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Le génocide arménien, la Turquie, l’Arménie et la diaspora
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - L’historien turc Taner Akçam a signé dans le journal turc Taraf du 16 novembre 2008, un article dans lequel il dénonce les intellectuels turcs qui diabolisent la diaspora arménienne. Akçam souligne que ces intellectuels n’ont fait que remplacer le terme « Arménien » qui, en Turquie, équivaut à une insulte, par le terme « diaspora » arménienne, diaspora qu’ils désignent comme étant mauvaise et négative pour la seule et unique raison qu’elle réclame la reconnaissance du génocide arménien de 1915. Pour Taner Akçam, la revendication de la reconnaissance du génocide est un acte extrêmement démocratique. Et, selon Taner Akçam, les tentatives turques d’opposer l’Etat arménien à la diaspora sous prétexte que l’Arménie serait moins acharnée à obtenir la reconnaissance du génocide arménien, sont vaines et se fondent, en Turquie, sur des clichés erronés. Le Collectif VAN vous propose la traduction de cet article en turc, complétée de la traduction de certains passages extraits de la version anglaise (voir pdf).



L’Arménie, la diaspora et la confrontation historique
Taraf
- Istanbul - 16.11.2008

TANER AKÇAM* / Il n’y a pas trop de différence entre la logique qui voit la revendication de « la reconnaissance du génocide » comme un acte « mauvais »ou « négatif » et la logique qui trouve les discussions sur notre histoire comme un acte « mauvais » et « négatif » ; la limite entre la colère ressentie envers ceux qui revendiquent la « reconnaissance du génocide » et celle ressentie envers ceux qui demandent la confrontation avec notre histoire, est extrêmement mince. De plus, il est très faux de faire une distinction entre l’Arménie et la diaspora.

REVOIR LES RELATIONS TURCO-ARMENIENNES A LÂ’OMBRE DE 1915 (1)

Avec la visite d’Abdullah Gül à Yerevan, un pas historique important vient sans doute d’être franchi. Il faut féliciter les présidents des deux pays pour cette démarche courageuse. Ils ont réalisé un grand travail et ils ont entrouvert la porte d’une nouvelle ère dans les relations turco-arméniennes. On peut supposer que beaucoup de personnes vont emprunter cette porte.

Je me rappelle qu’il y a sept ans, en Févier 2001, lorsqu’au cours d’une émission à la télévision, j’avais affirmé que la Turquie devait demander pardon aux Arméniens, une grande campagne avait démarré contre moi. L’Ambassadeur à la retraite, Volkan Voural, au cours d’un reportage, en reprenant les mêmes propos, a dit « il faudrait demander pardon », mais lui n’a pas rencontré d’opposition sévère. On aurait dit que sa proposition était approuvée (Taraf, 18 Octobre 2008). Comme le montre cet exemple, la Turquie a franchi apparemment un long chemin depuis cette époque.

LA CHANCE DÂ’ABDULLAH GĂśL

Les perquisitions et les arrestations, dans le cadre du procès Ergenekon, ont une place importante dans ce pas franchi. S’il n’y avait pas eu les arrestations d’Ergenekon, on aurait été témoin d’une campagne publique contre la visite de Abdullah Gül à Erevan. Ergenekon a été le chef de file des campagnes menées contre les Arméniens et contre 1915, au cours de ces dernières années. Ceux qui ont préparé les commémorations de l’anniversaire de la pendaison de Kemal, le Gouverneur de Boghazliyan, ceux qui ont organisé des manifestations au nom de Talaat Pacha à Berlin, ceux qui ont mené la « guerre juridique » en Suisse étaient des membres d’Ergenekon. En 2005 à Istanbul, ceux qui ont mobilisé l’opinion publique contre la conférence que nous avions organisée, ceux qui nous ont traînés devant les tribunaux (Nota CVAN : il fait allusion aux procès au titre de l’Article 301), ceux qui ont mené des campagnes contre Hrant Dink qui ont abouti à son assassinat étaient toujours d’Ergenekon.

Le fait que le groupe Ergenekon utilise un épisode historique aussi douloureux que 1915 pour se rendre légitime aux yeux de l’opinion publique, est extrêmement important et significatif. Le lien entre ceux qui ont exercé des politiques de destruction contre les Arméniens et les groupes qui organisent la haine contre les Arméniens aujourd’hui est un sujet de réflexion à approfondir.

UNE LOGIQUE ERRONEE

Dans ce court article, je souhaite examiner certains points qui figurent au premier plan dans la majorité des articles écrits dans le but de soutenir la visite de Gül, mais que je trouve néanmoins erronés.
Beaucoup de ces articles, rédigés par nos intellectuels éclairés, sont pourtant mal conçus. Dans la mesure où ils représentent certaines des premières idées qui vont pouvoir « franchir la porte récemment entrouverte » sur le chemin de l’amélioration des relations turco-arméniennes, ils sont de nature à influencer l’opinion publique, c’est pourquoi il est impératif de les examiner à présent d’un regard critique.

En outre, en allant plus loin qu’une simple critique, je souhaite définir le cadre général dans lequel s’inscrit l’approche que nous devons avoir sur la question durant la phase qui s’ouvre devant nous. Mon espoir est de pouvoir porter les débats sur ce sujet, vers une base plus solide.

Lorsqu’on observe la tonalité de la plupart des articles publiés jusqu’ici, on constate une différence énorme entre l’attitude envers l’Etat arménien et envers la diaspora, particulièrement en ce qui concerne le problème de la perception de la Turquie et de son histoire. Selon ce qui a été écrit jusqu’à présent, l’Etat arménien et la diaspora représentent presque deux extrémités opposées. La diaspora est devenue synonyme de « méchante » et elle est représentée comme un bloc monolithique se comportant comme un organisme unique. Parmi les raisons pour lesquelles la diaspora est considérée comme étant tellement « méchante » ou « négative », vient sans doute en premier son insistance à obtenir « la reconnaissance du génocide ». Ainsi, aux yeux de nos intellectuels, la « revendication de la reconnaissance » et l’« insistance » de la diaspora sur ce sujet sont devenues des bêtes noires. Selon cette logique, moins la diaspora insiste pour obtenir la reconnaissance, mieux c’est.

Selon ces articles, l’Etat arménien n’est pas vraiment acharné sur la question de la « reconnaissance du génocide ». Comme on a pu le constater lors de la dernière visite [du Président turc], en réalité, l’Arménie est « gentille », d’ailleurs durant la visite [en Arménie], ils [les Arméniens d’Arménie] ont prouvé qu’ils étaient « gentils » en évitant d’utiliser le terme « génocide » et en s’abstenant de revendiquer la « reconnaissance ». Mais l’Etat arménien est sous l’emprise de la « méchante » diaspora et il est sous son influence. D’après ces auteurs, pour apaiser les tensions turco-arméniennes il faut sauver notre bonne voisine l’Arménie de la « méchante » diaspora. La principale raison pour laquelle l’Arménie est tombée dans les griffes de la « méchante » diaspora, est que les politiques menées par la Turquie ont été mal pensées.

LÂ’ARMENIE ET LA DIASPORA SONT-ELLES DIFFERENTES ?

Ceux qui pensent ainsi, croient que la résolution des problèmes entre la Turquie et la diaspora dépend de la disparition de la diaspora. Et d’après ces auteurs, il faut libérer le « bon voisin l’Arménie » de l’emprise de la « méchante diaspora ». Et pour cela, la Turquie doit abandonner ses « mauvaises » politiques et doit établir des « bonnes » relations avec l’Arménie. Ainsi l’Arménie va se libérer de l’influence de la diaspora et la mauvaise idée au sujet de la persistance de la « reconnaissance du génocide » va s’atténuer. La clé de la résolution du problème est l’abandon de la reconnaissance et la disparition de l’élément qui a le leadership sur ce sujet [la diaspora].

Les intellectuels de notre pays qui partagent ces opinions, donnent l’explication suivante sur les relations arméno-turques pour la période d’après 1991 : le premier président de l’Arménie, Ter Pétrossian, était plus souple au sujet du génocide. Il « n’insistait » pas sur cette reconnaissance, il était en faveur de politiques plus ouvertes envers la Turquie. Pour cette raison, il avait pris position contre la « méchante » diaspora. Ter Pétrossian aurait perdu les élections parce que la Turquie ne lui avait pas apporté son soutien. Conclusion : la perte de pouvoir de Ter Pétrossian a tourné autour de la dispute entre « ceux qui insistaient pour la reconnaissance » et « ceux qui n’insistaient pas » et nos « mauvaises » politiques l’ont privé de son pouvoir.

Je crois qu’il est utile de réviser cette manière de voir et de la corriger. Car si vous voulez vraiment résoudre un problème, vous devez avant tout avoir des informations fiables sur les camps adverses. S’il faut donner un exemple : les politiques menées par la Turquie ou son attitude envers la question du génocide n’ont pas joué de rôle majeur dans la chute de Ter Pétrossian. La mauvaise situation économique (surtout les irrégularités au sein de de l’administration) et sa volonté d’aller vers une solution rapide sur la question du Karabagh, ont été les raisons principales de sa perte.

Ce qui est encore plus important, c’est le fait que depuis Ter Pétrossian, les politiques des gouvernements d’Arménie n’ont pas changé fondamentalement. L’équipe de Kotcharian, a gardé les mêmes personnes et a poursuivi la même ligne politique vis-à-vis de la Turquie que sous Ter Pétrossian. Le meilleur exemple pour démontrer la continuité des cadres est Vartan Oskanian, le ministre des Affaires étrangère de Kotcharian. Oskanian a occupé des postes importants dans les affaires internationales depuis l’époque de Ter Pétrossian à partir du milieu des années 90. Il l’a même représenté en tant que responsable des Affaires étrangères dans les dernières années.

La base de la politique menée en Arménie depuis 1991 par toutes les administrations se résume en deux mots : « L’établissement de relations diplomatiques sans aucune condition préalable ». Il ne faut pas oublier que le président d’Arménie qui a invité Gül, était le candidat de Kotcharian et qu’il a gagné les élections contre Ter Pétrossian. Cela nous montre la continuité de la même politique, car celui qui a invité Gül était de l’équipe de Kotcharian. Au contraire, Ter Pétrossion n’a pas approuvé ouvertement cette invitation, en réalité, il l’a vivement critiquée, la jugeant “prematurée” (on peut sans doute expliquer cela par sa qualité d’opposant).

En bref, voici ce que je veux dire : il faut acquérir des informations exactes sur les évolutions politiques en Arménie et sur les parties adverses afin de corriger les clichés erronés créés en Turquie. Cela sera vraiment bénéfique. Si vous êtes une des parties dans un conflit et si vous souhaitez vraiment le résoudre, vous devez acquérir des informations aussi fiables sur l’autre camp, que celles que vous avez sur le vôtre. Si vous ne possédez pas d’image détaillée sur l’autre camp, vous ne pourrez jamais résoudre le conflit.

LA MECHANTE DIASPORA ET SON ENTETEMENT AU SUJET DU ‘GENOCIDE’

La distinction entre la « méchante » diaspora et l’Arménie, le « gentil » voisin, mérite d’attirer encore notre attention pour une autre raison. Je dois préciser avant tout que les intellectuels se préoccupant de ce sujet – y compris moi-même- avons notre responsabilité dans la formation de ces deux images : « gentil-voisin» et «méchant-croque-mitaine-diaspora». Les intellectuels qui se préoccupent de ce sujet et qui ont beaucoup écrit à son propos, ont en bloc insisté sur une définition qui exigeait que la diaspora fût « méchante » participant ainsi à la formation de cette idée préconçue dans l’opinion publique (nous avions beaucoup discuté avec Hrant sur ce sujet. Je pourrais apporter en son nom, des rectifications en disant « je pense que Hrant a été mal compris », j’ignore si cela servirait à quelque chose).

D’après moi, l’origine de ce malentendu vient de ceci : les intellectuels qui se préoccupent de cette question se trouvent sous une tension psychologique énorme et inimaginable. Une des raisons de cette tension psychologique vient du concept «d’Arménien» qui équivaut à une insulte en Turquie. Et du fait que ce « mauvais » Arménien insiste pour la reconnaissance du génocide. Ces deux raisons : le concept d’« Arménien » à ce point-là négatif et utilisé de cette manière, et l’insistance des Arméniens sur le sujet de la reconnaissance du génocide, ont mené nos intellectuels dans une impasse et les y mènent toujours. C’est pourquoi, étant dans une position défensive, nos intellectuels adoptent la réaction naturelle d’un être humain qui doit se défendre et qui doit se justifier. Et ils continuent encore…

Au lieu de combattre ouvertement la mentalité décrivant l’Arménien comme étant « négatif », « méchant » et « croque-mitaine » et d’expliquer que la revendication de la reconnaissance du génocide est un acte extrêmement démocratique, ils [les intellectuels turcs] ont accepté l’essentiel du raisonnement qui sous-tend cette mentalité agressive. Selon la stratégie de défense développée par nos intellectuels, les « méchants » Arméniens ne sont pas ceux de Turquie ou ceux de la république voisine d’Arménie. Les « méchants » Arméniens sont ceux de la diaspora parce que ceux qui insistent sur la reconnaissance du génocides, ce sont eux. C'est-à-dire que nos intellectuels ont préféré accepter ce qualificatif au lieu de démontrer que le vrai problème était l’utilisation de ces concepts « mauvais » et « croque-mitaine ». ‘Ils ont simplement remplacé le sujet qui était qualifié par cette adjectif : à la place de « méchant » Arménien, ils ont mis « méchante » diaspora. En conséquence, on peut dire que la logique prédominante en Turquie, était présente même chez nos intellectuels, et continue à exister, inchangée.

COMMENT FAUT-IL ABORDER LE DISCOURS DU GENOCIDE ?

D’après moi, c’est ici que commence le problème. Si on ne s’interroge pas sur ce mode de pensée dominant et si on n’apporte aucun changement à cette logique ; si on se contente de remplacer l’objet du qualificatif « méchant », on ne peut pas résoudre la tension turco-arménienne. Il faut bien comprendre ceci : « il n’y a aucune différence de mentalité entre les désignations « Arménien méchant ou croque-mitaine » et « diaspora méchante ou croque-mitaine ». Si on continue à employer les qualificatifs « méchant et croque-mitaine » pour désigner quelque chose, le problème restera identique. Parce que non seulement les concepts « méchant et croque-mitaine » restent utilisés, mais aussi parce qu’ « exiger que le génocide soit reconnu » n’est pas en soi quelque chose de mal.

Vous pouvez avoir des idées différentes au sujet de la « reconnaissance du génocide. ». vous pouvez avoir des objections contre l’utilisation de ce terme pour décrire une injustice historique ou vous pouvez soutenir l’emploi d’une expression ou d’un terme différent pour la décrire, mais il n’y a rien de « mal » à avoir cette exigence de reconnaissance en elle-même. C’est une revendication extrêmement démocratique. Il faut admettre qu’il n’y a pas trop de différence entre la logique qui voit la revendication de « la reconnaissance du génocide » comme un acte « mauvais »ou « négatif » et la logique qui trouve les discussions sur notre histoire « mauvaises » et « négatives » ; la limite entre la colère ressentie envers ceux qui revendiquent la « reconnaissance du génocide » et celle ressentie envers ceux qui demandent la confrontation avec notre histoire, est extrêmement mince.
Il est vraiment difficile de déterminer où commence l’une et où prend fin l’autre.

PAS DE DISTINCTION ENTRE LES PERCEPTIONS DU GENOCIDE

En outre, cela n’a pas de sens de faire une différence entre la diaspora et l’Arménie sur la question de la « reconnaissance du génocide ». Selon la conviction dominante auprès de nos intellectuels, il existerait une différence fondamentale entre la diaspora et l’Arménie sur les politiques au sujet de la reconnaissance du génocide. Tous ceux qui se préoccupent de ce sujet doivent savoir que l’Arménie et la diaspora se trouvent sur la même longueur d’ondes au sujet de la reconnaissance du génocide.

Il n’est pas correct de faire une distinction entre les adversaires autour de la question « qui insiste et qui n’insiste pas » pour la reconnaissance du génocide. C’est faux. Il faut particulièrement souligner la chose suivante, ici et maintenant : aujourd’hui partout dans le monde les communautés arméniennes pensent unanimement que les événements vécus en 1915 constituent un génocide et que la Turquie doit le reconnaître. Il n’y a pas la moindre divergence sur ce point de vue.

* Prof. Dr.; historien


Traduction du turc S.C. pour le Collectif VAN et de l’anglais par le Collectif VAN - 30 décembre 2008 - 07:00 - http://collectifvan.org/




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Source/Lien : Taraf



   
 
   
 
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