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PORTRAIT « Il était une fois un Arménien turc » par Emel Armutçu
Publié le :

mercredi 8 février 2006, Stéphane


Hrant Dink naît le 15 septembre 1954 dans le quartier
alevi [l’alevisme est une forme particulière de
chiisme anatolien] de Cavusoglu, Ă  Malatya, oĂą vivent
aussi des Arméniens. Son père, Serkis Dink, plus connu
sous le nom de Hashim le tailleur, est en effet
originaire de cette région, aux marches de l’Anatolie
orientale.

Toutefois, ce qui incarne sans doute le
mieux la philosophie de vie de Dink se trouve dans le
prénom de sa mère, Gülvart : « Vart » est la
traduction arménienne du mot « gül », qui, en turc,
signifie « rose ». Ce prénom donné à sa mère symbolise
ainsi de la plus belle façon le « vivre ensemble » qui
sera lÂ’essence mĂŞme du combat de Hrant Dink.

Alors quÂ’il a 7 ans Ă  peine, Hrant quitte Malatya pour
Istanbul avec ses deux petits frères à cause de la
passion dévorante de son père pour le jeu. Ne
supportant plus son mari, la mère du petit Hrant
décide de le quitter, abandonnant au passage ses trois
enfants, que leur père ne veut plus voir.

Laissés à leur propre sort, les trois frères vont
errer pendant trois jours avant d’être retrouvés
endormis, affamés et misérables à Kumkapi [quartier
dÂ’Istanbul].

L’étape suivante sera pour eux l’orphelinat arménien
du quartier de Gedikpasha [Ă  Istanbul], oĂą Hrant Dink
va passer dix années. Un jour, on amena à l’orphelinat
une dénommée Rakel. Elle était issue d’une famille
dont les parents s’étaient réfugiés en 1915 dans les
monts Djoudi [Sud-Est anatolien, en plein pays kurde],
dÂ’oĂą ils nÂ’Ă©taient redescendus que des dizaines
d’années plus tard.

Rakel était une Arménienne kurdisée. Elle ne parlait
ni le turc ni l’arménien. Hrant devient alors pour
elle une sorte de grand frère, qui lui apprend le turc
et l’arménien, et qui l’épousera quelques années plus
tard.

A cette Ă©poque, Hrant Dink milite Ă  lÂ’extrĂŞme gauche.
Heureusement pour lui, cette histoire dÂ’amour le tient
relativement éloigné d’une gauche radicale qui rêve
d’en découdre.

Cela ne lÂ’empĂŞche toutefois pas dÂ’ĂŞtre
arrêté et torturé après le coup d’Etat du 12 septembre
1980. Non pas parce qu’il aurait participé à des
actions dÂ’une organisation subversive, mais tout
simplement à cause des bêtises de son petit frère
Hosrop. Celui-ci rĂŞve de partir Ă  lÂ’Ă©tranger.

A cette Ă©poque, il nÂ’est pas facile de quitter la Turquie pour
lÂ’Europe. Hosrop part alors pour Beyrouth, dÂ’oĂą il
effectue des allers-retours vers lÂ’Europe, mais sous
l’identité d’une personne décédée à Beyrouth. Mais un
jour Hosrop se fait arrĂŞter en Turquie sous cette
fausse identité. Craignant que l’on ne découvre cette
supercherie, il lâche au cours d’un interrogatoire le
nom de Hrant, qu’il présente comme son ami. Situation
embarrassante pour ce dernier.

En effet, à l’époque, l’Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie
[ASALA, groupe responsable de plusieurs attentats
antiturcs] commet des attentats contre les diplomates
turcs en poste en Europe. Dans ce contexte, les termes
de Beyrouth et d’Arménien sentent le soufre, et il est
bien difficile en Turquie dÂ’expliquer que la
conjonction de ces deux éléments n’a rien à voir avec
le terrorisme. Il s’en faut de peu que les deux frères
ne sortent pas indemnes de cette première
confrontation avec la police.

A cause de cette histoire, Hrant Dink se retrouve sur
une liste noire et devient Ă  partir de lĂ  une sorte de
suspect systématique. Et lorsque que le directeur de
son orphelinat est arrêté parce qu’il aurait participé
Ă  des actions antiturques, et quÂ’en signe de
protestation, des militants de lÂ’ASALA occupent un
consulat et posent comme condition la libération du
directeur, cÂ’est Ă  nouveau Hrant Dink qui doit
répondre de cette affaire devant la police.

Avec son épouse, Rakel, il s’occupe d’une école arménienne pour enfants orphelins venus d’Anatolie, comme lui et sa
femme. Mais, après vingt et un ans d’une expérience
sociale inédite, l’Etat turc décide de récupérer à son
compte cette initiative, sur laquelle il met donc la
main. Jusque-lĂ , Hrant Dink nÂ’avait jamais vraiment
senti qu’il appartenait à une minorité.

Mais, lorsque,en un instant, lÂ’Ă©cole, qui servait de refuge Ă  des
centaines d’enfants, lui est retirée, il commence à
prendre conscience d’une certaine réalité.

Pendant les huit mois quÂ’il passe dans lÂ’infanterie Ă 
Denizli [ouest de la Turquie], il ne parvient pas Ă 
accéder au grade de sergent, rang qu’ont atteint tous
ses compagnons de régiment. Voyant qu’il n’obtiendra
jamais ce grade, pour lequel il a pourtant réussi
toutes les Ă©preuves, il ressent alors vraiment le
poids d’une discrimination qui l’affecte profondément.
Ces événements le poussent à réfléchir sur son
identité.

Cette situation est le résultat d’un long processus.
Outre ce qui s’est passé en 1915 et en 1942 avec
l’affaire de l’« impôt sur la fortune » [le
gouvernement turc taxe alors arbitrairement les
minorités du pays, dont les Arméniens ; les
récalcitrants sont envoyés en camp de travail ; malgré
la suppression de cet impĂ´t, la confiance est rompue
entre les minorités et l’Etat], la pression commence à
s’exercer sur les minorités et, par conséquent, sur
les Arméniens, avec l’apparition de la question
chypriote [pogroms antigrecs de 1955, qui touchent
aussi les Arméniens].

On en arrive ensuite aux années où l’ASALA accentue
ses opérations. Les Arméniens de Turquie sont ainsi
très exposés. Puis vient la question kurde, à laquelle
on associe la question arménienne. C’est l’époque où
une ministre du gouvernement traite le chef du PKK de
« sperme d’Arménien » et où le conflit du
Haut-Karabakh a des répercussions à l’intérieur de la
Turquie.

C’est une période sombre, explique Hrant
Dink, « où les Arméniens de Turquie vivent dans la
crainte, terrés chez eux ». Il veut absolument changer
cet Ă©tat dÂ’esprit. Il explique alors au patriarcat
arménien que la communauté arménienne vit repliée sur
elle-même. « Ce n’est qu’en nous racontant mieux que
nous pourrons briser les préjugés », ajoute-t-il.

VoilĂ  donc le cheminement qui conduit Dink vers la
création de l’hebdomadaire Agos, publié en turc (et en
arménien), dont le tirage est passé de 1 800 à 6 000
exemplaires et qui compte maintenant autant de
lecteurs turcs qu’arméniens. Hrant Dink devient alors
ce journaliste que chaque académicien, chaque
politique essaie de joindre dès lors qu’il veut
établir un contact avec la communauté arménienne. Si
on organise en Turquie une conférence consacrée à la
question arménienne, Dink est évidemment le premier
intervenant Ă  qui lÂ’on pense.

Plus ouvert que le patriarcat arménien, Dink symbolise
désormais en Turquie, dix ans après le lancement
d’Agos, la réussite d’Arméniens de Turquie qui sont
parvenus à devenir des acteurs laïcs de la société
civile turque. Selon lui, Agos ne sÂ’occupe plus
seulement des questions relatives aux Arméniens de
Turquie, il s’affirme désormais comme un acteur de la
démocratisation du pays.

« Si tous les problèmes des Arméniens de Turquie sont
résolus, mais que ceux des Kurdes, des alevis, des
femmes et des homosexuels subsistent, Ă  quoi bon avoir
fait tout cela ? » ajoute à ce propos Hrant Dink, qui
a été l’un des acteurs de la fameuse conférence
d’Istanbul de septembre 2005 consacrée aux Arméniens
et où la question du génocide a été abordée.

Selon lui, « lorsqu’on évoque une période historique
aussi douloureuse, lorsquÂ’on cherche Ă  briser un
tabou, il faut pouvoir créer une méthode. C’est
précisément ce qui s’est passé lors de cette
conférence houleuse ». « On nous a reproché de ne pas
y avoir convié les défenseurs d’opinions
contradictoires » (à savoir celles défendant la thèse
officielle turque), poursuit-il.

« Cela peut paraître une remarque pertinente, mais ce n’est pas le cas. En effet, jusqu’à maintenant, en Turquie, la
confrontation entre noir et blanc nÂ’a jamais rien
donné. Qu’ils réussissent une seule fois à créer un
débat constructif autour de leurs thèses, et alors
poser cette question sera légitime ».

La discussion sur cette période tragique de l’Histoire a toujours
été monopolisée par ceux qui considéraient, selon les
camps dans lesquels ils se situaient, que sur cette
question la vérité était soit blanche, soit noire.

« Pour la première fois, avec cette conférence, c’est
le contraire qui s’est produit », conclut Hrant Dink.




   
 
   
 
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