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Eren Keskin : « Accepter toute la vérité du génocide » arménien
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « Lors de la session secrète du Parti Union et Progrès au dĂ©but de 1915, le Dr Nazım, membre du parti, a prononcĂ© ces paroles : “…Les ArmĂ©niens ressemblent Ă  une plaie mortelle, si lÂ’intervention mĂ©dicale ne se fait pas Ă  temps, cela provoque une mort absolue. Nous devons nettoyer nos terres du peuple armĂ©nien dÂ’une façon radicale. Pas une seule personne ne doit survivre et le nom mĂŞme dÂ’ArmĂ©nien doit ĂŞtre oubliĂ©.” » Ces propos terrifiants, prĂ©ludes au gĂ©nocide des ArmĂ©niens perpĂ©trĂ© par les dirigeants turcs en 1915 et qui ont menĂ© Ă  lÂ’extermination de 1 500 000 ArmĂ©niens de lÂ’Empire ottoman, sont rĂ©vĂ©lĂ©s ici par Eren Keskin, avocate turque et DĂ©fenseur des Droits de lÂ’Homme. LÂ’intellectuelle turque a publiĂ© un article très courageux dans le journal turc Taraf : « Ce sont “les puissances mondiales” qui ont dĂ©fini comment les relations entre la Turquie et lÂ’ArmĂ©nie allaient ĂŞtre “normalisĂ©es”. De mon point de vue, il nÂ’y a quÂ’une ”seule et unique façon correcte” de le faire. Et cÂ’est “dÂ’accepter toute la vĂ©ritĂ© du gĂ©nocide avec toutes ses consĂ©quences et de demander pardon Ă  la nation armĂ©nienne”. » Le Collectif VAN vous propose la traduction de cet article en turc, paru le 12 fĂ©vrier 2010.


Le génocide arménien "aujourd'hui et hier"


Taraf - Istanbul - 12.02.2010

EREN KESKİN * / La crĂ©ation de la Turquie, je ne la considère pas comme une « rupture » ou bien une « rĂ©volution ». LÂ’idĂ©ologie de lÂ’Union et Progrès, responsable du gĂ©nocide, est lÂ’idĂ©ologie fondatrice de lÂ’Etat de la RĂ©publique Turque.

Ce qui est considéré comme “normal” est toujours défini par le pouvoir. C’est ce qui s’est passé aussi cette fois-ci. Ce sont “les puissances mondiales” qui ont défini comment les relations entre la Turquie et l’Arménie allaient être “normalisées”.

Tandis que de mon point de vue, il n’y a qu’une ”seule et unique façon correcte” de le faire. Et c’est “d’accepter toute la vérité du génocide avec toutes ses conséquences et de demander pardon à la nation arménienne”.

Un siècle passé avec l’Union [Union & Progrès]

En 2005, une conférence a été organisée à Istanbul. Elle est connue dans l’opinion publique, sous le nom de “LA CONFERENCE ARMENIENNE”, les intellectuels qui avaient préparé le texte d’appel avaient écrit ceci : “En 1915 et par la suite, des centaines de personnes ont été déplacées, éloignées de leurs territoires, nombreuses d’entre elles ont été tuées, éliminées et les ordres à l’origine de tout cela ont été donnés par le gouvernement au pouvoir à l’époque, ordonnés et fait exécuter par le pouvoir qui dirigeait l’Empire ottoman, par un mécanisme étatique qui n’a aucun lien avec ‘la République Turque actuelle’.

Je crois à la sincérité de la majorité des intellectuels organisant cette conférence, malgré cela je pense qu’il existe ici une différence fondamentale de compréhension.

Moi je ne pense pas que la création de la Turquie, soit une « rupture » ou bien une « révolution ».

L’idéologie du Parti Union et Progrès qui a commis le crime de génocide et son organisation de tueurs Teskilat-i Mahsusa [Nota CVAN : L’Organisation Spéciale*], est l’idéologie fondatrice de l’Etat de la République Turque.

L’Etat de la République Turque qui a reconnu les dettes financières de l’Empire ottoman lors de la Conférence de Lausanne, n’a pas reconnu sa dette principale qui était ‘la dette d’excuses’ et elle n’accepte pas de la reconnaître.

L’Etat de la République Turque a été créé comme la suite d’une mentalité coupable du crime de génocide [Nota CVAN : celle de l'Union et Progrès et de Teskilat-i Mahsusa], il a été fondé comme une “République militaire”.

Je pense que le problème principal de notre territoire géographique aujourd’hui est le militarisme.

Les militaristes assurent le totalitarisme à l’aide des “points rouges” qu’ils créent eux-mêmes et par les peurs de diverses sortes qu’ils imposent à la population.

Un des “points rouges ” imposés à la population est le monde des mensonges inventés au sujet du génocide arménien.

Observons l’approche de l’Etat-Major qui décide la politique “interne et externe” de la Turquie, vis-à-vis du génocide arménien à partir de ses propres documents.

Dans le document de présentation diffusé par la Direction des Etudes Stratégiques et de l’Histoire Militaire de l’Etat-Major, ils disent la chose suivante :
“Suite aux provocations et aux trahisons des Arméniens, nous avions été contraints de prendre certaines précautions. Aujourd'hui, certains veulent déformer la réalité de 'la déportation' et au lieu de voir ces événements dans 'le miroir de la vérité', ils essayent de voir la déportation dans 'des miroirs qui déforment les vérités'. ” [Nota CVAN : ce rapport de l’Armée turque se plaint du fait que ‘la vérité historique de la déportation’ est déformée et considérée comme un génocide… En somme, l’Etat-Major s’étonne du fait que le monde entier n’accepte pas sa version négationniste].

Les expressions employĂ©es dans cette prĂ©sentation sont signĂ©es par le GĂ©nĂ©ral de lÂ’ArmĂ©e de lÂ’Air, Erdoğan Karakuş.

Le discours du Dr Nazım

Revenons un peu en arrière!

Lors de la session secrète du Parti Union et Progrès au dĂ©but de 1915 , le Dr Nazım, membre du parti, a prononcĂ© ces paroles : “…Les ArmĂ©niens ressemblent Ă  une plaie mortelle, si lÂ’intervention mĂ©dicale ne se fait pas Ă  temps, cela provoque une mort absolue. Nous devons nettoyer nos terres du peuple armĂ©nien dÂ’une façon radicale. Pas une seule personne ne doit survivre et le nom mĂŞme dÂ’ArmĂ©nien doit ĂŞtre oubliĂ©.”

RĂ©flĂ©chissons maintenant ! Quel individu sensĂ© ne peut constater le lien idĂ©ologique et sentimental entre le Dr Nazım et le GĂ©nĂ©ral Erdoğan Karakuş ?

Je pense qu’en Turquie, toutes les institutions législatives, exécutives et juridiques sont entièrement dépendantes du militarisme.

L’idéologie inventée par le système militariste, est imposée aux individus et aux masses pour leur dicter comment elles doivent penser à propos de sujets critiques comme le génocide arménien, la question kurde ou d’autres questions.

L’Etat de la République Turque est dirigé actuellement avec une constitution émanant du putsch militaire de 1980. L’article 28 de la constitution en question constitue un obstacle majeur à la liberté de pensée et d’expression.

L’article 28 de la constitution dit d’abord “Le média est libre et ne peut pas être censuré”. Mais il ajoute immédiatement , “Ceux qui écrivent ou éditent des articles menaçant la sécurité interne et externe de l’Etat, ou bien menaçant l’unité inséparable du pays et de la nation, ou bien incitant au crime ou à la révolte ou bien ceux qui éditent toutes sortes d’articles contenant des informations secrètes appartenant à l’Etat, ou qui les donnent aux autres, sont responsables de ces crimes et deviennent passibles de condamnations par les articles de la loi afférente.”

Voici la signification de cette loi : au sujet des “points rouges ” de la Turquie ceux qui pensent différemment de l’Etat n’ont pas de liberté de pensée ni de liberté d’expression.

Ce qui est ancré dans les mentalités...

Aussi longtemps que cet article existe, même si les autres jugements dans d’autres codes pénaux disparaissaient, il serait toujours possible d’empêcher la liberté de pensée et d’expression de ceux qui pensent différemment.

Il est utile de parler de l’article 301 du Code Pénal Turc – TCK – qui revient fréquemment comme sujet de discussion.

L’article 301 dit ceci : “La personne qui humilie ouvertement l’identité turque, la République ou bien la Grande Assemblée Nationale Turque –TBMM- est passible de condamnation allant de 6 mois à 3 ans. ”

Lorsque le Code Pénal Turc allait être modifié et l’article 301 allait être rectifié, la nécessité de cet article s’est trouvée dans l’explication de l’expression ‘‘ l’humiliation de l’identité turque’’, les discours sur le génocide arménien ont été présentés comme la motivation principale.

Seulement cette justification a été discutée massivement au niveau international et finalement la justification a été retirée du texte écrit.

Néanmoins la justification en question est ancrée dans les esprits et malheureusement elle garde sa place telle qu’elle a été décrite.

J’avais déjà souligné que la justice et plus particulièrement les hautes instances de la justice sont entièrement dépendantes du militarisme. Je souhaite vous présenter un exemple de cet état de fait;

La cour de cassation a décidé que, quiconque estime qu’il subit « un préjudice moral » est en droit de demander des dédommagements à l’écrivain Orhan Pamuk, qui lors d’un reportage a employé des paroles telles que “nous avons tué 1,5 millions d’Arméniens”.

La décision en question porte en fait une autre signification : raconter encore une fois au peuple, la version de l’idéologie officielle au sujet du génocide arménien.


Une autre sorte de valeur morale prise en considération

Je veux vous donner un autre exemple parmi les décisions des instances juridiques.

Comme nous le savons tous, 3 années sont passées depuis la disparition de notre bien aimé Hrant Dink.

Juste après sa mort, jÂ’avais Ă©crit un article et je lÂ’avais intitulĂ© “Teşkilat-ı Mahsusa en action”. Dans cet article jÂ’avais prĂ©cisĂ© que le responsable de lÂ’assassinat de Hrant Dink Ă©tait le Bureau SpĂ©cial de la Guerre qui est la suite de la tradition de Teşkilat-ı Mahsusa.

Ils ont estimé que dans cet article, j’humiliais l’identité turque et un procès a été ouvert contre moi d’après l’article 301 du Code Pénal Turc.

Ce qu’on peut en comprendre, c’est que la justice turque n’a de considération que pour la moralité de ceux qui pensent comme elle. Nos souffrances, nos pensées, n’ont aucune importance, aucune valeur pour elle.

Cela doit correspondre à la définition de l’identité turque !

Après lÂ’assassinat de Hrant Dink, Arif Şirin, connu sous le nom d’“Ozan Arif” [Nota CVAN : Arif, le poète populaire] et le chanteur İsmail TĂĽrĂĽt ont mis leurs sentiments racistes sur le papier et ont composĂ© une chanson en lÂ’honneur de OgĂĽn Samast, lÂ’assassin de Hrant Dink. LÂ’ IHD, lÂ’Association des Droits de lÂ’Homme, a dĂ©noncĂ© le crime et un procès a Ă©tĂ© ouvert contre ces gens-lĂ . Mais, encore une fois, le verdict est tombĂ©. Les juges qui ont condamnĂ© ceux qui protestaient contre lÂ’assassinat de Dink, ont trouvĂ© que ces personnes qui propageaient des idĂ©es racistes, Ă©taient non coupables. Ils nÂ’ont vu aucun aspect criminel Ă  cette chanson qui plĂ©biscite un meurtre. Ici, je souhaite parler des paroles prononcĂ©es par deux intellectuels.

Benda dit : “Les vrais intellectuels sont dans l’obligation de prendre le risque de se faire brûler vifs sur un pieu, d’être exilés, de se faire crucifier. C’est pourquoi, ils ne sont pas nombreux. Avant tout, ils doivent être des opposants permanents au statuquo”.

Edward Said dit : “L’intellectuel est celui qui ne devient pas si facilement homme d’Etat ou homme de grandes entreprises. Sa fonction est de représenter les causes et les individus oubliés ou ceux qui subissent des injustices”.

« En Turquie, même ceux qui se définissent en tant qu’“opposants”, sont formatés par l’idéologie officielle concernant les “points rouges ” du régime. Malheureusement le nombre de ceux qui arrivent à surmonter cela, est infime. Pour cette raison, je voudrais terminer mon article avec la conclusion de mon article édité dans le magazine ARMENIAN WEEKLY.

94 années se sont passées exactement.
Ceux qui croient aux mensonges,
Ceux qui ne se posent pas de questions sur les mensonges,
Ceux qui ne croient pas aux mensonges mais qui se taisent,
Ceux qui gagnent du temps en se taisant,
Nous sommes tous COUPABLES !
Et nous sommes redevables dÂ’excuses par milliers, par millions.

* Avocat, DĂ©fenseur de Droit / keskineren@gmail.com

Traduction du turc : S.C. pour le Collectif VAN – 19 février 2010 - 07:23 - www.collectifvan.org

*L'Organisation Spéciale

Lire aussi :

Le recyclage des criminels Jeunes-Turcs

Enquête sur la négation d'un génocide




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Source/Lien : Taraf



   
 
   
 
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