Aujourd'hui : Dimanche, 29 mars 2020
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
L'expulsion des Grecs d'Asie Mineure dans les archives ottomanes (I)
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le dimanche 10 mai 2009, s'est tenue une conférence de l'historien turc, Taner Akçam, chercheur à l'Université Clark du Massachusetts. Intervenant dans le cadre du colloque "Pontique - arménien - assyrien : trois génocides, un auteur" qui s'est tenu sous l'égide du Comité directeur de la Fédération des jeunes panpontiques de Grèce, de la jeunesse arménienne de Grèce et de l'Association grecque des Assyriens, en coopération avec le Centre de recherche "St. George Peristereota", l'historien turc Taner Akçam a traité de l'expulsion des Grecs d'Asie Mineure dans les années 1913/1914, d'après les archives ottomanes. Le Collectif VAN vous propose la traduction de sa communication mise en ligne sur le site grec E-Pontos le 29 novembre et que nous avons scindée en 4 parties. Voici la première partie.



1913/1914 : L'expulsion des Grecs d'Asie Mineure dans les archives ottomanes


Le 29.11.2009
De Taner Akcam

La seule vérité qui ressort de toutes les sources ottomanes accessibles montre ceci : ayant initialement conçu et mis en œuvre un plan avant la guerre pour, selon leurs propres mots, ‘se libérer des éléments non turcs’ dans la région égéenne, le Comité Union et Progrès a alors, sous couvert de la guerre, élargi ce plan pour y inclure l’Anatolie. L’objectif premier de ce projet, qui peut être décrit comme une ‘homogénéisation ethno religieuse’ de l’Anatolie, était un remaniement voulu du caractère démographique de la région sur la base de sa population turco-musulmane.

Les deux piliers principaux de cette politique, qui peut être caractérisée comme ‘la politique de population et de repeuplement’ du gouvernement, étaient ceux-ci : le premier impliquait un ‘nettoyage’ de l’Anatolie de sa population non musulmane (ce qui revient à dire chrétienne), considérée comme une menace mortelle à la continuation de l’existence de l’État, et même décrite comme un ‘cancer’ dans le corps de l’Empire ; le second était l’assimilation (lisez: la turquification) de toutes les communautés musulmanes non turques de l’Anatolie.

À partir de 1913, ces politiques ont été mises en œuvre par l’exercice d’un ‘double’ mécanisme de moyens officiels et non officiels parallèles. D’un côté, une politique officielle d’expulsion et de l’autre une émigration forcée. Cette politique avait officiellement été décidée et mise en œuvre soit dans le cadre ambigu ‘des échanges de populations’ avec d’autres pays tels que la Grèce, la Serbie et la Bulgarie, soit avec des expulsions unilatérales et des déportations, comme dans le cas des Arméniens. D’un autre côté, divers actes secrets de terreur, illégaux mais soutenus par l’État, ont été entrepris sous le parapluie protecteur des politiques ‘officielles’ de l’État.

Le CUP [Comité Union et Progrès] a créé une structure organisationnelle bien adaptée à ce double mécanisme. Dans le chef dÂ’accusation principal contre les membres du Comité central du CUP, lors de leur procès en cour martiale à Istanbul en 1919, lÂ’accusation a indiqué que, selon la structure du Parti unioniste et les conditions de travail, un ‘réseau secretÂ’ (şebeke-yi hafiye) avait été formé afin de mener ses actions.

Le CUP lui-même, indique le chef d’accusation, était une organisation qui “possédait deux natures contradictoires (iki mâhiyet-i mütezâdde) : la première, une nature visible et publique basée sur un programme [public] et un code interne de lois (nizâmnâme-i dâhilîye), l’autre basée sur le secret [opérant sur un mode non écrit] et des instructions verbales.”

Au moyen des politiques mentionnées ci-dessus et mises en pratique entre les années 1913 et 1918, le caractère ethnique de l'Anatolie a été complètement transformé. La population de l'Anatolie [2] a été si complètement perturbée au cours de ces six années, que presque un tiers de la population totale (évaluée en 1914 à environ de 7,5 millions d'âmes) a été soit intérieurement déplacé, expulsé ou annihilé.

La guerre des Balkans a été un tournant important. Après la guerre, la Bulgarie et la Grèce sont parvenues à des accords réciproques avec la Turquie. Parallèlement à ces accords, les expulsions forcées ont débuté, particulièrement après qu’Enver Pacha est devenu le Ministre de Guerre en janvier 1914. Le premier accord a été signé par la Turquie et la Bulgarie à Istanbul, le 29 septembre 1913. Signé à la veille de la Deuxième Guerre des Balkans, l’accord déterminant et délimitant la frontière commune aux deux pays a adopté le principe que les populations musulmanes et chrétiennes vivant dans un rayon de 15 kilomètres de leurs frontières respectives seraient échangées.

Une commission conjointe, appelée "Commission mixte sur l'Échange des Populations", a été établie pour effectuer l'échange de populations. Ses membres se sont réunis à Edirne le 15 novembre 1913 pour signer un accord sur le transfert mutuel des populations et sur des transactions ultérieures.

La Commission conjointe turco-bulgare devait se réunir le 23 mai 1914, époque à laquelle deux sous-commissions ont été mises en place, et elles ont continué leurs travaux jusqu'en octobre de cette année-là. Bien que les commissions aient été forcées de cesser de fonctionner avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, elles avaient alors établi les bases d’un accord sur une évaluation des terres et des propriétés des 9714 familles musulmanes (48570 personnes) qui quittaient la Bulgarie pour l'État ottoman et des 9472 familles bulgares (46764 personnes) qui allaient dans la direction opposée. Cependant, à cause de la guerre, la décision n'a jamais été appliquée.

L'accord avec la Bulgarie a bientôt été suivi par des accords similaires avec la Serbie (le 14 octobre 1913) et la Grèce (le 14 novembre 1913). Les sections de ces accords traitant de la question des échanges de populations étaient tout à fait semblables à ceux que l’on trouve dans l’accord signé entre les Ottomans et la Bulgarie. Selon tous ces accords, toute personne qui le souhaitait, avait le droit, pendant une période spécifique reconnue, de changer sa nationalité et d’immigrer dans le pays des compatriotes de sa communauté ethno religieuse.

Au cours du printemps et de l'été 1914, de nouvelles réunions ont eu lieu entre les divers pays et plusieurs nouveaux accords ont été conclus avec comme but une meilleure coordination des échanges réciproques de populations. En mai 1914, par exemple, la proposition a été faite par l'Ambassadeur ottoman à Athènes, Galib Kemali Bey [S ö Ylemezoglu] d’échanger la population grecque de la province d'Aydin contre la population musulmane de Macédoine.

Après une nouvelle série de lettres et des réunions en face-à-face, un accord a été conclu le 1er juillet 1914 "Sur l'échange mutuel et volontaire de Turcs de Macédoine et de Grecs dans les provinces de la Thrace Orientale et de la Macédoine"; la commission appropriée a été alors formée pour traiter le mouvement des populations des diverses régions impliquées.

Dans la correspondance entre les deux pays (et entre leurs centres respectifs et les provinces impliqués) discutant de la formation de cette commission, l’entente a été clairement exprimée par les deux parties : "La base de l'échange des musulmans émigrant de la Macédoine et les émigrants grecs [d'Aydin et de la Thrace Occidentale] étaient l'émigration volontaire".

Cependant, suite à la guerre, ces diverses commissions établies en août 1914 dans des provinces comme Izmir et Edirne ont cessé leurs activités en décembre et, par conséquence, toutes leurs décisions et les plans n’ont jamais été mis en œuvre.

'Le double mécanisme' appliqué à la région égéenne

Parallèlement à ces tentatives visant à donner une structure officielle et légale à l'échange de populations, les autorités ottomanes ont organisé le déplacement forcé des populations chrétiennes de leurs territoires qui subsistaient, en recourant à des tactiques de terreur et même, quand cela était considéré nécessaire, à des massacres. Utilisé pour la première fois contre la population grecque de l'Empire dans la région égéenne, le double mécanisme serait de nouveau utilisé pendant la période des déportations et des massacres des Arméniens.

Dans les mémoires de Kusçubasi Esref, de Halil Mentese, de Celal Bayar et d'autres personnages qui ont joué des rôles clés dans ces événements, les auteurs fournissent d’amples informations sur les traits principaux du plan secret et parallèle de migration obligatoire, qui a été mis en œuvre sans attendre que des accords officiels soient signés et appliqués. L'objectif principal de la politique du gouvernement, particulièrement dans la région de l’Égée et dans la Thrace Orientale, était de réduire de façon significative le nombre de chrétiens que l'on considéraient comme une menace pour la sécurité de l’État. Dans ses souvenirs sur les politiques mises en place dans la région égéenne au printemps 1914, Halil Mentese déclare que "[le Ministre de l'Intérieur] Talat Bey a suggéré que pays soit nettoyé de ces éléments que l'on a vu capables de trahir l'État".

Des documents allemands de la période montrent que le ministre de l'Intérieur a parlé aux diplomates allemands avec le même niveau de franchise : "Talat Bey... a expliqué sans hésitation que le gouvernement avait souhaité utiliser la Guerre mondiale comme un prétexte (afin de ne pas permettre aux pays étrangers d'intervenir) pour nettoyer le pays de ses ennemis internes - voulant dire les chrétiens de toutes dénominations".

Dans les mots de Kusçubasi Esref, un des agents secrets centraux dans les opérations de purification ethnique, les non musulmans étaient "des tumeurs internes" dans le corps de l'État ottoman et ils ont dû être "nettoyés" ; agir ainsi, a-t-il revendiqué, était "une cause nationale".

L'objectif principal était de persuader les villageois chrétiens de partir, au moyen d'intimidations si nécessaire. Parmi les méthodes principales utilisées en ce sens, on trouvait : "Contrôle, humiliation, mises à mort, les empêcher de travailler leurs terres, lourde taxation oppressante, saisie de propriétés ... conscription de force", et en vertu du double mécanisme mentionné ci-dessus, le gouvernement ottoman pouvait prétendre, face aux protestations du gouvernement grec et d'autres pouvoirs étrangers, qu'il n'était pas impliqué dans ces événements.

©Traduction de l'anglais: C.Gardon pour le Collectif VAN - 10 décembre 2009 - 07:35 - www.collectifvan.org


Lire les II, III et IV parites:

L'expulsion des Grecs d'Asie Mineure dans les archives ottomanes (II)

L'expulsion des Grecs d'Asie Mineure dans les archives ottomanes (III)

L'expulsion des Grecs d'Asie Mineure dans les archives ottomanes (IV)

Lire aussi:

La construction de monuments par les réfugiés d’Asie mineure en Grèce




Retour à la rubrique


Source/Lien : E-Pontos



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org