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Turquie 1938/2008 : commémoration des massacres du Dersim
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - "Le Dersim est une tumeur pour le gouvernement de la République [turque]. Quel que soit le prix, cette tumeur doit être enlevée grâce à une opération définitive". Ces paroles d'Atatürk ont signé dans les années 1937/38, la mise à mort des populations kurdes et alevies du Dersim (Turquie). "La mission de civilisation" a duré deux ans, deux ans d'enfer pour la population Dersimi. On comptera environ 80 000 morts, plusieurs villages brûlés, et des milliers de personnes déportés vers l’Ouest de la Turquie. Exils, disparitions, prises d’otages de villes entières, tortures, interdiction de manifester et de parler en Kurde, culture et croyances interdites : 70 ans après, les plaies sont toujours vives. Le Collectif VAN vous propose de lire un article du site kurde Bersiv, suivi d'une traduction d'un article de Y. MAZHAR AREN paru dans le journal turc “Cumhuriyet” le 29 juin 1937, révélateur d'un état d'esprit effrayant.



Nous n’oublierons pas Dersîm 1938


Le 14 novembre 2008 • Catégorie: A la Une - Dossier

Dersim 38

Le fondateur de la Turquie, Mustafa Kemal Atatürk, veut en quelques sortes instaurer une nouvelle loi concernant « l’assimilation de Dersim », ce dernier qualifie d’ailleurs cela à « une mission de civilisation », en bref celui-ci veut « civiliser Dersim ».

« Dersim est une tumeur pour le gouvernement de la République. Quel que soit le prix, cette tumeur doit être enlevée grâce à une opération définitive ». (Atatürk)

En 1935, cette nouvelle loi est instaurée. L’utilisation du nom « Dersim » est interdite, et la ville est renommée en « Tunceli ».

Ce nouveau nom signifie en turc « main de bronze ».

En 1937, l’armée turque prend position à Dersim. Les militants Dersimis poursuivent la résistance, l’armée Turque commence à réorganiser des opérations militaires pour une nouvelle offensive l’année suivante. Le chef de la résistance, Seyit Riza est arrêté et ensuite exécuté le 18 novembre en 1937 à l’âge de 81 ans. Pourtant, la loi interdisait l’exécution des personnes ayants un âge élevé. Cette « opération » ou comme le dirait Atatürk « cette mission de civilisation », dure deux ans. Ces deux ans sont un enfer pour la population Dersimis.

En effet, cette opération tourne au massacre. On compte environ 80 000 morts, plusieurs villages brûlés, et des milliers de personnes déportés vers l’Ouest de la Turquie. Dersim connaît d’autres problèmes au cours de cette opération, tels que des exils, des disparitions, des prises d’otages de villes entières, des tortures, l’interdiction de manifester et de parler en Kurde. Leur culture et leurs croyances sont également interdits.

Une période très douloureuse pour la région qu’aucun Dersimis n’est prêt à oublier. Rendons au passage hommage au héros de Dersîm, Seyit Riza ainsi qu’aux autre résistants qui ont combattus et résistés jusqu’au bout, ainsi qu’aux victimes de ce massacre… Paix en leur âme.

Le 21 décembre 1971, la vallée de Munzur est déclarée « premier parc nationale de la Turquie ». Celle-ci est aujourd’hui la plus grande du pays.


Article dans le journal “Cumhurriyet”


Par Y . MAZHAR AREN “Cumhuriyet” le 29 juin 1937

Cette plaie s’est encore rouverte. Elle dégage ses odeurs pestilantielles… Le monde entier croit-il que Dersim n’est qu’un foyer de troubles, isolé ? Non ! ! Cet endroit est le centre d’un grand incendie de banditisme dont les éclats s’éparpillent dans tout le triangle formé par les villes de Sivas, Malatya et Bayburt.

Il y en a qui croient que les gens de Dersim sont des Turcs. Moi, je ne les ai jamais pris pour des Turcs. Le nomadisme, le primitivisme, la barbarie, la violence et le vampirisme ne peuvent pas être tous ensemble réunis chez le Turc. Par ailleurs anthropologiquement le Turc et les Zazas sont différents, la langue turque est une chose, la langue zaza en est une autre.

Ces gens-là – quand à mon opinion- sont d’une race installée, depuis des temps reculées de l’histoire, dans ces régions escarpées et restée hors de toute civilisation parce que personne ne pouvait les y joindre. Le fait que quelques villages ont des noms en turc ou que quelques tribus portent des noms turcs ne peut provenir que de quelques aventuriers turcs qui les ont soumis et dirigés pendant les périodes de splendeur des Turcs. Leur intelligence ne peut être comparée qu’à un réflexe instinctif d’un animal qui essaye de garder sa proie ou d’une proie qui tente d’échapper à son étrangleur.

Leurs organes de respiration et de circulation sanguine sont plus solides que le bronze et leurs os et leurs muscles sont comme l’acier. j’ai moi-même vu de jeune Zazas capable d’épauler un sac de sel de soixante kilos et trotter derrière le mulet de leur père tout en devisant, pour grimper à deux mille mètres, ou des hommes qui traversaient un torrent sans broncher, avec un sac de cent b kilos sur le dos et en plus quelqu’un assis dessus.

J’avais vu aussi, le jour où je me rendais aux réjouissances qu’on organisait à Erzincan pour fêter la libération d’Izmir, des gens de Dersim qui, assis aux abords du pont d’Acemoglu, attendaient des nouvelles des voyageurs. Je ne peux décrire comme ils étaient malheureux quand ils ont appris la cause des festivités de la ville. Pourquoi ? Parce qu’après la victoire, une période de paix s’installe. En période de paix, le gouvernement instaure la sécurité… le banditisme et le pillage deviennent difficiles.

Une fois, chez un villageois de Nohutlu à Kuzucan, j’ai vu comme tout mobilier, une outre bien gonflée suspendue au coin de l’âtre, un tapis de poils de chèvre par terre et un fusil de guerre rutilant au mur… A quoi pouvait-elle bien servir cette outre ? Je vais vous le raconter.

L’Euphrate est une frontière naturelle qui entoure Dersim à partir du pont Götür jusqu’à la mine de Keban. Dans ces gorges d’une quarantaine de kilomètres, depuis le pont Götür jusqu’à la vallée de Erzincan, les eaux de l’Euphrate coulent comme un torrent… Il est difficile de les traverser… Mais à l’arrivée vers la vallée le lit du fleuve s’élargit et permet alors un passage à la nage ou même à pied.. A cet endroit, j’ai toujours vu des sentinelles gouvernementales monter la garde.

A “Iliç “, là où l’Euphrate prend un virage vers Kemaliye, il y a un pont… Des deux côtés de ce pont on aperçoit d’immenses portiques semblables aux ponts levis des châteaux et au milieu un blockhaus… il y a aussi des gardes gouvernementaux à cet endroit… Néanmoins, le Zaza, quand il gonfle son outre, traverse le fleuve même aux moments des plus fortes crues… Et commet le méfait qu’il veut… Voilà à quoi sert l’outre que k ja’i vu au village de Nohutlu.

Moi, je ne conçois pas Dersim comme tout le monde. Pour moi, il y a trois Dersim : il y a un noyau Dersim, une chair Dersim et un peau Dersim…. Comme toute cellule vivante… mais tout le monde se contente d’apeler seulement la peau.. Si toutefois le noyau se brisait la chair se putréfierait et la peau se dessécherait… J’ai enlevé la peau de Dersim à Kuruçay, dans quelques villages de Kemah et même à Refahiye et à Zara, Kuzucan, Tercan, Palu, et à Capakçur.. etc. J’ai touché la chair de Dersim.

Une année, je me rendais à Kigi en passant par le mont Akmezar, Agasenligi et Altinhüseyin… La neige n’avait pas encore fondu et j’avais besoin de porteurs pour mes bagages ; j’étais moi-même à pied. A Agasenligi, j’avais découvert le royaume du Shah Hüseyinoglu Mustafa Bey qui régnait sur trois cent villages ; j’étais pris en otage, là-bas. Le Bey d’Altinhüseyin, installé dans sa luge tirée par dix à quinze hommes, m’avait croisé sur les contreforts enneigés d’une montagne et avait réussi à faire parvenir avec l’un de ses hommes, l’ordre de m’arrêter avant que j’atteigne son village. J’avais seulement réussi à continuer ma route après y être retenu pendant 10 heures.

J’ai tant vu de villages de Zazas dans la région d’Erzincan, sur l’autre rive de l’Euphrate… Je n’oublierai jamais, dans l’un d’eux, un quidam nommé Hayrettin m’avait donné des leçons de Shiisme.. Mais cette religion qui commence comme l’Alévisme au niveau de la peau, se transforme en un étrange paganisme plein de superstitions au fur et à mesure que l’on s’approche de son noyau, sacralisant les arbres, le Mont Subuz, le soleil et même certains rochers .

Encore pendant une de ces périodes où les Zazas étaient en effervescence, je devais voyager de Kemah à Kemaliye. Dans le bourg d’Iliç, le commissaire du gouvernement a voulu m’empêcher d’aller plus loin : le danger était trop grand. Néanmoins, un jeune d’Arpagir a prétendu pouvoir m’amener sain et sauf jusqu’à Egin… Nous avons donc continué notre chemin, mais sans prendre le chemin connu, le plus court… Nous sommes entrés sous les contreforts des montagnes de Dersim, et passant par des gorges de Hosta nous sommes bien arrivés à notre destination. Selon le jeune d’Arapgir, comme les Zazas étaient sûrs que personne ne pouvait traverser ces endroits escarpés, ils ne s’occupaient que faire des descentes sur les voies de passage habituelles. Le même jour où j’étais passé par Hosta, un convoi militaire de nourriture et de munitions qui avait pris le chemin du bas était effectivement tombé dans une embuscade des Zazas.

A cette époque, les Zazas profitant de ce que les troupes gouvernementales étaient plutôt occupées par l’insurrection de Cheik Saît, réussissaient de tels débordements de temps en temps. Si les insurgés n’étaient pas rapidement décimés devant Diyarbakir, ces débordements seraient devenus des fleuves et les bandits de Dersim se seraient éparpillés partout comme des torrents de laves.

J’avais entendu qu’une personne connaissant bien la région de l’est et ayant autorité en matière militaire, avait fait un rapport au gouvernement au sujet de la pacification de Dersim… Les intéressés m’avaient aussi demandé mon avis… Il paraît que mon opinion n’est pas conforme aux conclusions de ce rapport. Il paraît que ce rapport contient des projets d’aménagement et d’éducation… Pourquoi ? Pour qui ? J’ai posé ces deux questions, personne ne m’a répondu.

Quel rocher du Dersim central peut - être aménagé, et au profit de qui , Il n’y a pas assez de terres cultivables et la saison est courte. Cet endroit n’a aucune valeur ni d’importance agricole… Quand à l’éducation , on sait qu’aucune éducation qui ne s’appuie sur des activités économiques ou agricoles ne peut donner de résultat tangibles… Disons qu’en un siècle, en leur apprenant à lire et à écrire on arrive à vaincre la cruauté, la barbarie et la primitivité ancestrale de cette race… Mais aucun être humain civilisé ne peut s’épanouir dans ce nid d’aigles… Comme chez les peaux rouges d’Amérique et malgré les qualités poétiques que Chateubriand leur trouve (pour simplement prouver qu’il y est allé), qui peut nous confirmer que les qualités et les potentialités que certains croient déceler chez ce gens-là ne soient seulement au niveau zéro ?

Moi, je ne pense pas qu’il est possible de faire perdurer les Zazas du noyau dur, habitant en tout et pour tout sur 2000 à 2500 km2 de terres, en les faisant cohabiter avec des gens civilisés. Autrement, on perdra du temps et de l’énergie… Si nous ne le faisons pas, nos enfants seront obligés de le faire. Faire traîner cette affaire c’est encore laisser les autres gens des alentours sous la menace des pillages. Si l’on vide Dersim, on pourra enfin y créer des activités hautement enrichissantes comme l’élevage ou les industries forestière et toute cette région, nid du grand banditisme, deviendrait alors un paradis paisible.

Il est inutile de faire l’historique de Dersim par rapport aux gouvernements, par rapport aux populations voisines. Puisque que tout le monde le sait… Cette plaie était fermée parce qu’on avait assez du viol systématique des populations innocentes par ces bandits sans vergogne ; mais elle saigne à nouveau, elle est infectée.. Un nettoyage radicale serait la meilleur solution. Il y a de tels villages en Anatolie où les gens sont tellement occupés par leurs activités qu’ils n’arrivent pas à trouver des gardiens de troupeaux ou des gardes forestiers.. Si l’on dispersait ces gens par deux dans ces villages prospères ils seraient éloignés de l’ignorance et du banditisme te ne pourraient nuire à leur entourage. Si l’on faisait le calcul on pourrait voir que même la totalité de ces Zazas durs ne serait pas suffisant pour tous ces villages qui cherchent de tels hommes de main.

Je suis d’avis et je crois que, si un jour de nouveau notre pays était en danger ou était occupé par d’autres problèmes, Dersim se réveillerait comme un cancer en notre sein…

Pendant la première guerre mondiale, on y avait bien envoyé une expédition punitive et montré un échantillon de notre force ; mais dès que les armées ennemies ont traversés nos frontières, il a fallu faire des ponts d’or aux Zazas pour les faire tenir tranquilles.

Je ne pense pas qu’il est judicieux de faire endosser tous les crimes ou toutes les fautes aux cheiks, aux agas et aux chefs. Mais les Zazas ne restent jamais sans leader et ils se trouvent tout le temps un chef, qui que ce soit ; il est étrange que le plus grand plaisir du Zaza soit de servir son chef ( Aga), de l’exhulter et de le nourrir… C’est son idéal.. Il ne leur reste pratiquement jamais rien de toutes leurs embuscades ou de tous les pillages qu’ils commettent, puisque tout est offert au chef ; et celui qui donne le plus au chef est considéré comme la personne la plus honorable.


“Cumhuriyet” le 29 Juin 1937






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Source/Lien : Bersiv



   
 
   
 
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