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USA/Turquie : l’état du négationnisme (III)
Publié le : 18-06-2008

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Southern Poverty Law Center fondé en 1971 aux USA, est une petite association de protection des droits civiques. Le SPLC est connu internationalement pour ses programmes éducatifs sur la tolérance, et ses victoires juridiques contre les groupes haineux et les activités extrémistes partout aux Etats-Unis. Le Centre, qui agit en fait comme un Observatoire dédié au racisme, à l’incitation à la haine et au négationnisme, suit à la trace plus de 800 groupes racistes à travers les USA et publie un rapport trimestriel « Intelligence Report » destiné aux pouvoirs publics, aux médias et au grand public. Son numéro de l’été 2008 présente une longue étude de David Holthouse sur le négationnisme d’Etat de la Turquie qui « dépense des millions pour dissimuler le génocide arménien » . Le Collectif VAN vous en livre la traduction en trois parties. Voici aujourd’hui, la troisième partie de ce rapport inquiétant et très intéressant.


Légende photo: Bob Livingston


L'état du négationnisme (III)


La Turquie dépense des millions pour dissimuler le génocide arménien


Par David Holthouse
Intelligence Report
Eté 2008

Imposer la thèse turque

En France et en Suisse, nier le génocide arménien est un délit ( Nota CVAN : en France, si la loi de pénalisation de la négation du génocie arménien a bien été votée à l’Assemblée Nationale le 12 octobre 2006, elle n’a pas été ratifiée par le Sénat et n’a donc pas force de loi). En Turquie, c'est un délit de l'affirmer.

Promulgué en 2005, l'article 301 du Code pénal Turc rend illégal pour tout citoyen ou résident de Turquie d’ajouter foi au génocide arménien. Au nom de cette loi, de nombreux journalistes et intellectuels ont été poursuivis pour avoir « dénigré la turcité », à commencer par le prix Nobel Orhan Pamuk accusé d'avoir dit que « Un million d'Arméniens ont été tués sur ces territoires ». Le rédacteur en chef turco-arménien Hrant Dink a été poursuivi trois fois pour avoir critiqué l'éternelle politique de déni du génocide arménien de la part du gouvernement turc.

Là où la loi a échoué à faire taire Hrant Dink, ce sont des balles qui y ont réussi. Un ultra-nationaliste turc l’a tué devant son bureau du centre d'Istanbul en janvier dernier. Un enregistrement et des photos de l'assassin faisant la fête devant un drapeau turc avec des policiers souriants ont ensuite fait leur apparition.

L'ami et l'allié idéologique de Dink, Taner Akçam, éminent historien et sociologue turc du Centre des Etudes sur l'Holocauste et les Génocides de l'Université du Minnesota, a assisté aux funérailles de Dink en Turquie malgré le risque considérable que cela représentait pour sa propre vie. Les ultra-nationalistes turcs ont mis Akçam, qui fait autorité sur le génocide arménien dans le monde entier, sur la liste des personnes à tuer, suite à la publication de son livre Un acte honteux : le génocide arménien et la question de la responsabilité turque en novembre 2006. Ce livre est une somme historique qui fait référence. Il s’appuie en grande partie sur des documents officiels des archives gouvernementales turques.

« Il est préférable pour la paix mondiale et pour la vérité que la planète soit nettoyée des infections dans ton genre », disait l’un des dizaines de messages de menaces qu’Akçam continue à recevoir au Minnesota. « Prie pour que le diable vienne vite te chercher, parce que sinon tu vas vivre l’enfer sur terre…. Qui je suis ? Tu vas le découvrir, Taner, tu vas le découvrir. »

Les ultra-nationalistes turcs ont, de fait, désigné comme cibles de nombreuses autres personnes qui comme Akçam, affirment la réalité du génocide. Plusieurs de leurs sites affichent adresses personnelles, numéros de téléphone et photos de ces universitaires.

Les négationnistes du génocide perturbent souvent les conférences d'Akçam. En novembre 2006, un groupe d’ultra-nationalistes turcs l'a agressé lors d'une séance de dédicaces de son livre à la City University de New York.

« La négation du génocide arménien s'est développée depuis des décennies pour devenir une machine complexe et d'une portée considérable, qui rivalise avec le ministère de la propagande de l'Allemagne nazie », dit Akçam. « Cette machine marche grâce à la malhonnêteté intellectuelle de certains universitaires, des informations fabriquées, des pressions politiques, des intimidations et des menaces, le tout financé ou soutenu, directement ou indirectement, par l'Etat turc. C’est devenu une énorme industrie ».

Convaincre le Congrès

L'université est l’un des deux principaux fronts américains dans la campagne que mène la Turquie pour tuer la mémoire du génocide arménien. L'autre est le Congrès.

En tant que seule nation à majorité musulmane dans une région troublée, à appeler les Etats-Unis et Israël ses alliés, la Turquie exerce une influence politique significative qu'elle utilise pour empêcher les Etats-Unis de rejoindre les 22 autres nations qui ont officiellement reconnu le génocide arménien comme un fait historique.

En 1989, le Département d'Etat américain a publié des compte rendus de témoignages oculaires archivés, qui montrent, selon des responsables du Département d'Etat, que « des milliers et des milliers d'Arméniens, pour la plupart des femmes et des enfants innocents et sans défense, ont été massacrés ». La même année, un projet de loi commémorant la génocide était introduit au Sénat américain. Mais la Turquie a répondu en empêchant les navires de la marine américaine d'entrer dans les eaux territoriales turques stratégiquement importantes et en proclamant une interdiction de toutes les opérations d'entraînement militaire sur le territoire turc. Le projet de loi s'est rapidement évanoui.

En septembre dernier, le sujet a refait surface. La Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des Représentants a approuvé une résolution non contraignante condamnant les meurtres de masse des Arméniens par les Turcs ottomans, évaluant le nombre de victimes à 1,5 million et appelant les tueries « génocide », et l’a envoyée au Congrès.

Cette fois, la Turquie a réagi en rappelant son ambassadeur aux Etats-Unis et en annonçant d'affreuses répercussions. « Au cas où les allégations arméniennes seraient acceptées, il y aura des problèmes dans les relations entre les deux pays », a mis en garde le Président Turc Abdullah Gül.
« Hier, certains membres du Congrès voulaient employer la manière forte », a dit Egmen Bagis, conseiller en politique extérieure du premier ministre Turc Recep Tayyip Erdogan. « Je peux vous l'assurer, la Turquie sait employer la manière forte. »

Le lendemain, le porte-parole du Département d'Etat Sean McCormack a présenté des excuses à la Turquie pour le compte des Etats-Unis en publiant une déclaration exprimant son « regret » pour les actions de la Commission qui, a-t-il averti, « peuvent porter gravement préjudice aux relations turco-américaines et aux intérêts américains en Europe et au Moyen-Orient ».

Le Ministre de la Défense Robert Gates a ajouté son opposition à la résolution et souligné que 70% du transport aérien de marchandises envoyées aux forces américaines en Irak et 30% du carburant consommé par ces forces est livré via la Turquie. Le président Bush, oubliant peut-être sa promesse de campagne de 2000 d'appuyer la reconnaissance officielle du génocide arménien s'il était élu président, s'est aussi prononcé contre la résolution.

Pendant que les officiels turcs proféraient des menaces, des lobbyistes payés par la Turquie distribuaient de l'argent à des membres du Congrès sous forme de donations à des commissions de campagne électorale et d'action politique. Le représentant de la Louisiane Bobby Jindal (un républicain qui est maintenant gouverneur) et celui du Mississippi Roger Wicker (maintenant sénateur républicain de cet Etat) ont tous les deux renoncé à leur parrainage de la résolution et commencé à parler contre elle, mais seulement après avoir reçu environ 20 000 dollars chacun des anciens membres du Congrès Bob Livingston, républicain, et Richard Gephardt, démocrate, qui travaillent désormais pour des entreprises de lobbying en contrat avec la Turquie pour s'opposer à toute reconnaissance du génocide arménien.

En 2000, alors qu'il était encore en poste, Gephardt avait déclaré qu'il était « engagé à obtenir la reconnaissance officielle du génocide arménien par le gouvernement américain ». En 2003, il co-parrainait une résolution plaçant « le génocide arménien » à côté de l'Holocauste et des meurtres de masse au Cambodge et au Rwanda, résolution non votée suite à une guerre de lobbying éclair menée par les Turcs.

Depuis qu'il a quitté son poste et accepté un contrat d'1,2 million de dollars par an pour faire du lobbying pour le compte de la Turquie, l'ancien leader de la majorité au Sénat a connu un changement d’opinion radical. « S'aliéner la Turquie par le passage de la résolution pourrait saper nos efforts en vue de soutenir la stabilité sur le théâtre des opérations au Moyen-Orient, voire aggraver encore plus la situation », a-t-il écrit dans un e-mail à l'International Herald Tribune. L'automne dernier, dans le cadre de ses actions pour aider à torpiller la résolution symbolique sur le génocide arménien, Gephardt a accompagné l'ambassadeur turc Nabi Sensoy à des réunions avec la Présidente du Sénat Nancy Pelosi et d'autres dirigeants démocrates.

Bob Livingston, dont la société a reçu plus de 12 millions de dollars du gouvernement turc depuis 1999, s’y est mis lui aussi. Dans le cadre de l’entreprise de lobbying de l'automne dernier, que le représentant Adam Schiff (démocrate de Californie), un des parrains de la résolution, a qualifié de « la plus intense que j'ai jamais vue », Livingston a escorté des dignitaires turcs dans tous les bureaux du Capitole.

Toujours dans le cadre de cette campagne, le gouvernement turc a fait paraître une pleine page de publicité dans les principaux journaux américains, appelant les membres du Congrès à « soutenir les efforts pour interroger l'histoire et non pas légiférer sur elle. » Dans ces publicités figurait une recommandation de la Secrétaire d'Etat Condoleeza Rice (« Les historiens doivent examiner ces circonstances historiques avec une approche très modérée et très détaillée. ») qui impliquait que les historiens n'ont pas encore sérieusement étudié le génocide arménien.

Plus de cent partisans déclarés de la résolution ont retiré leur soutien, et le projet de résolution HR 106 n'a jamais pu parvenir au stade du vote en séance plénière.

Le gouvernement de la Turquie a depuis continué à appeler à une « commission d'historiens » pour « étudier la réalité de ce qui s'est passé en 1915-1923 ». La commission proposée est présentée comme une noble quête de vérité et de réconciliation, comme un arbitrage d'une histoire contestée, attendu depuis longtemps, et comme une chance d'enfin donner un poids égal aux deux versions de l'histoire.

Mais comme le dit la sagesse populaire, un mensonge n'est pas l'autre version d'une histoire. C'est seulement un mensonge.

« Quant à la réalité historique du génocide arménien, il n'y pas de thèse ‘arménienne’ ou ‘turque’ sur la question, pas plus qu'il n'y a une thèse ‘juive’ ou ‘allemande’ sur la réalité historique de l'Holocauste », écrit Torben Jorgensen, du Centre Danois des Etudes sur l'Holocauste et les Génocides. « Il y a une thèse scientifique et une thèse non-scientifique – reconnaissance ou négationnisme ».

Traduction Collectif VAN - 18 juin 2008 - www.collectifvan.org


Lire la première et la deuxième parties:

USA/Turquie : l’état du négationnisme (I)

USA/Turquie : l’état du négationnisme (II)




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Source/Lien : SPL Center.org



   
 
   
 
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