doivent être identifiés et critiqués. Mais ceux qui doivent être les plus blâmés sont ceux qui ont commencé les guerres, ceux qui ont commis les premières mauvaises actions, ceux qui ont causé le bain de sang. Ceux qui ont commencé le conflit étaient les nationalistes arméniens, les révolutionnaires arméniens. La culpabilité est sur leurs têtes. »

Traduction Collectif VAN - 17 juin 2008 - 11:00 - www.collectifvan.org

Lire la première partie:

USA/Turquie : l'état du négationnisme (I)





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Source/Lien : SPL Center.org



   
 
   
 
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