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Maraghar : Caroline Cox parle du Golgotha contemporain
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le 10 avril 1992, de terribles massacres ont été menés par les troupes azéries à l’encontre des villageois arméniens de Maraghar, au nord-est du Karabagh. A l’occasion du 18ème anniversaire de ce pogrom oublié, le Collectif VAN vous propose la traduction du témoignage de la baronne anglaise Caroline Cox. Elle parle avec émotion des 45 villageois arméniens décapités, des 100 femmes et enfants pris en otages, et du pillage de toutes les maisons. Un exemple effrayant de la purification ethnique des Arméniens du Karabagh. [Nota CVAN : le village est nommé Maraghar ou Maragha suivant les sources.]

SURVIVANTS DU MASSACRE DE MARAGHAR: C’ÉTAIT LA REPETITION D’UN VÉRITABLE GOLGOTHA CONTEMPORAIN


De la Baronne Caroline Cox de Queensbury

L’ancien royaume d’Arménie à été la première nation à adopter le christianisme - en 301 Av. J.C. L’Arménie moderne, ex République soviétique, a déclaré son indépendance en septembre 1991 et elle est aujourd’hui membre de la Communauté des États indépendants. Vous y trouverez les plus anciennes églises du monde, et un peuple qui a conservé sa foi depuis près de 1700 ans, souvent en payant le prix fort.

Nulle part le coût n’a été plus grand que dans ce petit bout de l'Arménie antique appelé le Haut-Karabagh, cruellement coupé du reste de l'Arménie par Staline en 1921 et isolé aujourd'hui comme une enclave chrétienne dans l'Azerbaïdjan islamique. Ne mesurant que 100 miles du nord au sud et 50 miles d’est en ouest, il y a des montagnes, des forêts, des vallées fertiles et une abondance d'églises antiques, des monastères et des croix de pierre magnifiquement taillées, datant du quatrième siècle.

Ce paradis s’est transformé en enfer en 1991. Rivalisant avec l'Arménie pour le contrôle de cette enclave, l’Azerbaïdjan a commencé une politique de purification ethnique des Arméniens du Karabagh et 150 000 Arméniens ont été forcés de se battre pour le droit de vivre dans leur patrie historique. C'était une guerre contre l’impossible : l'Azerbaïdjan avec 7 millions d’habitants, aidé par la Turquie et, à un moment donné, par plusieurs milliers de mercenaires moudjahidines.

Le 10 avril 1992, les forces de l'Azerbaïdjan ont attaqué le village arménien de Maraghar dans le nord-est du Karabagh. Les villageois se sont réveillés à 7h00 du matin au son de lourds bombardements; puis les chars ont afflué, suivis par l'infanterie, suivie par des civils avec des pick-up désirant rapporter chez eux les fruits du pillage qui, ils le savaient, suivrait l'expulsion des villageois.

Des soldats azéris ont coupé la tête de 45 villageois, en ont brûlé d'autres, ont pris 100 femmes et enfants en otages, ont pillé et mis le feu à toutes les maisons, puis ils sont partis avec tout ce qu’ils avaient pillé.

Moi même, et mon équipe de la Solidarité Chrétienne du Monde, sommes arrivés en quelques heures pour découvrir des maisons se consumant toujours, des cadavres décapités, des restes humains carbonisés et des survivants en état de choc. C'était vraiment comme un Golgotha contemporain plusieurs fois répété.

Je suis allée à l'hôpital voisin et j’ai rencontré l'infirmière en chef. Quelques heures auparavant, elle avait vu la tête décapitée de son fils et elle avait perdu 14 membres de sa famille élargie. J'ai pleuré avec elle : les mots étaient vains.

Avec le fragile cessez-le-feu qui a commencé en mai 1994, nous avons pu aller rendre visite aux survivants du massacre de Maraghar. Incapable de retourner dans leur village, qui est toujours aux mains des Azéris, ils construisent le "Nouveau Maraghar" dans les ruines dévastées d'un autre village [Nota CVAN : Nor Maraghar se trouve à Mardakert]. Leurs "maisons" sont des coquilles vides sans toits, portes ou fenêtres, mais leur priorité était la construction d'un mémorial dédié à ceux tués lors du massacre.

Nous avons été accueillis par la cérémonie arménienne traditionnelle des cadeaux de pain et de sel. Puis une dame âgée a fait un discours d'accueil bienveillant, sans allusion à la souffrance personnelle. Elle a semblé si sereine que j'ai pensé qu'elle n’était pas là le jour épouvantable du massacre. Elle a répondu : "Puisque vous me l’avez demandé, je vous dirai que mes quatre fils ont été tués ce matin-là, en essayant de nous défendre - mais que pouvaient-ils faire avec des fusils de chasse contre des chars ?

Et ensuite nous avons vu des choses qu’aucun être humain ne devrait jamais voir : des têtes qui étaient bien loin des corps auxquels elles appartenaient ; des gens taillé en quartiers comme des porcs. J'ai aussi perdu ma fille et son mari - nous avons seulement trouvé son chapeau taché de sang. Nous ne savons toujours pas ce qui leur est arrivé. J’élève maintenant leurs enfants. Mais ils ont oublié le goût du lait, car les Azéris ont pris toutes nos vaches."

Comment peut-on répondre à une telle souffrance et une telle dignité ? Depuis le cessez-le-feu, nous avons entrepris un programme pour fournir des vaches. Lors de notre dernière visite, nous avons rencontré cette grand-mère et, en souriant, elle a dit :"Merci. Nos enfants connaissent maintenant le goût de lait."

Le Haut-Karabagh est un endroit où nous avons trouvé les miracles de la grâce. Le jour du massacre, j'ai demandé à l'infirmière en chef, dont le fils avait été décapité, si elle voulait que je prenne un message destiné au reste du monde. Elle a acquiescé de la tête et j'ai sorti mon bloc-notes.

Avec une grande dignité, elle a dit : "je veux dire : 'Merci'. Je suis une infirmière. J'ai vu que les médicaments que vous avez apportés ont sauvé beaucoup de vies et ont atténué beaucoup de souffrance. Je veux juste dire 'Merci' à ceux qui ne nous ont pas oubliés dans ces jours sombres."

La Baronne de Queensbury est défenseur des droits de l'homme à la Chambre des Lords au Royaume-Uni, ainsi que pédagogue en vue et auteure. La Baronne est devenue Life Peer en 1982 et a été Présidente adjointe de la Chambre des Lords britannique de 1985 à ce jour. Elle est Chancelier fondateur de l'Université de Bournemouth et Vice-présidente du Royal Collège of Nursing, et Présidente de l'Institut de Gestion Administrative. La Baronne est fortement impliquée dans des organismes humanitaires et de droits de l'homme ; elle est administratrice non exécutive de la Fondation Andrei Sakharov et administratrice de MERLIN (Medical Emergency Relief International). Elle est Présidente de CSW (Christian Solidarity Worldwide) (P.O Box 99, New Malden, Surrey, KT3 3YF, Angleterre).

©Traduction de l'anglais: C.Gardon pour le Collectif VAN – 9 avril 2010 - 07:53 - www.collectifvan.org


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