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Protocoles arméno-turcs : ni oui, ni non
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Ayse Gunaysu, militante de l’IHD (Association des Droits de l’Homme de Turquie) est l’une des intellectuelles turques les plus engagées sincèrement dans la lutte contre le négationnisme de l’Etat turc. Elle écrit régulièrement sur le site arméno-américain Armenian Weekly. Elle exprime ici son point de vue sur les protocoles arméno-turcs, signés le 10 octobre 2009 à Zurich. Un avis qui résume à lui seul tous les paradoxes de la Turquie : ni oui, ni non. Le Collectif VAN vous propose la traduction de cet article du site Armenian Weekly en date du 24 septembre 2009.

Gunaysu: ni oui, ni non


Par Ayse Gunaysu, le 24 Septembre 2009

Je ne me souviens pas vraiment combien de fois j'ai écrit que la Turquie est un pays rempli de paradoxes, où curieusement il y a un grand nombre de questions auxquelles vous ne pouvez répondre ni oui ni non. En outre, cela génère constamment des paradoxes.

Par exemple, l'initiative du gouvernement visant à résoudre la « question kurde » est à la fois acceptable et inacceptable dans sa forme actuelle. Elle est juste et acceptable car elle a la paix comme objectif, mais elle est inacceptable à cause de son imprécision et des pratiques contradictoires du gouvernement.

Le procès Ergenekon, contre les suspects accusés d'avoir comploté contre le gouvernement, est à la fois acceptable et non acceptable : il mérite d'être soutenu du fait qu'il conteste la tradition d'État militariste en Turquie, mais il est choquant en raison de son objectif final douteux et de l'absence de détermination pour réellement mettre fin aux formations illégales au sein de l'appareil d'État.

Je soutiens les intellectuels islamiques dans leur lutte pour la démocratie et leur demande pour un vrai régime civil, mais je ne peux probablement pas me tenir à leurs côtés tant qu'ils continuent leur antisémitisme, en prenant comme prétextes les politiques gouvernementales et les pratiques israéliennes.

Je n'ai pas signé la fameuse pétition « d’excuses », initiée par un groupe d'intellectuels turcs, mais je ne vais, en aucune manière, faire campagne contre la pétition, sachant que des milliers de personnes l’ont signée en faisant preuve d’une sincérité totale dans leur protestation contre le négationnisme, et que la pétition, malgré ses faiblesses et ses inconvénients, va servir en fin de compte, d'étape vers la reconnaissance du génocide.

Je peux citer de nombreux autres exemples où, étant dans un environnement très chaotique en Turquie, on peut dire à la fois oui et non à une initiative, à une pratique ou à un projet de nature politique.

Les raisons détaillées de cette incapacité à prendre une position inconditionnelle sur des questions majeures, les facteurs sociologiques, économiques, culturels, historiques qui s’inscrivent dans cette situation toujours paradoxale, constituent un sujet qui doit être étudié par les universitaires.

Mais en regardant l'image globale, il est facile de voir que le changement subi par la Turquie génère un potentiel pour déplacer les pierres angulaires de la structure de l’État, déjà mal construite, conduit à des changements de certains équilibres et inverse le positionnement traditionnel des courants politiques.

Les signaux d'une normalisation des relations entre la Turquie et l'Arménie constituent une de ces questions à laquelle je me vois répondre ni non ni oui, ou répondre oui et non en même temps.

La question a de nombreuses dimensions et de nombreux niveaux de discussions. Elle a de nombreux aspects qui ont tous des significations et des sens différents.

Ce n'est certainement pas la même si tu es un militant qui a consacré sa vie à la reconnaissance du génocide arménien ou si tu es un citoyen d'Arménie qui a désespérément besoin de l’ouverture de la frontière pour gagner sa vie, ou si tu es Arménien, mais citoyen turc, qui a consacré toute sa vie à maintenir et promouvoir la langue arménienne, la culture et les institutions éducatives, sociales et religieuses en Turquie, un pays où l'homogénéité ethnique, religieuse et culturelle est constamment valorisée ; et c'est certainement différent si tu es une personne en Turquie donnant un sens à sa vie en contribuant à la démocratisation du pays et à la défaite d'une culture négationniste, aussi minime que puisse être cette contribution.

Pour ma part, je dis oui au processus de normalisation parce que nous, en Turquie, qui refusons le nationalisme turc, nous avons désespérément besoin de tout ce qui pourrait affaiblir la position traditionnelle profondément ancrée de la Turquie à voir l'Arménie comme un pays hostile. Je dis oui parce que nous ne pouvons pas mener une vie décente quand nos amis arméniens sont ici constamment harcelés par un tel nationalisme.

Je dis oui parce que le nationalisme turc considère les protocoles signés entre les deux pays comme une menace à son existence. Je dis oui parce que l'effacement du nom d'Arménie sur les cartes dans les écoles, y compris dans les écoles arméniennes, a été parmi les premières pratiques de la dictature militaire de 1980. Je dis oui parce que Delal Dink a dit que si la frontière était ouverte, son père se lèverait du trottoir où il est tombé depuis le moment où il a été abattu.

Mais en même temps, je dis non aux protocoles parce que les organisations de la diaspora arménienne, les enfants et les petits-enfants des victimes du génocide, ont été exclus du processus dans son ensemble.

Ainsi, les protocoles, qu'importe si cela a été fait exprès ou non, jouent selon le schéma de pensée répandu dans la population turque d’une classification en « bon Arménien » (Arméniens de Turquie et dans une certaine mesure, d'Arménie) et « mauvais Arménien » (Arméniens de la diaspora). Je ne peux pas applaudir la signature des protocoles aussi longtemps que les manuels avec lesquels les enfants de Turquie sont élevés, contiennent des expressions incitant à des sentiments d'animosité et de haine envers les Arméniens.

Je ne pourrai probablement pas être heureuse avec le soi-disant "processus de normalisation" tant que les sites internet, non seulement des institutions gouvernementales, mais aussi des organisations semi-officielles et non officielles, contiennent encore une historiographie pleine de mensonges et de propagande anti-arménienne, et aussi longtemps que les universitaires connus, les ambassadeurs retraités, et les acteurs de l'opinion populaire expriment avec culot des points de vue déshonorant la mémoire des victimes du génocide qui portent atteinte à la dignité et à l'honneur de leurs petits-enfants vivant en Turquie et ailleurs.

Je ne peux pas soutenir les protocoles, car ils ne comprennent pas un engagement du coté turc visant à mettre fin à toutes ces manifestations et à d'autres manifestations, non seulement du négationnisme du génocide, mais aussi des souffrances complètes infligées dans ce pays aux Arméniens dans le passé et également aujourd’hui.

Néanmoins, je ne peux probablement pas, même si je le voulais, mener une campagne contre les protocoles, parce que je vois cette initiative comme une partie du processus de changement qui a actuellement cours en Turquie. L'idéologie officielle depuis des générations a été de renforcer le sentiment anti-arménien en Turquie.

La déclaration même d'une volonté d'établir des relations amicales avec l'Arménie est en totale contradiction avec cette idéologie qui a été intériorisée par le public turc. Ainsi, ça fait du bien de voir les articles de la presse nationale publier des nouvelles et des articles en faveur du processus de normalisation. Mais cela fait encore mal et rend furieux de savoir que la culture du négationnisme est plus forte que jamais.

Traduction L.A. pour le Collectif VAN - 14:12 - 21 octobre 2009 - www.collectifvan.org




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Source/Lien : Armenian Weekly



   
 
   
 
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