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Un arbre généalogique déraciné par un secret vieux de 60 années
Publié le :

NEW YORK TIMES

dimanche17 janvier 2010, par Stéphane/armenews

La rédaction des NAM vous présente un article publié dans le quotidien américain New York Times le 5 janvier 2010.

Un arbre généalogique déraciné par un secret vieux de 60 années

Par DAN BILEFSKY

Publié le 5 janvier 2010

Fethiye Cetin se souvient du jour où son identité a volé en éclats

Elle était jeune étudiante en droit quand sa grand mère maternelle bien-aimée, Seher, la prit en aparté et lui dit un secret qu’elle avait caché pendant soixante ans : Seher était née chrétienne et arménienne. Elle se prénommait Héranouch et avait été sauvée de la marche vers la mort par un officier turc, qui l’arracha des bras de sa mère en 1915 et l’éleva comme une turque et une musulmane.

La grand-mère de Cetin, dont les parents qui s’avérèrent en avoir réchappé à New York, n’était que l’une des nombreux enfants arméniens qui furent kidnappés et adoptés par des familles turques lors du Génocide Arménien, le meurtre de masse de plus d’un million d’Arméniens par les turcs ottomans entre 1915 et 1918. Ces survivants furent quelquefois appelés "oubliés de l’épée."

"J’étais en état de choc pendant un long moment - J’ai vu soudain le monde avec un regard différent," a dit Mme Cetin, âgée à présent de 60 ans. " J’ai grandi avec le sentiment d’être moi-même une musulmane turque, pas une Arménienne. Il n’y avait rien dans les livres d’histoire sur le massacre d’un peuple qui avait été effacé de la mémoire collective de la Turquie. Comme ma grand-mère, beaucoup ont enfoui leur identité - et les horreurs qu’ils ont vues - profondément en eux."

A présent, cependant, dans la communauté arménienne-turque d’ici, estimée à 50 000 membres, Mme Cetin, avocate éminente et l’un des principaux défenseurs des droits de l’homme, pense qu’un moment déterminant est arrivé auquel la Turquie et l’Arménie peuvent finalement confronter les fantômes de l’histoire et peut-être même vaincre l’une des rivalités les plus durables et amères du monde.

Elle a déjà confronté son moi divisé, qui l’a conduite depuis Istanbul jusqu’à une épicerie de la 10ème Rue de New-York, où ses parents arméniens ont reconstruit leurs vies brisées après s’être enfuis de Turquie. (Beaucoup des Arméniens qui survivent en Turquie aujourd’hui font de même parce que leurs ancêtres vivaient dans les provinces de l’ouest pendant les massacres, qui se produisirent surtout à l’est.)

La dernière tentative pour fermer les blessures de plusieurs générations d’acrimonie entre les pays s’est faite en octobre sur un terrain de football de Bursa, la ville turque du nord-est, quand le président Sarkissian devint le premier chef d’état arménien à voyager en Turquie pour assister à un match de football entre les équipes nationales. Dans ce dernier round de la diplomatie du football, M. Sarkissian a été rejoint au match par le président de Turquie Abdullah Gul, qui s’était rendu à un match de football en Arménie, l’année précédente.

"Nous n’écrivons pas l’histoire ici," a dit à Bursa M. Gul à son homologue arménien. "Nous faisons l’histoire."

La rencontre de Bursa s’est produite peu après que la Turquie et l’Arménie aient signé une série de protocoles pour établir des relations diplomatiques et rouvrir la frontière entre la Turquie et l’Arménie, qui avait été fermée en 1993. L’accord, fortement soutenu par les Etats-Unis, l’Union Européenne et la Russie, a été soumis à une véhémente opposition aussi bien en Arménie qu’en Turquie.

L’importante diaspora d’Arménie - estimée à plus de sept millions - aux Etats-Unis, en France et ailleurs, craint que le réchauffement soit faussement pris pour un pardon et l’oubli en Turquie, où même prononcer les mots génocide arménien peut valoir des poursuites.

Tout aussi menaçant pour la conclusion d’un accord est le conflit prolongé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, son voisin et proche allié de la Turquie, sur la sécession d’une enclave en Azerbaïdjan.

L’accord, qui doit encore être ratifié par les parlements arménien et turc, pourrait avoir de larges conséquences, contribuant à mettre fin à l’isolement économique de l’Arménie, en augmentant les chances d’admission de la Turquie à l’Union Européenne, à laquelle le génocide reste un obstacle crucial.

Mais Mme Cetin expose que la conséquence la plus durable pourrait être une contribution à mettre fin aux récriminations mutuelles. Elle a dit que les Arméniens ont livré un combat à une négation des massacres forte et collective dans la société turque.

"La plupart des gens de la société Turque n’ont pas idée de ce qui s’est passé en 1915, et les Arméniens qu’ils rencontrent sont présentés comme des monstres ou des canailles ou des ennemis dans leurs livres d’histoire," a-t-elle dit. "La Turquie doit se confronter à son passé, mais avant que cette confrontation ne se fasse, les gens doivent savoir à qui ils se confrontent. Il faut donc que la frontière soit abaissée pour engager un dialogue."

Mme Cetin, qui a été élevée par sa grand-mère, a dit que la frontière dans son propre cœur de musulmane turque est tombée irrévocablement quand sa grand-mère révéla son passé d’Arménienne.

Héranouch, a-t-elle dit, n’était qu’une enfant en 1915 quand les soldats turcs arrivèrent dans son village arménien et turc de Maden, arrêtant les hommes et séquestrant les femmes et les filles dans le jardin d’une église aux hauts murs. Lorsqu’elles montèrent sur les épaules les unes des autres, lui a dit Héranouch, elles virent qu’on coupait le cou des hommes et que leur corps était jeté dans le tigre, qui rougit pendant des jours.

Au cours des marches forcées vers l’exil qui suivirent, a dit Héranouch, elle vit sa propre grand-mère noyant deux de ses petits enfants avant de sauter elle-même dans l’eau et disparaître.

La mère d’Héranouch, Isgouhie, survécut à la marche qui se termina à Alep, Syrie, et alla rejoindre son mari, Hovhannès, qui avait quitté le village pour New York en 1913, ouvrant une épicerie. Ils commencèrent une nouvelle famille.

"Ma grand-mère tremblait en me racontant son histoire," dit Mme Cetin. "Elle répétait toujours, ’Puissent ces jours s’évanouir, ne jamais revenir.’ "

Mme Cetin, une étudiante rebelle de gauche au moment de la révélation de sa grand-mère, se rappelle à quel point faire face à l’identité arménienne, alors et encore à présent, était un tabou. "Les mêmes personnes qui parlaient le plus fort des injustices et hurlaient que le monde pourrait être amélioré se mettaient à chuchoter quand le sujet concernait la question arménienne, dit-elle. "Cela me remuait vraiment."

Mme Cetin, qui fut emprisonnée pendant trois ans dans les années 1980 pour s’être opposée au régime militaire du moment, a dit que son identité arménienne nouvellement découverte l’a inspiré pour devenir une avocate des droits de l’homme. Lorsque Hrant Dink, l’éditeur du journal turco-arménien Agos, fut poursuivi en 2006 pour avoir insulté la turquicité en se référant au Génocide, elle fut son défenseur. Le 19 janvier 2007, M. Dink fut tué devant son bureau par un jeune ultranationaliste.

Mme Cetin a publié un mémoire sur sa grand-mère en 2004. Elle dit avoir volontairement éludé le mot "génocide" de son livre parce qu’employer le mot érigeait un barrage sur la route de la réconciliation.

"J’ai voulu me concentrer sur la dimension humaine," a-t-elle dit. "Je voulais mettre en question le silence de gens comme ma grand-mère qui ont gardé cachée leur histoire pendant des années, tout en endurant leur souffrance."

Quand sa grand-mère mourut en 2000 à l’âge de 95 ans, M. Cetin honora sa dernière demande, publiant une annonce de décès dans Agos, dans l’espoir de retrouver la trace de sa famille arménienne perdue depuis longtemps, dont la sœur de sa grand-mère, Margaret, qu’elle n’avait jamais vue.

A son émouvante réunion avec sa famille arménienne à New York, plusieurs mois plus tard, Margaret, ou "Tante Marge," a dit à Mme Cetin que lorsque son père mourut en 1965, elle avait trouvé un bout de papier plié avec soin dans son portefeuille, qu’il avait gardé pendant des années. C’était une lettre qu’Héranouch lui avait écrite peu après qu’il soit parti pour les Etats-Unis.

"Nous espérons tous et prions pour que tu ailles bien," disait la lettre.

Traduction Gilbert Béguian




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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