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La Turquie bâillonne les historiens
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - En 2006, Donald Quataert, alors Président du Conseil de l'Institut des Études Turques basé à l'Université de Georgetown (Washington D.C), a été contraint, par l'Ambassadeur de Turquie aux Etats-Unis, de démissionner après avoir qualifié de génocide les massacres perpétrés contre les Arméniens en 1915 dans l'Empire ottoman. L'affaire, révélée récemment, remue les milieux universitaires américains. Voilà une bonne illustration de la manière dont Ankara voudrait pouvoir réécrire l'histoire honteuse de la Turquie, avec des commissions d'historiens certes, mais d'historiens aux ordres ou muets. Le Collectif VAN vous propose la traduction résumée de cet article paru le 1er juillet sur le site Inside Higher Ed, basé à Washington, D.C (USA) et qui bénéficie d'une grande audience auprès des professionels de l'éducation supérieure.

Nous en profitons pour remercier Christine Gardon qui met inlassablement ses capacités professionnelles de traductrice à la disposition du Collectif VAN et ce depuis plus de deux ans : jour après jour, sa rapidité et son engagement à nos côtés, nous permettent de rendre accessibles en français toutes ces informations essentielles à la compréhension de l'étendue du négationnisme turc.

La meilleure façon de la remercier est de vous inciter à vous procurer la réédition des trois romans de son grand-père Victor Gardon : la trilogie Le Vanetsi, une enfance arménienne (compilation de Le Vert chemin de la vie, Le Chevalier à l'émeraude, et L'Apocalypse écarlate) est publiée chez Stock et disponible en librairie depuis le 11 juin. 1027 pages à lire ou à relire sans plus tarder.



Est-ce que la Turquie bâillonne les historiens américains ?



Les historiens travaillant sur le génocide arménien accusent depuis longtemps la Turquie d'utiliser ses finances pour promouvoir l'idée qu'un génocide n'a pas eu lieu ou que c'est un fait incertain vues très peu crédibles parmi les historiens du génocide.

Un incident survenu en 2006, mais dont on a parlé seulement récemment, fait que certains spécialistes des historiens s'inquiètent de ce que la Turquie et ses partisans sont peut-être en train de s'ingérer dans la recherche américaine. Le Président du Conseil de l'Institut des Études Turques, qui est basé à l'Université de Georgetown, a démissionné fin 2006. Il dit que des responsables turcs lui ont donné le choix soit de démissionner soit de voir supprimer les fonds pour son Institut.

Au moins un groupe de chercheurs qui a enquêté sur ce sujet récemment, a fait un rapport qui soutient le président évincé et au moins un autre membre du Conseil a démissionné, tandis qu'un autre a appelé à discuter davantage de ces accusations. Le directeur exécutif de l'Institut, tout en disant catégoriquement que le président démissionnaire a tort, a confirmé que les officiels de l'Ambassade turque lui avaient demandé de faire en sorte que le chercheur parle avec l'ambassadeur turc aux USA, au sujet d'un article dans lequel il a utilisé le mot 'génocide' en référence à ce qui était arrivé aux Arméniens. C'est après cette discussion que le président Donald Quataert a démissionné.

Le fait que Quataert soit au centre de la controverse est significatif. Historien à l'Université d'État de New York, Binghamton, Quataert est un expert de l'Empire ottoman. Dans les années 1980, lorsque le consensus entre chercheurs sur le génocide arménien n'était pas aussi important qu'aujourd'hui, il avait signé une déclaration appelant à davantage de recherches pour savoir si un génocide avait eu lieu ou non.

Quataert dit aujourd'hui que jamais il n'aurait pensé que cette déclaration serait utilisée comme elle l'a été par les partisans des Turcs pour remettre en question les revendications de génocide, mais il remarque que le résultat consécutif à sa signature de la déclaration à l'époque, est qu'il a été vu d'un il favorable par le gouvernement turc et d'un il très sceptique par les Arméniens. Or c'est Quataert qui a utilisé le mot 'génocide' dans une revue et qui dit que l'Ambassadeur turc, Nabi Sensoy, lui a donné le choix soit de démissionner de sa chaire ou de voir son financement disparaître.

L'Institut des Études Turques, fondé grâce à un financement turc, soutient la recherche, des publications et des cours de langue dans de nombreuses facultés et universités américaines. La plupart des travaux ne portent pas à controverse.

(...)

L'institut est dirigé par un Conseil, composé principalement d'universitaires spécialistes de la Turquie, dont seul un petit nombre s'est concentré sur des sujets en rapport avec ce qui est arrivé aux Arméniens. Et même ceux qui mettent en question la façon dont la Turquie a répondu à la question du génocide, disent que la majorité des travaux financés par l'Institut est importante et suit les meilleurs standards.

Quataert a dirigé le Conseil de l'Institut depuis 2001 jusqu'à son départ controversé fin 2006.

La contestation a commencé lorsqu'il a écrit un article sur un livre dans Journal of Interdisciplinary History à l'automne 2006. L'article, qui incluaient louanges et critiques, portait sur le livre de Donald Bloxham : The Great Game of Genocide: Imperialism, Nationalism and the Destruction of the Ottoman Armenians (Oxford University Press). Quataert disait dans la revue que lorsqu'il avait commencé à étudier l'Histoire ottomane à la fin des années 60, il y avait un éléphant dans la salle des études ottomanes le massacre des Arméniens ottomans en 1915. Il écrit qu'une lourde aura d'autocensure est suspendue au-dessus de l'écriture de l'Histoire ottomane, excluant non seulement les travaux sur les Arméniens, mais aussi sur l'identité religieuse, les Kurdes et les questions de classes. Ce n'est que récemment, continue-t-il, que le mur du silence ottomaniste a commencé à s'effriter.

Quataert fait état des préoccupations concernant l'utilisation du mot génocide, à savoir que les discussions sur son utilisation ou sa non-utilisation peuvent 'dégénérer en [bataille de] sémantique et détourner les chercheurs de leur tâche réelle, celle de mieux comprendre la nature des événements de 1915. Mais en dépit de ces inquiétudes, il écrit qu'il est clair aujourd'hui que ce qui s'est passé correspond à la définition de génocide des Nations Unies et d'autres [organismes], et que ne pas le reconnaître en tant que tel est un tort.

Sur l'utilisation du terme, il écrit : Bien que cela puisse provoquer de la colère parmi certains de mes collègues des études ottomanes, ne pas le faire dans cet essai fait courir le risque de faire penser à un déni des atrocités massives et systématiques que l'Etat ottoman, certains de ses chefs militaires et une partie de sa population ont commises contre les Arméniens.

Ce genre d'analyse n'est pas exceptionnel chez des historiens écrivant sur cette période. La plupart des historiens du génocide ont dit qu'il est indéniable que ce qu'il s'est passé était un génocide. En 2005, par exemple, l'Association Internationale des Spécialistes des Génocides a publié une lettre qui disait en partie: Nous voulons souligner le fait que ce ne sont pas uniquement les Arméniens qui affirment qu'il y a eu un génocide arménien, mais qu'il s'agit de l'opinion d'une majorité écrasante des historiens qui étudient les génocides: des centaines de chercheurs indépendants, qui ne sont affiliés à aucun gouvernement et dont le travail couvre de nombreux pays et nationalités et des périodes de plusieurs décennies.

Si qualifier de génocide le génocide arménien ne porte pas à controverse parmi les chercheurs, cela est inhabituel pour un membre du Conseil de l'Institut des Études Turques. Son Conseil, à ce que l'on sait, n'a pas pris position sur ce point, et l'un de ses membres est Justin McCarthy, professeur à l'Université de Louisville, qui décrit les faits non comme étant un génocide, mais une période de guerre civile au cours de laquelle de nombreuses personnes sont mortes, et parmi elles plus de musulmans que d'Arméniens.

Dans une interview, Quataert a dit qu'après la publication de son article, David C. Cuthell lui a indiqué que les gens en Turquie était en colère car il avait utilisé le mot génocide et qu'il devrait téléphoner à l'ambassadeur turc. Il m'a dit que l'ambassade n'était pas contente et subissait une forte pression et que je devrais peut-être parler à l'ambassadeur.

Quataert a dit qu'il a alors appelé l'ambassadeur Sensoy et qu'il a eu une discussion très cordiale et polie, et que l'ambassadeur [m'] a fait comprendre clairement que si je ne quittais pas ma fonction de président du Conseil, le financement de l'Institut serait supprimé par le gouvernement turc et l'Institut serait détruit.

Quataert a réfléchi quelques jours et a décidé de démissionner. Il était clair à mes yeux qu'il y avait un réel danger de suppression du financement par des éléments puissants à Ankara et que toutes les bonnes choses que j'ai vues disparaîtraient, et qu'il n'y aurait plus l'argent dont les jeunes chercheurs ont besoin pour apprendre la langue et voyager ne serait (à enlever !), dit-il.Je continue de penser que l'Institut a fait un très bon travail pendant des décennies. Il n'était pas là pour la propagande turque. C'est pour cela que j'avais accepté le poste de Président du Conseil.

D'après son expérience, Quataert a dit que c'est une question très difficile de savoir si l'Institut à présent est crédible en tant que source de financement pour la recherche et l'éducation. En me forçant à démissionner, le gouvernement turc a démontré qu'il y a des limites que les gens ne doivent pas dépasser, a-t-il dit.

(...)

Scott Jaschik

©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN 3 juillet 2008 - 07:51 - http://www.collectifvan.org


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Source/Lien : Inside Higher Ed



   
 
   
 
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