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Tension et émotion lors d’un forum turco-arménien à Harvard
Publié le :

USA

dimanche6 décembre 2009, par Stéphane/armenews

Un événement sans précédent s’est déroulé dans la soirée du lundi 16 novembre à l’Auditorium Tsai de l’Université d’Harvard. Un auditoire de 200 personnes parmi lesquelles des membres de la communauté arménienne, des étudiants turcs et Henry Morgenthau, le petit-fils de l’ambassadeur des USA dans l’empire ottoman du même nom, y ont entendu Hasan Cemal, le petit fils de Cemal Pacha, l’un des trois architectes du Génocide Arménien, reconnaître le Génocide Arménien.

Le forum "Réconciliation Arménie Turquie : Voies de Réalisation", avait pour modératrice Pamela Steiner (arrière petite-fille de l’ambassadeur Henri Morgenthau), membre distingué de Harvard Humanitarian Initiative [1] , et Eilen Babbit, qui enseigne la pratique de gestion de conflit international à l’Ecole de Droit et de Diplomatie Fletcher de l’Université Tufts.

A côté de Cemal prenaient place Asbed Kotchikian de l’Université Bentley et Yektan Turkyilmaz de l’Université Duke. L’événement était organisé par le Harvard Humanitarian Initiative, le Weatherhead Center for International Affairs, le University Committee on Human Rights Study et le Carr Center of Human Rights Policy. Taner Akçam, professeur d’Etudes sur le Génocide Arménien de Clark University, s’est joint au groupe d’orateurs pour la session de questions-réponses. Jennifer Leaning a introduit le programme.

La tension et l’émotion étaient palpables alors que l’auditoire, dans un silence total, entendait Cemal, dont le grand père avait donné l’ordre de tuer des milliers d’Arméniens, donnait le détail de son cheminement vers la reconnaissance du Génocide Arménien. Détaillant le passé de sa famille, Cemal décrivit les racines de sa famille. Son grand-père était né dans l’île de Lesbos et sa grande mère venait de la Macédoine grecque. Du côté de sa mère, son grand-père était circassien et sa grand-mère de Géorgie. Son père est né à Salonique et lui-même est né à Istanbul en 1944.

"Dans notre famille, Cemal pacha c’était l’histoire ", a dit Cemal. "On nous a parlé de la Première Guerre Mondiale et de la façon dont les Arméniens ont coopéré avec l’ennemi. Il fallait qu’ils soient déportés. La même histoire circulait non seulement dans notre famille mais à l’école aussi."

Hasan Cemal a étudié les Sciences politiques à l’université d’Ankara mais a déclaré n’avoir "rien appris sur 1915, rien sur les Kurdes, les Alévis ou les Arméniens. On ne nous a rien enseigné de ces terribles pages de l’histoire."

Lorsque Hasan Cemal devint journaliste, on lui conseilla de ne pas se rendre au Liban sans garde du corps, et tout au long des six dernières années, et particulièrement depuis l’assassinat de son ami Hrant Dink, le rédacteur fondateur d’Agos, un journal arménien de Turquie, il porte des protections.

C’est le livre de Taner Akçam, publié en 1991, qui contribua à stimuler la curiosité de Hasan Cemal sur ce qui s’est passé en 1915. "Pour la première fois, Akçam les a appelé génocide...C’est ce qui a été le début de la fin de la vie dans le mensonge et la vie dans la vérité. Akçam a ouvert nos cœurs sur un passé tragique. Un nouveau processus a commencé en 2000. La Turquie a commencé à vouloir s’harmoniser avec l’Europe" a-t-il dit.

Akçam et Cemal ont tous deux été qualifiés de traîtres.

En 1996, lorsque Dink commença à publier Agos, l’éducation de Hasan Cemal sur le Génocide franchit une nouvelle étape.

Il était prévu que la première conférence sur la question du Génocide aurait lieu à Istanbul en 2005, mais la haute cour l’interdit. Depuis lors, a dit Cemal, des conférences ont eu lieu en Turquie, la plus récente sur les massacres d’Adana, juste ce mois-ci.

Au cours des funérailles de Hrant Dink, rappela Cemal à l’auditoire, "cent mille Turcs ont marché dans Istanbul scandant ’nous sommes tous de Arméniens.’"

En outre, a dit Cemal, 30 000 Turcs ont signé une pétition d’excuses pour ce qui est arrivé en 1015.

"J’ai totalement changé mes vues sur ce qui s’est passé en 1915. J’ai même rencontré le petit-fils de l’homme quia assassiné mon grand-père en 1922. Je l’ai invité à Istanbul. C’était un nationaliste arménien, mais il a commencé à comprendre l’autre côté de l’histoire."

Cemal a voyagé en Arménie en 2006 et a visité le Musée du Génocide à Erevan. Plus tard, "très affecté par la mort de Hrant Dink", Cemal écrivit pour le journal turc Milliyet, un article titré "D’abord, respectons la douleur les uns des autres."

Cemal poursuivit " il est impossible dÂ’Ă©chapper Ă  lÂ’histoire, nier lÂ’histoire nÂ’a aucun sens, et ĂŞtre victime de la souffrance de quelquÂ’un nÂ’a pas de sens."

En conclusion, Hasan Cemal a dit, "il nous faut comprendre la douleur les uns des autres. Il en sortira de bonnes choses. La route vers la reconnaissance passe par la démocratie."

L’orateur suivant, Turkyilmaz, d’ascendance kurde, a dit "il n’est pas facile de contester une version perçue de l’histoire. Par exemple, pour les Arméniens, admettre les crimes qu’ils ont commis dans les années 1970 est tabou. Ce dont nous avons besoin est de mettre côte à côte nos mémoires du passé, et nous ne devrions pas ignorer les souffrances des turcs musulmans."

Concernant les récents protocoles signés par l’Arménie et la Turquie et relatifs à l’ouverture de la frontière, Turkyilmaz s’est dit favorable à la création d’une commission historique pour étudier les archives mais qu’elle devrait être indépendante du contrôle du gouvernement et ne pas "répéter le vieux combat de chiens."

Ensuite, Kotchikian observa qu’il y a deux questions distinctes indépendantes l’une de l’autre : la normalisation et la réconciliation. "La normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie est une question qui concerne les états. La réconciliation ne peut pas se produire entre états. Il y a une différence entre Turquie-Arménie, et Turcs et Arméniens. La réconciliation concerne les deux nations et la diaspora arménienne." Et Kotchikian releva qu’il y a beaucoup de diasporas qui sont cependant unie autour de la question de la négation du Génocide.

Quand on lui a demandé si les Arméniens d’Arménie se souciaient du Génocide, il a répondu "il n’y a pas de banderoles, pas de slogans mais 50 à 60 pour cent de la population d’Arménie sont des descendants des victimes du Génocide. Les Arméniens d’Arménie n’en parlent peut-être pas beaucoup, mais ils le commémorent."

Il a ajouté "finalement, il nous faut reconnaître que la Turquie n’est pas la même que celle d’il y a cent ans. Il y a une petite société civile, une sorte de cinquième composante de l’état. Il est temps pour les Arméniens de réaliser que des changements se sont produits en Turquie et qu’il est temps de ré- évaluer le monde des deux dernières décennies. Nous ne devrions pas laisser l’état de victime de génocide prévaloir sur tout."

La session de questions-réponses libéra quelques émotions au premier degré de la part à la fois des Turcs et des Arméniens de l’auditoire. Un Arménien âgé, qui parla en turc, remercia Cemal pour ses commentaires et lui serra la main par la suite.

Une personne turque mit en doute l’emploi du terme "génocide", et semblait ne pas reconnaître que le mot, forgé par Raphaël Lemkin, avait été inventé pour s’appliquer spécifiquement au Génocide Arménien. De façon poignante, un jeune étudiant turc, actuellement à Northeastern University, demanda, "Bon, que suis-je supposé faire ? Qu’attendez-vous de moi ?" la remarque de Cemal semblait être la conclusion qui convenait à la soirée. "Nous devons avoir de l’empathie et partager," dit-il. "Nous devrions ouvrir nos cœurs avant d’ouvrir nos frontières."

Il n’y a pas de doutes, la tenue de ce forum était importante du fait de la présence de Hasan Cemal, une personnalité imposante dans la soixantaine, un Turc, qui a reconnu le Génocide devant un auditoire composé en partie d’Arméniens.

Un second forum, auquel participeront les mêmes intervenants à peu près, s’est déroulé jeudi 17 novembre à l’Association Culturelle et Educative Arménienne (ACEA) à Watertown, organisé par les amis de Hrant Dink.

Par Daphne Abeel

Envoyé Spécial du Mirror-Spectator

Traduction Gilbert BĂ©guian

[1] Le HHI est un centre semblable à une université dont la mission est d’atténuer la souffrance humaine lors des guerres et des désastres par le développement des techniques et des pratiques humanitaires dans le monde.




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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