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Séisme en Turquie ?
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Accélération de prises de position de la société civile turque à l'égard du génocide des Arméniens : pour la première fois dans l'histoire de la Turquie moderne, des intellectuels interpellent publiquement leur gouvernement sur des arguments difficiles et en même temps fondamentaux pour l'identité de cet Etat. C'est peut-être un véritable tremblement de terre qui va bientôt frapper la Turquie. Même le gouvernement turc ne semble pas en saisir pleinement le sens, que l'on peut résumer comme suit: la honte d'être les descendants directs d'un régime qui a commis le "crime des crimes" mais surtout la volonté du gouvernement turc actuel de le nier, risque de casser à jamais le principe fondamental sur le quel se base la solidité de la Turquie: sa fierté nationale.




Légende photo: Baskin Oran

Eppur si muove ...

Nous assistons depuis un mois à une véritable accélération de prises de position de la société civile turque à l'égard du génocide des Arméniens. Le contenu de ces propos doit être pris très au sérieux, car pour la première fois dans l'histoire de la Turquie moderne, des intellectuels interpellent publiquement leur gouvernement sur des arguments difficiles et en même temps fondamentaux pour l'identité de cet Etat, notamment:

1. l'intention du régime jeune-turc de 1915 de commettre un génocide à l'encontre des Arméniens;
2. l'exécution et donc la réalité de ce crime;
3. l'impunité des responsables;
4. la perpétuation de cette responsabilité dans le cadre de la Turquie moderne (plusieurs responsables du génocide ont été nommés par Mustafa Kemal à la tête de hautes charges de l'Etat);
5. la négation du génocide par l'Etat turc, avec une conséquence endogène dans la société civile turque;
6. une grande partie du patrimoine de la Turquie moderne se base sur ce crime, car il résulte de confiscations, en d'autres termes de vols, aux familles arméniennes massacrées ou déportées;
7. la convinction que le négationnisme porte atteinte à la dignité humaine des Arméniens, ceux-ci s'identifiant dans la mémoire de ce génocide.

Il faut toutefois se demander pourquoi cette éruption secoue la société civile turque maintenant.
Les raisons en sont multiples et pas nécessairement liées les unes aux autres. Par exemple, on ne peut pas lier la décision du Tribunal fédéral suisse condamnant définitivement un négationniste du génocide des Arméniens (avec toutes les conséquences que ce verdict a eu et aura sur le plan légal et politique, en Suisse et au delà) et l'élection à la présidence des Etats-Unis de Barak Obama, ouvertement convaincu de l'importance d'une reconnaissance formelle de ce génocide et dont le discours du prochain 24 avril 2009 est en train de devenir un vrai cauchemar pour les gouvernants, l'establishment militaire mais aussi beaucoup d'intellectuels et representants des médias turcs. En fait, ces derniers pensent - non à tort - que cette déclaration, plus que tout autre reconnaissance politique, pourrait contribuer à miner les fondements de la Turquie moderne. Le problème, bien réel, n'est pas du tout, comme beaucoup seraient portés à le croire, l'intégrité territoriale de la Turquie: il s'agit plutôt du risque de déséquilibre social, juridique et politique de ce pays, car la négation du génocide des Arméniens est devenue - aussi absurde cela puisse-t-il paraître - une vraie force de cohésion de la nation turque. Il est donc clair, que la Turquie officielle a tout l'intérêt de faire diluer cette pression, par exemple par une multiplication d'excuses publiques qui pourrait permettre de sauver la face au gouvernement, celui-ci pouvant se rallier à la dernière minute à des pressions exercées par son propre tissus social.

C'est dans ce sens que je lis le dernier article du professeur Baskin Oran (voir le lien plus bas).

Il faut rappeler que cet intellectuel d'Izmir et enseignant à la faculté de sciences politiques d'Ankara, a soussigné au début de cette semaine avec un peu plus de deux cents de ses collègues une pétition demandant pardon au peuple arménien pour les injustices subies en 1915 lors du "Grand Désastre" (en arménien "Medz Yeghern") et qui en quelques jours a requeilli plus de 10 000 signatures en Turquie.
Cet acte de demander pardon mérite tout mon respect, en tant qu'Arménien et descendant d'un survivant de ce génocide.

Je ne suis toutefois pas d'accord avec l'auteur quant à sa volonté de ne pas utiliser le mot génocide pour qualifier l'extermination des Arméniens en 1915: il sait très bien que Raphael Lemkin, le "père" de la Convention de l'ONU sur le génocide, s'est d'abord inspiré de l'expérience subie par les Arméniens sous l'Empire ottoman pour définir le terme de génocide; je ne partage pas non plus son approche apologétique (Les Arméniens aussi ont tué des musulmans) et inutilement paternaliste (les Arméniens ne réagissent plus de manière aussi impulsive). Faut-il vraiment lui rappeler que la reconnaissance du génocide des Arméniens par la France, la Suisse et par d'autres pays a quand-même joué un rôle important dans sa déclaration de pardon d'aujourd'hui? Cet article a toutefois le grand mérite de bien expliquer pourquoi il est important que la Turquie reconnaisse maintenant et sans réserve le génocide de 1915 et qu'elle s'excuse auprès des Arméniens.

Les gouvernements des pays amis de l'Etat turc, comme par exemple la Suisse, ont tout l'intérêt à l'accompagner activement sur cette voie, car c'est un véritable tremblement de terre qui va bientôt frapper la Turquie. Même le gouvernement turc ne semble pas en saisir pleinement le sens, que l'on peut résumer comme suit:
la honte d'être les descendants directs d'un régime qui a commis le "crime des crimes" mais surtout la volonté du gouvernement turc actuel de le nier, risque de casser à jamais le principe fondamental sur le quel se base la solidité de la Turquie: sa fierté nationale.


Sarkis Shahinian
Président de l'Association Suisse-Arménie

Berne, 17 décembre 2008

Pardon pour le dérangement occasionné




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