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Chronologie de la Turquie (1918-2010)
Publié le :

Par Catherine Gouëset, publié le 22/03/2010 à 00:00 - mis à jour le 30/03/2010 à 17:12

1918 : L'Etat ottoman sort vaincu et démantelé de la Première guerre mondiale.
1919 : Mustapha Kemal, officier militaire, lance un appel au sursaut national. Un congrès réuni à Erzerum organise un mouvement national qui proclame l'indépendance et l'unité de la Turquie et le droit de former un gouvernement provisoire en cas de défaillance du gouvernement ottoman.

1920 : En avril, la Grande assemblée nationale confie le pouvoir à Mustapha Kemal qui amorce la guerre d'indépendance contre les Grecs. En août, le sultan Mehmed VI accepte le traité de Sèvres, qui consacre le morcellement de l'Empire et le contrôle des Alliés. L'Asie Mineure est partagée entre Britanniques, Grecs, Français, Italiens, Arméniens et Kurdes ; la Turquie proprement dite se limite au centre du plateau anatolien et aux rives de la Mer noire ; les détroits du Bosphore et des Dardanelles sont placés sous contrôle international.

1921 : les Grecs sont arrêtés à Inönü.
1923 : le traité de Lausanne reconnaît les frontières de la Turquie moderne. Mustafa Kemal obtient l'Anatolie et la Thrace orientale. S'ensuivent des échanges de populations grecques et turques. La Turquie reconnaît l'appropriation de Chypre par les Britanniques. Mustapha Kemal devient président de la République. Il crée le Parti républicain du peuple (Cumhuriyet Halk Partisi - CHP), parti nationaliste et laïque. Ankara devient la capitale.

1924 : abolition du Califat. Les tribunaux musulmans et les établissements d'enseignement religieux sont supprimés.
1925 : une révolte kurde est réprimée dans l'est de l'Anatolie.
1925-1928 : transformation de la Turquie en un Etat laïque ; nouveau code civil, abolition de la polygamie, suppression des ordres religieux, adoption du calendrier grégorien et de l'alphabet latin.

1932 : la Turquie entre à la Société des Nations.
1938 : mort de Mustapha Kemal, surnommé Ata Turk ("le père des Turcs") par l'Assemblée nationale en 1934. Ismet Inönü lui succède.
1939-1945 : la Turquie choisit la neutralité pendant la guerre.

1945 : fondation du Parti démocrate (conservateur).
1947 : la Turquie bénéficie du Plan Marshall.
1950 : large victoire du Parti démocrate aux élections. Adnan Menderes devient Premier ministre. Le succès du Parti démocrate sera confirmé en 1954 et en 1957.

1951 : la Turquie, qui pratique une politique résolument pro-occidentale, est admise dans le Pacte atlantique. Installation d'une base militaire américaine à Incirlik.
1955 : création du Pacte de Bagdad (devenu CENTO en 1958) avec l'Iran, l'Irak, le Pakistan, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
1960 : coup d'Etat militaire dirigé par le général Cemal Gürsel. Adnan Menderes est exécuté.

1963 : accord d'association entre la Turquie et la Communauté économique européenne.
1965 : Süleyman Demirel (Parti de la Justice, héritier du Parti démocrate) devient Premier ministre. Il mène une politique conservatrice. A la récession économique et aux troubles politiques, il répond par la répression.
1971 : l'armée exige la démission de Süleyman Demirel. Poursuite de la politique de répression.

1974 : Bülent Ecevit (CHP) dirige un gouvernement de coalition.

1975 : à la suite du coup d'Etat des colonels en Grèce, le gouvernement Makarios est renversé à Chypre par des Chypriotes grecs qui veulent le rattachement de l'île à la Grèce. Intervention militaire de la Turquie et partition de l'Île
1978 : les Américains lèvent l'embargo imposé après l'invasion de Chypre, puis augmentent leur aide militaire. Naissance du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Mêlant nationalisme kurde et lutte des classes, il prône la lutte armée.

1980 : la poursuite de l'agitation politique aboutit à un nouveau coup d'Etat militaire, dirigé par le général Kenan Evren. La répression frappe les mouvements d'extrême gauche et les Kurdes, mais épargne les ultranationalistes.
1983 : victoire du Parti de la Mère Patrie (ANAP, conservateur). Turgut Özal devient Premier ministre. La loi martiale est progressivement levée, à l'exception des régions kurdes.

1984 : de violents combats ont lieu entre l'armée turque et le PKK dans l'est de Anatolie.
1987 : la Turquie présente une demande d'adhésion à la Communauté européenne.

1990-1991 : Ankara soutient la coalition anti-irakienne dans la guerre du Golfe et met à sa disposition la base d'Incirlik.
1992 : intervention de 20 000 soldats turcs dans la partie kurde d'Irak qui sert de base de repli au PKK.
1993 : Tansu Ciller (Parti de la juste voie, conservateur) est la première femme turque à devenir Premier ministre.

1994 : poussée des islamistes du Parti de la prospérité (Refah) de Necmettin Erbakan aux élections municipales (19% des voix). Ils l'emportent à Istanbul et à Ankara.
1995 : progression du Refah, qui, avec plus de 21 % des suffrages aux élections législatives de décembre, devient le premier parti du Parlement.

1996 : entrée en vigueur de l'union douanière entre l'Union européenne et la Turquie. Nommé Premier ministre, Necmettin Erbakan forme un gouvernement de coalition avec le Parti de la juste voie de Tansu Çiller.

1997 : les militaires contraignent Necmettin Erbakan à la démission. Une coalition conduite par Mesut Yilmaz (Parti de la mère patrie) prend le relais. Accusé de liens avec la mafia, il devra démissionner à son tour l'année suivante.
1998 : la cour constitutionnelle prononce la dissolution du Refah "pour atteinte à la laïcité de l'État". Il ne tardera pas à réapparaître sous l'appellation de Parti de la vertu (Fazilet).

1999

Février : Abdullah Öcalan, dirigeant du PKK, est capturé ; il est condamné à mort en juillet. Sa peine est commuée en réclusion à perpétuité en octobre 2002.
Avril : Bülent Ecevit devient premier ministre d'un gouvernement de coalition gauche (Parti démocratique de gauche - DSP), droite (Parti de la juste voie) et extrême droite (Parti d'action nationaliste - MHP).
Août : un tremblement de terre dont l'épicentre est à Izmit, à une centaine de kilomètres à l'est d'Istanbul, fait 17 000 victimes. Cette tragédie déclenche une vague de solidarité de la Grèce et contribue au rapprochement des deux pays.
Décembre : le sommet européen d'Helsinki reconnaît le statut de candidat de la Turquie à l'Union européenne.

2000

Février : le PKK annonce l'arrêt de la lutte armée.
Novembre : grève de la faim des prisonniers pour dénoncer leurs conditions de détention et l'isolement des prisonniers politiques. Elles dureront un an et feront une trentaine de victimes.

2001

Février : crise financière ; dévaluation de 50% de la livre turque.
Printemps : tensions diplomatiques avec la France après l'adoption en janvier par le Parlement français d'une loi stipulant que "la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915".

Juin : la cour constitutionnelle interdit le Parti islamiste de la vertu (Fazilet). Une partie de ses membres fonde, en août, le Parti de la justice et le développement (AKP, modéré), sous la direction de l'ancien maire d'Istanbul, Recep Tayyip Erdogan.

2002

Août : pour répondre aux critères d'adhésion à l'Union européenne, le parlement turc adopte un ensemble de réformes dont l'abolition de la peine de mort, l'octroi de droits culturels pour les Kurdes et l'élargissement de la liberté de la presse.
Novembre : le parti islamiste AKP obtient la majorité absolue aux élections législatives et plus de 34% des suffrages. Abdullah Gül, le vice-président, devient Premier ministre.

2003

Mars : nomination de Recep Tayyip Erdogan au poste de Premier ministre après une réforme des lois électorales. Dirigeant du parti au pouvoir (AKP), il n'avait pas pu prendre la direction du gouvernement après les élections, ayant été déclaré inéligible à la suite d'une condamnation à la prison pour "incitation à la haine religieuse" en 1998.
Le Parlement vote contre le déploiement de troupes américaines sur le territoire turc, malgré la position favorable des militaires, mais il autorise le survol du pays par l'aviation américaine.

Novembre : un double attentat à la voiture piégée contre deux synagogues d'Istanbul fait 23 morts. Quelques jours plus tard, deux attentats contre des intérêts britanniques à Istanbul tuent 27 personnes. Ils sont revendiqués par le réseau terroriste Al-Qaida.

2004

Janvier : abolition de la peine de mort.
Mai : une série d'amendements constitutionnels rapproche le droit turc des standards européens, (suppression des tribunaux spéciaux dans les cas de terrorisme et limitation du rôle de l'armée dans la vie civile et politique).
Septembre : le Parlement vote la réforme du code pénal qui réprime la torture et les crimes d'honneur.
Octobre : la Commission rend un rapport concluant que la Turquie a suffisamment progressé dans ses réformes pour que les négociations puissent être engagées.
Décembre : la Turquie obtient le feu vert du Conseil européen pour l'ouverture des négociations d'adhésion le 3 octobre 2005.

2005

Janvier : la nouvelle livre remplace un million de l'ancienne livre, et parachève le plan de redressement économique mis en oeuvre avec l'aide du FMI.
Octobre : ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie et la Croatie.

2006

Mars-avril : des émeutes, opposant les forces de sécurité à des militants kurdes, font une vingtaine de morts dans le sud-est de la Turquie et à Istanbul.
Septembre : le 12, un attentat à la bombe dans la ville à majorité kurde de Diyarbakir (sud-est) fait dix morts. Les autorités soupçonnent le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d'en être responsable. Le 30, le PKK décrète un cessez-le-feu.

Octobre : l'armée turque suspend ses relations avec la France après l'adoption par l'Assemblée nationale française d'une proposition de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien de 1915.
Novembre : voyage du Pape Benoît XVI en Turquie, premier voyage officiel d'un souverain pontife dans un pays musulman. Benoît XVI se prononce pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.
Décembre : les ministres des affaires étrangères européens décident un gel partiel des négociations avec la Turquie en raison de son refus d'appliquer à Chypre les dispositions de l'union douanière qui la lient à l'UE, en particulier l'ouverture de ses ports et aéroports aux navires et aux avions chypriotes.

2007

Janvier : le journaliste turc, membre de la minorité arménienne, Hrant Dink est assassiné.
Avril : Recep Tayyip Erdogan renonce à se porter candidat à l'élection présidentielle (au suffrage indirect) à la suite de manifestations en faveur de la laïcité. L'AKP décide de présenter Abdullah Gül, ministre des affaires étrangères. Le Parti républicain du peuple (CHP, opposition) qui a boycotté le vote, fait annuler le scrutin par la cour constitutionnelle.

Mai : le Premier ministre propose une réforme pour faire élire le président de la République au suffrage universel. Il annonce la tenue d'élections législatives anticipées, réclamées par l'opposition, les milieux d'affaires et la plupart des médias.

Juin : le président de la République Ahmet Necdet Sezer et le principal parti d'opposition, le CHP, demandent l'annulation, par la Cour constitutionnelle, de la réforme prévoyant l'élection du président au suffrage universel. Le président Sezer décide de soumettre cette réforme à référendum, à l'automne.

Juillet : la Cour constitutionnelle valide la proposition du gouvernement d'instaurer l'élection du président au suffrage universel.

Elections législatives anticipées. Le Parti du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan remporte une large victoire avec 47% des voix, soit 13 points de plus qu'en 2002.
Août : le Parlement élit au troisième tour Abdullah Gül, à la présidence de la République.

Octobre : les Turcs adoptent par référendum le principe de l'élection du président de la République au suffrage universel direct, par 69% des voix.
Le parlement vote le principe d'une intervention militaire contre les rebelles kurdes basés en Irak.
Décembre : l'armée lance des raids aériens contre les bases du PKK en Irak.

2008

Février : la légalisation du port du voile islamique à l'université par le parlement provoque une vaste manifestation de plus de 100 000 opposants.
Offensive militaire contre les bases du PKK dans le nord de l'Irak.

Mars : le procureur de la Cour de cassation dépose devant la Cour constitutionnelle une demande d'interdiction du parti au pouvoir en raison d'«activités allant à l'encontre de la laïcité».
Juin : la cour constitutionnelle annule la réforme de la Constitution votée en février par les députés qui autorisait le port du foulard pour les étudiantes sur les campus.
Juillet : la cour constitutionnelle rejette la demande d'interdiction de l'AKP.

Parallèlement, 86 personnes soupçonnées d'appartenir au réseau ultranationaliste Ergenekon, accusé de fomenter des coups d'Etat, sont mises en examen.
Septembre : visite du président Abdullah Gül en Arménie, à l'occasion d'un match de football, première visite d'un président turc depuis l'indépendance de l'ancienne république soviétique.
Décembre : quatre intellectuels turcs lancent sur internet une pétition pour adresser des excuses aux victimes du génocide de1915.

2009

Janvier : au sommet de Davos, Recep Tayyip Erdogan fustige l'opération militaire israélienne à Gaza qui a fait plus de 1300 morts, avant de quitter un débat auquel participait le président Shimon Pérès.
Mars : l'AKP remporte les élections municipales avec un score (39%) inférieur aux élections municipales de 2004 (41,6%).

Cinquante-six personnes, dont deux généraux à la retraite sont inculpés à leur tour dans le procès de la nébuleuse Ergenekon, organisation secrète ultranationaliste soupçonnée d'avoir comploté contre le gouvernement.
Avril : le DTP, principale formation kurde, est la cible d'arrestations après les élections municipales qui lui ont été favorables.

Juillet : le président de la République signe une loi limitant le pouvoir des militaires. En temps de paix, les tribunaux militaires ne pourront plus poursuivre de civils et les tribunaux civils pourront juger des militaires accusés de crimes contre la sécurité nationale ou de tentative de renversement du gouvernement.
Ouverture du procès des 56 personnes inculpés en mars pour leurs liens avec le réseau Ergenekon.
Août : le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan annonce que des projets de réformes en faveur des Kurdes seront mis en oeuvre avant la fin de l'année.

Octobre : la Turquie et l'Arménie signent à Zurich (Suisse) un accord historique visant à normaliser leurs relations.
Ankara annule la participation d' Israël à l'exercice militaire aérien commun.

Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, un groupe de 34 membres et de proches du PKK est autorisé à rentrer en Turquie depuis les camps irakiens.
Décembre : la Cour constitutionnelle dissout le Parti pour une société démocratique (DTP), le principal parti prokurde du pays, accusé d'être lié aux séparatistes du PKK.

2010

Janvier : la Cour constitutionnelle invalide une réforme du système judiciaire adoptée en juin 2009 par le Parlement qui obligeait les militaires en exercice à répondre de leurs crimes devant la justice.

Février : plusieurs dizaines de hauts gradés de l'armée sont interrogés par les juges d'Istanbul pour leur implication présumée dans un complot visant à renverser en 2003 le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, toujours au pouvoir. (plan "Balyoz" ("Marteau de forge").

Mars : le gouvernement présente un projet de révision de la constitution destiné à mettre le pays "en conformité avec les normes européennes". Ce projet entend réduire les possibilités d'intervention des militaires dans la gestion des affaires publiques.




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Source/Lien : L'Express



   
 
   
 
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