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« 3 jours avec la diaspora arménienne par Baskin Oran - II
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction résumée de la deuxième partie d'une série de comptes rendus qui pourraient s'intituler 'Baskin chez les Arméniens'. L'intellectuel turc Baskin Oran a été invité au Festival ARA 2009 [Althen Rencontre l'Arménie], près d'Avignon en mai 2009. Il signe dans le journal turc Radikal une série d'articles pour faire part de ses impressions sur ses '3 jours avec la diaspora arménienne' de France.

Baskin Oran est l'un des 4 initiateurs turcs de la pétition d'excuses aux Arméniens pour la « Grande Catastrophe » de 1915 et dans le même temps, un farouche opposant à l'utilisation du terme de 'génocide' pour ce cas d’extermination planifiée de 1 500 000 Arméniens de Turquie, sur les 2,2 millions que comptait l’Empire ottoman en 1915.

Ce qui ne l'empêche pas pourtant de déclarer : 'les Arméniens ottomans ont été victimes d’une injustice jamais vue'. Auteur du ‘Rapport sur les Minorités’ de Turquie, publié à la demande du gouvernement turc en 2004, il est, depuis, régulièrement insulté et menacé par les nationalistes et les kémalistes turcs. Les plaintes qu’il avait déposées ont toutes été rejetées par la Cour d’Appel d’Ankara ..

Le Collectif VAN vous propose la traduction résumée de la deuxième partie d'une série de comptes rendus qui pourraient s'intituler 'Baskin chez les Arméniens'. Un regard forcément 'autre' sur ces petites Arménies qu'il a été amené à côtoyer durant 3 jours. Entre appréhensions, a priori et surprises, le parcours d'un partisan d'un dialogue arméno-turc expurgé du « Mot en G ». Dans cet article, Baskin Oran se félicite d’être à l’initiative des débats en diaspora, en ignorant visiblement que les débats publics existent en diaspora depuis plusieurs décennies et sur tout type de sujets.


Légende photo: Le maître de Jazz, André Manoukian, est un nom auquel on accorde beaucoup d’importance.

Je vis en direct la rencontre de la diaspora avec le dialogue

07/07/2009

Lors du débat intitulé 'L’Etat de la Diaspora et ses Perspectives', des idées diverses flottent dans l'air. A la suite de l’enterrement de Hrant et de la Campagne d’excuses, la diaspora a commencé maintenant à débattre. Elle discute de tout mais avant tout d’elle-même.



BASKIN ORAN

Le Festival va durer du 8 au 10 Mai

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[Nota CVAN : Baskin Oran parle d'abord du film du Père Harutioun Bezdikian, de sa rencontre avec lui à Venise chez les Mekhitaristes. Il parle des autres activités du Festival ARA 2009 : des concerts, des spectacles de folklore et des cours de cuisine arménienne. Il cite les noms d’André Manoukian et de son Trio, de Nevchehirlian et du groupe Lavach. Il raconte l’ambiance ‘fête champêtre’, les produits proposés, les plats traditionnels qu’il connaît, les baklavas, etc..

Â…

L’invité d’honneur du festival est une très belle femme. Elle s’appelle Shamiram Sevak. Toute fine, attirante, élégante, distinguée. Elle s’habille différemment et très élégamment chaque jour. En général, elle choisit un pantalon en jean, les poches arrière brodées de strass. A ses côté, une femme plus jeune qui s’appelle Isabelle.
Si vous voulez avoir plus de détails, sa date de naissance est 1914. Je répète : 1914. J’ai demandé à Feyhan, à combien elle estimait l’âge de cette dame. Elle a répondu maximum 75.


Alors qu’elle a exactement 95 ans. C’est vrai. Elle est la fille de Roupen Sevak, l’un des intellectuels arméniens arrêtés le 24 avril 1915 et qui ont presque tous été tués. Il est de notoriété publique que le poète, le Dr Roupen Sevak, a été assassiné près d’Ankara le 26 Août [1915]. Elle dit “Ils m’ont arraché mon père de mes bras”. Comme elle n’avait que 1 an, elle ne pouvait pas s’en rappeler. Elle se rappelle probablement ce qu’on lui a raconté. Mais cela n’est-il pas déjà assez en soi ? Cela ne constitue-il pas l’essentiel ?

Premier débat: 

OĂą va la Diaspora?

Il y aura aussi 3 débats. On commence avec ‘L’état de la Diaspora et ses perspectives’. Je vais essayer de vous faire partager mes notes. Un des conférenciers commence avec une analyse : “La Diaspora est fondée sur quatre bases : L’Eglise, le parti Dachnag, le Génocide, l’Arménie. Cette dernière n’existe que depuis vingt ans”. Il y a des réactions : “Quand on dit ‘Français,’ on parle de ma carte d’identité. Le reste, c’est mon identité culturelle arménienne. Je suis athée. La foi n’a pas d’importance”. Et les réponses : “La foi concerne la communauté, pas l’individu”.

Un autre conférencier passe à la critique : “Y a-t-il une vie après le génocide? Nous sommes tellement masochistes que nous n’avons même pas un Etat derrière nous. Je suis venu vous dire ceci. Nous nous sommes enfermés dans des cages. Le moment est venu. Nous devons nous libérer de la psychologie d’immigré et nous devons commencer à produire. Nous avons besoin d’une lumière. Komitas a recueilli quatre mille chansons en quatre ans. Est nationaliste celui qui comprend également les valeurs des autres et pas seulement ses propres valeurs.

Des idées sont lancées : “Notre problème est avec l’Etat, pas avec le peuple turc”. “Comment élever nos enfants dans une communauté sans haine ?” “Le rapprochement Arménie-Turquie a affaibli la Diaspora”. “Que pensez-vous à propos des Turcs qui sont menacés de mort ?” “La Diaspora est constituée de membres vivant dans des pays de droit anglo-saxon et romain : comment allons-nous trouver une entente sur certains sujets ?

Par exemple, lÂ’indemnisation ? “LÂ’histoire des ArmĂ©niens nÂ’est pas limitĂ©e au gĂ©nocide”. “Je me sens proche de Hrant et de ceux qui ont prĂ©sentĂ© leurs excuses“. Nous, la diaspora, nous avons Ă©tĂ© mis Ă  lÂ’Ă©cart des discussions. Medz Yeğern nÂ’a jamais signifiĂ© ‘gĂ©nocideÂ’. 'JÂ’aurais souhaitĂ© que ceux qui ont organisĂ© la campagne [dÂ’excuses] invitent leur Etat Ă  prĂ©senter des excuses'. 'Comment un paysan armĂ©nien [dÂ’ArmĂ©nie] et un paysan turc peuvent-ils communiquer ?'
Entre temps, la question ‘l’ASALA est-elle ou non terroriste ?’ est lâchée. L’homme qui murmurait une vieille chanson turque à mes oreilles se lève et dit « Il n’est pas juste de dire que l’ASALA est une organisation terroriste». 

Si vous suivez de près ce sujet, vous devez, en lisant mes lignes, probablement ressentir la même chose que moi. La diaspora fait connaissance avec le dialogue interne. Jusqu’aujourd’hui ce dialogue n’existait pas. Car il n’y avait que le combat contre les négationnistes turcs. Disons la vérité : non seulement nous avons empêché les Turcs de discuter de la question arménienne mais, en même temps, nous avons aussi empêché la diaspora de parler d’autre chose que de vengeance… A la suite de l’enterrement de Hrant et de la Campagne d’excuses, la diaspora a commencé maintenant à débattre.

Elle discute de tout, mais avant tout d’elle-même [Nota CVAN : Baskin Oran a précisé dans le premier opus de son compte-rendu, qu’il s’agissait là de sa première vraie rencontre avec la diaspora arménienne. Cela ne l’empêche pas d’avoir malgré tout, au sujet de cette diaspora, des certitudes pour le moins curieuses. Les débats publics existent en diaspora depuis plusieurs décennies et sur tout type de sujets. Ce type de débat, où chacun vient vider son sac et partager ses angoisses et ses idées, ce serait même plutôt une ‘maladie’ arménienne. Quant au thème de ‘la vengeance’, au risque de décevoir le professeur Baskin Oran, il n’a jamais été d’actualité dans les débats diasporiques : sauf si la demande de justice et de vérité pour crime de génocide, constitue un acte de vengeance...].

Notre débat : Le négationnisme en Turquie et la société civile

Le deuxième jour à 10h00 a lieu notre débat: ‘La société civile contre le négationnisme d’Etat’. Les autres conférenciers sont : Michel Marian, Yves Ternon, Jacky Mamou et Laurent Leylekian. Il est possible de dialoguer avec Marian. Yves Ternon, pas vraiment : lors de la conférence à Venise, il nous avait dit: “Allez-y maintenant, racontez tout ce que je viens de dire à vos maîtres à Ankara !” et il s’était heurté à la réaction de Raffi Hermon qui est en ce moment maire-adjoint du district d’Adalar, à Istanbul.

Je ne connais pas Mamou. J’avais déjà entendu dire que Leylekian était l’un des représentants européens des Dachnags et qu’il était un personnage très difficile.
J’avais demandé 1 heure pour mon exposé, moi j’ai eu 30 minutes, les autres ont eu 20 minutes chacun. Je ne peux pas écrire la totalité de mon discours, car je n’avais pas de texte écrit, mais les principales lignes étaient celles-ci : 


[Nota CVAN : B.Oran raconte le combat que [les membres de] la sociĂ©tĂ© civile mènent pour briser les tabous tout en mettant en pĂ©ril leur vie, leur honneur et leur libertĂ©. Il parle de deux types de nĂ©gationnisme : 1 au niveau de lÂ’Etat et 1 au niveau des citoyens. Il juge que le deuxième est plus important, mais par manque de temps il ne peut pas dĂ©velopper le sujet ; il se contente de donner les noms des personnes et les activitĂ©s qui ont marquĂ© leur combat durant les dernières annĂ©es ; Les Ă©ditions de livres : Taner Akçam et Ragıp Zarakolu, en 2004, le Rapport des minoritĂ©s, en 2005 la ConfĂ©rence armĂ©nienne, en 2007, les obsèques de Hrant, en 2009, le CD nommĂ© Sarı Gelin, les rĂ©actions contre les Ă©vĂ©nements Ă  Eskişehir “Les chiens peuvent entrer mais pas les ArmĂ©niens” et Ă  Kayseri, le Halva distribuĂ© pour l’âme de Hitler. En 2009, la commĂ©moration du 24 Avril 1915 Ă  Istanbul et il dĂ©veloppe la campagne dÂ’excuses.]

La campagne dÂ’excuse

La campagne, préparée à l’initiative de quatre personnes et soutenue par 350 intellectuels, a été ouverte aux signatures le 14 décembre 2008. Au bout de quelques jours, 30.000 personnes l’avaient signée. Le texte était: “Ma conscience ne peut accepter que l’on reste indifférent à la Grande Catastrophe que les Arméniens ottomans ont subie en 1915, et qu’on la nie. Je rejette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes sœurs et frères arméniens et je leur demande pardon.”
Pourquoi cette campagne? Pour atteindre deux cibles:

1) Pour payer une dette de conscience : Nous devions faire ceci pour que les Arméniens enterrent enfin leurs morts qu’ils gardent chez eux depuis près d’un siècle et pour qu’ils puissent faire leur deuil.
Ceux qui ont présenté des excuses n’étaient pas responsables de ce qui a été fait il y a un siècle mais ils ont quand même présenté leurs excuses.

Car :
- Ceux qui devraient présenter des excuses n’ont pas l’intention de le faire;
- Il n’y avait pas de notion de “Crime Collectif” mais de “Conscience collective”.
2) Pour débattre en long et en large de la question arménienne en Turquie : grâce aux protestations qui ont éclaté dans l’opinion publique, cette cible a été entièrement atteinte.

Et pour le long terme, pouvoir ouvrir une ère de reconnaissance des injustices historiques commises en Turquie. Je parle des injustices commises contre les non-musulmans, les alévis et les Kurdes. Les signataires pouvaient briser le plus grand tabou et ouvrir ainsi la voie pour briser les autres tabous. Dans l’opinion publique arménienne, certains sont dérangés par cette campagne. Ils ont dit que les organisateurs avaient des desseins « cachés »; par exemple comme faciliter la politique étrangère turque. Ceci montre évidemment l’inquiétude et l’état de non-confiance de la diaspora. On va revenir sur ce point.

[Nota CVAN : Baskin Oran est bien placé pour comprendre le manque de confiance de la diaspora arménienne. N'a-t-il pas déclaré dans une interview au quotidien turc Milliyet, parue le 19 décembre 2008 : « Monsieur le Premier ministre devrait nous être reconnaissant pour cette campagne. Dans le monde entier, les parlements adoptaient des résolutions, de manière automatique. Maintenant, tout ceci va s'arrêter. La diaspora s'est adoucie. Les médias internationaux ont commencé à abandonner l’usage du terme de génocide. »]

Traduction résumée du turc : S.C. pour le Collectif VAN 23 juillet 2009 - 8:19 - www.collectifvan.org

Lien permanent:

http://collectifvan.org/article.php?r=0&id=33834 (« 3 jours avec la diaspora arménienne par Baskin Oran - II)


Titre original : Diasporanın diyalogla tanışmasını canlı yaşıyorum


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Source/Lien : Radikal



   
 
   
 
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