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Imbroglio judiciaire en Turquie dans le cadre de l’affaire «Balyoz» : des militaires libérés sont à nouveau incarcérés
Publié le :

lundi 5 avril 2010

La justice vient à nouveau d’étaler au grand jour les divisions internes qui la travaillent. Le 1er avril 2010, le juge Oktay Kuban de la 12e Cour criminelle d’Istanbul avait créé la surprise en ordonnant la libération de 22 des militaires arrêtés, le 22 février 2010, dans le cadre de l’affaire «Balyoz».

Parmi ces militaires (pour lÂ’essentiel des gĂ©nĂ©raux Ă  la retraite et des officiers dÂ’active) figurait notamment lÂ’ancien chef de la 1ère armĂ©e, le gĂ©nĂ©ral Çetin Doğan, accusĂ© dÂ’ĂŞtre le cerveau du plan «Balyoz». Dès le 4 avril, la formation plĂ©nière de la mĂŞme Cour criminelle dÂ’Istanbul a annulĂ© la dĂ©cision du juge Kuban, en estimant que ce dernier avait en lÂ’occurrence abusĂ© de son pouvoir discrĂ©tionnaire.

Il faut dire que le juge Kuban sÂ’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ©, en faisant libĂ©rer plusieurs militaires arrĂŞtĂ©s dans dÂ’autres affaires, notamment le fameux colonel Dursun Çiçek, suspect numĂ©ro un dans lÂ’enquĂŞte sur le «plan dÂ’action contre la rĂ©action», qui avait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© le 30 juin 2009 et libĂ©rĂ© le lendemain (cf. notre Ă©dition du 18 juillet 2009). Cette nouvelle contradiction ne paraĂ®t pas avoir pour autant entamĂ© lÂ’ardeur des procureurs en charge de lÂ’enquĂŞte «Balyoz». Le 5 avril 2010, tandis que les militaires libĂ©rĂ©s, le 1er avril, se rendaient Ă  nouveau aux autoritĂ©s judiciaires, la police a procĂ©dĂ© Ă  de nouvelles arrestations dÂ’officiers en activitĂ©, dans une dizaine de dĂ©partements diffĂ©rents. Pour leur part, le gĂ©nĂ©ral Çetin Doğan ainsi que dÂ’autres suspects ne retourneront pas tout de suite en prison, car ils avaient, dès leur libĂ©ration, fait valoir des problèmes de santĂ© et intĂ©grĂ© lÂ’hĂ´pital militaire de GĂĽlhane (GATA).

Quoi qu’il en soit, la libération ratée, qui est intervenue entre le 1er et le 4 avril, montre les dissenssions internes existant au sein la justice turque, au moment où de nombreuses affaires qui sont en cours d’instruction (Ergenekon, plan d’action contre la réaction, plan Cage, Balyoz...) provoquent la mise en oeuvre de véritables purges à l’intérieur des forces armées. En effet, si l’arrestation de généraux et d’amiraux à la retraite ayant exercé des fonctions de premier plan, il y a quelques années à peine, est souvent spectaculaire et abondamment commentées par la presse, elles s’accompagnent de nombreux et permanents coups de filets moins médiatisés qui frappent des officiers en activité.

L’affaire «Balyoz» qui concerne la vingtaine de militaires libérés et ré-arrêtés durant la semaine qui vient de s’écouler, a commencé, le 20 janvier dernier lorsque le quotidien «Taraf» a révélé l’existence d’un plan militaire portant le nom «Marteau de forge» («Balyoz» en turc). Élaboré en 2003, peu après l’arrivée de l’AKP au pouvoir (novembre 2002), ce plan aurait eu pour premier objectif d’organiser une série d’attentats à la bombe contre des mosquées, en particulier contre les mosquées de «Fatih» et de «Beyazit», qui comptent parmi les plus fréquentées d’Istanbul pour provoquer des mouvements de panique, au moment de la prière du vendredi, et inciter les fidèles ensuite à manifester violemment.

Ces activitĂ©s de dĂ©stabilisation auraient Ă©tĂ© suivies par une sĂ©rie dÂ’initiatives visant Ă  accroĂ®tre le chaos : incidents aĂ©riens entre la Turquie et la Grèce, organisations de manifestations rĂ©publicaines laĂŻques, et attaques au cocktail Molotov contre le musĂ©e de lÂ’aviation de Yeşilköy, Ă  Istanbul.

Le plan en question aurait Ă©tĂ© principalement Ă©laborĂ© par des gĂ©nĂ©raux aujourdÂ’hui Ă  la retraite (notamment le gĂ©nĂ©ral Çetin Doğan) et approuvĂ© par une assemblĂ©e de 162 membres des forces armĂ©es dont 29 gĂ©nĂ©raux. Il est dĂ©taillĂ© par un document de près de 5000 pages, qui vante en particulier les mĂ©thodes du coup dÂ’Etat du 12 septembre 1980, et dĂ©crit lÂ’AKP comme un parti fondamentaliste, faisant le jeu des Etats-Unis et de lÂ’Union EuropĂ©enne contre la RĂ©publique laĂŻque.

Il analyse la victoire du parti de Recep Tayyip Erdoğan, avant tout comme la consĂ©quence dÂ’un vote protestataire et plaide pour une coordination de lÂ’action des associations laĂŻques les plus en vue, des partis dÂ’opposition et des forces armĂ©es pour reprendre en main la situation.

Dès le lendemain de sa rĂ©vĂ©lation, le plan «Balyoz» avait provoquĂ© de violentes altercations entre lÂ’armĂ©e et le gouvernement. “Personne ne peut accepter les allĂ©gations formulĂ©es” avait dĂ©clarĂ© le chef dÂ’Ă©tat major, İlker Başbuğ, en disant que ceux qui diffusaient de telles informations, alimentaient les tensions et les risques de destabilisation de la sociĂ©tĂ© turque. Le chef dÂ’Ă©tat major et le gĂ©nĂ©ral Cetin Doğan avaient expliquĂ© que le plan «Balyoz» Ă©tait un scĂ©nario dÂ’Ă©cole et que, de toute manière, les coups dÂ’Etat appartenaient au passĂ©.

Le 26 janvier, le gĂ©nĂ©ral Başbuğ avait mĂŞme haussĂ© le ton, en disant que “la patience de lÂ’armĂ©e avait ses limites”. Pour sa part, dès le 22 janvier 2010, le chef du gouvernement Recep Tayyip Erdoğan avait abondamment commentĂ© lÂ’affaire «Balyoz», en Ă©voquant “les tunnels sombres dÂ’Ankara”, pour rappeler les manoeuvres menĂ©es contre Adnan Menderes, dans les annĂ©es 50, et contre Turgut Ă–zal, trente ans plus tard. Mettant lÂ’armĂ©e au dĂ©fi de prouver quÂ’elle Ă©tait du cĂ´tĂ© de la dĂ©mocratie, il avait aussi rapprochĂ© le plan «Balyoz» des assassinats inexpliquĂ©s de journalistes, au cours des deux dernières dĂ©cennies en Turquie, en dĂ©clarant : «LÂ’histoire rĂ©vèle les faits et la vĂ©ritĂ© apparaĂ®t progressivement. Nous sommes en train de lever les mystères entourant la mort des journalistes Dink, Ipekçi et Mumcu.

Et en faisant la lumière sur ces Ă©vĂ©nements, nous ferons en sorte quÂ’ils ne se reproduisent plus.» Ă€ la fin du mois de janvier 2010, cette polĂ©mique avait abouti Ă  lÂ’annulation du protocole EMASYA (un protocole, signĂ© en juillet 1997, au moment du coup dÂ’Etat post-moderne, permettant Ă  lÂ’armĂ©e dÂ’agir quand la sĂ©curitĂ© et lÂ’ordre public sont en cause, sans lÂ’accord des autoritĂ©s civiles), notamment parce que le gĂ©nĂ©ral Cetin Doğan avait justifiĂ© le plan «Balyoz» en expliquant quÂ’il Ă©tait totalement en conformitĂ© avec ledit protocole.

Après 3 semaines de torpeur, l’affaire « Balyoz » s’était ravivée le 22 février 2010, avec l’arrestation d’une cinquantaine de militaires de haut rang, notamment d’une partie de ceux qui siégeaient à l’état-major entre 2002 et 2006. L’armée avait rapidement réagi à ce nouveau coup de filet (la plus importante vague d’arrestations de militaires jamais réalisée en Turquie dans une enquête judiciaire) en qualifiant l’affaire de «sérieuse» et en demandant au gouvernement, et en particulier au vice-premier ministre, Cemil Çiçek, lors d’une réunion ad hoc, de veiller à ce que les militaires arrêtés bénéficient de toutes les garanties judiciaires pour que leurs cas soient examinés de façon objective.

Certains commentateurs avaient Ă©voquĂ© alors des pressions exercĂ©es par lÂ’autoritĂ© militaire sur le gouvernement, Ă  plus forte raison, lorsque le prĂ©sident GĂĽl avait pris lÂ’initiative quelques jours plus tard de convoquer une rĂ©union de conciliation rassemblant le premier ministre, le chef dÂ’Ă©tat major et lui-mĂŞme. Finalement, certaines personnalitĂ©s arrĂŞtĂ©es le 22 fĂ©vrier, notamment le gĂ©nĂ©ral Fırtına et lÂ’amiral Ă–rnek avaient Ă©tĂ© relâchĂ©es, dÂ’autres Ă©tant maintenues en dĂ©tention. Ce sont ces dernières pour lÂ’essentiel que le juge Oktay Kuban a tentĂ© de faire libĂ©rer le 1er avril, mais cette libĂ©ration sÂ’est avĂ©rĂ©e ĂŞtre finalement Â… un mauvais poisson dÂ’avril.

JM




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Source/Lien : OVIPOT



   
 
   
 
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