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Un journaliste arménien menacé de mort à Istanbul
Publié le : 17-11-2009

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le journaliste arménien de Turquie, Sevan Nişanyan, a reçu des centaines d’emails de menaces de mort et d’insultes. Son tort ? Avoir changé, dans l’un de ses articles, la phrase d’Atatürk “Ton premier devoir est de préserver et de sauvegarder éternellement l’indépendance turque et la République turque” en “Ton premier devoir est d’être un être humain.” Certains messages font explicitement référence à l’assassinat de Hrant Dink, le 19 janvier 2007. L’avocat turc et défenseur des droits de l’homme, Orhan Kemal Cengiz, éditorialiste du Today’s Zaman, journal de Turquie en langue anglaise, nous livre ici son analyse des mentalités turques : « Si un pays ne se confronte pas à son passé, il est condamné à le répéter. Si nous ne nous confrontons pas complètement à ce qu’il s’est passé avec les Arméniens en 1915, nous ne pourrons pas nous débarrasser de ces éléments fascistes dans la structure de l’État -- pas plus que nous ne pourrons faire changer cette mentalité. » Heureusement les articles de l’avocat Orhan Kemal Cengiz se suivent et ne se ressemblent pas : il avait signé le mois dernier, deux textes très polémiques diabolisant la diaspora arménienne (« Maudit » Turc). Le Collectif VAN vous propose la traduction de son article en date du 13 novembre 2009.

Légenda photo: Sevan Nişanyan, journaliste arménien de Turquie

ORHAN KEMAL CENGİZ
o.cengiz@todayszaman.com

Tuer un autre Arménien

J’avais tout d’abord l’intention d’écrire une histoire divertissante, mais je suis tombé sur une information importante dans le Today’s Zaman. Je me suis dis que la Turquie est comme une famille qui a un père psychopathe agissant de façon extrêmement perturbante à chaque fois que les enfants se sentent heureux -- comme s’il voulait tuer leur bonheur. La raison pour laquelle j’utilise cette métaphore dans laquelle je décris la figure du père comme un psychopathe et moi-même comme un enfant, sera analysée séparément.

Passons à cette “histoire perturbante.” Comme vous avez pu le lire dans l’édition d’hier du Today’s Zaman, le journaliste de Taraf, Sevan Nişanyan, un citoyen turc d’origine arménienne, a publié dans sa chronique des “Courriers de lecteurs” qu’il a reçus en réaction à l’un de ses articles précédents dans lequel il avait réécrit “Le discours à la Jeunesse turque ” de Mustafa Kemal Atatürk.

Il avait changé la phrase d’Atatürk : “Ton premier devoir est de préserver et de sauvegarder éternellement l’indépendance turque et la République turque” en : “Ton premier devoir est d’être un être humain.” Il a fait d’autres changements de ce type dans le texte original. En réaction à cet article créatif, il a reçu plus de 400 emails de lecteurs, le menaçant de mort, l’insultant dans un langage extrêmement virulent etc.

Il a cité une douzaine de ces messages en exemple, pour donner aux lecteurs un aperçu des messages non publiés. Quand on lit ces messages, les plus “décents”, déjà mentionnés dans l’édition d’hier du Today’s Zaman, montrent clairement que toutes les attaques ciblent son origine arménienne. Les messages sont écrits dans la plus pure forme d’une mentalité raciste, faisant référence au meurtre du journaliste turco-arménien Hrant Dink, à l’Histoire et ainsi de suite.

Lire ces messages me rappelle quelque chose. Pendant l’été 2008, j’ai assisté à un séminaire sur le génocide à Toronto. Un dîner a été offert aux participants le dernier soir. Il y avait également des personnes du Zoryan Institute, qui avaient organisé ce séminaire. Un monsieur arménien, à qui l’on avait dit que j’étais turc, voulait me parler et il est venu s’asseoir directement en face de moi. Il parlait turc parfaitement. Il m’a alors raconté son histoire.

Sa famille était originaire de Van, une ville située au bord du plus grand lac d’Anatolie, portant le même nom. Son grand-père était un homme riche à Van.
Il y avait à Van un clan kurde dont le chef avait l’habitude d’inviter les Arméniens importants et riches chaque année chez lui pour un dîner spécial. Cette année-là, le chef de la tribu kurde, a comme d’habitude invité les riches Arméniens chez lui pour dîner. Lors de ce dîner, le père de ce monsieur arménien était en train de jouer avec les enfants dans la cour de la maison.

Quelque chose d’inhabituel s’est passé : on a dit aux enfants de rentrer chez eux et on leur a aussi dit que leurs pères les rejoindraient plus tard. Plus tard, ils ont appris que pas un seul Arménien qui avait assisté à ce dîner n’était parti vivant ; ils ont tous été tués cette nuit-là. C’était en 1915. Ce chef de tribu kurde est très probablement devenu très riche après avoir pris possession des biens des Arméniens qu’il avait tués.

Suite à cela, la famille a recommencé une nouvelle vie à Istanbul, et ce monsieur y a reçu une bonne éducation. Lorsque le moment de la conscription est arrivé, il a dû faire un choix : soit il faisait son service militaire, soit il émigrait à l’étranger comme beaucoup de ses amis arméniens vivant en Turquie l’avaient fait. Il a décidé d’entrer dans l’armée, croyant qu’une bonne vie l’attendait en Turquie, une fois son service militaire accompli.

Étant donné qu’il avait déjà obtenu ses diplômes, il entra dans l’armée avec le grade de deuxième lieutenant. Apparemment, pour de nombreux Turcs racistes, avoir un supérieur d’origine arménienne était une très grosse insulte. Dès qu’il mit le pied dans la caserne, ils commencèrent à le harceler. Chaque nuit, un groupe de soldats parlait de le tuer devant la porte de sa chambre. Pas une nuit ne se passait sans qu’il n’entende des conversations sur la façon dont il allait être tué. Dès que son service militaire fut terminé, il se réfugia au Canada où il vit depuis. Quel traumatisme pour lui et quelle perte pour la Turquie. C’est un homme intelligent qui a reçu l’une des meilleures éducations en Turquie.

La Turquie a vraiment perdu un grand homme, un homme déterminé à vivre dans ce pays quoi qu’il en soit. Quelle grande perte pour la Turquie.
Nişanyan est l’un des esprits les plus brillants de ce pays, et nous avons de la chance qu’il n’ait pas quitté la Turquie. Je suis sûr qu’il a dû, comme tout autre Arménien vivant en Turquie, subir de nombreuses attaques racistes de tout type et de toute forme pendant sa vie. Mais il n’a pas quitté la Turquie ; il continue à vivre ici et il continue à contribuer à la démocratisation de ce pays.

Pour en revenir au début de cet article, j’ai donc utilisé une métaphore par laquelle j’ai décrit les psychopathes agressant Nişanyan, en tant que figure du père, parce que je sais d’instinct que l’État profond est toujours impliqué dans ce genre d’attaques organisées. En Turquie, ce genre de chose survient d’une façon bien plus organisée que les gens tendent à le croire.

Lorsque j’ai eu connaissance de cette campagne de haine menée contre Nişanyan, j’ai tout de suite pensé au JİTEM comme étant le conspirateur derrière ces faits. Le JİTEM est l’unité illégale de la gendarmerie, responsable de nombreux meurtres non résolus dans le sud-est de la Turquie. Je pense également qu’ils sont les vrais auteurs de l’assassinat de Dink et du massacre de Malatya en 2007.

Si un pays ne se confronte pas à son passé, il est condamné à le répéter. Si nous ne nous confrontons pas complètement à ce qu’il s’est passé avec les Arméniens en 1915, nous ne pourrons pas nous débarrasser de ces éléments fascistes dans la structure de l’État -- pas plus que nous ne pourrons faire changer cette mentalité. Ergenekon et les gangs du même acabit devraient être gérés avec la plus grande précaution, et ces procès devraient nous mener là où ils pourront nous mener.

Finalement, pour éviter une seconde affaire Dink, les menaces et autres messages ciblant Nişanyan devraient être pris très au sérieux. Le devoir moral et juridique prioritaire de ce gouvernement est d’enquêter sur ces menaces et de découvrir qui en sont les véritables auteurs. Nous devrions tous observer de près les mesures qui seront prises.


Traduction de l'anglais: C.Gardon pour le Collectif VAN - 13 novembre 2009 - www.collectifvan.org

Vendredi 13 novembre 2009
ORHAN KEMAL CENGİZ

Lire aussi :

"Maudit" Turc ! (I)

"Maudit" Turc ! (II)






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Source/Lien : Today's Zaman



   
 
   
 
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