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Turquie : être vraiment en paix avec son histoire
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Hrant Dink avait dit à Etyen Mahçupyan : "Tu deviens mon cerveau et je deviens ton coeur ('ton courage'). Lorsque Hrant Dink a été assassiné, E.Mahcupyan a écrit un article dans lequel il se demandait 'que vais-je faire maintenant sans mon cœur ?' pour souligner qu'il avait perdu sa source de courage. Au vu de cet article qu'Etyen Mahçupyan signe dans le journal turc Taraf, le journaliste arménien de Turquie continue à puiser son courage à la source… Il répond ici à tous ceux qui, en Turquie, disent qu'ils n'ont pas à s'excuser pour la « Grande Catastrophe » (génocide de 1 500 000 Arméniens) subie en 1915 par les Arméniens, car ils s'estiment en paix avec leur histoire, ainsi que l'a fait notamment le PM turc Erdogan… Le Collectif VAN vous livre la traduction de cet article du journal turc Taraf.


TARAF - Etyen Mahçupyan - 23.12.2008

Nous sommes réconciliés avec notre histoire


La déclaration d'excuses rassemblant les intellectuels de toute identité et de toute vision idéologique a chamboulé l'ordre du jour de la Turquie. La vague de signatures dès la mise à disposition du site, a démontré que la question ne pouvait être expliquée en arguant de l'existence d'une poignée d'opposants rêveurs ou hypocrites. Car ce geste se base sur deux raisons importantes. La première est le vide devenu visible dans les consciences suite à l'assassinat de Hrant. Une partie des personnes appartenant à l'identité 'turque', qui se sentent comme les possesseurs naturels de la Turquie, refusent de prendre part au silence qui dure depuis tant d'années. Elles ne veulent plus porter le poids de la honte écrasante, conséquence de ce silence. C'est pour cette raison qu'elles s'expriment en terme de 'Grande Catastrophe', exactement comme à l'époque les Arméniens nommaient 1915. Car la vraie question n'est pas de savoir si 1915 était un 'génocide ou non'. Peu importe l'appellation qu'on lui donne : il y a de toute évidence un passé qu'on évite de voir et c'est cela qui est à l'origine de la honte.

Par ailleurs, la deuxième raison de cette déclaration d'excuses concerne cette histoire que l'on veut ignorer. Un des prétextes invoqués visant à rendre la République turque légitime, était la création d'une nouvelle histoire, en grande partie fictive. Cette nouvelle histoire a été très efficace pour façonner l'identité turque et finalement elle a identifié la turquité avec cette vision de l'histoire. Seulement cette histoire racontée n'était pas en accord avec la vérité vécue. Au lieu d'avoir une approche scientifique envers le passé, elle concevait l'histoire comme un château fort et elle la réinventait à l'intérieur de l'approche superficielle et étroite de la défense nationale. Le résultat obtenu correspond à une société qui se croit instruite, qui ne se rend même pas compte que les références historiques sur lesquelles elle s'appuie sont imaginaires, mais qui est restée au fond considérablement ignorante. L'arrogance, inculquée par un Etat qui base sa stratégie de citoyenneté sur des mensonges, signifie malheureusement pour le citoyen lambda, une sorte de 'connaissance' transformée en 'tabou'.

Est-il surprenant de voir la réaction de gens s'appropriant leur histoire, en commençant par le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères jusqu'aux soldats, aux juges et aux universités ? Ils défendent ce qu'ils connaissent. Sans savoir que ce qu'ils connaissent correspond à ce qu'ils doivent connaître… Ils disent tous «nous sommes réconciliés avec notre histoire». Sans se rendre compte que le problème vient de cet état de réconciliation... Car l'histoire en question n'est pas une histoire avec laquelle on peut se réconcilier si facilement.

Laissons de côté les Kurdes et les Alévis. Si on observe uniquement les non-musulmans, à partir de 1860, cette histoire enchaîne les événements immoraux avec lesquels quiconque possède une concience ne peut se réconcilier. Le milieu du XIXème siècle était la période où les nouveaux concepts de droits et de libertés se définissaient, les divergences des mentalités se mondialisaient, tout comme aujourd'hui. Tout comme aujourd'hui, les communautés commençaient à réclamer leurs droits, tandis que l'Etat avait adhéré à la stratégie de faire des promesses de réformes et de ne pas les respecter. En conséquence de cette attitude, un climat de tension est né entre l'Etat et les communautés et dans chaque communauté sont apparus des groupes favorables à l'emploi de la force. Le nombre de ces groupes au sein de la communauté arménienne n'a jamais dépassé les 1%…

Quant à l'Etat, tout comme aujourd'hui, il a commencé à pratiquer l'oppression à l'encontre des communautés. L'existence de groupes ayant tendance à recourir à la force a été utilisée comme prétexte pour usurper tous leurs droits.

En arrière-plan, à partir de 1880, les Arméniens ont dû faire face à un système de double taxation. (Nota CVAN : l'Etat a prélevé des taxes tandis que les chefs féodaux locaux ont continué à réclamer les tributs qu'ils collectaient par la force depuis des années – il ne faut pas oublier que les chrétiens n'avaient pas le droit de porter des armes tandis que leurs voisins musulmans étaient armés). Les Arméniens devaient faire face à une double oppression, les lourdes taxations ainsi que la violence et les persécutions. Les nombreux appels à la justice de l'Etat n'ont débouché sur rien (Nota CVAN : bien au contraire, l'Etat a fermé les yeux et créé les régiments hamidiés pour officialiser ces oppressions). A l'aide des forces hamidiées créées en 1894, des simples gens, des individus modestes, des familles ont été assassinés, massacrés par milliers. Leurs biens ont été saisis, pillés par ces forces. (Nota CVAN : inutile de rappeler que les Hamidiés étaient formés de Kurde sunnites, persécutés à leur tour depuis la création de la République turque).

En 1908, juste après la déclaration de la 2ème Monarchie Constitutionnelle, des tensions ont été créées dans la région d'Adana : les Arméniens ont été attaqués, ils se sont retranchés dans un ghetto. L'Etat est intervenu pour désarmer le peuple. Les Arméniens ont rendu leurs armes… Et dans les semaines suivantes, plus de 30 000 Arméniens ont été assassinés. (Nota CVAN : il faut rappeler que les Anglais et les Français étaient présents sur place et, contrairement aux allégations turques si fréquentes, ils ne sont pas intervenus en faveur des Arméniens. Au contraire, les Anglais ont convaincu les Arméniens de rendre le peu d'armes qu'ils avaient et ils ont fermé les yeux sur les massacres qui ont suivi le désarmement. Les musulmans, également concernés par l'ordre de désarmement, n'ont pas eu à rendre les armes... Au contraire, l'Armée turque leur a apporté son soutien. Rappelons que la population musulmane était sous tension, car si l'on s'en tenait aux réformes annoncées par les Jeunes-Turcs - du moins sur le papier -, tous les citoyens devenaient égaux, les musulmans perdaient donc leurs privilèges*).

Laissons passer 1915... Mais sans oublier que la déportation ne concernait que les enfants, les femmes et les vieux, car les hommes en âge de porter des armes étaient sous les drapeaux dès 1914, et pour la majorité d'entre eux, ils avaient été assassinés après avoir été désarmés. Après la période de 1918, les Arméniens qui étaient de retour au pays ont été opprimés par l'Etat, afin qu'ils ne restent pas sur ces terres. Tous les moyens possibles et imaginables ont été utilisés pour qu'ils partent, car ils (Nota CVAN : les citoyens musulmans) ne voulaient pas rendre les biens saisis et spoliés (Nota CVAN : spoliés par l'Etat. Ces biens spoliés allaient être donnés par l'Etat aux criminels de guerre comme récompense**)…

Dès même les premières années, le régime de la République a mis en place trois lois. L'une empêchait les Arméniens se trouvant à l'étranger, de rentrer. La deuxième annulait le droit de citoyenneté de ceux qui n'étaient pas présents au pays depuis un certain temps. La troisième permettait la spoliation des biens des personnes déchues de leur citoyenneté. Dans la même période, il y a eu l'interdiction de déplacement pour les commerçants arméniens. Les Arméniens ont été obligés de partager leur maison avec des familles désignées par l'Etat.

Et puis 'l'impôt sur les biens' que nous connaissons tous est arrivé. Lorsque l'Etat a taxé les Arméniens de sorte qu'ils perdent toute leur fortune, chaque citoyen arménien a été obligé de payer un minimum de 500 lires. Ceux qui ne pouvaient pas se procurer cette somme dans une durée de 15 jours ont été envoyés dans des camps de concentration. Alors, en 1955, les pogroms des 6/7 Septembre ont eu lieu. Des faits pour lesquels le chef du Conseil Spécial de Guerre allait, plus tard, exprimer sa fierté.

La Turquie devenue moderne, à partir des années 70, allait s'appuyer sur la déclaration de 1936 pour rendre légitime la spoliation de centaines de biens appartenant aux non-musulmans, d'une façon illégale, en violant les lois. L'Etat a ainsi vendu les biens spoliés.

Au début du XXème siècle, la communauté arménienne avait environ 2500 églises et 1800 écoles sur ces terres. Maintenant il y a 40 églises et 15 écoles.

Si vous vous êtes vraiment réconciliés avec cette histoire, je n'ai rien à dire. Se réconcilier sans dialoguer, sans s'affronter, signifie : « ce qui a été fait nous plaît ». Il existe une autre façon de se réconcilier, après s'être vraiment réconciliés en discutant. En voyant les événements vécus, en les sentant, en écoutant notre conscience. Les Arméniens veulent se réconcilier de cette façon et être en paix avec notre histoire commune. Et les Turcs, le veulent-ils ?

Etyen Mahçupyan

Traduction du turc Collectif VAN - 29 décembre 2008 - http://www.collectifvan.org


* Le Collectif VAN vous conseille de lire 'Pages de sang - Raphaël Stainville, Presses de la Renaissance, Paris 2007' pour lire les mémoires d'un témoin oculaire français, présent à Adana en 1909.
** Le Collectif VAN vous conseille de lire 'British Foreign Office Dossiers on Turkish War Criminals – Vartkes Yeghiayan'' pour avoir une idée des conditions dans lesquelles les Anglais ont rendu à la Turquie ses criminels de guerre. Il serait intéressant de voir les archives secrètes des Britanniques pour comprendre en échange de quoi (pétrole irakien ?) ces accords ont été passés. Paru également en turc chez Belge Yayinlari sous le titre 'Malta Belgeleri'.





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Source/Lien : Taraf



   
 
   
 
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