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Génocide arménien : un outil diplomatique et touristique ?
Publié le :










































Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - La France compte la diaspora arménienne la plus importante d’Europe. Pourtant ces citoyens européens ont été privés d’un texte remarquable concernant l’Arménie et la Turquie. Il s’agit d’une étude commanditée par le Comité des Affaires étrangères sur le Développement du Parlement européen, et qui n’a été publiée qu’en anglais, en août 2007. Cette étude révèle, entre autres, que le génocide arménien est destiné à devenir un outil diplomatique et touristique pour la Turquie. Les protocoles arméno-turcs signés en octobre 2009 redonnent une actualité à ce texte et il nous a paru intéressant d’en traduire de larges extraits. Et c’est peu de dire que l’étude que le Collectif VAN vous présente ci-dessous, n’a pas bénéficié de la publicité qu’elle méritait.

Si la thématique officielle de ce rapport concerne l’ouverture de la frontière entre l’Arménie et la Turquie, ainsi que le rétablissement du dialogue entre ces deux Etats et leurs sociétés civiles (toutes choses éminemment positives), ce qui transparaît en filigrane, c’est la volonté farouche de tirer un trait définitif sur le génocide arménien, sa reconnaissance et ses réparations. Bien au contraire, les enfants et petits-enfants des victimes arméniennes sont priés de passer à la caisse.

En effet, on apprend dans lÂ’Etude « FRONTIERE FERMÉE ENTRE LÂ’ARMÉNIE ET LA TURQUIE » que « restaurer le site d'Ani et encourager des visites du Mont Ağrı (Ararat), situĂ© Ă  la frontière, pourrait fournir d'excellentes raisons Ă  la crĂ©ation et Ă  la promotion de packages touristiques. Par exemple pendant le pèlerinage de 2001, environ 1 million de dollars amĂ©ricains ont Ă©tĂ© dĂ©pensĂ©s en dix jours. » Ce rapport prĂ©conise dÂ’Ă©viter « de se concentrer uniquement sur la question du gĂ©nocide ». Mais dans le mĂŞme temps, il suggère donc de permettre Ă  la Turquie dÂ’ajouter aux bĂ©nĂ©fices des confiscations, engrangĂ©s et fructifiĂ©s depuis le gĂ©nocide de 1915, les dollars et euros dÂ’un tourisme post-gĂ©nocidaire, essentiellement vĂ©cu par les ArmĂ©niens de la diaspora comme un pèlerinage vers le pays perdu.

Le rapport, écrit en 2007, incite l’UE à profiter de la vulnérabilité de l’Arménie pour contraindre celle-ci à reconnaître la frontière issue du génocide (ce qui, deux ans plus tard, devient effectif dans les protocoles arméno-turcs signés le 10 octobre dernier).

A vrai dire, ce rapport n’a pas tout à fait été passé sous silence : le bi-mensuel France-Arménie en a largement fait mention dans l’éditorial de Varoujan Mardikian et l’interview de Haïk Demoyan, parus dans le N° 349 du 1er novembre 2009. Et pour sa part, Nouvelles d’Arménie avait publié, une interview de l’un des auteurs du rapport, dans son Numéro 142 de Juin 2008, mais sans proposer, nous semble-t-il, de traduction du document original. Il était dès lors difficile de prendre la réelle mesure de ce document et de s’interroger sur le fait qu’il soit co-signé par un Arménien de Belgique.

Dans cette interview, Nicolas Tavitian, puisque c’est de lui qu’il s’agit, explique : « Mais [les co-signataires turcs du rapport] sont aussi des chercheurs, ils ont joué le jeu et sur l’essentiel, ils ont accepté mes arguments. Je signale aussi que si je n’avais pas accepté de participer à l’étude, elle aurait quand même été écrite, mais sans le point de vue arménien. »

Ainsi donc, ce que vous allez lire plus bas contiendrait, « sur l’essentiel », les arguments de Nicolas Tavitian, lesquels sont qualifiés de « point de vue arménien ». N’a-t-on pas lieu de se demander à quoi ce texte aurait ressemblé s’il n’avait pas contenu les dits arguments, mais aussi de s’inquiéter qu’une seule personne s’approprie « le point de vue arménien » ? Et au vu du résultat, n’aurait-il pas mieux valu qu’un Arménien n’y associe pas son nom ?

Constatons, par exemple qu’il relègue entre parenthèses le terme international de « Ararat » pour utiliser en premier lieu, le nom « Mont Agri » : il entérine ainsi, de facto, la turquification de la montagne biblique et c’est loin d’être anodin dans « un document de référence du Parlement européen »...

Par ailleurs, si dans son interview à NAM, il concède que c’était une erreur que d’avoir écrit « L’ouverture d’un centre culturel turc en Arménie qui décrirait l’Empire Ottoman d’une manière réaliste contrairement à l’actuel « Musée du Génocide » serait un outil très efficace de diplomatie culturelle », il ajoute que ce n’était « pas forcément une mauvaise idée ».

Un mea culpa en demi-teintes donc : il n’y aborde pas la prétendue « absence de réalisme » de l’actuel « Musée du Génocide », mais surtout il oublie de préciser s’il a signifié aux commanditaires européens de ce rapport, que cette proposition était, selon lui, « une erreur »… Car des excuses dans un journal essentiellement destiné aux Arméniens n’annule pas les dégâts causés au niveau du Parlement européen et ailleurs.

Certains points de son interview à NAM font sens, y compris son choix de dialoguer même avec des négationnistes soft, sauf que Nicolas Tavitian semble tout à fait négliger l’usage politique, uniquement pro-turc, qui est fait du dialogue entre individus : en effet, les moins sincères des « dialoguistes », ainsi que certains hommes politiques, s’emparent de ces initiatives pour dire « voyez, le dialogue existe, pas besoin de reconnaissance du génocide arménien, la démocratie avance en Turquie, la ‘réconciliation’ est en vue ».

Ce rapport écrit en 2007, n’engage pas que Nicolas Tavitian. Ce dernier, en tant que représentant à Bruxelles de l'Union Générale Arménienne de Bienfaisance d'Europe (L’UGAB Europe) depuis le 1er janvier 2008, devrait enfin s’exprimer clairement et dire, par exemple, quels spécialistes arméniens il a consultés avant de signer un rapport remis au Parlement européen et s’il continue à assumer ce texte, plus que jamais d’actualité.

L’occasion lui en sera en tous cas donnée lors de sa prochaine conférence intitulée ‘Le Conseil de l’Europe et sa politique en matière de biens culturels’ ce mercredi 25 novembre 2009. Elle se tiendra entre 13H30-15H15 dans le cadre du colloque de l’UGAB « Patrimoine arménien : pour une stratégie de conservation et de valorisation coordonnée » (renseignements sur : Patrimoine arménien : pour une stratégie de conservation et de valorisation coordonnée).

Une opportunité également pour l’UGAB de faire savoir dans quelle mesure elle cautionne le contenu, disons-le, franchement anti-arménien et anti-Arménie, d’un rapport co-signé par celui qui est devenu, six mois après la publication du rapport, l’un de ses représentants auprès de l’Union Européenne (document original en anglais à télécharger en fin d’article).


Vous trouverez à la suite de notre traduction, notre deuxième analyse de cette étude.

FRONTIERE FERMÉE ENTRE L’ARMÉNIE ET LA TURQUIE : EFFETS ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX, Y COMPRIS CEUX AFFECTANT LA POPULATION; IMPLICATIONS POUR LA SITUATION GLOBALE DANS LA RÉGION

Extraits
[...]


Page 8

La frontière et le génocide

En liaison avec tout cela, le différend de la frontière est encore rendu plus compliqué par le conflit sur la reconnaissance du génocide arménien. Depuis 1998, la République d’Arménie, soutenue par la diaspora arménienne, en a fait une affaire de politique étrangère pour s'évertuer à obtenir la reconnaissance internationale des événements de 1915 en tant que génocide. Bien que Erevan ait aussi constamment souligné qu’elle ne considère pas la reconnaissance du génocide comme une condition pour établir des relations avec la Turquie, ses demandes ont fait apparaître des préoccupations selon lesquelles elle pourrait alimenter des revendications territoriales sur la région de Kars et le district de Surmalu en Turquie. Ces préoccupations sont particulièrement attisées par le débat au sein de la diaspora arménienne. En effet, la possibilité d’avancer des revendications territoriales sur la Turquie lorsque le moment sera « mûr » reste inscrite dans les attentes et les débats publics des Arméniens. D’où la discussion sur les « droits historiques », c’est-à-dire les droits qui peuvent être revendiqués, si l'équilibre géopolitique penchait en faveur de l'Arménie. (Sassounian 2005).

[...]

La Déclaration d'indépendance affirme que “Consciente de sa responsabilité historique pour le destin du peuple arménien engagé dans la réalisation des aspirations de tous les Arméniens et de la restauration de la justice historique »; et dans son article 11, « La République d'Arménie soutient la tâche de parvenir à la reconnaissance internationale du génocide de 1915 dans la Turquie Ottomane et l'Arménie Occidentale. »


Page 15

Pertes et bénéfices potentiels pour la Turquie

Bien qu’elle ait reconnu l’État arménien dès 1992 et déclaré de nombreuses fois que l’Arménie n’était pas une ennemie, la Turquie affirme que l’ouverture de la frontière, de même que la normalisation des relations avec l’Arménie, dépendent du respect par l'Arménie des « principes du droit et de sa volonté de résoudre les problèmes avec ses voisins ».

[...]

L’Arménie est perçue en Turquie comme un état agressif qui s’est lui-même isolé de par l’agression de son voisin azéri et l’instrumentalisation de l’histoire vis-à-vis de la Turquie. La Turquie considère la fermeture de la frontière et le boycottage diplomatique exercé contre l’Arménie comme un « bâton » nécessaire pour modifier la position d’Erévan sur le conflit du Karabagh et la question du génocide. Mais quel est exactement le bilan coûts-bénéfices de la Turquie et peut-il être amélioré en faveur de la Turquie par un changement de politique sur la question de la frontière ? Bien que cela soit moins immédiatement évident que dans le cas de l’Arménie, la Turquie subit aussi des pertes significatives à cause de la fermeture, alors qu'elle a bien plus à gagner en adoptant une politique inverse. La raison pour laquelle le changement politique n’est pas encore en vue ne provient pas de la mauvaise perception qu'a la Turquie de ses coûts et des gains potentiels. Comme discuté ci-dessus, l’impasse actuelle est fondamentalement due à des questions hautement politisées et sécuritaires, qui sont donc moins susceptibles de changer sur la base d’une évaluation rationnelle du statu quo économique, social et politique. Pourtant, si l’on se plonge, comme le font les sections ci-dessous, dans une évaluation rationnelle et détachée du statu quo et son renversement potentiel, l’intérêt qu’aurait la Turquie à modifier sa politique semble évident.

Page 25

Ouvrir la frontière et lancer un processus pour créer la confiance

La fermeture actuelle ne nuit pas seulement à l’Arménie et à la Turquie, elle entrave aussi les perspectives de résolution des conflits et de développement dans le Caucase, de même que la coopération et l’intégration dans la région en général. Plus spécifiquement, non seulement la Turquie a agi contre ses intérêts en matière de développement, commerce et géopolitique, mais aussi, tout en nuisant à l’Arménie, la politique de fermeture de la Turquie n'a pas réussi à induire un changement positif de la position arménienne sur le conflit du Karabagh. Aussi, en revenant aux questions ayant sous-tendu la fermeture, il apparaît que, mis à part le conflit du Karabagh, la seule préoccupation légitime de la Turquie est liée à la reconnaissance de sa frontière orientale par l’Arménie, une préoccupation compliquée par la question du génocide. Comment ce dilemme peut-il être résolu ? Comment la frontière peut-elle être ouverte, ouvrant la voie à la normalisation, en assurant en même temps l’inviolabilité des frontières orientales de la Turquie ?

[...]

Puisque précisément, le bourbier qu’est la frontière est empoisonné par l’histoire, il est d’une importance cruciale que la Turquie et l’Arménie affrontent directement leur différend sur la reconnaissance du génocide. Un dialogue officiel sur le problème du génocide entre les deux gouvernements pourrait aider à éviter une politisation plus poussée de la question, la rapprochant, ainsi que plusieurs autres problèmes dans les relations bilatérales, d’une solution. Les deux gouvernements devraient entreprendre de soutenir un processus de dialogue, inspiré par d’autres expériences de justice de transition, dans laquelle des historiens, de même que des leaders d’opinion, des journalistes, des dirigeants politiques et d’autres acteurs de la société civile des deux pays partagent leurs points de vues et leurs expériences au sujet de ce qu’il s’est passé en 1915, dans le but d’atteindre une compréhension moins conflictuelle des circonstances entourant la disparition des Arméniens d’Anatolie. Il est d’une importance cruciale que ce groupe bénéficie du plein soutien des deux Etats. Sans cela, l’effort manquerait de légitimité, de crédibilité, et donc d’efficacité aux yeux du public. Pire encore, cela pourrait servir à empoisonner les relations bilatérales futures.

[...]


Voir par exemple le travail entrepris par le groupe franco-allemand d’historiens qui a récemment publié un livre d’histoire commune pour les écoles.

Page 27

Redécouvrir une histoire commune et construire une identité partagée

Il est également important que la recherche historique commune évite de se concentrer uniquement sur la question du génocide. Turcs et Arméniens partagent cinq siècles d’histoire commune que les récits nationalistes construits au XXème siècle ont presque entièrement effacés des mémoires des deux côtés de la frontière.

[...]

De même que la plupart des Turcs visitant le Musée du Génocide à Erevan seraient gênés par la manière dont l’Empire Ottoman est décrit sous forme d’instantanés comme une entité homogène et meurtrière, les visiteurs arméniens de la Turquie seraient gênés de découvrir que la plupart des traces arméniennes en Turquie ont été détruites ou renommées. Des deux côtés, cinq siècles d’interaction commerciale, sociale et politique semblent avoir été effacés.

[...]

Pour contrer les effets de 90 ans de récits conflictuels, la recherche et l’éducation sur la Turquie en Arménie et sur l’Arménie en Turquie, actuellement inexistantes en pratique, devraient être développées en tant que priorité.

En particulier, pour obtenir une meilleure compréhension des événements des dernières années de l’Empire, il est d’une importance cruciale que de nouvelles sources primaires datant de cette période et d’avant cette période soient découvertes et étudiées, que les sources arméniennes et turques soient traduites dans l’autre langue ainsi qu’en anglais, en particulier celles contenues dans les archives du Patriarcat d’Istanbul, qui ont été transférées à Jérusalem en 1916-1918 (Mesrob II 2006). L’ouverture d’un centre culturel turc en Arménie qui décrirait l’Empire Ottoman d’une manière réaliste contrairement à l’actuel « Musée du Génocide » serait un outil très efficace de diplomatie culturelle.

Une approche plus nuancée et contextuelle de l’histoire de la période ottomane est également impérative pour encourager la réconciliation et rendre aux Turcs et aux Arméniens une plus grande part de leur identité collective.

Améliorer la connaissance mutuelle et redécouvrir un passé partagé pourrait favoriser la réconciliation en érodant les stéréotypes et les représentations en tant qu'ennemi que l'autre peut susciter. La littérature et l'architecture agissent comme des témoins puissants du passé commun des Turcs et des Arméniens. La contribution arménienne à l’art et à l’architecture ottomans est aussi frappante que cachée, alors que la littérature de langue turque en caractères arméniens fournirait un champ d’investigation historique fascinant. Une preuve de l’intérêt latent dans les deux communautés à redécouvrir leur passé partagé a été le nombre record de visiteurs qui ont visité l’exposition à Istanbul en 2005 sur les Arméniens de l’empire Ottoman au début du XXème siècle.

Page 28

Il n’est pas nécessaire que la redécouverte d'un passé commun se passe seulement grâce à des d'initiatives d’Etat à Etat. Sur les 70 millions de personnes habitant en Turquie, 70 000 sont des citoyens d’origine arménienne. Il y aussi approximativement 30 000 Arméniens qui ont émigré en Turquie. Soutenir le renouveau culturel des Arméniens de Turquie aujourd’hui agirait comme un signal puissant du passé commun, de l’identité et de la coexistence pacifique entre Turcs et Arméniens.

[...]


Patrimoine culturel partagé et tourisme

Promouvoir la rĂ©conciliation en prĂ©servant le patrimoine armĂ©nien de Turquie dynamiserait aussi le secteur touristique de la Turquie, qui, alors qu'il est en plein essor et reprĂ©sente une importante source de revenus pour la partie occidentale du pays, demeure extrĂŞmement peu dĂ©veloppĂ© Ă  l'Est. Le tourisme sÂ’est en fait rĂ©gulièrement dĂ©veloppĂ© en ArmĂ©nie ces dernières annĂ©es. Avec le dĂ©veloppement Ă©conomique, la demande armĂ©nienne pour les voyages internationaux a aussi augmentĂ© petit Ă  petit. Les agences de voyage ont amĂ©liorĂ© leurs services et certaines ont commencĂ© Ă  offrir des packages vers la Turquie, principalement Istanbul et Antalya. Il est probable que les ArmĂ©niens de l'ArmĂ©nie comme de la diaspora, ainsi que les autres, seraient intĂ©ressĂ©s par la visite de la partie orientale de la Turquie. Un exemple de ceci a Ă©tĂ© le succès du “pĂ©lerinage” organisĂ© par le Conseil Turc et ArmĂ©nien de DĂ©veloppement des Affaires (TABDC) en coopĂ©ration avec le Diocèse de l'Eglise ArmĂ©nienne d'AmĂ©rique en 2001, qui a conduit environ 150 ArmĂ©niens des Etats-Unis en Turquie. Ce potentiel demeure inexploitĂ© Ă©tant donnĂ© l'absence d'infrastructures touristiques adĂ©quates dans la rĂ©gion ainsi que le mauvais Ă©tat des sites historiques qui s'y trouvent. En particulier, restaurer le site d'Ani et encourager des visites du Mont Ağrı (Ararat), situĂ© Ă  la frontière, pourrait fournir d'excellentes raisons Ă  la crĂ©ation et Ă  la promotion de packages touristiques communs. Cela dynamiserait le dĂ©veloppement Ă©conomique de l'ArmĂ©nie et de la partie orientale de la Turquie. Par exemple, selon le TABDC, pendant le pèlerinage de 2001, environ 1 million de dollars amĂ©ricains ont Ă©tĂ© dĂ©pensĂ©s en dix jours. Si 50 000 des 6 millions d'ArmĂ©niens de la diaspora visitaient la Turquie et l'ArmĂ©nie pendant deux semaines en dĂ©pensant environ 200 dollars par jour, cela injecterait 150 millions de dollars dans les Ă©conomies locales des deux pays. Cela aiderait aussi Ă  Ă©radiquer les peurs sans fondement et faciliterait le dialogue et la connaissance entre les deux sociĂ©tĂ©s.

Page 29

La frontière turco-arménienne – à cheval sur l'adhésion à l'UE et les politiques de voisinage

En d'autres termes, alors que le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE offre une possibilité claire à l’Europe d’utiliser des incitations et de poser des conditions quant à l'ouverture de la frontière turco-arménienne, la possibilité que l'UE ait une influence sur l'Arménie pour lui faire reconnaître officiellement les frontières orientales de la Turquie est bien plus limitée.

Si l'adhésion est projetée dans un futur lointain et fortement incertain, sa valeur perçue s’en trouve inévitablement réduite aux yeux du pays candidat, sapant de ce fait les motivations du candidat à satisfaire les conditions d'accession à court et moyen termes. Pourquoi un pays candidat se conformerait-il aux recommandations s'il croit que sa mise en conformité ne le rapprochera pas du but de l’adhésion ?

De même, si le pays candidat n'a pas confiance dans les intentions de l'UE d’avancer avec bonne volonté dans le processus d'adhésion, alors il aura tendance à considérer les conditions de l'UE comme des tentatives détournées de repousser ses ambitions de devenir membre. Les conditions et conditionnalités perdent à leur tour leur légitimité perçue et leur crédibilité et ne sont pas pris au sérieux par le pays candidat. En d'autres termes, les contretemps survenus dans le processus d'adhésion de la Turquie depuis l'ouverture des négociations en 2005, y compris la suspension des négociations sur huit chapitres en décembre 2006 et le rejet manifeste des ambitions turques par des...

Page 30

...États membres comme l'Autriche et la France sous la présidence de Nicolas Sarkozy, réduisent sérieusement la capacité de l'Union à entraîner des réformes en Turquie, y compris sur le dossier arménien. Plus spécifiquement, des initiatives d'Etats membres, telles que la décision de la France de tenir un référendum sur la future adhésion de la Turquie, ou, pour se rapprocher de l'objet de notre enquête, de pénaliser le négationnisme du génocide arménien, ne peuvent que réduire la crédibilité de l'UE, et de ce fait, limiter l'efficacité de l’Union européenne à promouvoir une normalisation et une réconciliation turco-arméniennes.

Une contribution de l’UE à l'ouverture de la frontière turco-arménienne dépend d’un engagement crédible de sa part envers le processus d'adhésion de la Turquie. Sans cela, les conditions et conditionnalités concernant l'Arménie (ou tout autre sujet politiquement sensible) pourraient bien échouer.

[...]


Cependant, des relations de bon voisinage requièrent de la bonne volonté des deux côtés. Comme mentionné ci-dessus, les éléments d’un accord complet comporteraient la reconnaissance par l'Arménie des frontières et de l'intégrité territoriale de la Turquie et parallèlement l'ouverture de la frontière et la normalisation des relations turco-arméniennes, et cela impliquerait de faire face au fardeau de l'histoire.

L'inclusion de l'Arménie dans la PEV (Politique Européenne de Voisinage), bien que, comme signalé ci-dessus, cette politique ne soit pas comparable au processus d'adhésion, offre à l'UE la possibilité d'avoir une plus grande influence sur la question de la frontière sur le côté arménien également. De plus, malgré ses liens avec la Russie, la situation géographique de l'Arménie, son isolement économique et sa taille, font qu’elle accorde une grande valeur à ses relations avec l'UE. A cet égard, bien que l'UE bénéficie d'un plus haut degré d'influence potentielle sur la Turquie que sur l'Arménie, en pratique, compte tenu de la position vulnérable de l'Arménie, elle est sans doute aussi dépendante de liens étroits et grandissants avec l'UE que l’est la Turquie.

[...]

En conclusion, malgré l’existence de cadres contractuels différents pour les relations de l’UE avec la Turquie et l’Arménie, les positions et les dépendances de ces deux pays vis-à-vis de l’UE offrent une possibilité significative d’exercer une influence constructive concernant le bourbier de la frontière turco-arménienne. Ceci pourrait requérir l’utilisation concomitante de conditionnnalités prudentes attachées à l’approfondissement de la relation contractuelle, ainsi qu’un soutien financier et technique à des initiatives turco-arméniennes communes, indispensables pour mettre en mouvement un cercle vertueux de socialisation entre les deux pays.


Traduction de l'anglais Collectif VAN et Christine Gardon - 24 novembre 2009 - 07:37 - www.collectifvan.org


Disponible en pdf sur :

http://www.europarl.europa.eu/activities/committees/studies/download.do?file=18288

Disponible en html sur :

http://209.85.229.132/search?q=cache:k6vSydfh1DcJ:www.europarl.europa.eu/activities/committees/studies/download.do%3Ffile%3D18288+EST18288%3Bpdf&cd=2&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&client=firefox-a


Note sur les auteurs :

L’étude a été demandée par le Comité des Affaires étrangères sur le Développement du Parlement européen.
Elle a été publiée dans la langue suivante : anglais
Éditeur et auteur : Nathalie Tocci
Coauteurs : Burcu GĂĽltekin-Punsmann, LicĂ­nia SimĂŁo, Nicolas Tavitian

Nathalie Tocci est chercheur à L’institut des Affaires Internationales à Rome. Elle était précédemment en poste à l’Institut de l’Université européenne et au Centre d’Études Politiques européennes à Bruxelles. Ses publications récentes comprennent The EU and Conflict Resolution: Promoting Peace in the Backyard, Routledge, Londres, 2007.

Burcu Gültekin-Punsmann est attachée de recherches au Centre d’Études Européennes de l’Université Technique du Moyen-Orient d’Ankara. Elle est directeur de projet en Turquie du Caucasus Business and Development Network (CBDN), projet dirigé par International Alert. Elle est titulaire d’un doctorat de l’Institut d'Études Politiques de Paris.

Licínia Simão est doctorante à l’Université de Coimbra au Portugal, elle travaille sur la politique européenne de voisinage dans le Caucase du Sud, et elle a accès en tant que chercheur au Centre d’études politiques européennes, à Bruxelles. Elle est membre de la Fondation pour les Sciences et la Technologie.

Nicolas Tavitian est le directeur du Centre Inside Europe. Il est titulaire d’un Master en Public Affairs and International Relations de l’Université de Princeton. Il est le représentant du Conseil pour le Développement Commercial Turco-Arménien (TABDC) à Bruxelles. Il a travaillé, et beaucoup écrit sur les relations entre la Turquie et l’Arménie.
Étude effectuée dans le cadre du Trans European Policy Studies Association (TEPSA), à Bruxelles
Responsable: Karsten Mecklenburg/Dag Sourander
Directorate-General for External Policies of the Union
Policy Department
BD4 06M083
rue Wiertz
B-1047 Brussels
E-mail: dag.sourander@europarl.europa.eu
Publisher European Parliament



Le Collectif VAN vous propose une seconde analyse de ce texte :

Premier argument que nous rejetons : l'assimilation de la question de la reconnaissance du génocide arménien à un différend bilatéral entre la Turquie et l'Arménie. Soutenir à tort que seule l'Arménie soutenue par la diaspora arménienne s'évertue à faire reconnaître le génocide arménien, en faisant totalement l'impasse sur la responsabilité de la communauté internationale, revient à nier le développement de la justice internationale. Ce faisant, cela mine tous les efforts entrepris mondialement en matière de prévention des génocides, notamment par les Nations-Unies, mais également par l'Union Européenne, qui a joué un rôle important dans la mise en place de la Cour Pénale Internationale, et des ONG internationales.

Autre argument traditionnel : la mythification d'un « âge d'or » des relations entre Turcs et Arméniens de l'Empire Ottoman, dont le souvenir aurait été anéanti par un siècle de récits nationalistes. Il ne vient pas à l'esprit des auteurs de l'étude que ce soit la destruction de la population arménienne de l'Empire Ottoman et le sort tragique de survivants peu nombreux qui aient pu être à l'origine d'une perte de la mémoire du passé. Ou qu'escamoter la contribution arménienne aux arts ottomans soit une continuation du génocide. Quant à l'« âge d'or » des relations entre différentes minorités de l'Empire, il semble que les auteurs n'aient jamais entendu parler du devchirmé (système de recrutement consistant à kidnapper, islamiser et utiliser des enfants chrétiens de l'Empire Ottoman) ni de la jizya ou du kharaj (impôts supplémentaires auxquels étaient soumis les populations chrétiennes et juives de l'Empire). Sans parler des cycles de répressions et de massacres.
A ce sujet, nous sommes bien étonnés que l'étude passe aussi sous silence la coopération culturelle entre Arméniens et Kurdes, qui, elle, s'est bien poursuivie jusqu'à nos jours, alors même que les Kurdes ont reconnu leur participation au génocide arménien. Encore faut-il connaître, parmi de nombreux autres exemples, Karapetê Xaco ou Aramê Tigran et leur rôle majeur dans le développement de la musique kurde d'aujourd'hui.

Troisième argument subtilement distillé dans l'étude : seuls les Arméniens d'Anatolie auraient été victimes du génocide. La remarque selon laquelle une partie des Arméniens de l'Empire Ottoman (les catholiques, les protestants, les Arméniens de l'Ouest de la Turquie, etc.) a survécu est souvent utilisée pour nier la qualification de génocide. Or, les faits historiques ont largement démontré le contraire : être catholique, protestant, habiter Istanbul ou Smyrne n'a pas permis aux Arméniens d'avoir la vie sauve lors du génocide. Plus grave encore, cela traduit une ignorance de la notion de génocide, dont la qualification ne peut être contredite par ce type d'assertions.

Et les tentatives de minimisation continuent plus loin : à cet égard, la critique acerbe formulée contre le musée du génocide (mot mis entre guillemets dans l'étude) d'Erevan interpelle : un des co-auteurs de l'article est membre du conseil d'administration de l'Union Générale Arménienne de Bienfaisance d'Europe (UGAB Europe), organisation qui, en décembre 2008, a confié à Haik Demoyan, directeur du musée du génocide d'Erevan, une conférence consacrée aux initiatives pour la reconnaissance du génocide arménien et au développement des relations arméno-turques et qui l’invite de nouveau le 27 novembre 2009. De même, la comparaison avec le livre d'histoire franco-allemand pourrait faire croire que l'Arménie et la Turquie ont un long passé de guerres entre Etats indépendants, et que la Turquie a assumé ses responsabilités de la même manière que l'Allemagne !

Mais l'étude est peu gênée par ses contradictions internes, se réjouissant de la vulnérabilité de l'Arménie alors même qu'elle justifie l'impérieuse nécessité de reconnaître sa frontière avec la Turquie (elle-même issue du génocide) par la menace que cet Etat constituerait. Mieux encore, le rapport attend avec impatience que les descendants des victimes du génocide puissent dépenser leur argent sur les lieux mêmes des exactions et des spoliations qu'ont subies leurs parents ou grands-parents.

Cette étude est ainsi dépourvue de toute dimension éthique, et il est d'autant plus surprenant que l'Union Européenne y soit associée, car celle-ci a été construite sur la base de la reconnaissance des crimes de la Deuxième Guerre mondiale avant l'approfondissement des relations économiques entre les pays et elle a toujours été à l'avant-garde en ce qui concerne le droit international.


Info Collectif VAN - 24 novembre 2009 - 10:15 - www.collectifvan.org


Lire aussi :

Patrimoine arménien : pour une stratégie de conservation et de valorisation coordonnée

Lobby arméno-turc (2)

UE/Turquie : un lobby arméno-turc ?

Communiqués de presse de l’UGAB Europe

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