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Génocide arménien : dommages collatéraux de Gaza ?
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - L’universitaire canadien Gerald Lewis Caplan, qui fait autorité dans le domaine des génocides et de la prévention des génocides, a signé pour le journal canadien « Globe and Mail » un article où il décrit sans complaisance les relations israélo-turques, fondées sur la base d’un « pacte faustien » visant à empêcher toute reconnaissance officielle du génocide arménien dans le monde et spécialement aux Etats-Unis. Comme d’autres analystes, il remarque que la Turquie ayant accusé Israël de génocide à Gaza, « brusquement le génocide » est apparu « sur l’échiquier géopolitique », Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères ayant déclaré : « Erdogan dit qu’un génocide a actuellement lieu à Gaza. Nous allons alors reconnaître comme génocide les évènements qui ont touché les Arméniens ». On verra sous peu aux Etats-Unis si « l’accord indécent » et « cynique » qui lie les deux pays fait partie des dommages collatéraux du conflit de Gaza : Obama s’était engagé, lors de sa campagne, à accéder à la demande de reconnaissance du génocide arménien. Tiendra-t-il promesse et quelle sera la position des organisations juives américaines ? Alors que la qualification de massacres en génocide devrait reposer exclusivement sur des faits tangibles, seule la défense d’intérêts propres dicte un choix éminemment politique. Le Collectif VAN vous propose la traduction de cet article en anglais publié sur le site Globe and Mail le 23 janvier 2009.


Israël et la Turquie : les aspects politiques de la reconnaissance du génocide arménien


GERALD CAPLAN
Globe and Mail
23 janvier 2009

Le président Obama - j’aime prononcer ces mots - a momentanément rassemblé le monde. Presque. Parmi les exceptions (pourtant à peine relevées par les principaux medias) on peut noter la brouille entre la Turquie et Israël, alliés jusque-là inconditionnels dans cette zone trouble qu’est le Moyen-Orient.

Cette alliance pourrait surprendre de prime abord, mais dans les faits elle a stratégiquement du sens pour les deux pays. Israël a ainsi des relations chaleureuses avec l’un des plus grands pays musulmans au monde ; en retour celui-ci contribue à enrichir le complexe militaro-industriel israélien. La Turquie a ainsi par exemple annoncé il y a moins de deux mois la signature d’un contrat de 140 millions de dollars avec des entreprises israéliennes pour moderniser son aviation militaire. Ce n’est (presque) pas surprenant dans le cadre implacable de cette realpolitik qui guide la stratégie d’Israël.

De son côté, la Turquie en tire des avantages sur le plan militaire, économique et diplomatique. Mais elle en tire aussi quelque chose de moins tangible et de très important pour elle, bien que difficilement appréhendable par des acteurs extérieurs. Liés par un pacte faustien avec la Turquie, les gouvernements israéliens successifs ont refusé de reconnaître la culpabilité du gouvernement turc dans le génocide commis en 1915 contre sa minorité arménienne, au cours duquel près d’1.5 millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent systématiquement tués.

Je dois clarifier que la position israélienne à ce sujet n’est pas due au hasard. Bien au contraire. Année après année (à de notables et courageuses exceptions près), les Israéliens n’ont eu de cesse de saper toute tentative de préserver la mémoire du génocide arménien (l’ouvrage de référence sur ce sujet est l’excellent La banalité du déni : Israël et le génocide arménien, 2003, écrit par un Israélien, Yair Auron.).

Pour beaucoup, ceci pourrait sembler bien ésotérique, à des lieux des nombreuses crises qui secouent le monde. Mais les lecteurs doivent comprendre que, depuis un siècle, les gouvernements turcs successifs n’ont eu de cesse de nier vigoureusement ce génocide. Pourtant, la grande majorité des universitaires spécialistes de la question a affirmé publiquement qu’il s’agissait bien d’un génocide, à l’instar de l’Holocauste et du génocide rwandais, les seuls qui, de manière incontestable, répondent à la définition élaborée en 1948 par la Convention sur le Génocide des Nations Unies.

Pour les Arméniens d’Occident, 94 ans après les faits, rien n’est plus important que de convaincre d’autres gouvernements de le reconnaître. Par contre pour les autorités turques, rien n’est plus important depuis 94 ans que de l’empêcher. Israël a probablement été le meilleur allié de la Turquie dans cette tentative. Après tout, si les gardiens de la mémoire de l’Holocauste ne reconnaissent pas les évènements de 1915, pourquoi les autres pays devraient-ils le faire ?

Mais le pacte turco-israélien dépasse largement les frontières israéliennes. Israël est, contrairement à ce à quoi on devrait s’attendre, dans le déni de ce génocide, suivi en cela, dans d’autres pays, par nombre d’importantes organisations juives, notamment aux Etats-Unis. Dans ce pays, ceux pour qui nier la réalité de l’Holocauste équivaut psychologiquement à un second Holocauste sont les premiers à faire pression sur les présidents et le Congrès contre la reconnaissance du génocide de 1915. Les Américains d’origine arménienne et leurs soutiens proposent régulièrement des résolutions visant à cette reconnaissance.

Ce sont les groupes de pression juifs qui régulièrement s’opposent à ces initiatives. Certains pensent que les membres de ces groupes comprennent en fait parfaitement bien les tenants et aboutissants de cette affaire. Mais, pour eux, soutenir de manière inconditionnelle toute initiative passée et présente du gouvernement israélien occulte tout, invariablement. Toutes les tentatives de faire adopter cette résolution par le Congrès ont échoué, bien que la liste des nations ayant reconnu le génocide arménien n’ait cessé de s’allonger, le dernier en date étant le Canada, grâce à Stephen Harper.

Cet accord turco-israélien indécent, sinon profane, figure parmi les nombreuses victimes collatérales de la dernière attaque israélienne sur Gaza. Que les Israéliens l’aient envisagé ou non, le gouvernement turc s’est retourné contre son allié d’autrefois, lui assénant quelques coups par mesure de rétorsion. Le Premier ministre Recep Erdogan a ainsi accusé Israël de « perpétrer des actions inhumaines qui le mèneront à l’auto-destruction. Allah va tôt ou tard punir ceux qui transgressent les droits des innocents ». M. Erdogan a qualifié l’attaque d’Israël sur Gaza de « barbarie » et de « crime contre l’humanité ».

Israël a jugé ces propos « inacceptables » et certains medias israéliens ont jeté de l’huile sur le feu. Dans un éditorial, le Jerusalem Post affirme : « nous ne sommes pas convaincus que la Turquie puisse s’octroyer le droit de sermonner les Israéliens sur le respect des droits de l’homme », les Turcs ayant eux-mêmes par le passé tué des dizaines de milliers de Kurdes dans le nord de l’Irak.

La ministre israélienne des Affaires étrangères s’est montrée encore plus incisive : « Erdogan dit qu’un génocide a actuellement lieu à Gaza. Nous [Israël] allons alors reconnaître comme génocide les évènements qui ont touché les Arméniens ». Brusquement le génocide apparaît sur l’échiquier géopolitique.

Il n’est pas facile de dire qui sortira vainqueur de ce bras de fer cynique. Voici ce qu’a écrit avec sagacité un éditorialiste turc, Barcin Yinanc : « En avril, j’imagine bien le gouvernement [turc] demander, par l’intermédiaire de son ambassadeur, au gouvernement israélien de contrer les initiatives arméniennes entamées auprès du Congrès américain. Je vois bien certains Israéliens répondre alors à l’ambassadeur turc de s’adresser plutôt au Hamas pour faire du lobbying auprès du Congrès ».

Je suppose que certains lecteurs croient naïvement que la qualification de massacres en génocide repose exclusivement sur des faits tangibles. Quelle erreur ! Dans le monde réel, la défense d’intérêts propres et rien d’autre, dicte ce choix. La même logique prévaut quand il s’agit d’empêcher un génocide.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le candidat Obama s’est engagé, à deux reprises, à accéder à la demande de reconnaissance du génocide arménien. Le candidat George W. Bush avait cependant fait de même huit ans auparavant, jusqu’à ce qu’il soit élu et se retrouve confronté au lobby turc/juif. Les Américains d’origine arménienne et leurs soutiens pressent déjà M. Obama de remplir cette promesse. Avec l’alliance israélo-turque mise à rude épreuve, la position des principales organisations juives est cette fois-ci susceptible d’évoluer. Quelle que soit l’issue, soyez certains que ce sont des considérations d’ordre politique et non les faits historiques eux-mêmes qui seront décisifs.


Traduction F.S. pour le Collectif VAN - 4 janvier 2009 - 14:10 - http://collectifvan.org/

Gerald Caplan, auteur de The Betrayal of Africa, écrit fréquemment sur des questions liées au génocide.

Nota CVAN : Gerald Lewis (Gerry) Caplan, PhD (né en 1938) est un universitaire canadien, docteur en histoire de l’Afrique. Il fait autorité dans le domaine des génocides et de la prévention des génocides. Gerald Caplan est un expert reconnu au niveau international pour le génocide des Tutsi au Rwanda. Journaliste politique pendant des années pour le Toronto Star, il continue à contribuer à la presse canadienne, dont The Star et The Globe and Mail dont est issu le présent article.





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Source/Lien : Globe and Mail



   
 
   
 
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